Oct 222017
 

En préambule, les chercheurs de l’Institut de Paléographie Managériale vous remercient de votre patience et se félicitent de vous avoir aidé à progresser sur ce point particulier. Par ailleurs, ces même chercheurs vous invitent à vous remémorer le conte précédent (le 24) avant d’entamer la lecture de celui qui suit, le conte 25, qui suit le 24 ainsi que tous les autres, et réciproquement. Le conte 24 (c’est celui où le Chef va rencontrer le Skippy en cachette sur les conseils du GISPEP) est accessible ici : Conte 24

Maintenant que c’est fait, la lecture s’ouvre à vous par l’avertissement ci-dessous :

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

« C’est le bordel ! Avec vos conneries… comment vous dire… c’est le bordel ! Et maintenant quoi ? Vous avez d’autres recommandations à la con ? Parce que vraiment… c’est le bordel ! »
Le Chef avait appuyé ses deux poings sur son bureau et s’était à demi levé, les yeux rivés sur l’enveloppe corporelle du GISPEP, tétanisée, recroquevillée, accrochée à son dossier plein de rapports.
Le GISPEP avait été convoqué tôt ce matin, une convocation par email, une qui disait « dans mon bureau dans 10 minutes ». S’il n’avait pas eu la saine habitude de commencer ses journées en ouvrant sa boite mail avant toute chose afin de recevoir en pleine poire son tsunami quotidien et matinal, il n’aurait pas eu cette information cruciale et la face du monde, ou au moins la sienne, en aurait été changée.
Il était sans voix, il était sans pensée, il était sans tout ce qui aurait pu l’aider à réagir, ça lui faisait toujours ça quand le Chef lui en passait une. D’un autre côté, il en avait presque l’habitude. En tout cas il y travaillait car c’était comme ça. Travailler avec le Chef, c’était savoir accepter ça, c’était l’opportunité que lui donnait le Chef de grandir un peu et de s’assumer en tant qu’individu. Et au fond de lui, derrière les tiraillements au sein de ses tripes et de sa poitrine, il sentait comme une vague forme de reconnaissance : tout était comme d’habitude et c’était rassurant.
« Parce que quand même, reprit le Chef, c’est vous qui m’avez obligé à rencontrer le Skippy ! Hein ? C’est bien ce qui s’est passé ?
-Ben… vous étiez quand même d’accord…
-Comment ça ? Vous m’avez organisé ce putain de rendez-vous, j’étais bien obligé de m’y rendre, ça s’appelle de la politesse !
-C’est vrai… Mais on en avait parlé avant…
-Eh ben heureusement ! Il manquerait plus que vous organisiez des rendez-vous pour moi dans mon dos !
-Il m’avait semblé qu’on était d’accord…
-Mais d’accord sur quoi ?
-Ben, d’aller voir le Skippy…
-Mais jamais de la vie ! C’était votre idée et moi, en tant que Chef, je me dois de vous laisser de l’autonomie, j’ai donc fait un acte de management ! Et voilà le résultat !
-Je suis désolé, j’ai dû mal comprendre…
-C’est ça ! Et il va falloir que ça change ! Parce que finalement, vous êtes tous les mêmes !
-…
-Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai appliqué les conseils à la con du Skippy ! Il avait dit : « Laisse pousser les jeunes pousses au printemps » alors c’est ce que j’ai fait ! J’ai donné l’autonomie aux équipes, je me suis retiré et je les ai laissées travailler.
-…
-Pas un jour, je ne me suis rapproché d’eux de façon à ce qu’ils voient bien qu’ils étaient libres de faire ce qu’ils voulaient, de prendre les décisions qu’ils voulaient. J’ai refusé toutes leurs demandes pour que je participe à des « ateliers de co-construction », comme ils disent. Je ne voulais influencer leur travail en aucune manière.
-Mais je ne suis pas sûr que c’était ce que voulait dire le Skippy…
-Ah bon ? Parce ce que maintenant vous comprenez les choses ? Vous vous foutez de moi ? Vous allez me donner des leçons en tant qu’inspecteur des travaux finis ?
-Non, non…
-J’ai fait exactement ce qu’il a dit et ça a du sens : si je veux donner l’autonomie, je m’éclipse, je n’impose plus ma présence à l’équipe et ainsi elle gagne toute sa liberté… Putain… Vous avez vu ce qui s’est passé ? Ces cons-là ont pourtant pas mal démarré… A un moment j’y ai cru… Et puis ils ont commencé à débattre… débattre, chacun tirant la couverture à soi… Bande de trouillards… La seule décision qu’ils prennent d’un commun accord à la fin d’une réunion , c’est de fixer la date de la prochaine réunion… et encore, des fois ils n’y arrivent pas parce qu’ils sont trop occupés… Résultat ? C’est le bordel !!! Moi j’ai fait mon boulot et ma conclusion est double : j’ai des équipes de bras cassés et les méthodes du Skippy, c’est du flan, c’est le truc à la mode peut-être, mais c’est pas pour nous…
-Peut-être faudrait aller les voir et leur dire…
-Mais bien sûr ! Maintenant que c’est le bordel, et c’est grâce à vous, je vais y aller pour récupérer les dégâts ! Qui c’est qui s’y colle, c’est bibi ! Comment voulez-vous que je me positionne dans ce merdier maintenant ? A part tout raser et tout recommencer, je ne vois pas d’autre solution… Convoquez-moi les équipes pour cet après-midi, réunion de crise… Ça va chier…
-Très bien… Je convoque la Bougre Complice aussi ?
-Et pourquoi pas ?
-En fait, son équipe marche plutôt très bien… c’est la seule où ce n’est pas le merdier en fait…
-Eh bien c’est qu’elle n’applique pas les conneries du Skippy !
-… À ce qu’on m’a dit, elle les applique et avec elle ça a l’air de marcher…
-Non mais vous vous entendez ? Alors comme ça, si ça merde, c’est à cause de moi ?
-Je ne dis pas ça… mais c’est vrai que son équipe s’en sort très bien, je le vois dans mes rapports…
-Et comment elle fait alors ?
-J’ai l’impression qu’elle a donné l’autonomie en se rapprochant du quotidien de son équipe. Elle en est devenue une partie intégrante, non comme chef mais comme contributrice, au même titre que tous les équipiers. Cela a permis à l’équipe de bénéficier de son expérience, de ses compétences et de sa vision. Pour autant, les décisions étaient prises par les personnes qui en bénéficiaient le plus, il semble qu’ils utilisent un processus pour prendre leurs décisions. Manifestement, cela a créé de la confiance assez rapidement, même si les débuts ont été, comme chez nous, un peu chaotiques.
-Sauf que chez nous, on est toujours dans le chaos… Et c’est quoi ce processus de décision ?
– Je ne sais pas… Ce que je vois, c’est qu’apparemment, ils saisissent les opportunités qui se présentent sans se poser plus de question. C’est comme si ils surfaient sur le chaos et ça les rapproche quand même de leur but. Je n’en sais pas plus, je vous livre ce que je déduis de mes rapports…
-Il nous faudrait quelqu’un dans la place qui puisse nous renseigner discrètement…
-Comment ça ?
-Eh bien, vous voyez bien ! Quelqu’un qui soit dans l’équipe de la Bougre Complice qui puisse nous raconter comment ils travaillent vraiment…
-Mais… on pourrait simplement demander à la Bougre Complice de nous expliquer comment ils font… Ce serait une super conférence à monter…
-Jamais de la vie ! Il est hors de question que la Bougre Complice nous donne des leçons ! Le Chef, c’est moi ! La Connaissance, c’est moi ! La Boite, c’est MOI !… Non, il nous faut une source d’information discrète dans la place…
-Un espion…
-Tout de suite les grands mots ! Si vous voulez… Dites-vous que nous agissons ainsi parce que nous y sommes contraints ! C’est vous qui m’avez mis dans ce merdier, ne l’oubliez pas ! Alors considérez que je vous donne une chance supplémentaire…
-Bien…
-Trouvez-moi quelqu’un qui pourrait infiltrer cette équipe… Pourquoi pas le Stagiaire ? C’est influençable un Stagiaire…
-Vraiment ?
-Oui ! Décision prise, allez me retourner le Stagiaire ! Mais n’en profitez pas hein ! Héhé… Fin de la discussion ! Du résultat, mon gars, du RE-SUL-TAT !
-…
-Allez ! On va manger ! C’est la journée de quoi aujourd’hui ?

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef et le GISPEP  mettent en œuvre leur plan machiavélique… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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