Avr 292017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

« Messieurs, nous progressons ! » C’est ainsi que le Chef ouvrit la réunion opérationnelle de la semaine.
« Les Dirigeants ont fini par comprendre que nous avons besoin de ressources et ont défini une nouvelle organisation… je vous annonce en avant première qu’une annonce sera faite, dans les heures qui viennent, à ce sujet !
-Que va-t-elle annoncer cette annonce ? demanda un des Bougres
-Je ne peux pas vous le dire, répondit le Chef, le Service de Communication nous a demandé de vous informer qu’une annonce sera faite dans les heures qui viennent…
-Mais vous avez dit que c’est au sujet d’une nouvelle organisation…
-J’ai dit qu’une annonce va être faite ! C’est tout ! Et c’est très important car ainsi vous avez une longueur d’avance sur vos Bougres : vous savez qu’une annonce va être faite !
-Quelle est l’utilité pour nous de cette information ? risqua le Bougre au Stagiaire,
-Eh bien de vous donner une longueur d’avance ! Vous avez une information que n’ont pas vos Bougres, c’est quand même précieux ! Savoir c’est Pouvoir ! »
Les membres du Comité de Direction se regardèrent, se demandant ce qu’ils avaient raté dans cette communication pour ne pas en saisir l’importance, mais le Chef semblait convaincu, cela suffisait pour la plupart.
« Avez-vous des questions ? Reprit-il, montrant ainsi que ce qui compte, c’est de savoir communiquer le « quand » plutôt que le « quoi »
-Ben non… intervint une Bougre, mais quand même, en arriver à une réorganisation juste parce que le projet est différent de d’habitude, je n’arrive toujours pas à y croire…
-Moi, ça me met vraiment en colère ! Reprit le Bougre au Stagiaire, c’est incroyablement con de faire ça maintenant !
-Mais que voulez-vous qu’on y fasse ? Intervint une autre Bougre, on y est… on y est, voilà, c’est tout ! On n’a plus qu’à suivre et puis c’est tout…
-C’est pas faux…
-Vu comme ça…
-C’est effectivement ce que nous avons à faire, reprit le Chef, accepter que c’est comme ça et nous sortir les doigts du cul ! Alors ? Quoi de neuf sur ce projet, notre projet, Le Projet d’avenir que nous allons mener au bout ?
-Eh bien, il avance plutôt bien, maintenant que la plupart ont accepté ou se sont résignés à avancer, mais on a l’impression d’avancer dans un champ de ruines, dit le Bougre au Stagiaire,
-C’est vrai, reprit la Bougre, on a l’impression que chacun dans sa fonction respective essaie de se refaire une santé
-Ah oui, et c’est chiant lâcha un Bougre, ils viennent tous négocier leur bout de gras, nous rappeler à quel point ils sont différents de nous, que chez eux, ça devra se passer différemment…
-Merde ! Mais ça va quand même pas recommencer ! Ponctua le Chef, si ils n’ont pas compris que maintenant on s’aligne et on avance, qu’ils aillent geindre ailleurs !
-D’un autre côté, dit la Bougre, ils ont aussi des remarques intéressantes liées à leurs spécificités. Il y a des points qui seraient utiles au projet ou à notre compréhension…
-Ah non ! On ne va pas remettre en question le projet parce qu’ils ont des états d’âme ! Interrompit le Chef, dans ce projet, on s’aligne ou on le quitte !
-J’ai discuté de la situation avec le Fourbe et pour lui… tenta le Bougre au Stagiaire
-Bordel, mais même à distance il nous emmerde celui-là ! Bloqua le Chef, si je voulais avoir son avis, je l’aurais invité ! Messieurs, voyez-vous le Fourbe autour de cette table ? »
Un silence pesant s’établit, chacun cherchant à voir ses chaussures à travers la table, testant sa vision de superman.
« Non ? Très bien alors ! Alors on fait comme j’ai dit ! Reprenez vos Powerpoint, et repartez convaincre ceux qui sont à convaincre, les autres, qu’ils se démerdent ! »
Là-dessus le Chef se leva et quitta la salle de réunion, indiquant par là-même qu’en toute probabilité, la réunion était terminée.
La Bougre vint voir le Bougre au Stagiaire :
« Qu’est-ce qu’il t’avait dit le Fourbe ?
-Que c’est une phase critique dans la phase dangereuse d’un projet de rupture, une phase où ce qui compte, c’est que chacun se sente reconnu auprès des autres, une phase d’interdépendance plus que d’indépendance…
-Mais on fait ça comment ?
-Il dit qu’il faut sortir de sa tour d’ivoire, même si elle nous a protégés jusque là. Il dit qu’il faut aller à la rencontre du territoire des autres, de leur particularité pour les comprendre et les intégrer…
-Mais on va se faire dézinguer !
-Il va falloir du courage, et surtout de la ténacité, et il dit aussi que l’interdépendance nait des différences acceptées…
-Tu le ferais, toi ? Tu essaierais ?
-Je me dis que si on est plusieurs, on peut essayer. Mais il faut qu’on sorte de nos habitudes,  il nous faudrait un endroit différent de d’habitude pour y travailler…
-On pourrait aller au club du Fourbe !
-Pourquoi pas… quitte à nous faire dézinguer… autant se marrer ! »

Là-dessus, le nouveau binôme constitué de la Bougre et du Bougre au Stagiaire sortit de la salle de réunion et tomba sur le bouchon habituel dans le couloir :
« Dis donc, et les autres qui voudraient négocier et protéger leur cul ouvertement… sur un projet de cette importance ! C’est vraiment comme s’ils cherchaient à déstabiliser l’entreprise ! »
« Et déstabiliser le Chef aussi ! »
« En tout cas, c’était une bonne réunion et le projet est en passe de devenir vraiment réalisable, comme on a l’habitude de les mener ! »
« On va manger ? C’est la journée Cuisine de Proximité ‘Le tout de mon crû’ , chacun apporte son repas !»

(Note : Pour les lecteurs les moins attentifs, il y a deux contrepèteries dans ce texte.)

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef et ses Bougres s’essaient à une nouvelle forme de réunion, tandis que le Fourbe… Mais ça c’est une autre histoire ! »

 

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Avr 222017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Quelques semaines ont passé depuis que les Dirigeants, en répondant aux questions du Chef, avaient permis à l’équipe de réorienter le projet. Beaucoup de choses étaient devenues plus claires, par le simple fait qu’en recueillant les questions des Dirigeants, le Chef avait recueilli leur perception et vision partagée de leurs attentes. Du coup, les explorations se précisaient et les possibilités de solution apparaissaient de manière de plus en plus explicite. Bien que très diverses, ces solutions présentaient toutes un point commun et redouté : elles n’avaient rien à voir avec les pratiques, les savoirs, les marchés, les modèles, la culture de l’entreprise. Certains disaient même que ces solutions allaient à l’encontre des principes fondateurs de l’entreprise. Ces mêmes certains, oubliant qu’il ne s’agissait à ce stade que de possibilités, prenaient les devants en établissant des argumentaires documentés sur Powerpoint (respectant la charte de communication) visant à démontrer que si ça continuait comme çà, il allait falloir que ça cesse et réciproquement.
C’était clair maintenant pour tout le monde que le projet mené par le Chef et son équipe était un projet en totale rupture avec l’histoire de l’entreprise et celle des hommes et femmes qui l’avaient construite, à la sueur de leur front et de leurs congés payés. D’ailleurs, certains avaient du mal à discerner si c’était le projet qui était dangereux ou si c’était le Chef et son équipe qui agissaient en anarchistes provocateurs, oubliant que ces derniers répondaient à une demande expresse des Dirigeants.

Ainsi c’était un joli bordel entre ceux qui avaient peur de comprendre, ceux qui avaient peur de savoir, ceux qui avaient peur d’avoir peur, ceux qui avaient peur de ceux qui avaient peur, ceux qui pensaient savoir, ceux qui savaient et se taisaient, ceux qui essayaient de rassurer ceux qui avaient peur sans savoir, ceux qui montraient leur courage à la cafèt, ceux qui avaient peur à la cafèt, ceux à qui ça coupait l’appétit, ceux qui ne se parlaient plus, ceux qui avaient choisi l’ignorance, ceux qui avaient peur de choisir un camp et ceux qui savaient qu’avoir peur n’était pas bon pour leur carrière. Les débats allaient bon train : le Chef était en train de mettre l’entreprise à risque avec ses conneries et le créateur de l’entreprise, aujourd’hui disparu, devait faire des loopings dans sa tombe dignes de ceux de la patrouille de France au meilleur de sa forme.

Par ailleurs, les Dirigeants avaient gagné en retour une meilleure compréhension du projet. Pour eux aussi, c’était un joyeux bordel entre ceux qui savaient depuis le début que ça ne pouvait pas marcher, ceux qui découvraient, celui qui refusait de comprendre, celui qui attendait une décision, ceux qui exigeaient une décision, celui qui avait peur sans le dire, celui qui disait que les troupes avaient peur, ceux qui accusaient le Chef des Dirigeants dans le couloir en catimini, ceux qui partageaient leur douleur avec leurs équipes, ceux qui exigeaient la confidentialité, ceux qui répondaient aux questions que n’avaient pas posées les troupes, ceux qui faisaient un document « LRQVPPMOSJ » (Les Réponses aux Questions qu’on Vous a Pas Posées, Mais On Sait Jamais) et bien d’autres choses encore. Bref, en gros, c’était la crise, on s’engueulait entre Dirigeants, les egos verrouillaient des positions avec un bon sens paradoxal très personnel, quand soudain un des Dirigeants eut l’Idée…
« C’est le bordel certes ! Ce projet est un projet d’avenir et on est en train de perdre le contrôle ! Le problème, c’est les gens ! Il faut les organiser, ils ont besoin de sentir que l’organisation les protège et là, ils seront de nouveau confiants ! C’est le moment d’activer les GISPER pour faire une enquête auprès de chacun, car nous sommes à l’écoute de tous, puis nous en tirerons un diagnostic et comme ça nous pourrons implanter la nouvelle organisation et du coup les gens seront distraits du projet !
-Vous voulez dire la nouvelle organisation que nous avons définie l’an dernier ?
-Tout à fait ! C’est le moment ! Les gens ont peur, agissons ! Ce projet est une aubaine, surfons dessus : nous renforcerons notre position tout comme la transformation dont nous avons besoin !
-Super idée ! Activez les GISPER ! »

Le GISPER, c’était comme un GISPEP mais pour les gens. Le GISPEP gérait l’intégration des sous-projets en projets, et il faisait des rapports ; le GISPER était le Gestionnaire d’Intégration Systémique des Personnes En Ressources. Il gérait l’intégration des gens en organisations rationnelles et financées, et il faisait des rapports. Le GISPER était souvent partagé et tiraillé entre la dimension humaine de son rôle et la dimension technique de ce même rôle : ne devenait pas GISPER qui voulait mais qui pouvait ou parfois, qui devait ! En général, le Bougre craignait le GISPER, car le GISPER savait pratiquement tout de lui, son histoire, son salaire, ses problèmes professionnels comme personnels. Le GISPER incarnait le pouvoir délégué des Dirigeants : le Bougre était recruté par le GISPER, le Bougre serait viré par le GISPER. Le GISPER était souvent la première et la dernière personne que rencontrait un Bougre dans son histoire professionnelle.

Lors de la réunion hebdomadaire, le Chef entreprit son équipe :
« Messieurs ! Il est très important que chacun de vos Bougres réponde à cette enquête et notre GISPER ici présent est là pour vous en présenter le principe et les obligations.
-Merci, répondit le GISPER, c’est très simple, chacun va recevoir une adresse internet et un mot de passe de 60 caractères afin de se connecter en son nom en tout anonymat. Le questionnaire explore l’ensemble des points nécessaires et comprend deux cents questions, ce qui est tout à fait gérable pour qui veut s’en donner la peine…
-Vous croyez vraiment qu’on a que ça à faire? s’exclama le Bougre au Stagiaire, laissez-nous bosser, au moins on aura un résultat ! »
Les autres Bougres suivirent avec colère :
« Ne comptez pas sur nous !
-J’arrive pas à croire que nous en sommes arrivés là !
-Nous travaillons sur le projet d’avenir, vous l’avez dit, nous continuerons !
-Faites ce que vous voulez sur les autres fonctions, nous vivants vous ne changerez rien ! »
Quarante-cinq minutes plus tard, le GISPER s’enfonçant de plus en plus dans sa chaise, le Chef prit pitié et choisit de s’associer à son équipe :
« Stop ! Désolé monsieur le GISPER, mais je ne peux que m’associer à mon équipe : il faudra nous proposer autre chose !
-Vous vous rendez compte que c’est de l’ordre de la mutinerie ? S’exclama le GISPER, vous en répondrez ! Je vous donne 24h pour changer d’avis ! »
Là-dessus, il se leva et quitta la salle en laissant la porte grande ouverte : la réunion était terminée.
« Je me demande ce qu’aurait dit le Fourbe, s’interrogea le Bougre au Stagiaire …
-Tiens c’est vrai, qu’est-ce qu’il devient celui-là ?
-Je sais pas, je crois qu’il monte un genre de club où les gens pourraient innover quand ils veulent comme ils veulent
-Ah ben c’est bien le moment !
-Mais c’est intéressant ! Mon Stagiaire y va souvent et il revient chaque fois avec des choses intéressantes ! En fait, je vais voir le Fourbe sur le champ !
-C’est çà ! Perdez votre temps ! »
La Bougre au Stagiaire s’en alla consulter le Fourbe dans son nouveau bureau, au fond du couloir :
« …Voilà la situation, ça a vraiment bardé avec le GISPER, mais d’un autre côté on peut pas faire autrement ! Conclut le Bougre au Stagiaire
-Je ne suis pas sûr, répondit le Fourbe, ce que tu décris est typique de la phase dangereuse des projets de rupture. Elle est inévitable et souvent, la meilleure façon de la gérer est de plier sous la tempête. Il vaut mieux être le roseau que le chêne car on ne peut que très peu face à la peur irraisonnée ou raisonnée des gens. Par contre, le repli permet de ne répondre qu’aux points sensés et petit à petit montrer que le danger à ce stade n’est qu’une perception et qu’à ce titre elle peut être modifiée, notamment par la pratique. »
Le Bougre au Stagiaire réfléchit, quitta le Fourbe en le remerciant et rejoint le groupe qui faisait réunion et bouchon dans le couloir :

«Qu’est-ce qu’il a dit le Fourbe ?
-Ben qu’il vaudrait mieux ne pas résister et accompagner les gens jusqu’à ce qu’ils comprennent que ce n’est pas si dangereux
-Tu veux dire qu’il faudrait qu’on ferme notre gueule ?
-Pas tout à fait, il dit de ne pas faire front, d’être plus roseau que chêne…
-Encore sa philo à la con !
-Pensez aux sport de combat, l’esquive est plus puissante que le blocage…
-Bon ça suffit, on a une entreprise et une équipe à protéger… Avec ses conneries, c’est vraiment comme s’il cherchait à déstabiliser l’entreprise ! »
« Et déstabiliser le Chef aussi ! »
« En tout cas, c’était une bonne réunion , il vont voir de quel bois on se chauffe ! »
« On va manger ? C’est cuisine Zen avec spécialité du Boutant : steak de yack reconstitué avec quinoa au lait de chèvre des montagnes »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le projet renait de ses cendres, pendant que le Fourbe… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Avr 152017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

En se rendant à sa convocation par les Dirigeants, chemin faisant, et comme il avait un peu d’avance, le Chef passa près de l’espace de travail du Stagiaire et lui fit signe de le rejoindre dans le couloir. Le Stagiaire s’exécuta promptement. Le Chef lui tint alors ces propos :
« J’entends beaucoup parler de vous ! Avez-vous une minute ? Demanda le Chef
-Euh… oui, répondit le Stagiaire, en s’approchant, tout intimidé,
-Eh bien vous avez de la chance ! rétorqua le Chef, tout content de son effet et faisant mine de s’en aller, non je rigole ! C’est important de rigoler au boulot, vous trouvez pas ?
-Ben oui, sans doute, répondit le Stagiaire qui ne savait plus sur quel pied vraiment danser
-Très bien ! Dites-moi, que cette conversation reste entre nous, je compte sur vous !
-…
-Je peux compter sur vous ?
-Euh… oui, oui, bien sûr… ça reste entre nous
-Très bien ! Alors voilà, il y aurait des techniques qui permettent d’impliquer des Dirigeants à un projet donné sans leur bouffer du temps, c’est vrai çà ?
-…
-J’en ai entendu parler, en m’intéressant à votre sujet de stage…
-Vous voulez dire sur les nouvelles méthodes de travail ?
-Tout à fait, et notamment sur l’innovation de rupture…
-Alors oui, il y a des approches qui consistent à ne pas perdre de temps en débats, mais à recueillir les doutes et craintes des personnes, seulement sous forme de questions vaches auxquelles on ne répond pas tout de suite : on recueille, on remercie puis on traite une fois au calme…
-Et ça marche vraiment ?
-Ben oui, les gens en général sont contents d’avoir pu exprimer tout ce qu’ils avaient sur le cœur, sachant qu’ils ne seraient ni interrompus ni challengés sur leur point de vue…
-C’est tout ce qu’il me faut, merci ! » conclut le Chef en s’éloignant, laissant le Stagiaire à son impression confuse et à sa promesse de n’en rien dire à personne.
Une semaine après, le Chef, lors de la réunion de Suivi de Performance, présenta les choses comme suit :
« Messieurs- Dames ! (Il faut dire que le Chef était de très bonne humeur) Je dois vous dire que ma dernière audition devant le Comité Exécutif a été très enrichissante ! Le Chef se tut un instant pour mieux observer son effet sur les membres du Comité de Direction puis il reprit : il était très important de faire taire les rumeurs, c’était vrai, mais j’ai aussi réalisé que les impliquer d’une manière ou d’une autre pouvait être aussi très puissant !… Le Chef se tut à nouveau…
-Et qu’est-ce que vous avez fait ?  osa une Bougre
-Eh bien, je leur ai simplement dit que j’étais au courant des rumeurs et que je ne passerais pas de temps à leur donner de l’importance, puis j’ai eu l’idée de leur proposer l’opportunité de me poser toutes leurs questions les plus vaches qu’ils pouvaient se poser au sujet de ce projet…
-Vous avez dû vous faire démolir en moins de deux ! réagit un Bougre
-Pas du tout ! Car je leur ai dit que je recueillais ainsi leurs préoccupations afin de pouvoir les traiter avec vous et revenir vers eux avec des réponses concrètes et constructives… Ils ont été ravis, surtout quand je leur ai dit que l’exercice était d’une durée de cinq minutes seulement !
-Cinq minutes pour faire quoi ?  Demanda un Bougre, devant le sourire du Fourbe qui n’en croyait pas ses oreilles
-Cinq minutes pendant lesquelles j’ai recueilli toutes les leurs questions par écrit, en les remerciant de me les poser. À la fin des cinq minutes, j’ai proposé un débat, ils m’ont répondu que ce n’était pas nécessaire et qu’ils attendaient mon retour avec des réponses claires… Alors je suis parti, en ayant appris de leur part bien plus de choses en cinq minutes qu’en deux heures de réunion-débat ! Voyez, j’ai recueilli trente-cinq questions, les voici, taisez-vous et lisez ! » dit le Chef en les projetant sur l’écran et en se taisant.
Dix minutes plus tard, un des Bougres prit la parole :
« Mais… soit ils n’ont pas compris le projet, soit nous n’allons pas dans la bonne direction !
-Effectivement, sachant qu’ils sont les Dirigeants donc nos donneurs d’ordres, considérons que nous n’allons pas dans la bonne direction, répondit le Chef
-Mais… tout ce temps perdu… ils pouvaient pas nous le dire plus tôt ?
-Ce n’est pas le point, reprit le Chef, maintenant nous le savons alors nous allons corriger le tir…
-On revient à zéro alors ! Et merde, lâcha une Bougre
-Pas du tout ! Intervint le Fourbe, nous ne revenons pas à zéro, nous venons d’avoir une très forte réduction de l’incertitude inhérente au projet, c’est complètement différent !
-Ah oui, et en quoi c’est différent ? demanda le premier Bougre
-Eh bien, cette nouvelle information vient rejoindre tout ce que nous avons déjà appris, nous permettant de réorienter le projet vers des zones d’incertitude plus restreintes, ça s’appelle un pivot… Les Dirigeants sont nos clients, nous connaissons mieux ce qu’ils recherchent et du coup nous réorientons notre projet grâce à une meilleure compréhension : c’est ça ‘pivoter’, en tout cas, c’est typique.
-Tout à fait, mon Stagiaire m’en avait parlé ! S’exclama le Bougre au Stagiaire
-N’empêche, ça ne résout pas tout, c’est presque un nouveau projet, renâcla la Bougre,
-Oui, ça donne cet effet d’apesanteur, reprit le Fourbe, mais ne nous y laissons pas enfermer, c’est un départ d’une toute autre nature et avec bien plus de confiance, car nous savons bien plus de choses, même si nous ne savons pas tout…
-Très bien ! Interrompit le Chef, avant que n’alliez plus loin dans la philosophie, je demande à chacun d’entre vous d’analyser les questions, de proposer des réponses utiles et d’élaborer un nouveau plan du projet ! Cette réunion est close ! Puis le Chef s’adressa au Fourbe, restez un moment, j’ai à vous parler. »
Le Fourbe resta sur sa chaise, le temps que les autres membres du Comité se retirent sans manquer d’observer le Fourbe avec, pour certains, une mimique de compassion. Une fois seuls dans la pièce, le Chef reprit :
« Je dois vous remercier, vos conseils, même s’ils sont le plus souvent obscurs, finalement auront été utiles. »
Le Fourbe regarda dans la salle, cherchant la caméra cachée, sans succès. Le Chef continua : « J’ai donc pris une décision, à compter d’aujourd’hui, vous serez notre coach interne sur les nouvelles méthodes de travail…
-Ah bon ? …. Formidable ! Je ne sais pas quoi dire… répondit le Fourbe
-Ne dites rien, acceptez… de toute façon j’ai déjà informé la hiérarchie…
-Très bien… je vous remercie… je ferai de mon mieux, dit le Fourbe
-Ah oui, interrompit le Chef en classant ses affaires, je suis conscient que c’est une innovation managériale en rupture avec nos pratiques habituelles…
-C’est tout à votre honneur !
-Alors du coup, parce que vos collègues ne sont pas prêts, j’ai décidé que vous ne participerez plus au Comité de Direction, de façon à ne pas être juge et partie… »
Le Fourbe, estomaqué, cherchait ses mots… le Chef reprit :
« Dites-vous bien que cette décision n’est pas facile pour moi, c’est pour le bien de l’équipe et je vous promets que nous vous consulterons chaque fois que nous le jugerons nécessaire… »
Le Fourbe se demandait ce qu’il lui arrivait, sans pour autant réagir.
« Allons ! Ne faites pas cette tête, c’est une formidable opportunité pour vous et une belle innovation pour l’équipe ! Vous venez manger ? Aujourd’hui c’est la journée « tofu ou topafu ?»… que des trucs à base de tofu…il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Les Dirigeants tentent de reprendre le contrôle, le Chef et ses Bougres pataugent alors que le Fourbe… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Avr 082017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Afin de diminuer la pression qu’il recevait des Dirigeants, assoiffés de résultats tangibles et rapides, le Chef avait pris la décision de proposer à ces mêmes Dirigeants de réduire le projet d’innovation de rupture aux seuls éléments qui correspondaient au savoir-faire et aux pratiques du moment. Fort de sa dernière expérience avec le Comité Exécutif, le Chef préféra consulter au préalable un ami à lui siégeant dans ce Comité. Le Chef avait tendance à considérer comme ami, toute personne d’un grade supérieur au sien qui lui adressait la parole normalement. Il va sans dire que la réciprocité de cette notion d’amitié était pure hypothèse, mais le Chef n’en avait cure : le « paraître » était pour lui l’égal de l’  « être ».
Bien lui en avait pris de consulter cet « ami » qui avait fait deux choses en retour :
1. Il lui avait rappelé que le Chef avait déjà tenté une fois de stopper le projet sans succès. Du coup, revenir maintenant pour en proposer une version dégradée était à ses risques et périls,
2. Il lui avait ouvert les yeux : les rumeurs allaient bon train et certains patrons des autres fonctions, court-circuitant le Chef, informaient le Comité Exécutif de certains aspects des ruptures liées au projet qui étaient à même de surprendre, voire d’inquiéter les membres du Comité.
En conclusion, l’  « ami » avait dit au Chef que la rupture, c’était bien, mais qu’il fallait pas déconner non plus et que pour se rassurer, les membres du Comité Exécutif pensaient convoquer le Chef assez rapidement pour qu’il s’explique sur ces rumeurs et autres fantaisies. L’ « ami » avait ensuite reconduit le Chef dans le couloir en lui recommandant audace et prudence.
Le Chef s’en trouva fort dépourvu et avant que la bise fut venue, convoqua son Comité de Direction.
« Messieurs, j’aimerai comprendre de quelle manière vous gérez les informations au sein de notre projet ! Vous le savez, il s’agit d’un projet sensible car potentiellement en rupture avec les pratiques de notre entreprise, et pourtant les rumeurs courent ici et là montrant votre inconscience voire votre irresponsabilité à conduire un pareil enjeu ! »
Les membres du Comité de Direction se regardèrent, partageant sans voix une incompréhension totale et une confusion naissante. Devant le silence pesamment installé, le Chef poursuivit :
« Heureusement, par mes réseaux, je suis bien informé, moi ! Et depuis quelques temps, je suis l’évolution de rumeurs concernant votre projet et il est manifeste maintenant que certains patrons des autres fonctions nous sabotent auprès du Comité Exécutif ! »
-Comment ça nous sabotent ? Interrogea un des Bougres
-En racontant à des membres du Comité Exécutif que vos explorations de solutions très inhabituelles pourraient être dangereuses à terme pour l’entreprise et sa culture, et du coup, ils prennent la trouille car, selon moi, ils ont l’impression qu’ils perdent le contrôle !
-Mais notre collaboration avec les autres fonctions est tout à fait correcte ! s’exclama le GISPEP qui était maintenant invité à toutes les réunions du Comité de Direction, nous avons même formé un Think Tank des GISPEP où nous réfléchissons aux meilleures méthodes d’implication des salariés dans la collecte de données propres à élaborer les meilleurs rapports !
-Je le sais et c’est très bien ! réconforta le Chef, mais ce genre d’info n’est pas ce qui remonte par la bande au membres du Comité Exécutif  et nous devons faire cesser cela au plus vite ! Ces rumeurs propagées sont un vrai problème !
S’en suivit un débat sur les rumeurs en entreprise et sur la façon dont chacun ici présent ne se laissait jamais prendre et surtout ne les propageait jamais, citant Platon, Machiavel et GALA qu’ils ne lisaient que chez le coiffeur, d’un œil lointain et hautain. Quarante-cinq minutes plus tard :
-En sommes-nous bien sûrs ? interrompit le Fourbe
-Sûrs de quoi ?
-Que c’est le vrai problème ces rumeurs ? Que c’est le problème qui, lorsqu’il sera traité, éliminera vraiment la peur du Comité Exécutif ?
-En tout cas, tant qu’il y aura des rumeurs, nous sommes en danger ! intervint un Bougre
-Et les supprimer ne serait pas une garantie de confort pour l’exécutif, rétorqua le Fourbe, je ne vois pas les choses comme ça…
-Et comment les voyez-vous ? Demanda le Chef dans une expiration de lassitude, c’est notre quart d’heure de philosophie…
Le Fourbe, surpris par cette ouverture, fit un tour de table du regard et se lança :
-Eh bien voilà, nos Dirigeants représentent la force la plus puissante de l’entreprise et du coup peuvent être perçus comme un danger. S’ils ont peur, même de façon non raisonnée, ils peuvent stopper le projet voire nous en punir… Les rumeurs ne font qu’attiser cette peur, nous le savons, le projet est en territoire d’incertitude et il semble qu’il soit en train d’entrer dans sa phase dangereuse, où les gens prennent peur…
-Ca c’est sûr, même pour nous, lâcha une Bougre
-Chut ! Laissez-le parler, tança le Chef
Le Fourbe reprit :
-Ce que je me dis, c’est que les rumeurs sont en train de réveiller le tigre que représentent les Dirigeants, une puissance imposante et dangereuse à la fois. Si nous nous y prenons mal, nous risquons de marcher sur la queue du tigre et de nous faire déchiqueter.
-Et qu’est-ce que vous proposez ?
-De ne pas laisser parler le tigre qui est en nous et qui peut se sentir agressé. Le mieux serait de rassurer directement les Dirigeants, sans tenter de les convaincre, sans se plaindre des rumeurs, mais en les faisant participer directement au projet, ainsi ils auraient la possibilité de mieux comprendre et de voir qu’ils ont un impact sur le projet…
-Autant j’aime bien votre idée de phase dangereuse, autant votre idée de faire participer les Dirigeants… vous croyez qu’ils ont que ça à foutre ? Si ils voulaient le faire eux-mêmes, ils nous auraient pas demandé de le prendre ce projet ! balança le Chef
-Il y a des techniques très brèves qui permettent de faire monter les gens à bord d’un projet, c’est ce que me dit le Stagiaire ! intervint le Bougre au Stagiaire
-Ah ben, si le Stagiaire le dit !… Bon on arrête les conneries, chacun d’entre-vous, vous contactez les patrons des différentes fonctions et vous montrez les griffes, qu’ils sachent qu’ils sont en train de prendre des risques inconsidérés à propager des rumeurs à la con ! Et moi, je me charge de montrer au Comité Exécutifs qu’ils sont en train de se faire berner, mais pas par nous ! Cette réunion est terminée, je ne veux plus rien entendre, exécution ! »
Sur ce, le Chef se leva et quitta la salle.
La réunion prit fin à la satisfaction générale sauf trois.
À l’issue de la réunion, dans le couloir, certains vinrent voir le Chef :
« Vous avez raison Chef, défendons-nous et convainquons les Dirigeants d’abord. Vous êtes fort Chef ! »
« Merci, vous êtes vraiment un bon Bougre, vous savez ce qui est bon pour nous et votre dévotion à votre Ch… à votre entreprise est à l’image de votre carrière future »
D’autres discutaient entre eux, créant une autre réunion et un bouchon dans le couloir :
« Dis donc, et l’autre qui voulait faire bosser les Dirigeants, en leur racontant des trucs pour les faire patienter… sur un projet de cette importance ! C’est vraiment comme s’il cherchait à déstabiliser l’entreprise ! »
« Et déstabiliser le Chef aussi ! »
« En tout cas, c’était une bonne réunion et le projet est en passe de devenir vraiment réalisable, comme on a l’habitude de les mener ! »
« On va manger ? C’est « Cuisine Corse », on a l’après-midi pour manger ! (°) »
(°) Bibliographie : Asterix

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « L’équipe apprend des Dirigeants que… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Avr 012017
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

L’ambiance était morose dans la salle de réunion du Comité de Direction.
Pourtant la réunion avait plutôt bien commencé, les tests en cours progressaient et bon nombre d’hypothèses s’affinaient montrant que le projet pouvait aboutir sur quelque chose de vraiment intéressant et aussi de vraiment différent.
Le projet commençait à intéresser certaines fonctions. Il y avait déjà EVE (Espaces Verts et Environnement) et API (Administrative Processes Industrialization), et dernièrement, l’Association Des Anciens Managers (ADAM) avait frappé à la porte du Chef pour apporter son soutien. Elle avait été mise en relation par le Stagiaire, dont l’oncle était un Ancien Manager. Bien sûr, le Chef se montrait très hésitant à accueillir les membres de cette association car le GISPEP ne voyait pas comment affecter des coûts gratuits, ni comment les intégrer dans ses différents rapports dont les listes prédéfinies n’intégraient pas l’Association. Du coup, le GISPEP avait contacté le service informatique afin de voir s’il serait possible d’ajouter un élément à la liste dans le menu déroulant de l’interface et il avait reçu instantanément et pour toute réponse que sa demande avait bien été prise en considération et qu’une information sur la faisabilité de sa demande lui viendrait dans un futur proche bien qu’indéterminé. Cette vitesse de réponse n’était possible que par l’utilisation d’un robot générant des réponses automatiques par emails, auxquels il était bien sûr demandé de ne pas répondre, et montrant que le service informatique était bien à la pointe du progrès.
Fort de ces progrès, le Chef avait expliqué qu’il se trouvait dans une situation très difficile car il voyait effectivement que le projet avait un très fort potentiel et pour autant, il n’avait rien de concret pour le démontrer. Pourtant, le système fonctionnait : les ré-allocations de coûts allaient bon train et les comptes étaient bien tenus. Mais la pression des Dirigeants ne faisait que s’accroitre, et alors qu’ils étaient les demandeurs de ce projet, c’était finalement d’eux que le Chef recevait le plus de critiques. Cette injustice était également perçue par les autres membres du Comité de Direction car les fonctions qui coopéraient, à part EVE, API et ADAM, étaient leur principale source de critiques et de bâtons dans les roues. Bref, le Comité était dans une situation injuste à la mords-moi le noeud.
Le Fourbe rompit le silence :
« Et si nous profitions de la situation pour resserrer les liens avec ceux qui y croient, à ce projet ? Nous sentons tous que nous sommes prêts du moment où nous aurons des choses concrètes  à montrer, des pépites, ne nous laissons pas distraire par ceux qui ont peur du projet ou qui n’y comprennent rien !
-Mais ceux qui en ont peur ou qui n’y comprennent rien, ce sont nos Dirigeants ! aboya le Chef, vous êtes obtus ou quoi ?
-Dirigeant ou pas, reprit le Fourbe, ce projet est tellement différent qu’à part ceux qui y bossent activement, personne ne peut vraiment comprendre son potentiel, c’est toute la difficulté des projets en territoire incertain.
-Eh bien notre rôle, mon rôle c’est de leur apporter les informations dont ils ont besoin pour comprendre, et pour l’instant nous ne les avons pas, c’est comme si elle n’existaient pas se plaignit  le Chef
-Mais ces informations existent, c’est juste qu’elles ne sont pas compatibles avec le format et surtout avec le type de raisonnement auxquels les Dirigeants sont habitués, intervint le Fourbe, rappelez-vous qu’ils sont là pour gérer un business et pas pour explorer l’incertain ! Et incertitude n’est pas risque !
-C’est vrai, reprit le Bougre au Stagiaire, c’est ce que dit mon Stagiaire : les raisonnements dans l’incertain sont presque le contraire des raisonnements dans le certain et que sans changer de raisonnement, on peut freiner sinon stopper un projet d’innovation de rupture …
-Ce n’est pas le moment de faire de la philo, vous ne croyez pas ? Interrompit le Chef, vous me voyez aller dire aux Dirigeants qu’ils sont le premier frein à ce projet parce qu’ils ne raisonnent pas de la bonne façon ?
-Ben ce n’est pas très loin de la vérité, reprit le Fourbe, si ils continuent comme ça, ils vont le tuer ce projet.
-C’est tout ce que vous avez à proposer ? Le Chef laissait monter sa colère, Vous me voyez vraiment aller leurs raconter ça ? Jamais de la vie ! Je vais leur expliquer que le projet est trop ambitieux et qu’il serait prudent de le limiter à ce qu’on sait faire aujourd’hui !
-Mais ce serait effectivement tuer le projet ! Intervint le Bougre au Stagiaire, ce serait dommage, on est si prêt du but !
-Ce serait bien plus sage d’utiliser cette période pour avancer en silence, aidés par nos alliés, en faisant patienter les Dirigeants… Nous sommes coincés, c’est vrai, c’est pas confortable, c’est vrai mais le jeu en vaut vraiment la chandelle ! Continuons sans faire de vague, affinons ce projet, ce que nous savons, et nous avons à portée de main la possibilité de montrer toute la puissance du projet et donc d’influer vraiment sur le cours des choses…
-Ça y est ! Il est reparti dans ses illusions, interrompit le Chef, mais vous vous rendez compte que c’est ma tête qui est en jeu ? Non je ne crois pas ou alors vous vous en foutez, ce qui est pire ! Bon… ça suffit ! Je vous demande à tous d’extraire de ce projet les éléments de solutions que nous saurions mettre en oeuvre tout de suite !
-Mais ça va réduire ce projet de rupture à un projet classique sans grand intérêt… tenta une Bougre
-Je m’en fous ! Ce qui compte c’est de sortir de ce merdier la tête haute ! S’exclama le Chef
-Il y a d’autres moyens, marmonna le Fourbe…
-Je n’ai rien entendu, stoppa le Chef, vous avez mes consignes, appliquez-les et j’irai voir les Dirigeants »
Sur ce, le Chef se leva et quitta la salle.
La réunion prit fin à la satisfaction générale sauf trois.
À l’issue de la réunion, dans le couloir, certains vinrent voir le Chef :
« Vous avez raison Chef, les Dirigeants d’abord. Vous êtes fort Chef ! »
« Merci, vous êtes vraiment un bon Bougre, vous savez ce qui est bon pour nous et votre dévotion à votre Ch… à votre entreprise est à l’image de votre carrière future »
D’autres discutaient entre eux, créant une autre réunion et un bouchon dans le couloir :
« Dis donc, et l’autre qui voulait nous faire bosser en cachette des Dirigeants, en leur racontant des trucs pour les faire patienter… sur un projet de cette importance ! C’est vraiment comme s’il cherchait à déstabiliser l’entreprise ! »
« Et déstabiliser le Chef aussi ! »
« En tout cas, c’était une bonne réunion et le projet est en passe de devenir vraiment réalisable, comme on a l’habitude de les mener ! »
« On va manger ? C’est « Découverte des Légumes Moches », avec panais aux deux noisettes et son coulis d’ail  !»

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Il semblerait qu’avec l’implication des autres fonctions, les rumeurs aillent bon train, et pas forcément en faveur du Chef… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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