Oct 122013
 

« Être un manager ne veut pas dire être le confident de chacun ! Comme je le dis souvent : « chacun ses problèmes, et les vaches seront bien gardées ». C’est impressionnant ce que les gens qui ont des problèmes, des états d’âme, ont besoin de les partager avec vous ! Et vous, le chef, le pivot, le référent de l’équipe, vous vous retrouvez à recevoir toutes les émotions négatives de vos bougres. Un vrai tsunami ! Comment faire pour s’en protéger ? Il est hors de question de devenir le porteur de leur fardeau et pourtant, un chef a quand même un coté humain qu’il se doit de valoriser : ses équipiers en ont besoin. C’est vrai, quand j’étais jeune (et déjà chef), j’avais tendance à rejeter les tentatives de ceux qui voulaient partager leur problème avec moi. Je les envoyais voir la RH par exemple, et je me suis rendu compte avec l’expérience que cela me créait une image de chef insensible, inhumain qui cadrait de moins en moins avec les évolutions de la société. Or je ne veux pas sombrer dans l’empathie ! Je ne sais pas quoi faire de leurs émotions, de leurs troubles et en plus, comme je suis le chef, si ils me consultent, c’est sans doute qu’ils attendent de moi la solution à leurs problèmes ! Comme je n’en avais pas déjà assez moi-même ! Alors, j’ai réfléchi et avec le temps j’ai mis en place quatre stratagèmes très efficaces (en tout cas pour moi) lorsqu’un de mes bougres vient tenter de partager avec moi ses problèmes :

Tout d’abord, je prends la parole dès qu’il me semble que j’en sais assez de leur problème et j’applique tantôt une ou plusieurs de ces recettes :

  • Penser Positif : « toute médaille a son revers » que je leur dis. « Tu ne regardes que le côté négatif de ton histoire, fouille et trouve des aspects positifs pour t’y accrocher ! ». Au besoin, j’en trouve pour eux « Ta grand-mère est décédée, tu ressens un grand vide. D’un autre côté tu n’as plus ces visites interminables tous les weekends, à l’hospice. Utilise ce temps pour respirer, ça c’est positif ! »
  • Relativiser : « Tu ne vois donc que ta personne ! Certes, tu as un problème, et as-tu pensé à ces gens, gravement malades, qui attendent leur fin à l’hôpital ? » que je leur dis « Tu trouveras toujours quelqu’un qui a des problèmes plus importants que le tien, alors estimes-toi heureux de ce qui t’arrive, ç’aurait pu être bien pire ! »
  • Trouver des solutions : Ils sont bizarres ces bougres. Des fois, ils viennent vous raconter leurs malheurs, avec comme sous entendu « donne moi une solution » et pourtant ils ne vous demandent pas  de les aider. Moi, je ne veux pas me faire manipuler de la sorte ! Je ne les laisse pas finir leur litanie, je leur propose des façons de s’en sortir. « Et pourquoi tu ne fais pas ceci ? » « Et qu’est-ce qui t’empêche de faire cela ? »  « Si tu faisais cela, tu ne serais pas là à me parler » que je leur dis. Et pour les encourager, quand ils partent, je leur dis aussi « Rappelle-toi, c’est au pied du mur qu’on devient forgeron ! »

L’avantage de ces trois approches est que leur torrent d’émotions me glisse dessus, leurs soucis ne viennent pas s’ajouter aux miens, qui d’ailleurs sont quand même bien plus importants que les leurs.

Alors bien sûr me direz-vous, il y a des skippies, ces grands gourous, pour dire que l’empathie est un point clé de la cohésion et de l’énergie d’un groupe ou d’une équipe. Ils disent que la première manifestation de l’empathie est de se taire et d’écouter ce que la personne a à dire. Ils disent que l’empathie fait parfois peur parce que nous avons peur de nos émotions, nous avons peur de ressentir des choses venant d’autres. Ils disent, ces fumeurs de cônes, que le plus souvent, il suffit d’être là, présent, attentif et que c’est tout ce que demande la personne. Selon ces fourbes, l’empathie tiendrait en quatre points clés :

  • Écouter pour percevoir le monde tel que la personne le perçoit dans sa situation
  • Ne pas juger ni le récit, ni les faits, ni la personne
  • Comprendre ce que la personne ressent
  • Exprimer de la compréhension, sans jugement, sans solution proposée. Une phrase utile pourrait être  du type « Il me semble que tu es dans une situation effectivement difficile, dis m’en plus » Et, parfois, la meilleure parole peut être de se taire.

Accéder à l’empathie demande bien souvent de prendre en compte ses propres émotions pour les accepter plutôt que de tenter de les contrôler (on peut contrôler l’expression publique de l’émotion, contrôler l’émotion elle-même est une illusion) ou pire de les rejeter. Être empathique avec les autres demande à avoir, d’abord, de l’empathie pour soi !  S’en donner la permission est la première étape.

Moi je veux bien essayer, mais quand je vois la tête de mon chef quand il sent que je voudrais lui parler d’un problème… je me dis que pour l’empathie, j’ai pas le cul sorti des ronces ! »

 

Les Chroniques Iniques, pages 12 à 1024, Avril 1664

Quelques lectures d’ici la prochaine publication des Chroniques Iniques :

  3 commentaires à “Les Chroniques Iniques : Comment éviter de sombrer dans l’empathie”

  1. J’ai trop bien aimé ce billet là.
    Serait-ce parce qu’il résonne (zaune, zaune, …) davantage que les autres ?

  2.  » je me dis que pour l’empathie, j’ai pas le cul sorti des ronces ! » J’adore la phrase.
    Ce billet est excellent !!!

  3. Article très interessant, merci pour le partage

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