Fév 112017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Le mois dernier, un membre du Comité de Direction prit la parole lors de la réunion mensuelle de suivi de performance :
« Une personne de mon équipe m’a présenté l’idée qu’elle avait pour améliorer la performance de notre activité. Au début, l’idée m’a paru bizarre (il faut dire que la personne aussi est un peu particulière…) mais au bout du bout, je me suis dit que c’était peut-être pas idiot. Du coup, je vous propose de l’inviter le mois prochain à présenter son idée au Comité de Direction, car je pense que nous pourrions en faire quelque chose, de cette idée. »
« Si ça vous semble pertinent …» répondit le Chef
« D’autant que nous prônons haut et fort notre incitation à innover auprès de nos troupes ! renchérit celui qui récemment acquit le surnom de « le Fourbe »,
– C’est vrai et ça ne mange pas de pain… mais pas plus d’une heure, hein ? rétorqua le Chef qui lui est bien conscient du temps qu’il faut pour communiquer, et puis, qu’il soit clair et concis ! Quelques slides, pas plus !
– Pourquoi des slides ? Il peut venir pour partager simplement ! » demanda le Fourbe.
Les réponses fusèrent.
« Mais parce que c’est l’unique moyen de bien communiquer ! »
« C’est vrai, au moins comme ça on verra de quoi il parle ! »
« Et puis on a toujours fait comme ça, ça marche alors on ne va pas changer ce qui marche juste pour changer ! »
Un débat s’en suivi d’une part sur les vertus de PowerPoint et d’autre part sur le changement, sa nécessité, sa présence constante (« tout change, sauf le changement » se plait à rappeler constamment le Chef).
Après 45 minutes de ce débat, le Chef conclut :
« Eh bien qu’il vienne, et nous verrons bien ! Après tout nous sommes ouverts à toute opportunité de faire mieux ! Invitez-le pour le suivi de performance du mois prochain !»
Lors de la réunion suivante, le salarié invité vint présenter son idée. Il avait conçu un PowerPoint, riche en détails, en chiffres et projections en tous genres, au sein desquelles on pouvait deviner l’idée qu’il proposait.
Le Comité de Direction fut séduit très rapidement, l’idée était géniale, mais surtout il ne fallait pas le montrer au salarié, car aucune décision n’était encore prise et il ne fallait pas s’engager à la légère.
Après moult questions sur des détails des conséquences qu’aurait la mise en place de l’idée dans les trois prochaines années, auxquelles le salarié tentait de répondre avec assurance, montrant à chaque fois un peu plus son incompétence crasse à lire l’avenir et confirmant sa place en tant que salarié et non en tant que membre du Comité de Direction, ledit salarié fut remercié chaleureusement par le Comité :
« Merci beaucoup, nous allons maintenant délibérer et décider du futur de votre idée. Votre Chef reviendra vers vous dès que possible, d’ici un mois pour vous donner notre décision. »
Le salarié sortit, ravi d’avoir été entendu et que son idée fasse l’objet d’un intérêt pour les membres du Comité.
Une fois à nouveau entre eux, l’un d’eux prit la parole :
« Il faut d’abord savoir ce qu’en pensent les Dirigeants ! »
Le Chef s’adressa au patron du salarié :
« Je m’en charge, fournissez-moi les chiffres montrant que le bénéfice sera sonnant et trébuchant. En dessous de 7,4% d’amélioration de nos performances, ce n’est même pas la peine de commencer »
Le Fourbe prit alors la parole :
« Cette idée est vraiment originale ! Avant de parler de promesses chiffrées, je propose de tester cette idée, discrètement, afin d’en montrer tout le potentiel. S’il est là, on y va, s’il n’est pas là, on n’y va pas »
Les réponses furent très rapides :
« Mais on n’a pas que ça à faire ! »
« Et si on se plante alors qu’on n’a pas demandé la permission, je vous explique pas le reste ! »
« En tout cas, comptez pas sur mes ressources pour vos expériences de professeur Tournesol »
« C’est vrai, à tout considérer, cette idée n’est pas vraiment de notre ressort, elle est limite provocante tant elle est différente de d’habitude. »
« Justement ! S’écria le Fourbe. C’est parce qu’on n’y connait rien qu’il nous faut essayer !
– Ça suffit ! stoppa le Chef. Nous sommes payés pour résoudre les problèmes et nous le faisons bien parce que nous savons ce que nous faisons ! Nous ne sommes pas payés pour ne pas savoir ! Ça nous aura fait du bien de rêver autour de cette idée et maintenant il s’agit de revenir dans le monde réel : qui a une autre idée, mais une vraie cette fois, une qui soit réalisable ? »

À l’issue de la réunion, dans le couloir, certains vinrent voir le Chef :
« Vous avez eu raison de stopper ce rêve absurde, c’est ce que je pensais depuis le début. Vous êtes fort Chef !
– Merci, vous êtes vraiment un bon Bougre, vous savez ce qui est bon pour nous et votre dévotion à votre Ch… à votre entreprise est à l’image de votre carrière future »
D’autres discutaient entre eux, créant une autre réunion et un bouchon dans le couloir :
« Dis donc, et l’autre qui voulait nous faire essayer des trucs en cachette ! C’est vraiment comme s’il cherchait à déstabiliser l’équipe !
– Et déstabiliser le Chef aussi ! »
– Et l’entreprise est à risque avec des gens comme çà, ce sont vraiment des Fourbes dont il faut nous méfier à l’avenir !
– En tout cas, c’était une bonne réunion et le débat que nous avons eu nous a permis de sauver l’entreprise d’une aventure périlleuse!
– On va manger ? »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Les Contes de la Connerie Collective

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