Nov 252017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Le passage du ‘Mur’, obstacle infernal sur le chemin de l’équipe de la Bougre Complice, semblait toucher à sa fin. Au fil du temps, la perception qu’avaient les membres de l’équipe de ce ‘Mur’ avait progressivement changé. Au début, le ‘Mur’ était un obstacle vertical qui barrait la vue et le chemin et grandissait à chaque nouvelle demande. Puis le ‘Mur’ devint le challenge en lui-même, il était le support du chemin de l’équipe, même s’il était escarpé et longeait des précipices vertigineux. Le sommet continuait à s’éloigner au rythme de leur progression qui générait de nouvelles demandes : l’équipe était alors encordée et les 5 processus furent adaptés lorsque c’était utile et nécessaire. Souvent, il leur arrivait de penser qu’après l’ascension, s’ils parvenaient un jour au sommet, il allait leur falloir descendre de l’autre côté et l’énergie parfois leur manquait.
Aujourd’hui, il était clair que le sommet n’évoluait que très peu, ils avaient suffisamment progressé et le rythme des nouvelles demandes diminuait fortement. Cela était dû principalement au fait que la progression de l’équipe avait réduit l’incertitude portée par le projet d’innovation de rupture sur cette partie du voyage. Non seulement les demandes diminuaient, mais elles étaient de plus en plus utiles. Les fonctions partenaires ayant une bien meilleure compréhension de la situation, leurs demandes étaient bien plus ciblées et utiles.
Bref, l’équipe depuis quelques jours voyait qu’elle se rapprochait d’un sommet qui ne bougeait quasiment plus et c’était l’euphorie.

Du côté du Chef, c’était pas mal non plus. Depuis sa dernière intervention auprès des Dirigeants, son expertise en termes d’innovation de rupture était largement reconnue. Mieux, il était fort probable que lui soit confiée la mission de faire évoluer la culture de l’Entreprise vers plus d’Agilité au sens des Dirigeants. Une agence de ‘comm’ travaillait depuis quelques semaines à trouver un nom à ce nouveau programme, un nom qui inciterait chaque employé à y participer. A ce jour, un slogan semblait être en vogue, le programme s’appellerait « Flextor : la Flexibilité sans la douleur ».
Le Chef exultait devant son équipe réunie pour l’occasion :
« Rendez-vous compte ! dit le Chef en s’appuyant des deux mains sur la table, les Dirigeants reconnaissent enfin la valeur que j’apporte à cette entreprise et je dois dire que c’est en partie grâce à certains d’entre-vous… ils se reconnaitront… Quoiqu’il en soit, mon ascension, et la vôtre, commencent ! Bientôt, j’aurai la direction de Flextor et ceux qui me suivront pourront peut-être accéder au Pouvoir…
-Si je peux me permettre, lâcha le Bougre au Stagiaire….
-Permettez-vous mon cher, permettez-vous ! répondit le Chef dans un sourire, me suivre vous conviendrait-il mieux maintenant ?
-À vrai dire, c’est plus de prudence dont je voudrais vous parler…
-Prudence !? Alors que la voie s’ouvre, la lumière est au bout du tunnel ?
-Justement, attention à ne pas être aveuglé par cette lumière… C’est vrai que ce qui arrive est une excellente nouvelle, pour autant il s’agit de ne pas confondre vitesse et précipitation…
-Mais vous ne comprenez pas ? C’est maintenant qu’il faut foncer ! Cette ouverture, cette opportunité ne sera pas éternelle ! rétorqua le Chef dont la voix se rafraichissait à chaque mot,
-C’est vrai, intervint le GISPEP, mais il semble qu’il y ait le même enthousiasme chez la Bougre Complice, il semble qu’ils voient eux aussi le bout du tunnel… et nos deux tunnels ne conduisent pas au même endroit si je peux dire….
-Ça c’est certain ! Et c’est notre tunnel qui est le bon ! s’exclama le Chef en tapant sur la table, alors raison de plus pour foncer : le premier sorti du tunnel aura raison sur l’autre !
-Pourtant, ce n’est pas ce que recommande le Fourbe à la Bougre Complice… dit le GISPEP avec l’approbation silencieuse du Bougre au Stagiaire,
-Eh bien tant mieux ! Qu’ils prennent leur temps, ce sera d’autant plus facile de sortir avant eux !
-Justement, s’ils prennent leur temps, on peut peut-être prendre le nôtre, juste pour sécuriser notre progression, tenta le Bougre au Stagiaire »
Le Chef prit une grande inspiration , les participants autour de la table se tassèrent presque simultanément dans leur fauteuil, puis le Chef parla :
« C’est la plus grande connerie qu’il m’a été donné d’entendre depuis que je suis Chef ! Ce qui compte, c’est de sortir les premiers, et plus on aura d’avance, plus on aura d’impact ! Maintenant, c’est clair, si vous ne me croyez pas, prenez vos responsabilités ! Faites votre choix maintenant ! Que ceux qui veulent prendre leur temps assument leur choix et sortent de cette salle maintenant ! »
Les membres du Comité de Direction étaient à la fois immobiles et silencieux. Les plus téméraires regardaient leurs mains, les autres regardaient plutôt leur braguette de façon à être sûrs que personne ne puisse croiser leur regard et y lire quoi que ce soit. Après deux minutes d’éternité silencieuse, le Chef se leva :
« Très bien ! Je vois que nous nous comprenons. C’est ça une équipe, on peut se dire les choses, entre hommes, et on avance. Rendez-vous demain matin, à la première heure, avec vos propositions. »
Et il quitta la salle, laissant la place à la récupération et surtout à la préparation de la réunion informelle indispensable qui allait faire un bouchon dans le couloir.

Pendant ce temps, la Bougre Complice dont le moral et l’enthousiasme étaient au beau fixe, avait été invitée par le Skippy à le rencontrer en compagnie du Fourbe. La rencontre avait été fixée au dernier moment, ce qui étonnait la Bougre Complice car pour elle, tout allait bien !
Elle avait retrouvé le Fourbe chez le Skippy qui l’avait accueillie plutôt froidement, ce qui lui avait donné une impression bizarre.
Le Skippy prit la parole alors qu’elle venait de le saluer et de s’asseoir :
« J’ai appris que tout allait pour le mieux et que l’équipe accélère vers le sommet…
-Oui ! C’est super ! l’interrompit la Bougre Complice, et en plus, nous avons une telle maitrise des 5 processus que je ne vois pas ce qui pourrait nous arrêter maintenant !
-Bien, très bien, reprit le Skippy avec patience, je vois que vous êtes heureuse et que rien ne vous est impossible maintenant…
-C’est tout à fait ça ! dit la Bougre Complice en riant,
-J’ai l’impression qu’on sort enfin du chaos ! reprit le Fourbe dans le même rire. »
Le Skippy, à la surprise des deux compères, s’adossa à son fauteuil et resta silencieux, les doigts sur les lèvres. Puis il prit une grande inspiration :
« Pourtant, c’est une des périodes qui présentent le plus grand danger pour vous, votre équipe, votre projet… »
La Bougre Complice et le Fourbe se regardèrent, incrédules, abasourdis. Le Skippy reprit :
« Vous avez le sentiment d’y voir plus clair, et c’est vrai. La tentation est alors d’accélérer vers la lumière, de façon à mettre dernière vous les dernières épreuves. C’est là que le danger guette, par l’éblouissement…
-Mais c’est tellement plus simple maintenant ! Le chemin qui reste à parcourir est presque évident ! L’équipe vraiment se sent pousser des ailes, je ne vais pas les lui rogner maintenant ! interrompit une fois de plus la Bougre Complice,
-Il y a deux façons de gravir une montagne…
-C’est reparti pour les mystères ! s’énerva la Bougre Complice que le Fourbe cherchait à calmer en mettant sa main sur son avant-bras,
-Les mystères, comme vous dites, tout comme les images, parlent au cerveau bien mieux que les mots, laissez-moi vous aider à ma façon, vous en ferez ce que vous voudrez après, ça ne durera que quelques minutes, insista le Skippy dans un sourire bienveillant.
-… Pardon, bien sûr, allez-y, répondit la Bougre Complice, en rougissant légèrement.
-Il y a donc deux façons de gravir une montagne. Il y a celle du Yack, qui suit le chemin et ses détours, solidement ancré au sol par ses quatre sabots. Dans les passages difficiles, il n’en lève qu’un à la fois. Il perçoit la lumière et regarde d’abord le chemin. C’est sûr et lent. Et puis, il y a la façon de l’Oiseau, qui prend son envol et quitte le chemin pour se rapprocher plus vite de la lumière. Il ne regarde que la lumière et fonce vers elle. Aveuglé, il ne voit pas les filets tendus par l’oiseleur venu le chasser et l’enfermer dans une cage pour la plaisir d’un citadin.
-Faut que je reste Yack alors ? demanda la Bougre Complice avec de la tristesse dans sa voix,
-Si tu restes Yack, tu n’iras pas assez vite et le Chef, avec Flextor, peut te damer le pion…
-Et si elle fait l’Oiseau, le Chef peut la capturer dans ses filets ! lâcha le Fourbe avec colère, qu’est-ce qu’on fait alors ?
-C’est pour ça que la période est très dangereuse, il s’agit pour vous d’être à la fois le Yack et l’Oiseau.
-…
-Ne vous laissez pas éblouir par la surface des choses, avancez comme le Yack, devenez l’Oiseau le temps de prendre de la hauteur et obtenir Clarté et Visibilité. Il s’agit de ne pas tomber dans la confusion ni dans l’agitation, c’est le Yack qui vous ancrera dans la réalité. Il s’agit d’être lucide sur ce qui se passe autour de vous, c’est le rôle de l’Oiseau. Mais attention, l’Oiseau est prompt à avoir des réactions rapides ! Il s’agit de le pondérer par le Yack. Parfois, le Yack sera trop lent, l’Oiseau alors fera un bond en avant, pas trop loin, avec la sagesse du Yack.
-Voilà voilà… dit la Bougre Complice, comment je raconte ça à mon équipe moi ?
-Vous trouverez. Dites-vous que vos deux atouts primordiaux dans la situation présente sont Conscience et Cohérence, élevez-vous en gardant les pieds sur terre. Avec votre équipe, assurez-vous que vous avez en permanence une conscience claire de votre environnement humain, politique etc. Et assurez-vous aussi de la Cohérence de vos actions, entre elles et avec l’intention de votre projet. En nourrissant ces deux atouts, vous mettez toutes les chances de votre côté.
-…Je ne sais pas si je dois vous remercier de me casser le moral maintenant… mais je crois comprendre ce que vous me dites… dit la Bougre Complice.
-C’est vrai pour moi aussi, dit le Fourbe, je suis un peu paumé maintenant…
-C’est normal ! dit le Skippy, ce n’est pas facile de réaliser qu’on était aveuglé et de redescendre sur terre. Il faut vous requinquer, on va manger ?
-J’ai pas vraiment faim, dit la Bougre Complice.
-Mais si ! En plus aujourd’hui, c’est ‘amourettes de porc façon pâte de fruit avec son coulis thon-gingembre’, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef se fait surprendre… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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