Innover ? Ah bon ?

 Dans la catégorie : 1. Pré-Iniquien, Livre
Fév 092013
 

Innover avec mon équipe ? Ben non, je ne suis pas en R&D…

C’est une réaction que j’ai souvent entendue, et pourtant ! C’est vrai que, dès lors qu’on entend parler d’innovation, c’est surtout au sujet de nouveaux produits. Ce phénomène est renforcé par le nombre d’ouvrages consacrés à l’innovation qui semblent traiter de façon quasi-exclusive des nouveaux produits. Mais il n’y a heureusement pas que ce thème qui est traité ! J’ai déjà eu l’occasion de présenter un livre sur l’innovation managériale : « La fin du management ? » de G.Hamel.

En fait il y a un très grand nombre de champs d’innovation : les produits, les procédés, les processus, le travail en équipe, le management, les organisations, les paradigmes, les outils, etc. Tout peut être support et objet d’innovation si tant est qu’une idée nouvelle pour nous y apportera un nouveau bénéfice, matériel, économique, personnel ou autre.

Innover c’est créer de la valeur à partir d’une idée nouvelle pour nous. Innover, c’est non seulement trouver l’idée, mais c’est aussi l’action de la matérialiser, de la proposer, de la faire exister, de convaincre, de démontrer et d’en obtenir le maximum de valeur (humaine, sociale, personnelle, financière, etc.). Le livre dont je parle aujourd’hui décrit bien les challenges que rencontre un innovateur dans une entreprise : The Other Side of Innovation: Solving the Execution Challenge, de Vijay Govindarajan, paru en 2010 chez Havard Business Review Press.

Il y a un lien fort entre innovation et changement (ça va sans le dire, mais ça va mieux en le disant), et le changement affecte non seulement l’objet du changement (le produit, le processus ou autre) mais aussi et surtout les personnes qui mettent en œuvre ou bénéficient de cette innovation (changement).

De même qu’il y a deux types de changement (changement 1 et changement 2), il y a deux types d’Innovations :

  • L’innovation d’Amélioration : on la trouve dans toutes les démarches d’Amélioration Continue qui visent à changer un produit ou un processus par exemple, sans en changer les fondamentaux: il s’agit de changements 1, efficaces jusqu’à une certaine limite qui correspond au moment où l’énergie à consacrer devient disproportionnée par rapport au bénéfice obtenu. Un exemple : l’évolution des télévisions : on a des écrans de plus en plus plats, un son de meilleure qualité, un choix de plus en grand d’émissions et ce sont toujours les même principes fondamentaux d’un émetteur et d’un récepteur passif d’émissions.
  • L’innovation de Rupture : elle consiste à changer les principes fondamentaux d’un produit ou d’une approche. Il s’agit d’un changement 2, avec son lot d’incompréhension, de résistances. Un exemple avec l’évolution du disque audio, il y avait le vinyle qui était l’évolution perfectionnée des premiers phonographes sur rouleaux de cire, qui fonctionnaient en gravant sur un support les vibrations de l’air qui font les sons pour pouvoir les reproduire le plus fidèlement possible. Et puis il y a eu les CD sur lesquels le son est codé par des nombres binaires : il n’y a plus de lien physique entre le son et ce qui y est enregistré (des nombres). Les premières réactions étaient : « c’est un gadget », « jamais on ne pourra reproduire l’intégralité de la perfection d’un instrument », etc. Et pourtant…cette innovation a ouvert la voie à beaucoup d’opportunités de partage de la musique ou du son sur le web par exemple, impossibles à envisager à partir des disques vinyles.

Si vous décidez d’innover avec votre équipe : une recommandation et quelques pièges :

-assurez-vous que les champs d’innovation que vous allez explorer répondent à une intention stratégique claire pour votre service ou votre entreprise : n’y allez pas à l’ « aveuglette » ! En gros, ça peut être sympa d’innover sur les nouvelles possibilités d’emboutissage, mais si votre entreprise a la stratégie de passer à la gravure et au découpage laser, vous allez rater votre effet….

-Mettre en place un équipe innovante, les pièges classiques (je ne donne pas de solutions, ce serait limiter arbitrairement votre imagination !) :

Piège #1 : Impliquer les personnes disponibles avec qui vous travaillez habituellement : c’est le meilleur moyen pour ne rien changer. Cherchez la diversité des talents, des compétences, des points de vue que ce soit au sein de l’entreprise, ou mieux, à l’extérieur

Piège #2 : Garder les mêmes définitions de poste : surtout pas, ce serait garder les même limites imposées à chacun.

Piège #3 : Mesurer les progrès avec les indicateurs habituels : c’est une excellente façon de revenir instantanément dans le cadre habituel et d’éliminer toute nouveauté qui pourrait sortir du cadre.

Piège #4 : Rester dans le cadre des paradigmes en cours (e.g. « ce qui compte c’est de réduire en permanence les pertes ») : Les mêmes formulations des intentions stratégiques induisent les même solutions : plutôt que de réduire les freintes, quelles sont les idées (saugrenues) qui permettraient de les éliminer !

Piège #5 : Utiliser les méthodes approuvées par l’entreprise : si elles avaient permis l’innovation de rupture, vous ne vous poseriez pas la question ! Lean, 6 sigma sont d’excellentes approches de changement 1, basée notamment sur le paradigme de la « root-cause » en ce qui concerne le 6 sigma (voir l’article de la semaine dernière : « Chevaucher son tigre »).

Piège  #6 : « le manager doit avoir une longueur d’avance sur son équipe », rien de plus faux en termes d’innovation : l’innovation est basée sur l’intelligence collective ! Lâchez prise sur cette idée du manager « qui sait et doit savoir », intégrez-vous au groupe, portez et laissez-vous porter !

Pour innover, il faut oser, rêver, oser rêver, être concret, convaincre, insister, imaginer, sortir du cadre, défendre, proposer, revenir, y croire, commencer petit, prototyper, accepter, recommencer, intéresser, décider, protéger, améliorer, diriger, déléguer, orienter et … innover !

Pour conclure, je laisse la parole à Gustave Parking : « Seule la crainte de la folie nous fera descendre le chapeau de l’imagination. », je vous laisse réfléchir là-dessus  😉

 

 Laisser un commentaire

(oblligatoire)

(obligatoire, n'apparaîtra pas sur le blog)

lectures d un mamnager-coach - www.olivierlecointre.fr - tous droits réservés