Mar 182017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

La dernière réunion « Suivi de Performance » fut très animée : le projet d’innovation ne semblait avoir que des indicateurs au rouge. Que ce soit sur la NPV (Net Present Value), sur le ROI (Return on Investment), sur l’OTIF (On Time In Full), rien n’allait correctement. Le Chef en était très en colère :
« Mais c’est incroyable ! Vous n’avez aucune maitrise de ce que vous faites ! Nous sommes les premiers à explorer un tel projet, j’en attends donc quelque chose de mirobolant car nous ouvrons des territoires entiers d’innovation, et qu’est-ce que dit l’indicateur ? C’est presque négatif ! Vous êtes en train de me dire qu’on devrait perdre de l’argent ?
-Non, enfin oui Chef… tenta un Bougre, en fait on a du mal à nous prononcer sur des chiffres…
-C’est bien ce que je dis : vous ne maitrisez pas votre sujet !
-Ce n’est pas ça, s’essaya une autre Bougre, sur le terrain, les équipes avancent et les hypothèses se précisent, mais il y a tellement de possibilités  qu’un seul scénario est difficile à construire…
-Eh bien, construisez-en plusieurs, comme ça on pourra les comparer et je vous dirai quoi faire !
-Ca ne fonctionne pas comme ça, intervint le Fourbe, dans les projets d’innovation de rupture. Leur première caractéristique est l’incertitude prédominante. Or, notre activité habituelle est située dans un domaine où l’incertitude peut être présente, mais de façon réduite. Du coup, nous pilotons notre activité avec des indicateurs construits avec l’hypothèse de base que nos connaissances excèdent nos incertitudes, c’est ce qui fait qu’ils ne marchent pas pour ce projet. Vous pouvez tous les tester, ils ne marcheront pas…
-Et quoi alors ? On pilote pas le projet ? Je suis payé pour reporter aux Dirigeants les progrès et surtout les promesses de gains, de retour sur investissement et ce en maitrisant les risques liés au projet. Je constate que vous êtes incapables de me fournir ces informations, c’est tout.
-Et si nous proposions d’autres informations à nos Dirigeants ? Le projet avance bien, les explorations apportent chaque semaine leur lot de connaissances nouvelles, ce qui renforce à chaque fois la motivation des équipes. La connaissance, en territoire d’incertitude est une valeur comme une autre…
-OK, OK, OK… interrompit le Chef, c’est reparti pour la théorie… je vous demande des chiffres, des projections, du concret quoi ! Vous dites que le projet avance bien, eh bien faites-le aller plus vite !
-Justement Chef, se lança un Bougre, nous avons identifié des zones d’incertitude où clairement nous n’avons pas de compétences dans l’équipe, il nous faudrait des ressources extérieures pour nous faire gagner du temps…
-Et puis aussi, il nous faudrait plus de monde pour mener à bien les explorations, on sent qu’on est pas loin mais on peut pas être au four et au moulin, surtout avec la préparation du budget annuel… »
Un autre Bougre se lâcha :
« D’ailleurs, nous n’avons pas de réponse aux demandes d’intérimaires que nous vous avons fait passer le mois dernier…
-Parce que vous croyez que je fais ce que je veux quand il s’agit d’embaucher ? Interrompit le Chef, ce n’est pas moi qui décide… enfin si mais il faut que nos Dirigeants soient d’accord…
-Mais en début d’année, nos Dirigeants ont annoncé qu’ils lançaient un grand programme d’  « empowerment » des employés de façon à nous responsabiliser et à libérer le potentiel d’initiatives de l’entreprise, risqua une Bougre, et puis vous aviez dit qu’on avait toute délégation de leur part pour conduire ce projet très innovant…
-Ce n’est pas aussi simple, soupira le Chef, nos Dirigeants souhaitent être informés en temps réel et connaitre les décisions qui sont en passe d’être prises et pour cela, j’ai des nouveaux rapports à fournir, et lorsque le rapport est accepté, je peux prendre les décisions en question…
-Ca veut dire qu’on n’est pas sûrs d’avoir les ressources qu’on demande ? reprit la Bougre, alors comment on fait pour avancer ?
-Fournissez-moi des faits tangibles, des projections claires qui montrent bien que l’investissement dans de nouvelles ressources sera payant ! répondit le Chef en se redressant.
-On pourrait faire appel à des consultants, les Dirigeants aiment bien car souvent ça les rassure de savoir que le savoir vient de l’extérieur, surtout sur ce qu’ils considèrent être des changements, proposa un Bougre
-Ah oui, ils travaillent toujours avec les mêmes, on pourrait proposer de travailler avec eux, renchérit un autre Bougre
-Mais enfin, ce sont des consultants en stratégie, ils ne sont pas du tout spécialisés en innovation de rupture, précisa le Fourbe que la conversation commençait à irriter
-Ce n’est pas grave ! Ce qui compte c’est d’avoir les ressources, charge à eux de nous conseiller correctement s’ils acceptent !
-Il y a une autre solution, reprit le Fourbe, c’est d’offrir la possibilité à tous ceux dans l’entreprise qui sont intéressés et motivés par ce projet, de nous rejoindre, à la hauteur de leur disponibilité : on pourrait les coopter en quelque sorte…
-Parce que vous croyez qu’ils n’ont que ça à foutre ! s’imposa le Chef, vous  pensez vraiment que les gens vont vous dire : « ah ben c’est vrai, je m’ennuyais en ce moment, je rejoins votre projet ! »
-On pourrait par exemple leur montrer à quel point ce projet nous passionne, toute la richesse en opportunités qu’il contient et ainsi susciter des vocations… insista le Fourbe
-Mais les gens n’ont pas le temps ! s’exclama un Bougre ou alors un quart d’heure par ci par là !
-Eh bien voyons ce qu’ils pourraient nous apporter pendant ce quart d’heure, ce sera toujours ça de gagné et en cumulant les quart d’heures, nous obtiendrons des heures ! répondit le Fourbe
-Bon ça suffit avec vos délires, c’est peut-être possible dans votre monde, mais dans le nôtre, c’est du fantasme ! J’imagine bien la tête des autres Chefs apprenant que leurs gars viennent passer du temps chez nous au lieu de parfaire ce qu’ils sont payés pour fournir… Vous tous, apportez-moi des chiffres, des projections, n’importe, pourvu que je puisse en faire un rapport pour recruter le consultant des Dirigeants… en plus ça leur montrera qu’on sait utiliser les ressources déjà disponibles dans la société ! »
La réunion prit fin à la satisfaction générale sauf un.
À l’issue de la réunion, dans le couloir, certains vinrent voir le Chef :
« Vous avez raison Chef, il nous faut un regard extérieur avec des consultants, c’est ce que je pensais depuis le début. Vous êtes fort Chef ! »
« Merci, vous êtes vraiment un bon Bougre, vous savez ce qui est bon pour nous et votre dévotion à votre Ch… à votre entreprise est à l’image de votre carrière future »
D’autres discutaient entre eux, créant une autre réunion et un bouchon dans le couloir :
« Dis donc, et l’autre qui voulait piquer des ressources aux autres! C’est vraiment comme s’il cherchait à déstabiliser l’entreprise ! »
« Et déstabiliser le Chef aussi ! »
« Et travailler quart d’heure par quart d’heure, vous vous rendez compte la gestion des ressources et des budgets ? Incroyable qu’il est ce Fourbe ! «
« En tout cas, c’était une bonne réunion et le projet est en de bonnes mains maintenant ! »
« On va manger ? C’est tartiflette au saumon aujourd’hui !»

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Les Dirigeants semblent avoir entendu le Chef et le projet serait sur un nouveau départ, à moins que… mais ça, c’est une autre histoire ! »

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