Déc 152013
 

Concernant apparemment l’innovation de rupture, un nouvel enregistrement a été décrypté. Un nouveau dialogue entre le manager et son conseiller secret est en train d’être mis en lumière. Les chercheurs de l’Institut de Paléographie Managériale vous en livrent la première des trois parties :

« Chef : On en a gros ! On nous met la pression ! Voilà que le top management nous demande d’innover… Ben oui, on leur répond, c’est ce qu’on fait depuis vingt ans ! Mais non ! Ils disent que cette période est terminée, que le monde change et que nous devons produire de l’innovation de rupture ! Mais ça, c’est pas mon problème ! Moi, je ne suis pas en R&D…et l’innovation, la nouveauté, c’est le problème de la R&D !

Skippy : Si je comprends bien, vous dites que depuis vingt ans, vous n’avez rien apporté de nouveau dans votre activité…

C : Non, non ! Ce n’est pas ce que j’ai dit ! Bien sûr qu’on a apporté plein de changements, pensez ! On a introduit plein d’améliorations, au fil du temps, à nos procédés, à nos processus. Ce que je dis, c’est que la rupture, le nouveau produit, c’est la R&D.

S : Un peu comme si vous et vos équipiers ne pouviez pas avoir d’idées…

C : Mais on n’est pas payés pour avoir des idées ! On est payés pour fournir le service qu’on attend de nous : les producteurs produisent, les vendeurs vendent, les financiers comptent et les chercheurs cherchent : l’innovation, c’est la R&D !

S : Et si l’opportunité d’innover pour votre entreprise était offerte à tous ? Que se passerait-il si vous en aviez, avec vos équipes, des idées ? Que se passerait-il si vos idées étaient entendues ?

C : … ah ben… ça serait autre chose, parce que souvent, on voit bien ce qui cloche ! On a des idées, bien sûr ! Mais nous, on est là pour fournir, et je ne vois pas comment je pourrai faire pour que mon équipe donne des idées de rupture, on a pas les compétences.

S : En êtes-vous sûr ? Quelles sont pour vous les compétences utiles à l’innovation de rupture ?

C : Bah je sais pas moi… je dirai la créativité… En fait, j’vois pas bien de quoi vous parlez…

S : La créativité est un élément intéressant, mais pas indispensable. La créativité, c’est la capacité à générer des idées nouvelles. Il y a d’autres façons : on peut faire de la veille sur internet par exemple, on peut copier de bonnes idées, on peut discuter, partager. Souvent, la créativité est perçue comme une qualité innée. C’est vrai que cela arrive. Mais ce n’est pas systématique.

C : Vous voulez dire qu’on peut devenir créatif ?

S : Je maintiens que ce n’est pas indispensable. L’innovation de rupture est une forme de découverte. Et je dis qu’il y a, chez les gens qui sont « orientés découverte » cinq compétences clé. Ces gens là savent:

  • Associer  (le fait de connecter des domaines différents : lire « L’effet Medicis »),
  • Questionner (lire : l’art de poser des questions efficaces)
  • Observer comment les personnes utilisent ce qui est à  changer (je vous en parlerai plus tard)
  • Travailler en réseau pour chercher des associations (ça aussi, je vous en parlerai plus tard)
  • Prototyper pour tester leurs hypothèses (et puis ça aussi, ce sera pour plus tard)

C : Ah ben dites… j’ai des gars qui sont un peu comme çà dans l’équipe… mais en général ils perturbent plutôt qu’autre chose… Ce sont des fourbes à la solde des Skippies… Heu, pardon…désolé…

S : Pas de mal, et bien sûr ! Votre mission de fournisseur demande surtout à valoriser des compétences comme l’analyse, la planification, la mise en œuvre détaillée, l’autodiscipline…

C : Tout à fait, alors ce ne sont pas ces fourbes qui vont venir perturber mes bougres !

S : En fait ces fourbes pourraient bien vous être utiles dans le nouveau contexte d’innovation de rupture que semble imposer vos dirigeants

C : C’est pas faux…

S : il s’agit pour vous d’équilibrer la présence des différentes compétences, les « découvreurs » ont besoin des « fournisseurs » pour mettre en œuvre efficacement les idées et prototypes. Les « fournisseurs » ont besoin des « découvreurs » pour répondre à la stratégie de l’entreprise.

C : C’est pas faux, mais j’ai pas le cul sorti des ronces… Comment je vais organiser tout çà moi ?

S : Et si vous laissiez faire vos bougres ? Ils sont compétents, responsables, efficaces…

C : Comment çà, laissez faire ? Mais si je ne donne pas de règles, ça va être rapidement le chaos, l’anarchie, l’éparpillement façon puzzle ! Je m’appelle pas Raoul, moi !

S : Alors donnez leur du cadre ! C’est votre rôle. Fixez des règles et des challenges qui leur donnent une autonomie précise, la maitrise et l’accès aux compétences requises et le sens de qu’ils font. Souvenez-vous, on en a déjà parlé, ce sont les motivateurs intrinsèques (lire ici).

C : Ça veut dire qu’il faut leur donner du temps pour cela ?

S : Si j’ai bien compris, ne pas le faire serait aller contre la stratégie de l’entreprise. Par ailleurs, le temps requis n’est pas forcément long. Commencez petit, par exemple testez une séance avec un petit groupe et sur une demi- heure, pour générer des idées bizarres au sujet d’un problème ou d’un challenge particulier et voir ce que cela donne. L’important c’est de commencer et d’apprendre de l’expérience. Vous vous ferez alors votre propre idée.

C : Mais c’est presque un prototype çà ! Vous voulez me faire innover dans le management ?

S : Oui ! Pour donner du sens, dans votre invitation, expliquez à quel axe stratégique contribue cette séance. Par exemple, le développement de l’innovation de rupture.

C : Ah ben oui, ce serait plus clair parce que sinon…

S : Et pour faciliter la maitrise, invitez des personnes qui travaillent hors de votre service, de votre direction ou même de votre entreprise : vous élargirez alors le panel de compétences disponibles !

C : Hola, hola ! On va commencer petit vous avez dit. Oui, je comprends ce que vous voulez dire. Je vais inviter des gens de R&D pour commencer.

S : Et enfin pour mettre l’accent sur l’autonomie, expliquez que cette séance est facultative : viennent ceux qui en ont la disponibilité et l’envie !

C : Quoi ? Mais… je n’aurai personne ! Je vais passer pour un abruti !

S : Çà, vous n’en savez rien. C’est l’idée que vous vous en faites. Vous pouvez lancer cette invitation facultative, avec du sens, et observer combien répondront favorablement : alors, vous saurez vraiment. Vous aurez appris quelque chose et vous pourrez passer à l’étape suivante.

C : Ah bon ? Vous êtes sûr que c’est ça l’innovation ? En tout cas c’est sûr, pour moi c’est un sacré changement !

S : Peut-être n’en êtes vous pas capable, après tout… vous êtes un fournisseur…

C : Et pourquoi pas que j’innoverai ? Dites donc ! Moi aussi je peux avoir des idées et les tester : je vais commencer par celle-ci : une session de brainstorming facultative et avec des gens que je connais pas … je peux vous appeler après ? Parce que bon… c’est pas forcément évident…

S : Bien sûr, je suis à votre disposition

C : Mais attention ! On fait comme d’habitude : je ne vous connais pas, vous ne m’avez jamais vu… »

Les Chroniques Iniques, pages dites « du Skippy », Décembre

Le prochain enregistrement semble concerner les processus d’innovation de rupture, mais la traduction est encore incertaine. Il sera diffusé prochainement, d’ici là, quelques lectures recommandées :

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