Jan 282013
 

Invitées à une même réunion, des personnes arrivent dans la salle et s’installent autour d’une grande table. Les rituels classiques de salutation sont en cours. Au delà des formules et des gestes convenus, nous pouvons observer qu’il y a autre chose qui s’échange entre ces personnes. Ne serait-ce que dans le regard ou dans le ton de la voix : le « bonjour » peut être cordial ou bien distant. Ce même « bonjour » peut afficher une complicité entre deux personnes ou bien il peut afficher la puissance d’une position hiérarchique dominante, par exemple lorsque le « chef » arrive et salue l’assistance globalement, sans attention particulière.

Lorsque des personnes interagissent entre elles, il y a échange permanent d’une « énergie » porteuse d’émotions agréables ou non, d’intentions bien perçues ou non. Cette « énergie » est l’élément constitutif des signes de reconnaissance, ou encore les stimulations, traduction du mot « stroke » utilisé par E.Berne.

Recevoir des stimulations est essentiel à la survie. Les personnes placées en isolement total ne restent pas en bonne santé bien longtemps. Imaginez-vous entrer dans une salle où deux personnes discutent, ni l’une ni l’autre ne prêtent attention à votre présence, vous vous avancez pour les saluer, elles ne vous voient pas, ne vous entendent pas et du coup ne vous envoient aucune stimulation : il est fort probable que vous ressentiez un profond malaise. Si ce type de situation devait se prolonger de façon systématique, il y aurait un impact certain sur votre santé.

Imaginez à présent que lorsque vous entrez dans la salle, une des deux personnes tourne la tête pour vous regarder, vous fait un petit geste de la main : vous avez reçu une stimulation. Vous existez dans la perception de cette personne.

Vous pouvez percevoir cette stimulation comme positive : ces deux personnes savent que vous êtes là,  cela vous suffit et manifestement elles sont dans une discussion très importante pour elles et elles vous rejoindront quand elles en auront terminé.

Vous pouvez percevoir cette même stimulation comme négative : ces personnes vous ont bien vu, elles ne veulent pas de vous et elles vous le font savoir.

Quelque soit le type de stimulation, positive ou négative, cela vaut mieux que pas de stimulation du tout ! Nous pouvons observer cela chez des enfants qui, lorsqu’ils estiment que nous ne leur prêtons pas assez attention, finissent par faire une bêtise bien visible, recevant assez rapidement une stimulation, sous la forme d’une réprimande.

Il y a donc :

  • des stimulation positives : les compliments, les récompenses, les remerciements, etc.
  • des stimulations négatives : les critiques, les jugements, les insultes, etc.

Par ailleurs, on peut distinguer deux catégories de stimulations :

  • Les stimulations conditionnelles : elles dépendent d’une situation ou d’une action. Par exemple : « vous avez fait du bon travail sur ce projet difficile » est une stimulation conditionnelle positive. « Votre travail sur ce compte-rendu n’est vraiment pas à la hauteur » est une stimulation conditionnelle négative.
  • Les stimulations inconditionnelles : elles s’adressent à la personne pour ce qu’elle est et non ce qu’elle fait. Par exemple : « Je vous trouve très beau ! » est une stimulation inconditionnelle positive. « Vous êtes insupportable ! » est une stimulation inconditionnelle négative.

Les stimulations étant un bien nécessaire à notre survie en interaction avec les autres (ou avec soi-même), elles sont l’objet d’une forme d’économie, avec ses règles, ses interdits et ses devoirs.

L’échange de stimulations ne se fait pas au hasard. Il y a des personnes qui agissent pour accumuler les stimulations, d’autres qui vivent sur leur stock. Certaines en manquent cruellement et n’en demanderont pas, car « ça ne se fait pas », d’autres encore agiront pour obtenir satisfaction en « piégeant » leurs « victimes » pour « s’enrichir » de stimulations au détriment des autres.

Lorsqu’il y a échange, il y a quatre « actions » visibles ou non :

  • Donner
  • Demander
  • Recevoir (dans le sens d’accepter ce qui est reçu)
  • Refuser

Posez-vous les questions suivantes, en termes d’opportunités :

  • Donnez-vous fréquemment des signes de reconnaissance ? Conditionnels ? Inconditionnels ?
  • Demandez-vous fréquemment des signes de reconnaissance ? Conditionnels ? Inconditionnels ?
  • Recevez-vous (acceptez-vous) fréquemment des signes de reconnaissance ? Conditionnels ? Inconditionnels ?
  • Refusez-vous fréquemment des signes de reconnaissance ? Conditionnels ? Inconditionnels ?

Vous pouvez consigner vos réponses dans un petit tableau croisé, avec en lignes les actions (donner, demander, recevoir, refuser) et en colonne, les catégories de signes de reconnaissance (conditionnelle, inconditionnelle). Il est fort probable qu’il y ait des cases vides ou bien des cases où la réponse est non.

En fait, il y a des « règles » qui, lorsqu’elles sont enfreintes, génèrent de la gêne ou de l’inconfort et que V.Lenhardt résume comme suit (en italiques, ce sont quelques illustrations de mon cru de ce qu’on peut se dire sous l’emprise de ces règles) :

  • Ne donne pas de stimulations librement (pour qui te prends-tu ?)
  • Ne demande pas de stimulation quand tu en as besoin (Qu’est-ce qu’il va penser de moi ?)
  • Ne reçois pas de stimulations librement (ça cache peut être quelque chose…)
  • Ne refuse pas de stimulations que tu n’aimes pas (S’il me le dit, ça doit être vrai…)
  • Ne te donne pas de stimulations (ne te vantes pas) (Pour qui te prends-tu ?)

Ces règles sont souvent apprises dès l’enfance, dans les principes de « bonne éducation » et contribuent à donner une image quelque peu particulière de la vie en société.

Cette économie des stimulations, combinée à leur côté vital ainsi qu’à leurs règles obscures apprises (ou pas) dès l’enfance est une source extraordinaire d’hypothèses et de suppositions que nous sommes amenés à faire à l’égard de l’autre, ou des autres, sans jamais avoir à les valider, car elles font souvent partie des « prédictions auto-réalisantes » que j’ai déjà décrit dans l’article « Challenger nos certitudes ? ».

Si, en répondant au petit questionnaire précédent, vous vous rendez compte que, par exemple, il est inconcevable pour vous de demander des stimulations (des signes de reconnaissance) à quelqu’un, identifiez ce que vous vous dites au moment où vous pourriez demander des stimulations et qui vous en empêche. Puis posez-vous les questions suivantes au sujet de ce que vous vous dites:

  • Qui vous l’ a dit ?
  • Comment savez-vous que c’est vrai ?
  • En quoi cela vous est utile ici et maintenant ?
  • Qu’est-ce que vous perdriez à demander des stimulations quand vous en ressentez le besoin ?

Je vous laisse réfléchir là-dessus, comme dirait Gustave Parking  😉

 

 

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