Fév 182017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

La semaine dernière, lors de la réunion opérationnelle hebdomadaire, le Chef prit une décision importante : le lancement d’un projet d’innovation que lui avaient imposé les Dirigeants. Le Comité de Direction fut partagé entre l’enthousiasme et la crainte. Il s’agissait du premier projet qui soit vraiment d’innovation, dans le sens où il ne consistait pas en améliorer l’existant, mais en proposer de nouvelles solutions qui n’existaient pas encore dans l’entreprise.
Les membres du Comité de direction accueillirent cette nouvelle essentiellement par des questions car si le Chef prenait cette décision, c’était forcément parce qu’il avait la solution.
« C’est vraiment très intéressant ! fit l’un d’entre eux, par quoi commencerons-nous ? »
Ce à quoi le Chef tenta de répondre pour maintenir sa position de Chef :
« Nous commencerons par le début, car c’est ce que préconisent tous les traités sur l’innovation. Il importe que nous suivions un processus défini et régulé par des réunions d’étapes régulières. Notre devoir est de réussir et donc nous suivrons ce processus de A jusqu’à Z sans jamais nous retourner. »
Un autre réagit aussitôt :
« Qui dit processus dit ressource, il nous faut alors définir précisément l’objectif à atteindre, ce qui nous permettra d’en déduire le plan d’action et donc les ressources nécessaires à chaque étape »
Cette réflexion obtint l’approbation de l’ensemble du Comité à l’exception du Fourbe :
« Ce serait le cas, si nous avions la connaissance de ce que nous cherchons et surtout de comment l’obtenir…
– Mais c’est le cas ! Sinon la direction ne nous confierait pas ce projet, c’est bien parce que les dirigeants reconnaissent en nous l’expertise et l’expérience qui sont les nôtres qu’ils nous confient cette tâche !
– Ce que je veux dire, rétorqua le Fourbe, c’est que dans ce cas précis, il y a plus d’incertitude que de connaissance dans ce projet et que du coup nous ne pourrons pas nous projeter à long terme comme d’habitude »
Le Chef interrompit la conversation :
« Les Dirigeants ne nous demandent pas d’être innovants sur nos méthodes, mais sur ce projet, et c’est ce que nous ferons ! »
La réunion se termina pratiquement là-dessus, chacun se congratulant d’être l’équipe innovante de pointe de l’entreprise.
Lors de la réunion suivante, les premières difficultés, inattendues, se révélèrent . Tous les membres du Comité de Direction, sauf un, avaient engagé d’eux-mêmes des actions visant à avancer sur le projet d’innovation. Certains avaient communiqué entre eux, car c’est ce que le Chef demandait. D’autres avaient avancé seuls, montrant ainsi leur autonomie et engagement. L’idée initiale était devenue un imbroglio de tâches, de sous-projets, inter-reliés ou non. L’enthousiasme était grand, aussi grand que le chaos résultant. Le chaos était à la mesure du nombre d’opinions, compréhensions et interprétations différentes de l’innovation recherchée.
Le Chef se sentit pris au dépourvu et surtout ne voulait pas démotiver son équipe qu’il reconnaissait à peine. Il congratula chacun pour son engagement tout en les invitant à structurer leurs efforts.
« Nous devons maintenant faire tenir tout ce que vous avez fait dans notre processus d’innovation. La complexité de la tâche montre bien l’importance de l’enjeu. Nous allons donc dédier une ressource à plein temps pour intégrer les différents plannings dans le processus. »
« Excellent ! C’est effectivement indispensable d’avoir un gestionnaire d’intégration des sous-projets en projet, on l’appellerait le GISPEP. »
« Le GISPEP ? »
« Oui, le Gestionnaire d’Intégration des Sous-Projets En Projet,  le GISPEP. »
« Parfait ! S’exclama le Chef, clairement nous avançons ! »
Puis il se tourna vers le seul membre du Comité de Direction qui n’avait pas agi, il s’agissait bien sûr du Fourbe :
« Et vous ? Vous n’êtes pas intéressé par cette aventure ?
– Ah si ! répondit le Fourbe, elle me passionne et je me dis que vu la diversité des points de vue et actions, il serait intéressant de préciser l’intention de notre projet : que cherchons-nous à créer en terme d’utilité par exemple ou de valeur ? »
Un éclat de rire général secoua le groupe
« Vous n’avez donc rien compris ! » S’exclama l’un d’eux « ce qui compte, c’est d’avancer, pas de gamberger sur les détails. Le Chef nous a donné une direction et une directive : on fonce »
Le Fourbe fit une tentative :
« Pour autant, nous sommes en train de nous concentrer sur autant de projets qu’il y a de personnes, au moins pourrions-nous en retirer la perception commune, leurs liens, complémentarité. Quelles hypothèses sont-ils en train d’explorer ?
– Bon cela suffit, coupa le Chef, au lieu de nous faire perdre notre temps, je vous recommande de revenir la semaine prochaine avec la démonstration que vous contribuez vraiment à cette innovation ! »
L’approbation unanime à cette interruption invita le Fourbe à se taire en s’adossant à son fauteuil de membre du Comité de Direction.
« Chef, j’ai fait une maquette de ce que pourrait être ma solution, j’ai pris sur mon temps libre le weekend dernier. On pourrait l’exposer dans une salle pour que les gens voient qu’on avance et qu’on est innovants »
« Excellente initiative ! répondit le Chef en regardant le Fourbe, trouvez une salle disponible pour en faire une exposition.
– Ben c’est ça le problème, toutes les salles de réunion sont prises, la seule qui reste libre est la pire de toute : il n’y a pas de vidéo-projecteur »
À cette nouvelle, l’enthousiasme du Comité baissa.
« C’est un sacré problème cette saturation des salles de réunion…
– Et quand je pense que toutes ne sont pas équipées »
S’en suivit un débat sur le caractère indispensable de bonnes salles de réunion à la performance de l’entreprise, doublé d’un débat d’information sur les nouveaux vidéo-projecteurs.
Quarante-cinq minutes plus tard, le Fourbe tenta un retour:
« Mais en fait, on se fiche du décor, ce qui compte pour vous c’est de la montrer cette maquette, ce serait aussi  la possibilité d’inviter d’autres personnes à nous donner des idées…
– Mais vous n’y êtes pas du tout ! Le décorum, l’ambiance sont des atouts primordiaux pour la communication !
– Et puis il est hors de question que je montre ma maquette dans un lieu inapproprié !
– Et surtout c’est notre projet ! Pourquoi demander leur avis à d’autres ? Ça reviendrait à dire qu’on sait pas où on veut aller ! Pas question ! »
Le Chef alors trancha comme il savait le faire :
« Très bien ! Nous n’exposerons la maquette que lorsque nous aurons trouvé ou un lieu existant disponible, ou un budget permettant de louer un lieu digne de ce nom. De plus, il s’agit de notre projet, nous demanderons leur avis aux autres lorsqu’il sera terminé, peaufiné et vendable, j’ai dit! »
La réunion se termina ainsi, avec des sourires entendus partagés… sauf un.
À l’issue de la réunion, dans le couloir, certains vinrent voir le Chef :
« Vous avez eu raison de stopper les élucubrations du Fourbe, c’est ce que je pensais depuis le début. Vous êtes fort Chef ! »
« Merci, vous êtes vraiment un bon Bougre, vous savez ce qui est bon pour nous et votre dévotion à votre Ch… à votre entreprise est à l’image de votre carrière future »
D’autres discutaient entre eux, créant une autre réunion et un bouchon dans le couloir :
« Dis donc, et l’autre qui voulait nous faire essayer des trucs comme si on y connaissait rien ! C’est vraiment comme s’il cherchait à déstabiliser l’équipe ! »
« Et déstabiliser le Chef aussi ! »
« Et l’entreprise est à risque avec des gens comme çà, ce sont vraiment des Fourbes dont il faut nous méfier à l’avenir ! «
« En tout cas, c’était une bonne réunion et le débat que nous avons eu nous a permis de sauver l’entreprise d’une aventure périlleuse! »
« On va manger ? »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

La semaine prochaine : « Il y aurait un stagiaire en alternance chez un des membres du Comité de Direction, il fait un Master en Agilité et tiendrait des propos révolutionnaires… mais ça c’est une autre histoire ! »

Lien vers le Glossaire Inique

Lien vers la Table des Matières

Lien vers la Bibliographie

 Laisser un commentaire

(oblligatoire)

(obligatoire, n'apparaîtra pas sur le blog)

lectures d un mamnager-coach - www.olivierlecointre.fr - tous droits réservés