Juil 082017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Il était clair, depuis plusieurs semaines, que le GISPEP connaissait un franc succès avec sa Business Innovation Technico-Economique. Le secret de ce succès était avant tout basé sur une communication très efficace, notamment sur le dispositif que le GISPEP et son équipe étaient en train de mettre en place. Il était vrai aussi que cela permettait d’occuper le terrain, de montrer une intense activité que seuls une loyauté et un engagement sincères envers l’Entreprise pouvaient expliquer. Le GISPEP communiquait entre autres sur deux points précis :
Le premier point était un processus de formation et certification de futurs utilisateurs permettant à ces derniers d’accéder à toutes les fonctionnalités de la Business Innovation Technico-Economique. Il l’avait appelé processus d’ Accréditation des Nouveaux Utilisateurs Spécialisés. Ce processus, qui n’avait encore jamais été testé, était maintenant décrit par le menu et comportait une cinquantaine de documents enregistrés dans le système Qualité comme gage de leur efficacité et de crédibilité. Une newsletter, des spots vidéos à la cafétéria et des rencontres régulières ouvertes à tous entre midi et deux, permettaient au GISPEP de présenter ce processus, sa rigueur et donc son efficacité potentielle car tout était sous contrôle.
Le second point était un concours ouvert à toutes et tous (car le GISPEP était conscient qu’il fallait respecter aussi bien les femmes que les hommes pour qu’une communication soit efficace). Ce concours était un concours d’inventions, qu’elles soient techniques ou organisationnelles, et la participation à ce concours était libre, sans engagement aucun. Il avait dénommé ce concours le Concours Libre d’Inventions Technico-Organisationnelles. Le récompense promise à la meilleure idée d’invention était une prime conséquente, calculée en pourcentage du salaire de celui ou celle qui avait émis l’idée. Le jury était composé par les Dirigeants, choix politique habile du GISPEP qui donnait le contrôle absolu sur les résultats du concours dans un esprit ouvert et visionnaire. À chaque idée émise, le GISPEP s’assurait de la propagation de la nouvelle avec emphase et sérieux : l’entreprise devenait innovante, puisqu’on y avait des idées et en plus, c’était grâce à lui. Bien sûr, il s’agissait surtout de récolter des idées et pas de les mettre en oeuvre, car ce qui comptait, c’était de voir ce qui serait possible dans l’absolu et surtout d’évaluer et maitriser les risques avant toute chose.
Clairement, le GISPEP était l’homme de la situation et il siégeait maintenant à la droite du Chef lors des réunions opérationnelles hebdomadaires. D’ailleurs, lors d’une de ces réunions, le Chef avait tancé la Bougre Complice car personne ne savait ce qu’il se passait dans le projet d’innovation de rupture. La Bougre Complice avait tenté d’expliquer qu’elle préférait communiquer sur des résultats innovants tangibles plutôt que sur des promesses. Le Chef l’avait rembarrée en lui montrant que le GISPEP, lui, travaillait en toute transparence, et qu’en tant que Chef, il attendait la même chose de la Bougre Complice. Cette dernière tenta de parler de Valeur, d’Utilité et tenta d’expliquer que les délivrables attendus feraient l’objet de communication une fois réceptionnés et validés. Rien n’y fit, le Chef et le GISPEP contrèrent systématiquement ses propos avec un seul leitmotiv : « vous n’êtes pas transparente, vous cachez des choses, vous êtes sur la mauvaise pente.»
La Bougre Complice sortit de cette réunion un peu perdue, car elle n’avait pas vu venir le coup. Elle avait besoin de soutien et se dirigea vers le bureau du Fourbe, entrainant avec elle le Stagiaire qui glandait dans un couloir.

« Voilà où nous en sommes, résuma-t-elle, on dirait que ce qui compte le plus, c’est de faire du bruit sur ce qui n’existe pas encore, ou pire, sur ce qui existe mais qui ne sert pas vraiment à grand chose… J’en ai marre ! Il n’est pas question que je me mette à faire ce genre de connerie !
-Pourtant le Chef n’a pas tort sur tous les points, rétorqua le Fourbe
-Mais enfin ! Tu me vois ouvrir un concours de la rupture ? Et puis quoi encore ?
-Ce n’est pas ce que je veux dire, interrompit le Fourbe qui veillait à ce que la colère naissante de la Bougre Complice ne vienne pas lui brouiller l’écoute, ce que je veux dire, c’est que communiquer est un bon moyen d’exister au sein d’une entreprise…
-Ah là c’est sûr, le GISPEP existe ! Mais tu as vu ce qu’il ose appeler Innovation ? Tu as vu ce que gobent les Dirigeants ? Un concours d’invention ! Le message même du type « Soyez Spontanés ! » Et ils y vont ! Eh bien, pas moi !
-Et comment comptes-tu obtenir l’attention des Dirigeants au sujet de ton projet de rupture ?
-Ce sont eux qui m’y ont mise, ils sont au courant !
-Peut-être, et c’est une hypothèse… comment sais-tu qu’elle est vraie ?
-J’en sais rien ! Ce qui compte c’est que le projet avance et eux viennent m’emmerder avec de la comm… j’ai pas que ça à foutre !
-Pourtant, il semble qu’ils sont en train de t’attaquer sur ce point, tu vas laisser le projet s’enfoncer dans l’anonymat ? Comment, lorsqu’il y aura effectivement de la nouveauté, t’y prendras-tu pour à la fois informer, former, convaincre et faire changer les choses ?
-Mais je vais leur rentrer dans le chou ! Voilà ! Ils me cherchent, ils me trouvent !
-Si je peux me permettre, intervint le Stagiaire, rappelle-toi ce que nous nous sommes dit la dernière fois au sujet des tactiques de combat…
-Ouais, faut que je cogne fort pendant leur attaque, répondit la Bougre Complice
-Pas tout à fait, corrigea le Stagiaire alors que le Fourbe se mettait en retrait, ce qui compte ce n’est pas de frapper, ce qui compte c’est d’abord esquiver ou détourner le coup et en même temps de porter une attaque qui va rééquilibrer l’échange…
-…
-Si tu utilises la tactique du GISPEP pour contrer le GISPEP, tu te goures car tu te retrouves sur son terrain. Non ! Il vaut mieux feinter et te concentrer sur ce qui a de la valeur pour toi dans cet échange.
-Là je ne vois pas mais alors pas du tout ! »
Le Fourbe intervint :
« En fait le GISPEP est en train d’utiliser la communication pour que son projet existe mais, et c’est ça qui te mets en boule, il communique sur le superficiel, sur le déjà visible, il fait des effets d’annonce basés sur des faits qui existent sans être matérialisés, comme des idées par exemple
-C’est pas faux, lâcha la Bougre Complice
-D’un autre côté, il est vrai que tu ne communiques pas sur ce projet de rupture et que c’est un tort, car les gens se posent des questions, imaginent des choses, ou encore t’oublient et tout cela c’est un risque pour la survie du projet : l’entreprise n’aime pas l’incertain en son sein, alors surtout n’incarne pas cet incertain !
-Mais c’est la nature même de mon projet !
-Ce qui compte, c’est que tu communiques, mais de telle façon que tu ne tombes pas dans le piège dans lequel est en train de tomber le GISPEP. Une bonne Comm met en lien ce qui brille sur la façade avec ce qui ne se voit pas, elle fait le lien entre le visible et le caché…
-On arrête la fumette ? Parce que j’y comprends rien !
-Calme ! Le GISPEP ne communique que sur les apparences, du coup c’est ludique, distrayant et attractif, mais c’est creux. Sur la durée, il s’essoufflera et le retour de flamme sera cuisant. Tu as l’opportunité de voir ce qu’il fait et de t’en inspirer pour prendre ce qui t’est utile…
-Accompagne le coup ! C’est ça l’esquive, utilise son énergie, utilise les mêmes outils de comm que lui, il a déblayé le terrain, intervint le Stagiaire
-Exactement, compléta le Fourbe, ne t’oppose pas mais surfe sur la vague qu’il a créée, personne ne pourra te le reprocher, et va plus loin, fais une Comm qui parle de l’intérieur, de ce qui ne se voit pas à la surface…
-C’est ça la contre-attaque ! … Pardon, lâcha le Stagiaire
-Merci, dit le Fourbe, qu’est-ce qui motive l’équipe ? En quoi tu crois sur ce projet ? Comment vous travaillez ? Quelles avancées avez-vous obtenues et surtout pourquoi vous ne communiquez pas là-dessus !
-Je fais de la Comm sur pourquoi je ne communique pas ? s’étonna la Bougre Complice
-Pas tout à fait, tu communiques par exemple sur vos méthodes de travail, qui sont en elles-mêmes une innovation de rupture dans l’entreprise, de façon à expliquer et à permettre à chacun de comprendre pourquoi tu ne communiqueras jamais sur un délivrable non achevé ou non validé. Communique et communique sur le fond, pas sur la forme, utilise les forums du GISPEP pour partager vos trucs et astuces pour avancer dans l’incertain en équipe. En gros, fais une communication utile aux autres plutôt que faire une comm utile à toi, tu verras, le retour sera bien plus puissant.
-Wow ! C’est pas con ! Dit la Bougre Complice en se détendant
-Merci, répondit le Fourbe
-On va manger ? demanda le Stagiaire, c’est la semaine ‘la Santé Malgré Vous’, aujourd’hui c’est le jour des Dermato : y a que des trucs en croûte ou à peler, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef aussi aimerait bien acculer la Bougre Complice dans un coin… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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