Mai 272017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Note de l’Institut de Paléographie Managériale :
« Nous rappelons à notre aimable  lecteur que les Chroniques Iniques, dont les Contes de la Connerie Collective font partie, relatent l’histoire d’une société humaine  appartenant à des temps futurs aujourd’hui disparus. Dans cette société humaine, les manuscrits ont montré l’existence d’une classe d’individus étranges et mystérieux : les Skippies (au singulier Skippy). Un Skippy était un homme ou une femme et n’avait aucune caractéristique physique distinctive, être Skippy correspondant plus à un rang. Il est à noter que ceux qui avaient l’étiquette de Skippy n’avaient en général rien demandé mais avaient acquis progressivement, aux yeux de leurs concitoyens, un statut de gourou reconnu : le Skippy était un grand gourou (°). Un Skippy n’entrait en action que si on le sollicitait, il n’était d’aucune aide autrement. Par ailleurs, on reconnaissait souvent un Skippy au fait qu’on avait l’impression de tout comprendre de ce qu’il disait, tant qu’il était là… et que dès qu’il était parti, soit on ne se souvenait plus de ce qu’il avait dit, soit on n’y comprenait plus rien. Cela venait surtout du fait que le Skippy parlait de pratique et non de théorie et que tous ceux qui ne faisaient qu’écouter sans pratiquer, ne pouvaient accéder à la compréhension. Etre en contact avec un Skippy pouvait être très mal vu, car cela pouvait être interprété comme un état de déficience, au même titre que d’avouer qu’être en psycho-thérapie pouvait être associé au fait que vous étiez fou. Du coup, les Skippies étaient surtout rencontrés par des Fourbes qui n’en n’avaient rien à secouer de ce que les autres pensaient, ce qui  faisait des Fourbes des Skippies potentiellement en devenir, d’où l’aversion des Bougres à l’égard des Fourbes. Voilà. »

Le Bougre au Stagiaire et sa Complice prenaient leur déjeuner à la cantine, c’était la journée « Voyage en Enfance » avec steak haché et frites pour tout le monde :
« Dis-donc, tu as vu le Fourbe récemment ?  demanda la Bougre Complice
-Non…
-Je me demande où il est, j’espère qu’il n’est rien arrivé…
-Mais non, t’en fais pas…
-Tu sais où il est ?
-…
-Allez ! Dis-moi !
-Il est allé voir qui tu sais…
-… Qui ?
-Celui dont on tait le nom…
-Voldemort ? Mais il existe pas !
-Mais non ! L’autre !
-Dumbledore ?
-Arrête ! S’exclama le Bougre au Stagiaire en riant, il est allé voir le Skippy
-… Le Fourbe va voir le Skippy ? Mais pourquoi ?
-Comment tu crois qu’il tient et qu’il apprend ?
-Mais c’est qui le Skippy, on le connait ?
-Non, il y a des rumeurs mais personne ne l’a jamais vraiment vu…»

Pendant que les deux complices, potentiels Fourbes en devenir, continuaient leur conversation dans le brouhaha de la cafète, le Fourbe rencontrait son Skippy :
« Alors voilà, dit le Fourbe, merci de me recevoir, j’ai un problème que je ne sais pas résoudre…
-Etonnant le contraire serait…
-…Heu… c’est vrai pourtant, je ne vois pas comment en sortir, il n’y a aucune issue pour moi, chaque solution que j’explore conduit à un problème encore plus grand…
-Et quand le problème tu me diras ?
-… Pourquoi vous me parlez comme ça ?
-Comme quoi ?
-On dirait maitre Yoda…
-Ouais ! Je sais pas… J’aime bien ! Non je déconne ! Raconte-moi…
-Voilà, j’ai beau essayer, me creuser la tête, je ne vois pas comment me sortir de la proposition du Chef…
-Bon je vois, c’est le merdier dans ta tête, et alors ? Réponds à ces deux questions, voici la première : quel est le problème ?
-Ben c’est que je trouve pas de solution
-Non, quel est le problème, que cherches-tu à résoudre ?
-Ah ! En fait, le Chef m’a convoqué hier et m’a fait la proposition suivante : il m’offre la direction d’une équipe dédiée à l’innovation qui serait crée et financée de façon confortable à l’occasion.
-Oui, alors quel est le problème ?
-Ben c’est que pour avoir cela, il me demande d’abandonner le Club que j’ai monté…
-Oui, alors quel est le problème ?
-C’est que je suis très tenté par prendre le poste qu’il me propose, c’est ce dont je rêve depuis toujours et qu’en le faisant je perds le Club, qui est un peu mon bébé.
-Bien, maintenant la deuxième question : en quoi c’est un problème ?
-Si je n’ai pas le Club pour m’appuyer dans ce nouveau poste, je ne pourrai pas vraiment innover car le Club porte la rupture dans les pratiques. Du coup je vais me retrouver à être limité malgré moi et c’est le comble ! D’un autre côté, ne pas accepter reviendrait à renier tout ce que j’ai fait jusque là ! Pour couronner le tout, le Chef m’a dit que si je ne donnais pas réponse d’ici après-demain, il proposait le poste au GISPEP.
-Alors quel est le problème ?
-Ben je vous l’ai déjà dit !
-Pas de façon complète, quel est le problème ?
-Ah !… oui… en fait ça me fait chier de sacrifier le Club, ça me fait chier de sacrifier ma carrière, en plus au profit du GISPEP…
-Nous y voilà ! Tu es face à une double contrainte, aucune solution ne parait gagnante,
-Exactement ! C’est tuant comme situation !
-Sortir d’une double contrainte n’est pas aisé et ne dépend que de toi et de ce que tu es prêt à lâcher pour arriver à changer ta perception du problème…
-Ah mais, je ne lâche rien ! Pourquoi ce serait à moi de lâcher ? C’est le Chef qui m’impose cette connerie, c’est pas moi !
-C’est vrai, pour autant, c’est toi qui es en train de ruminer et de tourner en rond dans ton bocal. Tu peux noter que le Chef n’est pas dans cette pièce à t’imposer des trucs…
-Allez ! Ça recommence, c’est dans ma tête, ça n’existe pas, c’est toujours pareil avec vous… mais ça me donne pas la solution, ça m’aide pas vraiment !
-…
-En fait, je sais pas à quoi me raccrocher, c’est comme s’il n’y avait plus rien sur quoi m’appuyer pour raisonner…
-Qu’est-ce que tu cherches finalement, ce serait quoi ta situation rêvée ?
-Mais je sais pas moi !
-Tu as bien une idée, qu’est-ce qui t’a animé jusque là ?
-L’innovation, sortir des habitudes sclérosantes, respirer, être autonome, sortir des poncifs et des dogmes ignorés mais pourtant bien présents…
-Ça ressemblerait à quoi si tu y arrivais ?
-Les deux systèmes cohabiteraient harmonieusement : le système de gestion du quotidien, avec ses processus imposés, ses rituels tous bien adaptés à la progression en territoire de connaissance, en gérant les risques et en fuyant l’incertain et puis le système d’exploration des territoires inconnus avec leur potentiel d’innovation de rupture, quels qu’en soient les domaines, avec des approches itératives, avec de la coopération vraie, de la confiance basée sur la vulnérabilité acceptée de tous et par tous…
-Et qu’est-ce qui te retient ? Qu’est-ce qui, dans ton passé, te dit « n’y va pas ! Tu as plus à perdre qu’à gagner ! »
-…
-Que te dit ta petite voix intérieure ?
-… Que j’aimerais bien être reconnu pour ça et que pour l’instant c’est pas vraiment le cas… et puis c’est vrai que je suis entré dans cette boite avec des convictions et que j’ai pu progresser, c’est juste maintenant que ça coince…
-À ton avis, qu’est-ce qui serait le plus utile à l’entreprise et à toi, là maintenant ?
-Le Club ! Sans aucun doute !…
-Et…
-Si je choisis le Club, je fais un boulevard au GISPEP…
-Et…
-Ben je sais pas… Ça me fait chier…
-Qu’est-ce que tu recommanderais au Bougre au Stagiaire dans la même situation par exemple ?
-Je ne sais pas… je lui dirais peut-être de ne pas faire d’hypothèses a priori sur le GISPEP ou en tout cas de ne pas en tirer de conclusion sans les avoir… validées… et merde ! J’ai compris…
-Qu’as-tu compris ?
-Que je suis en train de m’accrocher à des pensées directement issues de mon passé, que je suis en train de me construire des scénarios auto-bloquants sans jamais ni regarder la finalité qui me porte, ni vérifier les hypothèses désastreuses qui me viennent à l’esprit et tout cela dans une boucle infernale… Il me reste à lâcher mes pensées du passé, résidus de mon ego d’hier…
-C’est ça une bouteille à mouche ! Et lâcher des pensées qui sont nocives à une intention louable n’a jamais fait tomber quiconque ! Voici un nouveau territoire incertain, rien que pour toi, à explorer !
-…
-On va manger ? C’est journée de l’enfance, il doit bien rester des trucs à colorier… »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Couple Complice ne comprends pas le choix du Fourbe… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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(°) merci aux Inconnus !

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