Nov 172013
 

Voilà que les chercheurs de l’IPM se lâchent !  Après avoir révélé les pensées subversives présentées dans le parchemin électronique décrypté la semaine dernière, ils ont décidé de livrer sans plus commentaires (oscillant entre mauvaise foi et résignation) le contenu des dix tablettes d’argiles qui avaient résisté à leurs compétences depuis si longtemps. La clé de traduction a été apportée par un nouveau venu qui a posé, dès son arrivée, des questions vraiment stupides… enfin stupides a priori pour les chercheurs en place, dans le confort douillet de leur routine à la fois rassurante et stressante… en voici le contenu brut :

« En tant que leader, il est important de savoir susciter le changement, le vrai, en sachant très bien que la résistance au dit changement s’exprimera instantanément et qu’il sera alors du devoir du leader de combattre cette résistance par tous les moyens à sa disposition. Parfois, un bon leader a la chance d’avoir une bonne équipe. C’est mon cas : mes bougres me suivent aveuglément et se dépensent sans compter pour satisfaire les attentes que j’exprime pour leur bien, celui de l’entreprise et aussi le mien. Seulement voilà, ce ne sont que des bougres (c’est pour cela qu’ils ne sont pas chef) et malgré eux, ils résistent à tout changement, comme si cela était de l’ordre du réflexe plus que de la réflexion.

J’en veux pour preuve qu’ils ont énormément de difficultés à sortir des sentiers battus. A tout objectif que je formule,  les solutions qu’ils proposent sont toujours du même type, comme une routine. On a l’impression de changer, mais si on prend le temps de regarder en arrière, ce sont toujours les mêmes problèmes que nous résolvons, temporairement, avec le même genre de solutions. Ils n’arrivent pas à s’en sortir ces bougres.  Alors j’avais appris à les clarifier ces objectifs, à les préciser, à les rendre « SMART », mais cela n’a rien changé au fait que l’équipe continuait à tourner en rond. Alors des fourbes de l’équipe, sans doute influencés par quelque gourou pervers, m’avaient fait prendre conscience que certains objectifs sont beaucoup plus porteurs lorsqu’ils sont formulés sous forme de question, favorisant ainsi la réflexion de l’équipe et l’intelligence collective. J’ai essayé, c’était amusant au début. Je leur disais par exemple : « Comment améliorer nos rendements ? » ou bien « Comment réduire nos freintes sur la ligne de production X ? » ou encore « Comment améliorer l’efficacité de telle interface, entre R&D et Industriel, qui apporte son lot de problème ? ». Ils se sont prêtés au jeu mes bougres ! Ils ont même eu des idées ! La motivation était grande, certains m’ont même dit que c’était plus « sympa » qu’avec les objectifs de d’habitude ; je leur avais vite fait remarquer que nous ne cherchions pas à être « sympa » mais à être efficaces et professionnels, enfin surtout eux qui avaient une grande marge de progrès à couvrir. Et puis très vite, j’ai pu réaliser que rien n’avait changé : ils n’étaient pas plus innovants qu’avant. Certes il y avait des progrès, des améliorations mais c’était toujours un peu les mêmes. Certains problèmes continuaient à résister à leurs attaques pour les résoudre, et du coup, ces problèmes là avaient désormais le statut de « problème insoluble : il faudra donc faire avec ». Mes bougres baissaient les bras dans la résolution et passaient dans un mode de limitation de casse : « on fait au mieux » ou bien « en ce moment ça marche : pourvu que ça dure ! ». Pourtant, c’est une bonne équipe : c’est la mienne, je ne peux pas décemment être le chef d’une équipe de bras cassés… alors quoi ?! Jamais donc je n’arriverai à avoir une équipe qui change vraiment les choses ? Qui faudrait-il que j’embauche pour y arriver ? Plus d’experts techniques ? Plus je me pose de questions, plus je sens que je tourne en rond : peut-être n’y a-t-il pas de solution à mon problème : c’est ma croix, celle du leader, que je dois porter pour mon équipe, pour l’entreprise…

Alors bien sûr me direz-vous, il y a des gourous illuminés pour dire que la forme, la nature et le périmètre d’une question sont des éléments fondamentaux pour favoriser certains type de réflexions, plus propice à l’exploration de changements vrais : ceux qui changent le système lui-même, ceux qui changent les paradigmes. Ils disent que, de façon naturelle, nous sommes plus enclins à changer des choses à l’intérieur du système, plutôt qu’à faire changer le système lui-même (note des chercheurs de l’IPM : voir le document pré-iniquien sur le changement en cliquant ici).

Ils ajoutent, ces Skippies, qu’une bonne question trouve sa réponse en dehors du paradigme partagé par ceux à qui on pose la question, en challengeant les hypothèses non-dites. Je m’y suis exercé (en cachette, j’ai une réputation à tenir !). Par exemple, la question « Comment améliorer l’efficacité de l’interface entre R&D et Industriel ?», porte avec elle certaines hypothèses comme :

  • il faut une interface entre R&D et Industriel
  • c’est l’interface qui crée les problèmes
  • l’efficacité actuelle de l’interface est un problème

Alors je me suis dit : « et si je posais une question qui remets en question une de ces hypothèses ? » (ce qui en soit, parai-il, serait déjà une bonne question). Et le résultat a été surprenant pour moi ! J’arrivais à des questions qui me faisaient considérer le problème sous un tout autre angle ! Par exemple j’arrivai à des questions du style :

-à quoi ressemble une interface R&D/Industriel sans aucun problème ?
ou encore
-comment supprimer l’interface entre R&D et Industriel ? (c’est une de celles que je préfère, parce qu’elle me fait peur : elle doit sans doute me faire « sortir » de mon cadre habituel)
ou encore
-Comment faire pour que l’interface R&D / Industriel soit la solution aux problèmes rencontrés ? (celle-là aussi je l’aime bien)

L’effet sur moi fut double : à la fois un rejet (« c’est une question à la con » ) et une grande curiosité (« et si c’était possible ? ») et même, des idées commençaient à germer, des idées que je n’avais jamais osé avoir…

L’effet sur mon équipe fut le même et nous avons pu constater qu’un certain nombre d’idées émises (saugrenues, bien sûr) portaient les germes de solutions réalistes que nous n’avions jamais explorées : une brèche semblaient être ouverte, il ne tenaient qu’à nous de la traverser… En fin de compte, j’avais juste osé considérer que des certitudes pouvaient être challengées sans risque, du moment que ce n’était que pour favoriser des moments de réflexions et que « penser » n’est pas « faire ». J’avais juste osé formuler des questions dont la solution m’était vraiment inconnue, à la différence d’avant où, finalement, je posais toujours les mêmes questions… J’en ai même parlé à mon chef… Il n’est pas convaincu, je n’ai pas osé lui dire que, lui-aussi, ça fait 15 ans qu’il me pose les même questions… Il m’a même cité la fameuse phrase du professeur Stanislas Amadeus Fical : « C’était mieux avant…Surtout après Après… ». Bon, ben moi, j’ai toujours pas le cul sorti des ronces… mais j’ai trouvé des documents qui renseignent sur ce point, je vais les lire, je les cite en fin d’ouvrage».

Les Chroniques Iniques, pages en Do majeur 5° diminuée, Novembre 2013

Les documents cités dans cette traduction ont été retrouvés par les chercheurs de l’IPM qui vous les livrent (avec un profond dégout pour ces « fumages de cône » comme ils disent) ci-après :

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