Avr 012017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

L’ambiance était morose dans la salle de réunion du Comité de Direction.
Pourtant la réunion avait plutôt bien commencé, les tests en cours progressaient et bon nombre d’hypothèses s’affinaient montrant que le projet pouvait aboutir sur quelque chose de vraiment intéressant et aussi de vraiment différent.
Le projet commençait à intéresser certaines fonctions. Il y avait déjà EVE (Espaces Verts et Environnement) et API (Administrative Processes Industrialization), et dernièrement, l’Association Des Anciens Managers (ADAM) avait frappé à la porte du Chef pour apporter son soutien. Elle avait été mise en relation par le Stagiaire, dont l’oncle était un Ancien Manager. Bien sûr, le Chef se montrait très hésitant à accueillir les membres de cette association car le GISPEP ne voyait pas comment affecter des coûts gratuits, ni comment les intégrer dans ses différents rapports dont les listes prédéfinies n’intégraient pas l’Association. Du coup, le GISPEP avait contacté le service informatique afin de voir s’il serait possible d’ajouter un élément à la liste dans le menu déroulant de l’interface et il avait reçu instantanément et pour toute réponse que sa demande avait bien été prise en considération et qu’une information sur la faisabilité de sa demande lui viendrait dans un futur proche bien qu’indéterminé. Cette vitesse de réponse n’était possible que par l’utilisation d’un robot générant des réponses automatiques par emails, auxquels il était bien sûr demandé de ne pas répondre, et montrant que le service informatique était bien à la pointe du progrès.
Fort de ces progrès, le Chef avait expliqué qu’il se trouvait dans une situation très difficile car il voyait effectivement que le projet avait un très fort potentiel et pour autant, il n’avait rien de concret pour le démontrer. Pourtant, le système fonctionnait : les ré-allocations de coûts allaient bon train et les comptes étaient bien tenus. Mais la pression des Dirigeants ne faisait que s’accroitre, et alors qu’ils étaient les demandeurs de ce projet, c’était finalement d’eux que le Chef recevait le plus de critiques. Cette injustice était également perçue par les autres membres du Comité de Direction car les fonctions qui coopéraient, à part EVE, API et ADAM, étaient leur principale source de critiques et de bâtons dans les roues. Bref, le Comité était dans une situation injuste à la mords-moi le noeud.
Le Fourbe rompit le silence :
« Et si nous profitions de la situation pour resserrer les liens avec ceux qui y croient, à ce projet ? Nous sentons tous que nous sommes prêts du moment où nous aurons des choses concrètes  à montrer, des pépites, ne nous laissons pas distraire par ceux qui ont peur du projet ou qui n’y comprennent rien !
-Mais ceux qui en ont peur ou qui n’y comprennent rien, ce sont nos Dirigeants ! aboya le Chef, vous êtes obtus ou quoi ?
-Dirigeant ou pas, reprit le Fourbe, ce projet est tellement différent qu’à part ceux qui y bossent activement, personne ne peut vraiment comprendre son potentiel, c’est toute la difficulté des projets en territoire incertain.
-Eh bien notre rôle, mon rôle c’est de leur apporter les informations dont ils ont besoin pour comprendre, et pour l’instant nous ne les avons pas, c’est comme si elle n’existaient pas se plaignit  le Chef
-Mais ces informations existent, c’est juste qu’elles ne sont pas compatibles avec le format et surtout avec le type de raisonnement auxquels les Dirigeants sont habitués, intervint le Fourbe, rappelez-vous qu’ils sont là pour gérer un business et pas pour explorer l’incertain ! Et incertitude n’est pas risque !
-C’est vrai, reprit le Bougre au Stagiaire, c’est ce que dit mon Stagiaire : les raisonnements dans l’incertain sont presque le contraire des raisonnements dans le certain et que sans changer de raisonnement, on peut freiner sinon stopper un projet d’innovation de rupture …
-Ce n’est pas le moment de faire de la philo, vous ne croyez pas ? Interrompit le Chef, vous me voyez aller dire aux Dirigeants qu’ils sont le premier frein à ce projet parce qu’ils ne raisonnent pas de la bonne façon ?
-Ben ce n’est pas très loin de la vérité, reprit le Fourbe, si ils continuent comme ça, ils vont le tuer ce projet.
-C’est tout ce que vous avez à proposer ? Le Chef laissait monter sa colère, Vous me voyez vraiment aller leurs raconter ça ? Jamais de la vie ! Je vais leur expliquer que le projet est trop ambitieux et qu’il serait prudent de le limiter à ce qu’on sait faire aujourd’hui !
-Mais ce serait effectivement tuer le projet ! Intervint le Bougre au Stagiaire, ce serait dommage, on est si prêt du but !
-Ce serait bien plus sage d’utiliser cette période pour avancer en silence, aidés par nos alliés, en faisant patienter les Dirigeants… Nous sommes coincés, c’est vrai, c’est pas confortable, c’est vrai mais le jeu en vaut vraiment la chandelle ! Continuons sans faire de vague, affinons ce projet, ce que nous savons, et nous avons à portée de main la possibilité de montrer toute la puissance du projet et donc d’influer vraiment sur le cours des choses…
-Ça y est ! Il est reparti dans ses illusions, interrompit le Chef, mais vous vous rendez compte que c’est ma tête qui est en jeu ? Non je ne crois pas ou alors vous vous en foutez, ce qui est pire ! Bon… ça suffit ! Je vous demande à tous d’extraire de ce projet les éléments de solutions que nous saurions mettre en oeuvre tout de suite !
-Mais ça va réduire ce projet de rupture à un projet classique sans grand intérêt… tenta une Bougre
-Je m’en fous ! Ce qui compte c’est de sortir de ce merdier la tête haute ! S’exclama le Chef
-Il y a d’autres moyens, marmonna le Fourbe…
-Je n’ai rien entendu, stoppa le Chef, vous avez mes consignes, appliquez-les et j’irai voir les Dirigeants »
Sur ce, le Chef se leva et quitta la salle.
La réunion prit fin à la satisfaction générale sauf trois.
À l’issue de la réunion, dans le couloir, certains vinrent voir le Chef :
« Vous avez raison Chef, les Dirigeants d’abord. Vous êtes fort Chef ! »
« Merci, vous êtes vraiment un bon Bougre, vous savez ce qui est bon pour nous et votre dévotion à votre Ch… à votre entreprise est à l’image de votre carrière future »
D’autres discutaient entre eux, créant une autre réunion et un bouchon dans le couloir :
« Dis donc, et l’autre qui voulait nous faire bosser en cachette des Dirigeants, en leur racontant des trucs pour les faire patienter… sur un projet de cette importance ! C’est vraiment comme s’il cherchait à déstabiliser l’entreprise ! »
« Et déstabiliser le Chef aussi ! »
« En tout cas, c’était une bonne réunion et le projet est en passe de devenir vraiment réalisable, comme on a l’habitude de les mener ! »
« On va manger ? C’est « Découverte des Légumes Moches », avec panais aux deux noisettes et son coulis d’ail  !»

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Il semblerait qu’avec l’implication des autres fonctions, les rumeurs aillent bon train, et pas forcément en faveur du Chef… Mais ça c’est une autre histoire ! »

Les Contes de la Connerie Collective

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