Oct 272013
 

Les chercheurs de l’Institut de Paléographie Managériale nous livrent cette semaine une traduction qui ne fait pas l’unanimité entre eux. Le texte, codé de façon étrange, donne lieu à plusieurs interprétations possibles et équiprobables.  « Nous on sait ce qu’on en dit » disent-ils« à nos lecteurs de faire leur propre opinion ! ». Ce à quoi ils ajoutent : « On a toujours fait comme ça (ils parlent de leur gestion de projet), c’est pas des textes anciens venus du futur qui vont nous apprendre le métier ! »  Quoi que… Voici ce fameux texte, au cas où :

« Que mes bougres sont pénibles ! Ils ne sont jamais contents ! Ils ne sont jamais assez nombreux, alors que les estimations faites en temps et heure montraient de façon très précise que l’équipe était suffisante en nombre pour mettre en œuvre des projets.

C’est vrai qu’il y a beaucoup de projets en ce moment et que nous traversons une période d’incertitude. Il y a beaucoup de changements en cours, et d’autres sont annoncés. D’autres enfin, sont devinés ou du moins les rumeurs vont bon train ! Alors, moi le chef de cette équipe, j’ai pris les choses en main. C’est mon rôle de leader : ne pas laisser mes troupes dans les marécages de l’incertain. Si nous ne connaissons pas le futur, alors décidons-le. J’ai organisé plusieurs réunions, une par projet, au cours desquelles j’ai demandé à mon équipe de structurer chaque projet. L’objectif était d’identifier toutes les actions à mener pour que le projet arrive à son terme dans les meilleures conditions. Ce qui fut fait, mes bougres sachant décrire parfaitement ce qu’il faudrait qu’il soit fait : ce sont des professionnels. Puis, afin d’enlever toute incertitude, j’ai fait en sorte que chacun de mes bougres soit affecté à des actions. Cela s’appelle allouer les ressources. Ce fut fait, même pour des actions qui se trouvent dans le futur, à plusieurs mois ou même plus d’un an d’ici ! Il faut dire, que moi, quand je décide, je décide ! Lorsque ce travail d’allocation fut terminé, tout le monde était content, ce qui montrait bien la pertinence de mon action de leader éclairé. Ils étaient même motivés mes bougres, au point que moi aussi j’y ai cru !

Tout le monde s’est mis à travailler dans l’enthousiasme et la confiance. Et puis un jour,  des imprévus ce sont manifestés : il fallait revoir tel  livrable, telle action ne donnait pas le résultat attendu ou encore tel nouveau projet arrivait comme un cheveu sur la soupe. El là, ce fut l’enfer, chacun de mes bougres s’accrochait aux actions qui lui étaient allouées comme à une bouée dans la tempête. Impossible de réagir, même à très court terme. Il nous fallait tout re-planifier, cela allait nous prendre des heures, alors que nous n’avions déjà pas le temps, car tout le monde avait déjà bien à faire : c’était nous qui l’avions décidé ! Mais alors, que je me disais, si c’est nous qui l’avions décidé, nous pouvons le défaire ! Mais que nenni, ces fourbes s’empêtraient dans la complexité et la mauvaise foi, tentant même de m’y entrainer. Heureusement je résistai et leur déléguai la résolution de ce problème en insistant sur les engagements que nous avions pris ensemble et qu’il s’agissait de tenir. Ils m’énervent, et je ne vois pas comment sortir de cette situation. Pourtant nous avions tout bien préparé sur le court comme sur le long terme. Chacun savait ce qu’il avait à faire pour l’année qui vient, donc chacun aurait du savoir être flexible et réactif. Mais ce n’est pas ce qui s’est produit, parfois je me dis que j’ai une équipe de « bras cassés ».

Alors bien sûr me direz-vous, il y a des illuminés pour dire que dans les périodes d’incertitude le premier réflexe est souvent d’essayer de mettre sous contrôle un horizon de temps de plus en plus grand, alors que la meilleure solution serait au contraire de réduire l’horizon de temps pour n’agir que dans des périodes où l’incertitude est faible. Ils disent que c’est comme l’image d’un randonneur : quand il marche sur un sol ferme (sans incertitude), il peut faire de grands pas et fixer son regard au loin, il peut même  à l’avance connaître le chemin qui le mènera à son but. Mais lorsque le randonneur aborde une grande étendue de marécages (grande incertitude) qu’il doit traverser, alors il raccourci le pas, il garde en tête sa destination mais ne progresse que lorsqu’il est sûr de son pas. Au besoin il s’aide d’un bâton pour sonder la fermeté de sol devant lui. On peut aisément imaginer ce qu’il lui arriverait si, en abordant le marécage, il décidait alors d’allonger le pas et de décider à l’avance par où il allait passer…

Ce que nous ne ferions pas en randonnée (du moins je l’espère), pourquoi le ferions-nous dans nos projets ? C’est encore un truc de skippies, je vous dis !

En fait, ils recommandent de ne pas allouer les ressources à l’avance, de ne pas tracer le détail d’un projet à l’avance ! Certes ils disent (ils ne sont pas fous ces fourbes) qu’il s’agit de bien savoir où on souhaite arriver, mais de ne pas en définir le chemin. Ils disent (çà me rend malade, on voit bien qu’ils n’ont aucun sens des réalités) que le chemin se dessine au fur et à mesure que nous progressons, en restant toujours dans un horizon de temps pendant lequel l’incertitude est gérable. J’ai essayé ce truc, eh bien moi qui avais l’habitude de planifier à 6 mois, voilà qu’en fait, si je prends en compte la durée pendant laquelle je peux raisonnablement anticiper les choses, il faudrait que je me contente d’un horizon de trois semaines ! Je dresse le plan de ce qu’il y a à faire pour les trois semaines qui viennent, pas plus et dans trois semaines, en fonction de ce qu’on a effectivement obtenu, on décide pour les trois semaines à venir avec toujours en ligne de mire le point d’arrivée. Mais alors, c’est le chaos ! Plus moyen d’allouer les ressources sur le long terme que je leur ai dit ! Ils m’ont rétorqué que c’était vrai, ils m’ont dit que le fait d’allouer les ressources sur le long terme revient à paralyser le système, à lui enlever sa réactivité. Ils ont insisté ces illuminés en me disant qu’allouer les ressources sur le long terme était très efficace lorsqu’il n’y avait pas d’incertitude, mais que le monde avait changé vers plus de réactivité et de connectivité et donc d’incertitude. Incroyable ! Parce que le monde change, il faudrait que je change ! Mais je ne sais pas comment faire ! Ils m’ont dit : « SCRUM , c’est facile, c’est agile, ose et, si besoin, adapte les principes de SCRUM à ton activité ! » Moi je veux bien, mais si je dis « SCRUM » à mon patron, je vais avoir l’air de quoi ? »

Les Chroniques Iniques, page 6, Joctembre 1664

Quelques lectures d’ici de prochaines publications de l’IPM :

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