Juin 102017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Au début de la semaine, le Chef avait été convoqué par les Dirigeants. Il les avait rejoints dans leur salle de réunion qui était appelée la salle du Conseil, parce que c’est là qu’ils en donnaient beaucoup, en recevaient parfois et que jamais, jamais ils n’appliquaient :
« Qu’est-ce que vous maitrisez vraiment dans cette histoire ? interrogea un des Dirigeants,
-La situation est complexe, c’est vrai, d’un autre côté le projet se précise, tenta le Chef,
-Se précise ? Vous rigolez ! Où sont les résultats ? Tout ce que nous voyons, ce sont des dépenses, plus ou moins bien allouées d’ailleurs…
-Je ne suis pas d’accord, contra le Chef tout en prenant conscience du risque qu’il venait de prendre, les coûts sont parfaitement alloués, les derniers rapports le démontrent clairement…
-Et que nous ont rapporté ces dépenses très bien allouées ? questionna  un autre Dirigeant
-…Le prototype devrait démarrer sous peu, il apparait que nous n’avons pas forcément la bonne organisation pour conduire ce projet et je suis en train d’y réfléchir…
-Il serait temps d’agir ! Où en êtes-vous avec ce mec qui a monté ce Club d’innovation pirate ?
-J’essaie de le convaincre de prendre la direction du futur service d’Innovation, mais pour l’instant, il refuse… et puis je me demande vraiment si c’est à moi qu’il devrait rapporter…
-Écoutez, nous n’avons pas de temps à perdre. S’il n’en veut pas, mettez quelqu’un d’autre, démerdez-vous, vous avez deux jours… au-delà, nous pourrions être amenés à douter de votre compétence à tenir ce poste… »
La réunion, en gros, s’était terminée là dessus. Le Chef en sortit fort dépité et ce trouble fut bienvenu car, comprenant qu’il jouait son va-tout, il osa…

A la fin de la semaine, dans deux salles de réunion voisines, se tenaient deux discours d’introduction quasi-simultanément. Deux personnes venaient d’être nommées à leur nouveau poste. Comme le voulait la tradition, elles en étaient apparemment heureuses et du coup partageaient leur enthousiasme avec leur nouvelle équipe.

Dans la première salle de réunion, le projecteur affichait des chiffres, des tendances et surtout un fluxogramme montrant dans le détail un processus d’innovation : le Processus d’Innovation Novatrice de l’Entreprise (un processus apporté par l’approche très à la mode vendue par l’université virtuelle du Dakota du Nord : la Business Innovation Technico-Economique). Près de l’écran, pointeur laser à la main, se tenait le GISPEP, qui terminait son discours d’ouverture de lui personnellement dans sa nouvelle fonction à lui. Son monologue avait commencé 2h45 plus tôt, il était dans les temps, trois heures c’était bien pour une introduction :
« Alors, en conclusion, je résumerai de la façon suivante : Innover c’est d’abord avoir des idées que personne d’autre n’a eues avant nous. Des séances de brainstorming seront donc organisées sur une base régulière et obligatoire afin de récolter de manière spontanée un maximum d’idées. Un Comité des Sages, composé de jeunes car les jeunes ressentent ce qui est innovant, jugera les idées pour n’en garder qu’une : l’idée du mois, qui sera récompensée.  Une fois l’idée du mois sélectionnée, nous lançons le processus d’innovation novatrice de l’entreprise. Il est composé de 14 étapes à mener de façon strictement séquentielle. Pas question de revenir en arrière, ce serait démontrer un échec et nous ne sommes pas là pour échouer, nous sommes là pour être les meilleurs au service de nos clients et le premier service que nous devons leur rendre, c’est de leur demander quels seront leurs besoins futurs. Notre principal driver sera le coût, car nous nous devons d’être rentables sur chaque projet d’innovation… Vive la Business Innovation Technico-économique !…Avez-vous des questions ? »
Pendant que le GISPEP scrutait son auditoire dans l’attente d’une question à esquiver, dans la salle voisine se tenait une autre conférence :
Une dizaine de personnes étaient rassemblées dans une petite salle, il n’y avait pas de projection, mais au centre du cercle informel des personnes se tenait la Bougre Complice, qui concluait son intervention qui avait débuté 10 minutes plus tôt :
« Alors voilà, je suis vraiment à la fois ravie et impressionnée de me voir confié ce projet d’innovation de rupture qui est le nôtre depuis un bon moment maintenant. Nous sommes en plein territoire de rupture, ce qui veut dire que je ne sais pas plus que vous quelles seront les solutions ni les façons de les mettre en œuvre. Mais nous sommes tous en phase sur ce que nous cherchons à atteindre, alors je vais y aller avec vous ! Je serai là pour vous comme vous serez là pour chacun d’entre nous. J’ai deux objectifs pour cette équipe : la coopération et le bien-être, et j’ai la profonde conviction que si nous les atteignons, alors la performance et le succès seront au rendez-vous. Je suis à votre disposition dès maintenant si vous souhaitez en discuter. »

Pendant ce temps, le Chef avait organisé un nouveau rendez-vous secret avec le Fourbe :
« Voilà, c’est fait… c’est fait, je ne sais pas si c’est bien… mais c’est fait, lâcha le Chef
-Et si l’essentiel était d’avoir agi ? demanda le Fourbe, de cette décision va venir de l’information sur laquelle vous pourrez réagir…
-N’empêche, si je me plante, les Dirigeants ne vont pas me louper, il faut vraiment que j’aide les deux nouveaux responsables à réussir…
-Tout à fait ! C’est une étape typique de l’exploration, lorsqu’on est amené à rompre avec le passé pour pouvoir avancer en territoire incertain… Ils sont nouveaux et il est très important pour vous de les choyer, de les soutenir, de les protéger comme on protège de nouvelles pousses au début du printemps…
-Peut-être, mais je suis inquiet… La Bougre Complice tient des propos bizarres que je ne pourrai jamais tenir devant les Dirigeants !
-C’est vrai et il s’agit vraiment de donner une chance au GISPEP comme à la Bougre Complice et c’est maintenant ! Cette phase est transitoire, si vous la ratez, alors il y aura un fort retour en arrière… vous en souffrirez, nous en souffrirons et nous seront revenus à la case départ… ou pire…
-Et si je vous demande ce qui me garantit que ça va marcher ? Vous allez encore me répondre que personne n’en sait rien?
-…
-…Merci… c’est pas confortable mais je peux essayer… après tout…Merci !
-Je vous en prie !
-Dites, ça vous ennuie pas de quitter la salle quelques minutes après que je sois parti ? Je voudrais vraiment pas qu’on nous voit ensemble, mais rien de personnel ! Je vous assure ! »
Là-dessus, le Chef avait quitté la salle après avoir vérifié qu’il n’y avait personne dans le couloir.

Chemin faisant vers son bureau, se faisant discret, il croisa un bouchon :
« Au moins le GISPEP, il sait où il va ! C’est maitrisé, c’est rassurant ! Et puis il fait intervenir les jeunes !
-J’aime bien son Comité des Jeunes pour choisir l’Idée du Mois !
-Ouais ! Et si on disait que l’idée recevant le moins de suffrages sera affichée aux yeux de tous pour bien montrer ce que nous ne cherchons pas ?
-Ah ouais ! Ce serait clair au moins !
-N’empêche, pourquoi le Chef a nommé la Bougre Complice sur un projet de cette importance ? Je comprends pas !
-Ben … pour empêcher le Fourbe d’avoir le poste, tiens ! C’est évident !
-Ah ouais… pas con le Chef quand même !
-On va manger ? Y a quoi aujourd’hui ?
-C’est la semaine de soutien aux EHPAD, y a que des trucs qu’on a pas besoin de mâcher et y a même des bénévoles qui nous font manger si on veut… »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef convoque le GISPEP et la Bougre Complice… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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