Fév 042017
 


Avertissement

« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Le Chef réunissait son équipe régulièrement car c’est important de communiquer.
Il le disait d’ailleurs régulièrement à ses troupes : « Communiquez entre vous au quotidien, c’est le secret de la réussite ! »
Ce à quoi les équipiers du Chef s’exécutaient quand ils y pensaient, car cela pouvait compter dans leur évaluation annuelle.
L’équipe du Chef était nommée par le Chef « Le Comité de Direction », car il savait que cela plaisait à ses équipiers d’avoir ce sentiment d’appartenance aux étages de responsabilité de l’organigramme.
Et étant donné qu’il prônait une communication régulière et quotidienne au sein du Comité de Direction, le Chef convoquait deux types de réunions : une réunion hebdomadaire d’une à deux heures qu’il appelait « réunion opérationnelle » et une réunion mensuelle de 4 heures (parce qu’il fallait avoir le temps de communiquer) qu’il appelait « suivi de performance ».
La réunion opérationnelle était consacrée à la résolution des problèmes qui gênaient la performance des équipes sur le terrain, si possible loin géographiquement et bas dans la hiérarchie (par rapport au Chef, qui lui, est en haut de la hiérarchie). Dans cette réunion, hors de tout contexte opérationnel pratique, étaient prises des décisions importantes qui devaient être mises en oeuvre par ceux qui ne les avaient pas prises et qui étaient dans l’environnement réel du problème.
La réunion « suivi de performance », très importante, permettait de constater chaque mois que les décisions prises lors des réunions opérationnelles n’avaient pas les effets espérés sur le terrain, si toutefois elles en avait. Ce point très important permettait au Chef de blâmer ses équipiers et de lancer des reflexions profondes concernant les indicateurs qu’il faudrait modifier pour que les décisions du comité de direction soient enfin appliquées et efficaces.
Et comme cette difficulté apparaissait récurrente, le Chef insistait sur l’innovation. Si le Comité de Direction ne trouvait pas de solution, c’était parce qu’il n’était pas assez innovant. « Vous devez oser l’innovation ! » s’écriait le Chef en tapant sur la table, « car c’est la voie de notre succès, je compte sur vous ! »
Mais rien n’arrivait, le temps semblait tourner sur lui-même tant les réunions se ressemblaient dans leur apparente inefficacité sur le terrain.

Mais un jour, la réunion prit un tour différent. Un des équipiers du Comité de Direction émit une idée qui séduit immédiatement l’ensemble du groupe, Chef inclus. Cette idée ouvrait enfin des perspectives si motivantes que les personnes jubilaient autour de la table : c’était la solution aux problèmes récurrents qui empoisonnaient le Comité.
Certains exprimaient des projections futuristes « Vous vous rendez compte ? Si on y arrive, ça veut dire qu’un jour nous pourrons faire ceci ou cela dont nous n’aurions jamais osé rêver ! ». D’autres se félicitaient et élaboraient « Magnifique idée, vraiment et nous pourrions y ajouter ceci ou cela ! ». Le champ des possibilités potentiellement ouvertes par cette nouvelle idée grandissait, s’élargissait chaque seconde : l’idée prenait à chaque tour une puissance formidable.
Puis, soudain, quelqu’un dit (on ne se souvient plus qui) : « C’est vraiment une très belle opportunité, il ne faut surtout pas nous rater sur ce coup-là ! »
S’en est suivi alors une phase critique de la réunion, entre les membres du Comité de Direction :
« C’est vrai ! Ce serait vraiment dommage car nous avons là une occasion unique !
– Nous n’aurons pas une deuxième chance !
– Effectivement, si on se plante là dessus, on aurait vraiment l’air cons, car c’est quand même une idée qui sort de l’ordinaire…
– C’est pour ça qu’il faut qu’on soit vraiment tous d’accord avant de la mettre en place !
– Oui, et d’ailleurs il nous faut commencer par établir les étapes du projet, leurs durées estimées, les ressources nécessaires…
– Et puis la réunion de lancement, c’est très important, il faut faire part de notre idée aussi bien à nos dirigeants qu’à nos troupes et les convaincre que c’est la voie à suivre.
– OK, qui fait la présentation pour nos dirigeants ? »
À ce moment-là, quelques regards se tournent vers le Chef, qui semble réfléchir avant de dire :
« Je m’en charge, fournissez-moi les chiffres montrant que le bénéfice sera sonnant et trébuchant. En dessous de 7,4% d’amélioration de nos performances, ce n’est même pas la peine de commencer »
Quelqu’un prit alors la parole :
« Cette idée est vraiment originale ! Avant de parler de promesses chiffrées, je propose de tester cette idée, discrètement, afin d’en montrer tout le potentiel. S’il est là, on y va, s’il n’est pas là, on n’y va pas »
Les réponses furent très rapides :
« Mais on n’a pas que ça à faire ! »
« Et si on se plante alors qu’on n’a pas demandé la permission, je vous explique pas le reste ! »
« En tout cas, comptez pas sur mes ressources pour vos expériences de professeur Tournesol »
« C’est vrai, à tout considérer, cette idée n’est pas vraiment de notre ressort, elle est limite provocante tant elle est différente de d’habitude. »
« Justement ! S’écria celui qui avait proposé de faire des tests. C’est parce qu’on n’y connait rien qu’il nous faut essayer ! »
« Ca suffit ! Stoppa le Chef. Nous sommes payés pour résoudre les problèmes et nous le faisons bien parce que nous savons ce que nous faisons ! Nous ne sommes pas payés pour ne pas savoir ! Ca nous aura fait du bien de rêver autour de cette idée et maintenant il s’agit de revenir dans le monde réel : qui a une autre idée, mais une vraie cette fois, une qui soit réalisable ? »

À l’issue de la réunion, dans le couloir, certains vinrent voir le Chef :
« Vous avez eu raison de stopper ce rêve absurde, c’est ce que je pensais depuis le début. Vous êtes fort Chef !
– Merci, vous êtes vraiment un bon Bougre, vous savez ce qui est bon pour nous et votre dévotion à votre Ch… à votre entreprise est à l’image de votre carrière future.»
D’autres discutaient entre eux, créant une autre réunion et un bouchon dans le couloir :
« Dis donc, et l’autre qui voulait nous faire essayer des trucs en cachette ! C’est vraiment comme s’il cherchait à déstabiliser l’équipe !
– Et déstabiliser le Chef aussi !
– Et l’entreprise est à risque avec des gens comme çà, ce sont vraiment des Fourbes dont il faut nous méfier à l’avenir !
– En tout cas, c’était une bonne réunion et le débat que nous avons eu nous a permis de sauver l’entreprise d’une aventure périlleuse!
– On va manger ? »

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  2 commentaires à “Les Contes de la Connerie Collective (1) : Création”

  1. Oh la la …. que de …mauvais… souvenirs de la bougresse que j’étais !
    Dis donc, il est long à lire cet article, un peu comme ces réunions interminables que tu décris.
    L’ambiance plombée et « c’est pas possible » est parfaite!
    Tu nous en fais sortir quand ????

    rires…

    • Tout change ! Ce sont maintenant des Contes, je ne suis pas sûr qu’il y ait une sortie… à moins qu’elle ne soit dissimulée et répartie au sein chaque conte !

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