Tours de cartes…

 Dans la catégorie : 1. Pré-Iniquien, Livre
Jan 122013
 

 

Avez-vous remarqué qu’il est, le plus souvent, impossible de rester dans la simple « ignorance passive » lorsque nous sommes face à un événement ? Très vite, en l’absence d’informations, nous allons attribuer des « causes » (imaginées, fictives) à des « effets » observés. Nous créons une « connaissance active »  intérieure pour échapper à « l’ignorance passive ». Cette connaissance s’appelle la « connaissance inférentielle active »

Avez-vous remarqué à quel point le langage façonne notre pensée ? Ne serait-ce que pour mettre une étiquette (un mot) sur la représentation que nous nous faisons d’une chose. Avez-vous noté le niveau d’abstraction que cela demande ? Nous appelons une chaise « une chaise » et ce quelque soit le type de chaise sous nos yeux. Pourtant, il n’y a pas deux chaises identiques à partir d’un certain niveau de détail. Pourtant nous continuons à appeler une chaise « une chaise », en mettant de côté tous les écarts, perceptibles ou non, de l’objet à la représentation que nous en avons. Mieux, une même chaise n’est pas semblable à elle-même dans le temps, elle vieillit, change même de façon imperceptible et nous l’appelons du même nom comme si ces changements n’avaient pas lieu.

Le plus souvent, les points précédents sont des processus inconscients, obéissant à des dogmes et des croyances partagées depuis la nuit des temps. Lorsque ces processus sont inconscients, ils contribuent à la confusion que nous pouvons avoir entre la réalité de premier ordre (la réalité physique) et celle du deuxième ordre (celle résultant de nos perceptions- lire « l’invention de a réalité » sur ce blog). Tant qu’il y a concordance entre les deux réalités, tout va bien. Mais si il y discordance, et que celle-ci est le résultat de processus inconscients, alors les difficultés apparaissent avec leur cortège de stress, fatigue, burn-out, troubles psychologiques, etc.

Cependant, lorsque les processus précédents sont conscients, il est possible d’en prévenir et d’en éviter les pièges, dont ceux de la connaissance inférentielle, décrite en introduction de cet article.

 « La connaissance inférentielle, […], lorsqu’elle est consciemment reconnue comme telle, forme la connaissance hypothétique de la science moderne et cesse d’être un dogme. » explique Alfred Korzybsky dans son article sur la « Sémantique Générale ».

Le livre dont je vous parle aujourd’hui « Une carte n’est pas le territoire : Prolégomènes aux systèmes non aristotéliciens et à la sémantique générale » aux éditions « L’éclat » est paru en France en 1998. La Sémantique Générale a été conçue et partagée en 1933 aux Etats Unis dans le livre « Science and Sanity : an Introduction to Non-Aristotelician Systems and General Semantic ».

Les amateurs de science-fiction et lecteurs de Van Vogt connaissent certainement « Le Cycle du Non-A », roman basé sur les principes de la sémantique générale et qui les pousse au delà de leur limite (mais c’est parfois le rôle et l’intérêt de la science-fiction que j’aime particulièrement).

Le point d’entrée est de réaliser que le langage est le support majeur qui nous permet :

-de construire une réalité à partir de perceptions, en élaborant des pensées sur lesquelles raisonner

-de partager les pensées et représentations de la réalité de chacun, construisant ainsi la réalité partagée.

Les prémisses de la Sémantique Générale sont au nombre de trois :

  1. Une carte n’est pas le territoire
  2. Une carte ne représente pas tout le territoire
  3. Une carte est autoréflexive (une carte parfaite devrait se contenir elle-même)

Ce sont des principes imagés qui, appliqués au langage, se traduisent par :

  1. Un mot n’est pas ce qu’il représente
  2. Un mot ne représente pas tous les faits, etc.
  3. Le langage est autoréflexif (Nous pouvons parler du langage en utilisant le langage ce qui conduit à différents niveaux d’abstraction).

Ce sont trois prémisses très simples et très puissantes dès lors que nous les prenons en compte lorsqu’il s’agit par exemple de décrire une situation ou de résoudre un problème. Le choix des mots est critique, la précision aussi.

Korzybski a développé un ensemble d’outils destinés à faciliter la prise en compte de ces trois prémisses dans le langage et qu’il appelle les processus extensionnels. Il s’agit d’extensions du langage courant comme par exemple l’utilisation d’indices pour exprimer la multiplicité d’un concept (on parle de chaise 1, chaise 2 etc. pour faciliter la prise de conscience des différences et des similarités objectives), l’utilisation systématique de dates pour conscientiser la notion de temporalité et d’espace-temps, ou encore l’utilisation particulière de « etc. » et du trait d’union.

Je vous recommande la lecture de ce livre comme premier contact avec la Sémantique Générale.

La Sémantique Générale est largement utilisée dans beaucoup de domaines (Mathématiques, Politique, Médecine, Psychiatrie) et a contribué à  l’élaboration  d’outils et de théories en grand nombre (Bateson, Bachelard, Laborit pour ne citer que ces auteurs), même si elle n’est plus mentionnée.

Pour moi, la prise de conscience concernant le fait que les mots « ne sont pas ce qu’ils sont », que la carte n’est pas et est moins que le territoire est un élément clé dans toute approche de management, tout comme la prise de conscience de l’abstraction dans laquelle l’autoréflexivité du langage nous conduit instantanément. Les croyances, certitudes, a priori trouvent en grande partie leur source dans la confusion de la carte et du territoire, dans la confusion de la réalité de deuxième ordre avec celle de premier ordre.

 Et si la prise de conscience de ce que sont les mots, de ce qu’ils représentent, de l’abstraction à laquelle ils nous conduisent était le terreau pour que :

–       nous exprimions des faits et pas des jugements ?
–       nous ne faisions pas de suppositions, mais posions des questions ?
–       nous ne prenions pas les choses de façon personnelle, à l’aulne de nos egos ?
–       nous agissions au mieux de nos possibilités en étant conscients de nos limites ?

…Je vous laisse réfléchir là-dessus ! (comme dirait Gustave Parking ;-))

Pour aller plus loin avec les accords d’attitude : « Manager avec les accords toltèques », co-écrit avec Laurence Aubourg et édité chez DeBoeck.

 

  Un commentaire à “Tours de cartes…”

  1. En lisant ton article, Olivier, je trouve plein de parallèles avec ce que disent Miguel et José Ruiz dans le « 5ème accord toltèque », dans une partie du livre que j’avais trouvée un peu ardue d’ailleurs. Voici qui m’incite à relire ce livre! J’ai lu les 4 accords toltèques au moins 5 fois et je suis nourrie chaque fois par une nouvelle perception. Je ne l’avais pas encore fait pour le 5ème accord …

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