Nov 252017
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Le passage du ‘Mur’, obstacle infernal sur le chemin de l’équipe de la Bougre Complice, semblait toucher à sa fin. Au fil du temps, la perception qu’avaient les membres de l’équipe de ce ‘Mur’ avait progressivement changé. Au début, le ‘Mur’ était un obstacle vertical qui barrait la vue et le chemin et grandissait à chaque nouvelle demande. Puis le ‘Mur’ devint le challenge en lui-même, il était le support du chemin de l’équipe, même s’il était escarpé et longeait des précipices vertigineux. Le sommet continuait à s’éloigner au rythme de leur progression qui générait de nouvelles demandes : l’équipe était alors encordée et les 5 processus furent adaptés lorsque c’était utile et nécessaire. Souvent, il leur arrivait de penser qu’après l’ascension, s’ils parvenaient un jour au sommet, il allait leur falloir descendre de l’autre côté et l’énergie parfois leur manquait.
Aujourd’hui, il était clair que le sommet n’évoluait que très peu, ils avaient suffisamment progressé et le rythme des nouvelles demandes diminuait fortement. Cela était dû principalement au fait que la progression de l’équipe avait réduit l’incertitude portée par le projet d’innovation de rupture sur cette partie du voyage. Non seulement les demandes diminuaient, mais elles étaient de plus en plus utiles. Les fonctions partenaires ayant une bien meilleure compréhension de la situation, leurs demandes étaient bien plus ciblées et utiles.
Bref, l’équipe depuis quelques jours voyait qu’elle se rapprochait d’un sommet qui ne bougeait quasiment plus et c’était l’euphorie.

Du côté du Chef, c’était pas mal non plus. Depuis sa dernière intervention auprès des Dirigeants, son expertise en termes d’innovation de rupture était largement reconnue. Mieux, il était fort probable que lui soit confiée la mission de faire évoluer la culture de l’Entreprise vers plus d’Agilité au sens des Dirigeants. Une agence de ‘comm’ travaillait depuis quelques semaines à trouver un nom à ce nouveau programme, un nom qui inciterait chaque employé à y participer. A ce jour, un slogan semblait être en vogue, le programme s’appellerait « Flextor : la Flexibilité sans la douleur ».
Le Chef exultait devant son équipe réunie pour l’occasion :
« Rendez-vous compte ! dit le Chef en s’appuyant des deux mains sur la table, les Dirigeants reconnaissent enfin la valeur que j’apporte à cette entreprise et je dois dire que c’est en partie grâce à certains d’entre-vous… ils se reconnaitront… Quoiqu’il en soit, mon ascension, et la vôtre, commencent ! Bientôt, j’aurai la direction de Flextor et ceux qui me suivront pourront peut-être accéder au Pouvoir…
-Si je peux me permettre, lâcha le Bougre au Stagiaire….
-Permettez-vous mon cher, permettez-vous ! répondit le Chef dans un sourire, me suivre vous conviendrait-il mieux maintenant ?
-À vrai dire, c’est plus de prudence dont je voudrais vous parler…
-Prudence !? Alors que la voie s’ouvre, la lumière est au bout du tunnel ?
-Justement, attention à ne pas être aveuglé par cette lumière… C’est vrai que ce qui arrive est une excellente nouvelle, pour autant il s’agit de ne pas confondre vitesse et précipitation…
-Mais vous ne comprenez pas ? C’est maintenant qu’il faut foncer ! Cette ouverture, cette opportunité ne sera pas éternelle ! rétorqua le Chef dont la voix se rafraichissait à chaque mot,
-C’est vrai, intervint le GISPEP, mais il semble qu’il y ait le même enthousiasme chez la Bougre Complice, il semble qu’ils voient eux aussi le bout du tunnel… et nos deux tunnels ne conduisent pas au même endroit si je peux dire….
-Ça c’est certain ! Et c’est notre tunnel qui est le bon ! s’exclama le Chef en tapant sur la table, alors raison de plus pour foncer : le premier sorti du tunnel aura raison sur l’autre !
-Pourtant, ce n’est pas ce que recommande le Fourbe à la Bougre Complice… dit le GISPEP avec l’approbation silencieuse du Bougre au Stagiaire,
-Eh bien tant mieux ! Qu’ils prennent leur temps, ce sera d’autant plus facile de sortir avant eux !
-Justement, s’ils prennent leur temps, on peut peut-être prendre le nôtre, juste pour sécuriser notre progression, tenta le Bougre au Stagiaire »
Le Chef prit une grande inspiration , les participants autour de la table se tassèrent presque simultanément dans leur fauteuil, puis le Chef parla :
« C’est la plus grande connerie qu’il m’a été donné d’entendre depuis que je suis Chef ! Ce qui compte, c’est de sortir les premiers, et plus on aura d’avance, plus on aura d’impact ! Maintenant, c’est clair, si vous ne me croyez pas, prenez vos responsabilités ! Faites votre choix maintenant ! Que ceux qui veulent prendre leur temps assument leur choix et sortent de cette salle maintenant ! »
Les membres du Comité de Direction étaient à la fois immobiles et silencieux. Les plus téméraires regardaient leurs mains, les autres regardaient plutôt leur braguette de façon à être sûrs que personne ne puisse croiser leur regard et y lire quoi que ce soit. Après deux minutes d’éternité silencieuse, le Chef se leva :
« Très bien ! Je vois que nous nous comprenons. C’est ça une équipe, on peut se dire les choses, entre hommes, et on avance. Rendez-vous demain matin, à la première heure, avec vos propositions. »
Et il quitta la salle, laissant la place à la récupération et surtout à la préparation de la réunion informelle indispensable qui allait faire un bouchon dans le couloir.

Pendant ce temps, la Bougre Complice dont le moral et l’enthousiasme étaient au beau fixe, avait été invitée par le Skippy à le rencontrer en compagnie du Fourbe. La rencontre avait été fixée au dernier moment, ce qui étonnait la Bougre Complice car pour elle, tout allait bien !
Elle avait retrouvé le Fourbe chez le Skippy qui l’avait accueillie plutôt froidement, ce qui lui avait donné une impression bizarre.
Le Skippy prit la parole alors qu’elle venait de le saluer et de s’asseoir :
« J’ai appris que tout allait pour le mieux et que l’équipe accélère vers le sommet…
-Oui ! C’est super ! l’interrompit la Bougre Complice, et en plus, nous avons une telle maitrise des 5 processus que je ne vois pas ce qui pourrait nous arrêter maintenant !
-Bien, très bien, reprit le Skippy avec patience, je vois que vous êtes heureuse et que rien ne vous est impossible maintenant…
-C’est tout à fait ça ! dit la Bougre Complice en riant,
-J’ai l’impression qu’on sort enfin du chaos ! reprit le Fourbe dans le même rire. »
Le Skippy, à la surprise des deux compères, s’adossa à son fauteuil et resta silencieux, les doigts sur les lèvres. Puis il prit une grande inspiration :
« Pourtant, c’est une des périodes qui présentent le plus grand danger pour vous, votre équipe, votre projet… »
La Bougre Complice et le Fourbe se regardèrent, incrédules, abasourdis. Le Skippy reprit :
« Vous avez le sentiment d’y voir plus clair, et c’est vrai. La tentation est alors d’accélérer vers la lumière, de façon à mettre dernière vous les dernières épreuves. C’est là que le danger guette, par l’éblouissement…
-Mais c’est tellement plus simple maintenant ! Le chemin qui reste à parcourir est presque évident ! L’équipe vraiment se sent pousser des ailes, je ne vais pas les lui rogner maintenant ! interrompit une fois de plus la Bougre Complice,
-Il y a deux façons de gravir une montagne…
-C’est reparti pour les mystères ! s’énerva la Bougre Complice que le Fourbe cherchait à calmer en mettant sa main sur son avant-bras,
-Les mystères, comme vous dites, tout comme les images, parlent au cerveau bien mieux que les mots, laissez-moi vous aider à ma façon, vous en ferez ce que vous voudrez après, ça ne durera que quelques minutes, insista le Skippy dans un sourire bienveillant.
-… Pardon, bien sûr, allez-y, répondit la Bougre Complice, en rougissant légèrement.
-Il y a donc deux façons de gravir une montagne. Il y a celle du Yack, qui suit le chemin et ses détours, solidement ancré au sol par ses quatre sabots. Dans les passages difficiles, il n’en lève qu’un à la fois. Il perçoit la lumière et regarde d’abord le chemin. C’est sûr et lent. Et puis, il y a la façon de l’Oiseau, qui prend son envol et quitte le chemin pour se rapprocher plus vite de la lumière. Il ne regarde que la lumière et fonce vers elle. Aveuglé, il ne voit pas les filets tendus par l’oiseleur venu le chasser et l’enfermer dans une cage pour la plaisir d’un citadin.
-Faut que je reste Yack alors ? demanda la Bougre Complice avec de la tristesse dans sa voix,
-Si tu restes Yack, tu n’iras pas assez vite et le Chef, avec Flextor, peut te damer le pion…
-Et si elle fait l’Oiseau, le Chef peut la capturer dans ses filets ! lâcha le Fourbe avec colère, qu’est-ce qu’on fait alors ?
-C’est pour ça que la période est très dangereuse, il s’agit pour vous d’être à la fois le Yack et l’Oiseau.
-…
-Ne vous laissez pas éblouir par la surface des choses, avancez comme le Yack, devenez l’Oiseau le temps de prendre de la hauteur et obtenir Clarté et Visibilité. Il s’agit de ne pas tomber dans la confusion ni dans l’agitation, c’est le Yack qui vous ancrera dans la réalité. Il s’agit d’être lucide sur ce qui se passe autour de vous, c’est le rôle de l’Oiseau. Mais attention, l’Oiseau est prompt à avoir des réactions rapides ! Il s’agit de le pondérer par le Yack. Parfois, le Yack sera trop lent, l’Oiseau alors fera un bond en avant, pas trop loin, avec la sagesse du Yack.
-Voilà voilà… dit la Bougre Complice, comment je raconte ça à mon équipe moi ?
-Vous trouverez. Dites-vous que vos deux atouts primordiaux dans la situation présente sont Conscience et Cohérence, élevez-vous en gardant les pieds sur terre. Avec votre équipe, assurez-vous que vous avez en permanence une conscience claire de votre environnement humain, politique etc. Et assurez-vous aussi de la Cohérence de vos actions, entre elles et avec l’intention de votre projet. En nourrissant ces deux atouts, vous mettez toutes les chances de votre côté.
-…Je ne sais pas si je dois vous remercier de me casser le moral maintenant… mais je crois comprendre ce que vous me dites… dit la Bougre Complice.
-C’est vrai pour moi aussi, dit le Fourbe, je suis un peu paumé maintenant…
-C’est normal ! dit le Skippy, ce n’est pas facile de réaliser qu’on était aveuglé et de redescendre sur terre. Il faut vous requinquer, on va manger ?
-J’ai pas vraiment faim, dit la Bougre Complice.
-Mais si ! En plus aujourd’hui, c’est ‘amourettes de porc façon pâte de fruit avec son coulis thon-gingembre’, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef se fait surprendre… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Nov 182017
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Le temps avait passé et l’ascension du mur de demandes se poursuivait, avec ses avancées, ses doutes et aussi ses peurs.
Ce matin, la réunion quotidienne de l’équipe de la Bougre Complice se tenait dans une atmosphère tendue :
« C’est de la folie ! On avance c’est sûr, mais on joue les funambules ! On va finir par se casser la gueule ! lâcha un équipier de la Bougre Complice
-Qu’est-ce que tu veux dire par là ? demanda-t-elle,
-Je veux dire qu’on prend des risques ! On avance dans la rupture, personne n’est allé aussi loin… Pour reprendre ton image du mur, on a grimpé très haut, peut-être trop haut et ce qu’il y a autour de nous, c’est un gigantesque précipice…
-Mais concrètement, insista la Bougre Complice, qu’est-ce qui te fait dire ça ?
-C’est simple pourtant ! On se concentre sur les demandes qui nous sont utiles et on les résout pour la plupart, c’est ça qui nous fait progresser… Mais les autres demandes, qu’on ne traite pas, les questions du Chef, du GISPEP qui ne nous sont pas utiles, on n’y répond même pas ! C’est sûr, on avance ! Mais le sentier est vraiment au bord du précipice et à la première erreur, on tombe ! Il suffit qu’un seul d’entre nous se plante et toute la cordée est en bas !
-Et ça ferait très plaisir au Chef, renchérit un autre équipier
-Ouais et c’est sans compter les explorations qu’on mène et qui font peur aux autres fonctions : la rupture, ça commence à bien faire ! »

S’en suivit un brouhaha qui ne s’était pas produit depuis une éternité, ou peut-être même jamais, dans cette équipe. La Bougre Complice réalisa brutalement que son équipe était en train de lâcher. Elle se sentit elle-même au bord du gouffre et cette sensation vint s’ajouter aux doutes qu’elle-même avait face à cette ascension qui devenait interminable. Certes ils avaient avancé, mais en avançant, ils avaient créé eux-mêmes le précipice qui leur faisait si peur maintenant, et c’était elle qui les avait amenés là-dedans.

Pendant ce temps, au même moment, le Chef était devant les Dirigeants qui l’avaient convoqué à la dernière minute. Il s’était rendu à la salle du Conseil le coeur battant et l’esprit englué dans toutes sortes d’hypothèses et arguments que la surprise provoquait en lui. Heureusement, il avait copieusement engueulé le GISPEP de ne pas l’avoir informé plus tôt et lui avait demandé illico des informations précises et complètes afin de ne pas avoir l’air trop con devant les Dirigeants. Le GISPEP lui avait fourni un PowerPoint rassemblant toutes les informations au sujet des projets d’innovation et notamment au sujet du projet d’innovation de rupture géré par la Bougre Complice. Sur les 87 slides de cette présentation de synthèse, 3 étaient aussi consacrés aux derniers agissements du Fourbe, justifiant d’après le Chef sa ré-intégration au Comité de Direction. Bref, il était prêt et cette flexibilité était pour lui une démonstration de plus de son Agilité.
Alors que le Chef connectait son ordinateur au vidéo-projecteur afin de partager avec les Dirigeants la présentation PowerPoint et montrer ainsi la maitrise qu’il avait de la situation, un des Dirigeants prit la parole :

« Quelqu’un a demandé une présentation ? demanda-t-il à ses collègues »
Les Dirigeants se concertèrent du regard et manifestement, personne n’avait exprimé une telle requête.
« C’est ce qu’il me semblait, reprit le Dirigeant, nous n’avons pas demandé de présentation, donc pas de présentation ! Ne perdez pas de temps avec la technologie ! »
Le Chef sentit le sol se dérober sous ses pieds. Sans l’aide visuelle des slides du GISPEP, il ne devrait compter que sur lui, sa mémoire et sa dialectique. Il regarda les Dirigeants d’un coup d’œil circulaire. Certains étaient plongés dans leurs emails sur leur iPad, d’autres bavardaient. Bref : aucun ne prêtait attention à ce qu’il venait de se passer. Le Chef en profita :
« Vous avez raison ! Je ne suis pas un adepte de ces présentations longues qui vont à l’encontre de l’Agilité ! Mais que voulez-vous, le changement est un voyage que chacun parcourt à son rythme et mon GISPEP n’en est qu’au début, il a insisté pour que je partage son travail avec vous, et par loyauté envers mes équipiers, je me préparais à le faire… Mais me voilà rassuré, nous sommes dans cette pièce en territoire d’Agilité.
-C’est vous qui le dites. Alors justement, nous avons appris que vous vouliez ré-intégrer le Fourbe au Comité de Direction et cela nous amène immédiatement à une question vous concernant.
-Ah bon… bredouilla le Chef, mais vous savez, je fais de mon mieux pour contribuer à l’avènement des projets de rupture et notamment en explorant de nouvelles méthodes de travail…
-Parfait ! Alors, voici la question que nous vous posons maintenant, et nous sommes impatients de connaitre votre réponse »
Le Chef se sentait au dessus d’un ravin sans fin, un mince fil le reliait encore à la terre ferme et l’appel du gouffre tendait ce fil de plus en plus. Il s’appuya le plus discrètement possible sur la table devant lui, esquissa un sourire entendu (il était très fort pour cela) :
« Mais je vous en prie, s’entendit-il dire presque malgré lui,
-Bien ! Le Fourbe n’a de cesse de dire que nous avons tendance à confondre Agilité et Flexibilité. Alors pour vous, pourquoi l’Agilité n’est pas la Flexibilité et en quoi permettra-t-elle à notre Entreprise de réussir ? »

Laissons le Chef réfléchir et revenons à la réunion de la Bougre Complice. Le brouhaha continuait et la Bougre Complice avait l’impression que si elle laissait faire, elle allait elle aussi sauter dans le précipice. Surtout que le Bougre au Stagiaire, qui participait à la réunion, commençait aussi à participer au brouhaha, sortant de son rôle de GROC.
Elle se leva :
« Votre attention s’il vous plait ! »
Le brouhaha ne diminua pas, elle insista :
« Votre attention s’il vous plait ! »
Le brouhaha ne diminua pas, elle insista en parlant plus fort, mais toujours sur le même ton :
« Votre attention s’il vous plait ! »
Des regards se tournèrent vers elle, d’autres continuaient à l’ignorer :
« Votre attention s’il vous plait ! »
Les regards qui s’étaient tournés vers elle invitèrent ceux qui l’ignoraient à la considérer,
« Votre attention s’il vous plait ! »
Tous les regards étaient vers elle, le silence était revenu :
« Merci. C’est vrai que cette situation peut foutre la trouille ! Moi aussi j’ai peur…
-Raison de plus pour arrêter !
-Justement non ! Si nous cédons à la peur, alors oui ce sera la fin et nous en serons responsables ! La peur est là pour nous dire d’être courageux et être courageux c’est avancer avec sa peur, je sais plus qui a dit ça, mais j’aime bien !
-Mais tu vois bien qu’on va se planter, ça ne peut pas durer longtemps comme ça !
-Je n’en suis pas si sûre ! C’est vrai que si on insiste aveuglément, on se plante, mais on n’est pas obligés de faire ça ! Ensemble, on vient de prendre conscience du danger, on vient de se rendre compte qu’on partage cette trouille, ça veut dire qu’on peut faire avec !
-Et comment ça ?
-En dépassant le vertige, en dépassant la peur, en dépassant la tristesse qui ne manquera pas d’apparaitre face à notre manque de confiance !
-Et tu nous vois avoir confiance, là, maintenant ?
-La confiance, ça se construit, ça se construit par la pratique ! Regardez tout ce que nous avons fait ! C’était facile ? C’était une promenade de santé ?
-Ben non, mais là c’est vraiment extrême…
-Eh bien, c’est maintenant qu’on va encore plus être ensemble ! Et on va encore plus pratiquer avec précision et application les 5 processus : ce sont eux qui nous ont amenés jusqu’ici, ils peuvent nous emmener bien plus loin !
-Oui mais regarde, le processus de co-création n’est plus adapté à nos besoins, il faudrait le faire évoluer !
-Très bien ! Comment faire ? Interrogea la Bougre Complice
-… On pourrait utiliser les 5 processus pour faire évoluer les 5 processus…
-Exactement ! C’est ce que le Skippy avait dit ! Il avait dit au Fourbe qu’un jour nous ferions évoluer les 5 processus pour qu’ils nous servent mieux dans de nouvelles circonstances. Et que ce ne serait possible que parce qu’on les aurait pratiqués intensément et c’est bien le cas !
-Donc on fait un processus de co-création pour faire évoluer le processus de co-création ?
-Pourquoi pas, dans la mesure où le processus de décision est appliqué pour entériner la nouvelle version !
-C’est pas con ! Moi ça me plait… »
La Bougre Complice s’était rassise, fatiguée et contente, un brouhaha avait repris mais celui-là portait de l’espoir, des questions et de l’enthousiasme.

Pendant ce temps, le Chef s’évertuait à répondre à la question du Dirigeant avec l’enjeu de ne répondre que ce que les Dirigeants attendaient, quitte à mettre en cause ses propres troupes :

« Vous savez… Flexibilité, Agilité… ce sont avant tout des mots… Pour moi ce qui compte, c’est le résultat… Le Fourbe, c’est vrai, défend sa doctrine et mon rôle est surtout de m’assurer que nous n’entrerons pas dans une forme de pensée unique. Il s’agit de ne pas oublier que nos méthodes de travail nous ont conduits là où nous sommes aujourd’hui : pourquoi d’un coup tout mettre en doute ? Pourquoi remettre en question ce que vous avez accompli au bénéfice de l’Entreprise ? Ce qu’il nous faut d’abord, c’est de la Flexibilité pour considérer l’éventuel intérêt des méthodes dites Agiles, et c’est ce dont vous faites preuve en ce moment même ! »
Les Dirigeants approuvèrent de la tête les propos du Chef, il était sur la bonne voie, mais la partie n’était pas gagnée :
« Cette Flexibilité, dont nous faisons preuve depuis le début, est celle qui nous a permis de nous adapter, de survivre dans les situations chaotiques. Elle est là, elle est notre essence et personne n’a à nous donner de leçon à ce sujet. L’Agilité est une mode en vogue aujourd’hui et à titre personnel, j’y vois certains éléments qui pourraient être profitables à notre Flexibilité. C’est pourquoi j’ai créé les postes de GISPEP et de GROC, afin d’étudier sans les perturber les méthodes de travail prônées par le Fourbe et testées par la Bougre Complice.
-Et elle rencontre un succès certain avec ces méthodes nouvelles ! s’exclama un des Dirigeants qui n’était pas absorbé par sa messagerie,
-Je serai prudent à ce sujet, répondit le Chef, car il est difficile de faire la part des choses entre les compétences des individus qui composent cette équipe et la valeur apportée par les méthodes Agiles,
-Mais au début, vous disiez que c’était une équipe de bras cassés…
-C’est vrai, et je suis fier d’avoir pu révéler, par mon management, le potentiel caché de cette équipe : il suffisait de leur faire confiance et de les mettre en bonnes conditions. Dire que l’Agilité y est pour quelque chose est pure hypothèse que je m’acharne à valider. C’est pourquoi je souhaite ré-intégrer le Fourbe au Comité de Direction…
-Mais vous l’avez viré !
-C’était pour moi le moyen de le libérer ! De lui donner suffisamment d’autonomie pour qu’il se révèle ! C’est de l’empowerment et ça a réussi ! Il est prêt maintenant à rejoindre le Comité de Direction !
-En tout cas, insista le Dirigeant, je tiens à vous féliciter pour votre travail, votre engagement et votre management ! Nous avons besoin de temps pour étudier votre demande, nous vous répondrons lors de notre prochaine réunion, dans un mois. Mais je vois qu’il est l’heure de déjeuner ! Je propose à notre assemblée d’aller déjeuner à la cafèt tous ensemble, qu’est-ce qu’il y a aujourd’hui ?
-Je crois, dit le Chef, que c’est Cuisine Fusion des Terroirs : ‘Tête de porc farcie aux herbes rares et ses oreilles confites aux épices oubliées’, il parait que c’est super !»

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef se rapproche du Pouvoir, tandis que… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Nov 112017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

 

Un mois s’était passé depuis leur dernière rencontre. La Bougre Complice avait petite mine ce matin, en se rendant chez le Fourbe. Elle était inquiète malgré les succès que son équipe enchainait dans sa progression au sein de l’incertitude qu’explorait son projet d’innovation de rupture.
Elle trouva le Fourbe à son bureau, plongé dans la lecture d’un bouquin sur la vulnérabilité.
« Bonjour ! dit le Fourbe en posant son livre et en fixant la Bougre Complice dans les yeux. Dis donc, tu as l’air crevée, ça va ?
-Je ne sais pas trop… C’est vrai que je suis crevée, et l’équipe aussi, je ne vois pas comment on va s’en sortir…
-Sortir de quoi ? Qu’est-ce qu’il se passe ?
-L’apprentissage et la pratique du rituel des 5 processus fonctionnent, j’en suis la première surprise, je t’avoue que je n’y croyais pas vraiment… Je l’ai fait parce que je te fais confiance… mais le résultat n’est pas ce que j’attendais.
-Ah bon ? Qu’est-ce que tu attendais ?
-Plus de sérénité parce qu’on serait plus efficaces…
-Et vous n’êtes pas plus efficaces ?
-Si ! C’est rien de le dire ! Même s’il y en a qui râlent encore quand il s’agit de n’appliquer que les 5 processus, on est vraiment plus efficaces. En fait, le groupe a une puissance incroyable et les problèmes semblent être résolus au moment où ils apparaissent !
-Super ! Je suis très content pour toi ! Et quel est le problème ?
-C’est que, du coup, le volume de demandes que nous avons à traiter a littéralement explosé ! On est submergés ! Et ça va pas pouvoir durer très longtemps !
-Je vois… En quoi est-ce un problème ? Je te demande ça juste pour être sûr d’être sur la même longueur d’onde que toi.
-Si on ne peut pas répondre aux demandes, on va mettre le projet à risque, et si c’est mon équipe qui met le projet à risque, c’est le comble ! On va avoir l’air con ! Et c’est pas bon pour la pub sur les méthodes Agiles…
-En gros, tu es victime de ton succès…
-C’est ça… Qu’est-ce que je fais ? Je mets en place un processus de priorisation des demandes, avec des critères figés et tout le tra-la-la ? Ça serait le comble, ça nous ramènerait en arrière…
-D’où elles viennent, ces demandes ?
-D’un peu partout, des clients du projet, des fonctions partenaires…
-Et elles sont justifiées ?
-Pour ça oui elles sont justifiées ! Elles sont toutes cohérentes et elles correspondent toutes à un besoin réel ! Je suis coincée !
-Je t’avoue que moi aussi je sèche un peu…
-Ben qu’est-ce qu’on fait alors ?
-On va voir le Skippy ! »

Pendant que la Bougre Complice et le Fourbe allaient voir le Skippy, dans le bureau du Chef, le GISPEP terminait son rapport :
« Vous dites bien qu’ils sont surchargés ? s’enquit le Chef en se frottant les mains.
-Tout à fait ! Ils sont victimes de leur succès, carrément !
-N’exagérons rien ! On va bien voir combien de temps ils vont tenir. D’ici là, continuez à inciter les fonctions partenaires à les solliciter… faites-leur de la pub !
-Quand même, faudrait pas qu’ils craquent… Pour une fois qu’on a une équipe qui marche bien en innovation…
-Mais c’est du hasard ! Ils marchent bien, c’est ce que vous croyez ! Ils s’abritent derrière les fantasmes du Fourbe, mais moi, je vais déjouer tout ça !Et vous, continuez à leur faire de la pub ! Les Dirigeants pourront pas dire qu’on n’y croit pas à ces méthodes… et ce ne sera pas de notre faute s’ils se plantent… Et là… finies les méthodes subversives à la mode !
-…
-Ça mon petit, c’est du management de niveau 2, vous voyez ?
-…
-Vous voyez pas… ça ne m’étonne pas… Contentez-vous d’en prendre de la graine… avec votre cervelle d’oiseau ça devrait être possible !
-…
-Allez ! On dirait encore Papython ! On va les avoir, vous verrez !
-N’empêche, c’est vrai qu’ils avancent quand même très bien et que le projet, même s’il porte de la rupture, avance plutôt vite et bien. Même si je le compare avec d’autre projets qui comportent moins d’incertitude…
-Et ça serait dû à quoi ? D’après vous ?
-Eh bien… Dans les rapports du GROC il est plusieurs fois fait mention d’une pratique systématique qu’ils utiliseraient quelque soit la situation, le problème ou l’opportunité, la ou les décisions à prendre.
-Comment ça systématique ?
-Vraiment systématique, c’est comme s’il n’y avait que cette pratique à disposition, ils ne se posent pas la question de comment faire, ils appliquent systématiquement la même approche… c’est comme un rituel…
-Mais c’est quoi cette approche ?
-D’après le Bougre au Stagiaire, ils appellent ça les 5 processus ou des fois les 5 legos… Mais il ne veut pas m’en dire plus, il dit que je n’ai qu’à aller les voir, que ce n’est pas secret…
-Mais dites donc, ça ressemble à une secte ! De mieux en mieux ! Et puis comment voulez-vous que ça marche si ils appliquent toujours les mêmes recettes ? C’est exactement ce qu’ils nous reprochent ! Excellent ! Démerdez-vous pour en savoir plus et interdiction d’y aller vous-même !
-Mais ce serait le plus simple…
-Ça suffit ! Démerdez-vous et vite ! Du résultat, bordel ! Du RE-SUL-TAT ! »

Pendant ce temps, le Fourbe et la Bougre Complice s’étaient rendus chez le Skippy et avaient exposé le problème qu’ils rencontraient. Le Skippy les avait écoutés en silence et maintenant il réfléchissait. La Bougre Complice et le Fourbe attendaient, tantôt se regardant, tantôt explorant le bureau du Skippy du regard. C’était intéressant car dans ce bureau, il n’y avait rien qui puisse indiquer qu’il s’agissait de celui du Skippy, aucune personnalisation, juste de quoi bosser et tout ça dans un état de rangement assez relatif.
Le Skippy prit une inspiration et ouvrit la conversation :

« Qu’est-ce qui vous fait croire que vous avez un problème à résoudre ?
-C’est pas une croyance ! rétorqua la Bougre Complice, nous sommes littéralement submergés par les demandes !
-Et ces demandes qui vous submergent, en quoi sont elles un problème pour vous ?
-Ben ! Trop de boulot ! On peut pas tout absorber ! On va dans le mur !
-Il est grand comment ce mur ? Vous pouvez me le décrire ?
-Non mais c’est une expression…
-Très bien. Il ressemble à quoi le mur de cette expression ? En briques ? En pierres ? Il est très haut ? Il est droit ? Courbé ? Décrivez-le moi.
-… Je sais pas… Je me dis qu’il est assez haut, qu’il grandit à chaque demande…
-Et vous pouvez encore voir par dessus ?
-Pour l’instant, oui. Mais ça va pas durer, c’est pour ça qu’on vient vous voir.
-Et qu’est-ce que vous voyez par dessus ?
-Mais j’en sais rien moi !
-Faites un petit effort, juste pour m’aider à vous aider.
-Disons que je vois un paysage plus calme, je vois plus de sérénité de l’autre côté, mais je ne peux pas y aller…
-Très bien ! Merci beaucoup ! Restons dans cette image : si vous aviez l’équipement pour l’escalader, ce mur, comment vous y prendriez-vous ?
-Je chercherais le passage le plus facile, et je monterais en fixant ma corde sur des points solides.
-Et avant cela ?
-…
-Si vous pouvez trouver la voie la plus facile en étant loin du mur, pour l’escalader, il va falloir aller à son contact : il va falloir aller contre le mur.
-C’est vrai.
-Et contre le mur, vous risquez de perdre de vue votre cible et ça vous fait peur.
-C’est vrai aussi.
-Surpasser l’épreuve que vous vivez va vous demander de ne jamais perdre de vue votre cible même quand vous ne pouvez plus la voir, comme ces tireurs à l’arc au Japon, qui tirent les yeux fermés après s’être longuement concentrés sur leur cible. Ensuite, cela va vous demander de la force intérieure, car pendant l’escalade vous ne pouvez compter que sur votre équipe et vous. Le piège serait d’aller quémander des ressources supplémentaires ; dans le meilleur des cas, si vous les obtenez, vous aurez alors une cordée bien plus longue à gérer et à coordonner !
-Mais il faut que j’arrive en haut en allant plus vite qu’il grandit, et il grandit à chaque demande !
-Choisir la voie la plus rapide revient à vérifier l’utilité que chaque demande vous apporte pour escalader le mur…
-Et qu’est-ce que je fais des autres ?
-Ce n’est pas une question à vous poser dans ces circonstances, la seule question à vous poser est ‘En quoi cette demande m’est utile à escalader le mur ?’ Et si la réponse est ‘à rien’ alors passez à autre chose, ne vous laissez pas distraire de votre cible !»
Le Fourbe intervint :
« Tu as demandé d’imaginer qu’on avait l’équipement pour escalader le mur, c’est quoi cet équipement ?
-C’est toi qui demandes ça ? répondit le Skippy d’un air amusé.
-Ben oui… je ne vois pas…
-Eh bien, l’équipement est celui que tu as fourni à juste titre à ta disciple ! C’est le rituel des 5 processus. Et tu verras que pendant l’ascension, l’équipe apprendra à faire évoluer ce rituel ou ses processus de façon à accroitre encore leur efficacité.
-Ah bon…
-Eh oui ! Dites, j’ai la dalle, on va manger ?
-J’avais d’autres questions ! indiqua la Bougre Complice, inquiète.
-Trop de questions empêchent d’agir ! Démarrez déjà avec ce que j’ai partagé avec vous, vous êtes première de cordée, c’est ça le point-clé… Bon ! Avec tout ça, j’ai faim! On va manger ? C’est andouillette de saumon au jus avec sa compotée de raifort, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « La Bougre Complice est face au gouffre pendant que le Chef… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Nov 042017
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

 

Le Bougre au Stagiaire sortait du bureau du Chef, accompagné du GISPEP. Il y avait entre eux comme une certaine confusion, une certaine gêne.
Ils avançaient dans le couloir, côte à côte, en silence, slalomant entre les réunions impromptues de mécontentement rituel qui ont lieu traditionnellement après chaque réunion formelle. Ce mécontentement rituel était un des facteurs de cohésion de l’Entreprise, c’était dans le couloir que les alliances temporaires se nouaient, le temps pour chacun de se rassurer.
Après quelques dizaines de mètres, le Bougre au Stagiaire s’arrêta en questionnant le GISPEP :

« Mais alors, ce poste de GROC, c’est pour faire quoi ?
-Eh bien, répondit le GISPEP en cherchant ses mots, le Chef vous l’a bien expliqué, c’est pour faire des rapports opérationnels qui soient consolidés et surtout ordonnés et numérisés.
-Oui, ça j’ai bien compris, mais ça va servir à quoi ?
-Vous voulez dire, de faire des rapports ?
-De faire des rapports comme ça, oui, ordonnés, numérisés…
-Vous voudriez faire des rapports désordonnés ?
-…, non, ce n’est pas ma question.
-Vous voudriez que ces rapports ne soient pas numérisés ? À l’heure du Digital ? Ah ben bravo ! Vous qui vous targuez d’être en avance sur les méthodes de travail !
-J’entends bien ! Ma question est : qu’est-ce qu’on va en faire de ces rapports, bien ordonnés, bien numérisés ?
-Eh bien, on va les classer, les archiver et nous assurer qu’ils sont à la disposition de qui voudrait les consulter ! Mais ça c’est mon boulot ! Le vôtre, c’est déjà d’aller dans les équipes et d’observer comment elles travaillent, comment elles utilisent leurs ressources pour que l’Entreprise prospère. Et j’ajouterai : Youp La Boum !
-…
-Prosper, Youp La Boum ! Elle est bonne non ? Faudrait voir à avoir un peu d’humour aussi, ça ne vous ferait pas de mal ! »
Sur ce, laissant le Bougre au Stagiaire pantois, le GISPEP s’éloigna, un sourire aux lèvres : les enseignements du Chef portaient leurs fruits, il arrivait presque à faire comme lui et cela le remplissait d’aise, de confiance et de fierté.

Pendant ce temps, dans le bureau du Chef, le GISPER était soumis à la question :
« Bon dieu ! Vous êtes quand même le Gestionnaire d’Intégration Systémique des Personnes en Ressources ! Vous devriez quand même être au courant !
-Je vous le répète, je ne marque pas à la culotte chaque employé ! Le Fourbe est un employé comme un autre et je n’ai pas d’information sur lui, comme ça, au débotté…
-Eh bien vous devriez ! Le Fourbe est quand même celui qui a introduit ces méthodes à la con dans l’Entreprise, il a apporté avec lui un esprit subversif laissant croire qu’il pourrait exister une intelligence collective qui résoudrait les problèmes que les Chefs ne sauraient pas résoudre ! C’est un élément de déstabilisation de l’Entreprise, il devrait être surveillé de près !
-Je ne suis pas d’accord du tout ! Il a apporté effectivement des points de vue nouveaux pour nous, mais qui sont exploités avec succès dans d’autres entreprises. Et puis, chez nous, on peut dire que la Bougre Complice s’en sort pas mal du tout…
-Mais elle échappe à tout contrôle !
-Je ne vous suis pas, ses résultats sont bons !
-Mais on ne sait même pas comment elle les obtient !
-Lisez les rapports du GISPEP…
-Ils ne sont pas assez complets, c’est pour ça que j’ai nommé le GROC !
-Pour avoir plus de rapports ?
-Pour montrer que ces méthodes, c’est du flan ! Ce que dit le Skippy c’est du flan et je l’ai senti tout de suite, dès qu’il m’a parlé !
-Vous avez rencontré le Skippy ?
-… Non ! J’ai envoyé le GISPEP ! Vous croyez vraiment que j’ai du temps à perdre ?
-C’est vous qui voyez après tout… Qu’est-ce que vous attendez de moi finalement ?
-Il faut mettre le Fourbe sous contrôle : ré-intégrez-le au Comité de Direction !
-Il me faut l’accord des Dirigeants pour cela…
-Pourquoi ? J’ai pu le virer sans les consulter !
-Justement, depuis, ils souhaitent être informés… Je dois consulter les Dirigeants… Que dois-je leur dire au sujet des projets d’innovation ? Ils auront besoin de résultats pour comprendre ce besoin de ré-intégration.
-Mais vous croyez que j’ai le temps de m’occuper des projets d’innovation ? Alors que tout est prêt à partir à vau-l’eau ?
-C’est vous qui voyez…
-Allez-y… Si vous avez besoin de données, demandez au GISPEP ou au GROC… »

Là-dessus, le GISPER quitta le bureau d’un Chef très nerveux qui décida qu’il fallait changer les choses : il commença à ré-agencer les piles sur son bureau.

Pendant ce temps, la Bougre Complice était chez le Fourbe :
« Ce n’est pas facile de tenir l’équipe en ce moment. Ils ont tendance à se jeter sur toutes les opportunités présentes et des fois ce sont des trucs vraiment inutiles… Ce qui me fait rager, c’est qu’on aurait pu les éviter…
-Comment ça, les éviter ? questionna le Fourbe
-Je me rends compte que nous avons tendance à nous jeter sur tout ce qui passe, sans même prendre le temps de l’analyser. Il faut dire que le rituel des 5 processus, même s’il n’est pas encore systématique, accélère tellement les résultats de l’équipe que c’est comme si elle craignait de ne plus avoir de quoi fonctionner…
-C’est exactement ça ! C’est une phase critique où l’équipe doit apprendre à se nourrir…
-Comment ça ?
-Par le rituel des 5 processus, l’équipe transforme de plus en plus vite des opportunités ou des problèmes en résultats, c’est comme si son transit s’accélérait…
-Sympa comme image… T’en a pas une autre ? Parce que là….
-Pourtant c’est ce qui se passe : ton équipe a faim ! Elle a alors tendance à prendre tout ce qui passe, comme elle le fait depuis un certain temps sauf que maintenant, ce n’est plus adapté !
-Mais comment elle fait alors ?
-Vous allez apprendre à reconnaitre ce qui vous nourrit vraiment, sans excès qui pourrait conduire à l’indigestion. Vous allez apprendre à choisir ce qui, dans le chaos des possibilités de ce projet d’innovation de rupture, est à même d’être le mieux transformé par l’équipe…
-Je n’y comprends rien… Désolée…
-Vous êtes là comme une équipe agile et à ce titre, vous poursuivez simultanément trois objectifs : la satisfaction du client ET la satisfaction des membres de l’équipe ET la productivité…
-C’est vrai…
-Eh bien, la nourriture que vous recherchez est celle qui apportera le plus de valeur aux trois mesures, simultanément…
-Ah ben… J’ai pas le cul sorti des ronces…
-Fais confiance à ton équipe, fais confiance au rituel des 5 processus, et tu seras surprise : surfe sur le chaos en nourrissant l’équipe avec les meilleurs mets.
-…
-Assez travaillé ! On va manger ? C’est la journée des Oto-Rhino, avec oreille confite de vache et son mucilage d’herbes des Alpes »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le filet se resserre sur la Bougre Complice… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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