Juil 152017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Il faisait froid ce jour de Novembre. Le vent soufflait en rafales. Les nuages, gris et bas, comme honteux, descendaient dans le midi, espérant sans doute un temps plus clément. De temps en temps, des gouttes de pluie, en groupe serré, frappaient au carreau, rythmant le silence plombé régnant dans la salle de réunion.
Il faisait gris dans cette salle, personne n’avait pensé à rallumer les lumières après la projection de la vidéo vantant les derniers exploits du GISPEP. Chacun semblait chercher un truc à dire. Rien ne venait. Rien.
Il faut dire qu’elle n’était pas jojo, la dernière vidéo. Même le GISPEP semblait s’en rendre compte : c’était dire.
Autour de la table, tous semblaient fatigués, désabusés. La Bougre Complice, assise aux côtés du Bougre au Stagiaire, semblait relire les notes qu’elle n’avait pas prises.
« Je ne comprends pas, dit le GISPEP en cassant l’ambiance, il y a encore deux semaines, la salle était comble à mes réunions d’information. Hier, il n’y avait que deux personnes… dont une est partie avant la fin…
-Faut dire aussi qu’on est crevés, lâcha un Bougre, et puis cette manie à vouloir à tout prix nous faire cracher des idées…
-Justement !  interrompit le Chef, c’est ça la dynamique d’innovation et d’empowerment ! Le Bottom-Up comme ils disent !
-Empowerment ou pressurisation ?  risqua le Bougre, parce que nous n’en avons aucun retour…
-Non mais c’est incroyable ! Vous êtes incroyables tous autant que vous êtes ! Vous passez votre temps à réclamer plus de responsabilité, d’autonomie et quand on vous les donne, ça ne va pas, ça ne va jamais !  dit le Chef avec sa grosse voix
-Ce n’est pas de l’autonomie, toutes les idées sont criblées par les Dirigeants et ce sont eux qui décident quelle idée pourrait devenir un projet
-Mais c’est pour votre propre sécurité ! Les Dirigeants sont là pour vous protéger de vos propres erreurs ! Et sans eux, dieu sait quelle absurdité aurait été développée ! En un mot comme en cent : les Dirigeants sont les timoniers de l’Innovation Rétrograde, vous en êtes les rameurs et le GISPEP donne le rythme… Voilà ! C’est ça une équipe ! »
Les participants n’osaient plus regarder où que ce soit, ce qui se traduisait par des attitudes corporelles étonnantes de contorsion des doigts et des nuques. Les regards tentaient de fuir et se heurtaient sans cesse aux mêmes parois invisibles.
La Bougre Complice rompit le silence :
« Nous avons un phénomène semblable de fatigue autour du projet d’innovation de rupture. Cela pourrait conduire à du découragement puis à des abandons qui seraient nuisibles au projet. C’est un problème porté par chaque membre de l’équipe. Je propose qu’on réduise la voilure et qu’on se concentre uniquement sur les points critiques, le temps de recharger les batteries…
-Ben voyons ! Avouons-nous vaincus pendant que vous y êtes !  jeta le GISPEP, il n’en est pas question !  Si les gens s’ennuient, c’est qu’il faut diversifier nos actions !
-Mais ils sont crevés ! Nous sommes crevés ! Et vous voulez en rajouter ?
-Non ! Je veux diversifier ! Je vais lancer un concours sur le thème de l’endurance au travail et comment faire pour l’entretenir… vous voyez ? On pourrait faire intervenir un marathonien de haut niveau qui viendrait expliquer comment il fait pour se préparer et durer…
-Ce n’est pas ça qui va les reposer !
-C’est vrai, mais ils ne pourront pas dire qu’on ne les a pas écoutés ! Nous sommes là pour eux et s’ils n’appliquent pas les conseils que nous leur prodiguons, ils ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes… »
Le Bougre au Stagiaire et la Bougre Complice se regardèrent, hésitant entre fou-rire et larmes. La Bougre Complice craqua la première :
« Ce n’est pas vrai… vous n’avez pas dit ça…
-Je le dis et je m’en félicite ! Moi, je garde la dynamique et dans les moments de fatigue, je motive, je ventile, j’abreuve de nouveaux sujets à creuser tout en aidant… je fais mon boulot, moi, et on dirait qu’on ne peut pas dire ça de tout le monde.
-Non mais dites donc…
-Ça suffit, intervint le Chef en regardant fixement la Bougre Complice, je ne veux pas en entendre plus, cela pourrait jouer sur votre entretien de fin d’année. Ce qui compte pour moi, ce sont les résultats. Vous voulez vous planter ? Je m’en lave les mains ! Vous voulez l’autonomie ? Prenez-la avec la solitude qui va avec ! Personnellement, je trouve l’approche du GISPEP en phase avec les besoins de l’Entreprise. Quant à votre approche… ma foi…vous vous complaisez dans la rupture… restez-y, mais à la première connerie vous en rendrez compte directement aux Dirigeants ! Moi j’ai fait mon boulot en vous prévenant ! »
Sur ce il se leva, la réunion était finie. Dehors, la pluie et le vent redoublaient sans qu’on puisse déterminer s’ils approuvaient ou rejetaient ce qui venait de se passer.
La Bougre Complice et le Bougre au Stagiaire retrouvèrent le Fourbe, alors en pleine conversation avec le Stagiaire.

« Bonjour ! accueillit le Fourbe, venez vous réchauffer !
-On en a besoin, dit la Bougre Complice, et faut dire qu’avec ce temps, il n’y a rien de mieux pour plomber l’ambiance…
-Il vaut mieux qu’il pleuve aujourd’hui plutôt qu’un jour où il fait beau ! lâcha le Stagiaire goguenard, … pardon… mais c’est pas de moi c’est de Pierre Dac ! »
Les trois autres le regardèrent comme les trois ours considérèrent Boucle d’Or. Le Stagiaire s’assit et plongea dans son écran aussi loin qu’il le pût.
Le Bougre au Stagiaire résuma ce qu’il venait de se passer, soulageant ainsi la Bougre Complice qui était encore en train de se confronter à sa colère.
« Très intéressant !  conclut le Fourbe, et je partage votre avis : dans ces circonstances, il s’agit de s’économiser et de se reposer.
-Mais ce n’est pas un risque pour le projet ? Les gens pourraient se désintéresser… questionna la Bougre Complice,
-C’est un risque, c’est vrai mais bien moindre que celui de se disperser ! Nous sommes en plein territoire de rupture et le pire serait de gaspiller nos dernières forces dans des explorations incertaines. C’est un autre moment où l’Effectuation rend service…
-Définir nos objectifs à partir de nos ressources !..
-Exactement ! Et en ce moment les ressources sont fatiguées, ce qui revient à avoir moins de ressources…
-Donc on recentre nos objectifs sur l’essentiel et on les dimensionne à ce qu’on est capable d’accomplir…
-Voilà ! Et de cette façon le projet continuera d’avancer sur le fond, plus lentement mais résolument et sûrement !  conclut le Fourbe
-Alors que le GISPEP tente d’avancer sur la forme ! Il risque de disperser les gens comme leur énergie,  intervint le Bougre au Stagiaire
-Ne vous laissez pas distraire par ce que font les autres, concentrez-vous sur l’essentiel du projet : vous aussi vous êtes fatigués… intervint le Fourbe en souriant,
-Justement, intervint le Stagiaire, on va manger ? C’est la semaine « Votre Santé malgré Vous », aujourd’hui c’est la journée des Proctologues…
-…
-Ben oui… des bagels, des donuts, des macaronis…. que des trucs avec des trous, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GISPEP et le Chef ont un plan machiavélique… Mais ça c’est une autre histoire ! »

Lien vers le Glossaire Inique

Lien vers la Table des Matières

Lien vers la Bibliographie

 Laisser un commentaire

(oblligatoire)

(obligatoire, n'apparaîtra pas sur le blog)

lectures d un mamnager-coach - www.olivierlecointre.fr - tous droits réservés