Jan 202013
 

Les relations humaines présentent un double aspect, à la fois très complexe et très simple.

La complexité peut se montrer par la multiplicité des possibilités d’interactions entre deux personnes, la variété des sujets, la variété des émotions, la variété des réactions possibles à une situation qui dépend non seulement de la personne, de son histoire, du moment présent, de ses aspirations affichées et encore plus de ses aspirations secrètes, de la méteo, de l’âge du capitaine, etc. etc.

La simplicité peut se montrer par la répétition quasi-systématique d’un nombre finalement limité de façons de structurer la rencontre et l’interaction entre plusieurs personnes (plusieurs commençant ici à deux).

Eric Berne, médecin et psychiatre, a su dans les années cinquante, élaborer une théorie de ces interactions interpersonnelles qu’il a nommé : Analyse Transactionnelle. Cette théorie a continué à être affinée, développée jusqu’à nos jours.

Cet article est le premier d’une série d’articles relatifs à l’Analyse Transactionnelle, que je choisi de vous présenter à ma façon, c’est à dire en commençant par ce qui est directement observable dans l’interaction entre des personnes pour en extraire les concepts sous-jacents.

Le livre, qui a été ma première prise de contact avec l’Analyse Transactionnelle, ne semble plus édité aujourd’hui. Il s’agit de « L’analyse transactionnelle : pour un mieux-être du corps et de l’âme» de Vincent Lenhardt, paru en 1980 aux éditions RETZ.

Prenons un exemple fictif et réaliste sous forme d’un court récit pour commencer :

« Il y a quelques mois, Eric a été invité à assister à une conférence donnée par deux grands chefs d’entreprise au sujet du caractère innovant de leur mode de management. Il arriva avec un bon quart d’heure d’avance dans une grande salle de réception d’un hôtel du centre ville. Il était loin d’être le premier, il y avait déjà une vingtaine de personnes dans la salle s’affairant seules ou en groupes. La salle était organisée par tables rondes avec une dizaine de chaise par table.
Eric ne connaissait personne, il s’est alors dirigé vers une table libre, où il n’y avait personne, pour s’y installer en attendant le début de la conférence. Et comme il n’avait rien d’autre à faire, il a regardé ce qui se passait autour de lui.
Il était assez facile de repérer les nouveaux comme lui : le plus souvent ils se tenaient à l’écart des groupes déjà formés par ceux qui se connaissaient, répondant parfois poliment d’un signe de tête à un regard ou une invitation.
Et puis, il y avait des groupes de personnes qui manifestement s’étaient déjà rencontrées. Là aussi, il était possible d’identifier ceux qui se connaissaient peu : ils avaient tendance à aller l’un vers l’autre, se serraient la main avec un échange du type : « Comment allez-vous ? » « Très bien et vous ? », puis restaient à proximité sans pour autant entrer dans un échange, le plus souvent, écoutant les échanges de ceux qui se connaissaient manifestement mieux. Ces échanges, ceux qu’il entendait, portaient essentiellement sur des sujets sans enjeux comme la météo, le salon de l’auto ou le dernier exploit de celui qui a franchi le mur du son en scaphandre. A ce moment là, deux de ses collègues sont arrivés dans la salle, Eric les accueillit avec plaisir : enfin quelqu’un qu’il connaissait ! Très vite, leur conversation a démarré, après les prises de nouvelles réciproques, sur un sujet qui leur tenait à cœur à tous les trois, un projet d’innovation sur lequel ils travaillaient ensemble depuis longtemps et ils sont convenus d’un certain nombre de rendez-vous et d’idées à explorer : on ne travaille jamais si bien que dans un contexte différent du contexte habituel !
A côté de leur table, deux personnes discutent, l’organisateur de l’événement et manifestement son adjoint, ils ont l’air préoccupés, Eric tend l’oreille : « Votre speach d’introduction est prêt ? » demande l’organisateur à son adjoint, « Oui, j’y ai passé du temps, ce n’était pas évident, mais je crois que je tiens une excellente intro, en tout cas je suis dans les starting blocks ! » répondit l’adjoint, « Parfait ! Mais j’ai réfléchi, vous n’êtes pas encore prêt, je ferai l’introduction moi-même encore cette fois-ci » rétorque alors son patron en s’avançant vers la scène. L’adjoint regarde son patron s’éloigner sans avoir l’air de comprendre ce qui vient de se passer, mais manifestement ça n’a pas l’air d’être la première fois que cela se produit.
A cinq minutes du début de la conférence, la salle était pratiquement comble, Eric était en pleine discussion avec ses collègues lorsque quelqu’un lui tape sur l’épaule et, surprise, un vieil ami était là, qu’il n’avait pas vu depuis près d’un an. C’était comme si c’était hier ! Ils sont entrés dans une conversation chaleureuse, chacun parlant de soi avec cette chaleur qu’on ne retrouve qu’avec ses proches et ses chers. Tant et si bien qu’il fallu les interrompre gentiment pour que la conférence puisse commencer. »

Il est fort probable que vous ayez déjà été dans une des situations d’interaction avec des personnes que vous connaissez pas, peu, pas mal, bien, très bien et que vous avez pu les vivre très différemment, comme cela est décrit dans le texte ci-dessus.

En fait, ce texte décrit toutes les modalités de ce qu’on appelle en Analyse Transactionnelle « Les structurations du temps ».

Elles sont au nombre de 6 :

  • Le retrait
  • Le rituel
  • Le passe-temps
  • L’activité
  • Les jeux
  • L’intimité

Sauriez-vous les retrouver dans le texte d’exemple ? Un petit effort !

Voici quelques pistes telles que décrites par V.Lenhardt :

  • Le retrait : la personne s’éloigne physiquement ou mentalement des autres, de façon à limiter voire éviter tout échange
  • Le rituel : c’est un échange sur et prévisible de signes de reconnaissance avec autrui (mais aussi avec soi-même)
  • Le passe-temps : c’est un échange partiellement ritualisé sans objectif précisément déterminé. (Sans autre enjeu que d’établir un contact avec l’autre)
  • L’activité : à la différence du rituel ou du passe-temps, l’activité est orientée vers un but : elle est structurée non par la répétition, mais par le résultat visé
  • Les jeux : les jeux transactionnels sont des manipulations émotionnelles de soi-même ou d’autrui aboutissant systématiquement à des sentiments désagréables, quoique rassurant par leur répétition.
  • L’intimité : l’intimité existe indépendamment des cinq autres formes de structuration du temps.[…], c’est une expérience de rencontre pleine et directe avec soi-même et autrui.

Alors ? Vous avez identifié les 6 structurations du temps dans le texte ? Sans doute ! Afin de confirmer, voici les solutions :

  • Le retrait : « il s’est alors dirigé vers une table libre, où il n’y avait personne, pour s’y installer en attendant le début de la conférence. Et comme il n’avait rien d’autre à faire, il a regardé ce qui se passait autour de lui » et «le plus souvent ils se tenaient à l’écart des groupes déjà formés par ceux qui se connaissaient, répondant parfois poliment d’un signe de tête à un regard ou une invitation»
  • Le rituel : « ils avaient tendance à aller l’un vers l’autre, se serraient la main avec un échange du type : « Comment allez-vous ? » « Très bien et vous ? » »
  • Le passe-temps : « Ces échanges, ceux qu’il entendait, portaient essentiellement sur des sujets sans enjeux comme la météo, le salon de l’auto ou le dernier exploit de celui qui a franchi le mur du son en scaphandre »
  • L’activité : « Très vite, leur conversation a démarré, après les prises de nouvelles réciproques, sur un sujet qui leur tenait à cœur à tous les trois, un projet d’innovation sur lequel ils travaillaient ensemble depuis longtemps et ils sont convenus d’un certain nombre de rendez-vous et d’idées à explorer : on ne travaille jamais si bien que dans un contexte différent du contexte habituel ! »
  • Les jeux: « Votre speach d’introduction est prêt ? » demande l’organisateur à son adjoint, « Oui, j’y ai passé du temps, ce n’était pas évident, mais je crois que je tiens une excellenteintro, en tout cas jesuis dans les starting blocks ! » répondit l’adjoint, « Parfait ! Mais j’ai réfléchi, vous n’êtes pas encore prêt, je ferai l’introduction moi-même encore cette fois-ci ». L’adjoint regarde son patron s’éloigner sans avoir l’air de comprendre ce qui vient de se passer, mais manifestement ça n’a pas l’air d’être la première fois que cela se produit
  • L’intimité : « C’était comme si c’était hier ! Ils sont entrés dans une conversation chaleureuse, chacun parlant de lui avec cette chaleur qu’on ne retrouve qu’avec ses proches et ses chers. Tant et si bien qu’il fallu les interrompre gentiment pour que la conférence puisse commencer. »

Bien sûr, il ne s’agit que d’exemples ! Vous en avez certainement vous aussi : l’équipier qui ne dit rien pendant une réunion, perdu dans ses pensées ou dans son blackberry , les conversations devant la machine à café, les formules de politesse etc.

Remémorez-vous et tâchez d’identifier quelles sont vos façon préférées de structurer le temps.

Un point très important cependant avant d’aller plus loin: l’Analyse Transactionnelle permet de représenter de façon simple les interactions complexes entre les personnes et, du coup, elle donne l’impression de pouvoir « lire » les autres. Si cela vous arrivait, soyez vigilants ! On voit si bien la paille dans l’œil du voisin, et si mal la poutre dans notre propre œil ! Par ailleurs, ne perdez jamais de vue que si vous observez un échange au point de pouvoir l’analyser, il y a de grandes chances que vous fassiez partie de cet échange, directement ou indirectement. De ce fait, vous influencez les pailles que vous pensez observer, avec votre poutre (si j’ose dire…).

A moins que vous soyez thérapeute, si vous choisissez de l’utiliser l’Analyse Transactionnelle, , utilisez-là pour vous, pour votre développement, pas pour développer les autres ! Vous voulez le changement, changez d’abord vous-même, incarnez le changement, les autres changeront !

Pour revenir à l’Analyse Transactionnelle et aux concepts sous-jacents à l’observation des façon de structurer le temps, il s’agit de réaliser que dans chaque voie de structuration du temps, il y a échange (ou pas) de signes de reconnaissance. Ce qu’Eric Berne appelait les « strokes », difficile à traduire en français et qu’on trouve le plus souvent appelés les « stimulations ». Il y a une « économie des strokes » avec ses règles d’échange de strokes, de stockage des strokes, de vente, de don ou d’acceptation de stroke.

Nous y reviendrons ensemble plus en détail dans le prochain article !

D’ici là, je vous laisse réfléchir là-dessus ! Comme dirait Gustave Parking 😉

 

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