Mar 112017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Le Chef, lors de la dernière réunion, avait pris la décision de proposer aux Dirigeants de stopper le projet. Son argument principal était que l’incertitude liée au projet en constituait le risque majeur et que poursuivre eût été une erreur.
Il présenta alors sa proposition lors d’une réunion du Comité Exécutif. Le Comité Exécutif, en quelque sorte, était le Comité de Direction des Comités de Direction. Du coup, les réunions étaient très longues, car il y avait beaucoup de décisions très importantes à prendre à partir de données consolidées collectées dans les nombreux rapports mensuels, trimestriels, semestriels et annuels.  Le tout afin de les communiquer, ces décisions, aux différents Comités de Direction, qui en feraient bien ce qu’il pourraient.
Le Chef, après avoir présenté sa proposition de stopper le projet, reçut un accueil plus que mitigé. Pourtant, sa présentation PowerPoint était parfaite :
✓    pas moins de vingt slides,
✓    des tableaux de chiffres à chaque page, montrant à la fois la complexité et la précision des  projections,
✓    et surtout des bullet points, plein, qui permettaient de structurer des pages de texte (police verdana 10, conforme à la charte de communication), donnant ainsi de quoi lire aux membres du Comité Exécutif que le discours du Chef n’intéressait pas.
Il avait également lu consciencieusement l’écran afin de ne pas être pris en défaut sur une improvisation malheureuse.
A l’issue de la présentation, après quelques questions, un des membres du Comité Exécutif exprima au Chef son mécontentement et lui indiqua que si le Chef ne se sentait pas capable de mener à bien ce projet aussi innovant que stratégique, le Comité le confierait à un autre Directeur, plus compétent.
Le Chef se défendit en expliquant que lui s’en sortirait très bien mais que son équipe n’était pas forcément à la hauteur et que c’était pour lui une forme de double peine. Le Comité Exécutif lui laissa une dernière chance, en lui expliquant que l’arrêt de ce projet n’était pas une option.
La réunion se termina là-dessus, le Chef sortit avec un poids certain sur les épaules. Il fallait qu’il s’en décharge le plus vite possible, le mieux était de convoquer son équipe, ce qu’il fit dans l’instant.
Vingt minutes plus tard, les membres du Comité de Direction étaient tous réunis autour de la table de la salle de réunion.
« Messieurs ! Je reviens de la réunion du Comité Exécutif et nous allons devoir nous battre ! Après mûre reflexion, suite à notre dernière réunion, j’avais choisi de présenter au Comité Exécutif une image objective de notre projet. Les membres du Comité ont été impressionnés par le côté risqué du projet et ils souhaitaient quasiment l’arrêter. À ce moment, j’ai senti que j’avais foi en ce projet et surtout en notre équipe, je leur ai donc dit que j’étais prêt à relever ce défi et surtout avec vous car nous étions les seuls à pouvoir réussir… Ils ont accepté, mais attention, ils ne nous rateront pas ! Je compte donc sur vous pour faire beaucoup mieux que votre performance passée ! »
Les membres du Comité de Direction se regardèrent, à la foi investis d’une mission toute à leur honneur et remplis d’une peur certaine, car eux savaient les premiers résultats obtenus.
« Alors ? Où en sommes-nous ? Qu’avez-vous obtenu ? Que proposez-vous ?
-Eh bien, répondit une des Bougres dont l’équipe travaillait sur un des ensembles de tests les plus avancés, on a les premiers résultats et ce n’est pas tout à fait ce qu’on attendait…
-Quoi ? On est plantés ? s’inquiéta le Chef
-Non ! Pas plantés, c’est juste qu’on est surpris par les résultats, notre première piste n’a pas l’air d’être aussi prometteuse qu’espéré.
-Activez les autres pistes alors !
-On y travaille, c’est en cours
-Le problème, c’est surtout pour nos Bougres respectifs, lâcha un autre Bougre
-Qu’est-ce qu’il se passe ? répondit le Chef
-Eh bien, les autres ont tendance à se foutre d’eux…
-Comment ça ?
-On est les farfelus qui travaillent sur le projet débile
-C’est tout à fait ça ! renchérit un autre Bougre, personne comprend ce qu’on fait et certains disent même qu’on nous a confié ce projet parce qu’il fallait bien nous occuper ! Du coup, c’est même parfois difficile de trouver des gens qui nous aident dans les autres fonctions…
-QUOI ? s’étrangla le Chef, non mais attendez, il nous faut réagir, ça va pas se passer comme ça, on va frapper un grand coup !
-Peut-être pas, risqua le Fourbe, c’est une caractéristique connue des projets très innovants, en période de très grande incertitude, que de paraitre ridicules à ceux qui en sont spectateurs.
-Mais il n’est pas question un instant que je sois ridicule ! répliqua le Chef
-Ce n’est pas vous, mais l’idée du projet qui parait ridicule, c’est un signe que nous sommes potentiellement sur une innovation de rupture. »
Un autre Bougre prit la parole :
« On voit bien que ce n’est pas vous qui êtes moqué par les autres ! Ce n’est pas le projet qui les fait rire, c’est nous !
-Je vais stopper ceci immédiatement, lâcha le Chef entre ses dents, eux aussi ont des failles et nous allons leur en mettre plein la gueule !
-À votre place, je choisirais une autre stratégie, dit le Fourbe, les attaquer ne ferait que durcir la situation ou pire, leur confirmerait que leurs attaques sont justifiées. En fait, c’est juste parce qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent. Je proposerais plutôt de regarder les choses de loin, de respecter nos détracteurs en leur apportant plus d’information sur l’intention du projet, les valeurs potentielles recherchées, les pépites trouvées dès que nous en aurons trouvées…
-Alors vous vraiment, je ne vous ai rien demandé ! Je ne vais pas me laisser marcher sur les pieds et ce ne sont pas vos pépites à la con qui vont y changer quelque chose… et puis arrêtez avec votre jargon, on n’y comprend rien ! »
Le Fourbe s’adossa dans son fauteuil, préférant le retrait à la confrontation.
« Ma décision est prise, reprit le Chef, fournissez-moi tout ce que vous avez qui nous aidera à nous défendre et rappelez-vous, la meilleur défense, c’est l’attaque ! J’attends vos éléments sur mon bureau ce soir. »
La réunion se termina là-dessus, à la satisfaction générale sauf un.

À l’issue de la réunion, dans le couloir, certains vinrent voir le Chef :
« Vous avez raison Chef, il faut contre-attaquer, c’est ce que je pensais depuis le début. Vous êtes fort Chef ! »
« Merci, vous êtes vraiment un bon Bougre, vous savez ce qui est bon pour nous et votre dévotion à votre Ch… à votre entreprise est à l’image de votre carrière future »
D’autres discutaient entre eux, créant une autre réunion et un bouchon dans le couloir :
« Dis donc, et l’autre qui voulait nous faire passer pour des cons et des trouillards ! C’est vraiment comme s’il cherchait à déstabiliser l’équipe ! »
« Et déstabiliser le Chef aussi ! »
« Et l’entreprise est à risque avec des gens comme çà, ce sont vraiment des Fourbes dont il faut nous méfier à l’avenir ! «
« En tout cas, c’était une bonne réunion et on va leur en faire baver, il fallait pas nous chercher ! »
« On va manger ? Y a quoi le vendredi ? »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Sur le terrain, le projet avance mais les compétences et les ressources manquent… Mais ça c’est une autre histoire ! »

Les Contes de la Connerie Collective

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