C’est Noël…

 Dans la catégorie : z-Inclassables
Déc 232017
 

…et réciproquement !

Le Chef vous présente ses vœux de gaité et de spontanéité pour ces fêtes de fin d’année ! Que ces moments privilégiés, sans trop vous distraire de vos missions, vous redonnent force et énergie pour mieux accomplir ce qu’on vous demande dès le début de l’année prochaine ! Dans sa grande sagesse, le Chef a décidé de vous offrir sa citation préférée, elle est de lui, peut-être inspirée par un philosophe du passé, mais qui s’en soucie….

Bref, l’Institut de Paléographie Managériale est en vacances et ses membres actifs ne vont pas en bouger une d’ici l’année prochaine !

Pour vous, ce n’est pas une raison pour faire de même, surtout quand il s’agit de ne rien faire, mais quand même…

Les Chroniques Iniques, c’est plus de 170 traductions disponibles rien que pour vous et fruits d’un labeur acharné (et réciproquement aussi).

Profitez-en pour réviser en consultant :

  • Les Contes de la Connerie Collective, dont le premier chapitre est ici
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Et pis c’est tout !

Et pis pas mieux !

A l’année prochaine !

Déc 182017
 

« Et les fruits passeront la promesse des fleurs »
(Malherbe)

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

« Je ne vois que deux possibilités, lâcha le Chef dans une ambiance sinistre : soit nous démissionnons, soit nous prenons le pouvoir, mais en aucun cas je ne remettrai en question ce que j’ai fait durant ma carrière, surtout Flextor, avec votre aide parfois, même si souvent c’était malgré vous voire contre vous ! »

Le silence était profond comme un lac noir de montagne, immobile et glacé.

Le Chef avait convoqué tout le monde à la première heure ce matin-là, quelques minutes après que l’annonce fut largement publiée auprès de tous les employés.

Cette annonce disait en gros qu’il fallait recentrer l’Entreprise sur ses fondamentaux et qu’un de ces fondamentaux était que l’Innovation ne pouvait être ailleurs qu’en Recherche & Développement.
La même annonce disait que les autres fonctions étaient là pour assurer la performance au quotidien de l’Entreprise et que cette performance pouvait être grandement améliorée, d’où le recentrage.
En résumé, cette annonce pouvait être interprétée comme : « On arrête les conneries. La créativité, l’innovation c’est un métier, celui de la R&D. Les autres, retournez à vos fourneaux et faites-les tourner correctement ! Chacun son job et les dividendes seront bien gardés. »

Pour couronner le tout, un nouveau Dirigeant venait d’être officiellement nommé, et ce n’était pas le Chef. Et en plus, à la tête de la R&D, sacrée championne de l’innovation ! Ce dernier point était d’une douleur exquise pour le Chef, douleur qu’il ne pouvait partager avec personne car cela l’aurait exposé dans toute sa vulnérabilité. Le Chef était humain, et comme tout animal qui souffre, le Chef devenait dangereux et voyait toute approche comme une agression.

Le silence était profond comme un lac noir de montagne, glacé et dangereux.

C’est dans ce silence que s’immergèrent le Fourbe et la Bougre Complice, en retard à cette convocation. Il s’installèrent côte à côte sur les deux dernières chaises libres, à l’autre bout de la salle par rapport au Chef. Ils n’eurent même pas droit à une remarque désobligeante du fait de leur retard, ce qui était un signe fort de détresse, voire de panique, du Chef.
En fait, leur premier réflexe avait été d’aller consulter le Skippy dès qu’ils avaient lu l’annonce. En effet, elle signait l’arrêt de mort de leur projet d’innovation de rupture. Le Skippy les avait accueillis avec gentillesse et, rapidement, leur avait expliqué qu’il avait besoin de réfléchir, qu’il ne pouvait pas leur donner une réponse rapide et éclairante comme à son habitude, car la situation était exceptionnelle.
La Bougre Complice et le Fourbe étaient ressortis de ce court entretien au comble de l’inquiétude : c’était la première fois que le Skippy séchait ! Et le fait qu’il leur ait donné rendez-vous en fin de matinée pour leur répondre ne les rassurait en rien : la panique gagnait du terrain.

« Messieurs, reprit le Chef, je suis le capitaine de ce navire et j’agirai en tant que tel ! Si nous choisissons la première option, celle qui consiste à faire pression sur les Dirigeants en démissionnant, sachez que je serai le dernier à quitter le navire. Cela me permettra de veiller à ce que vous partiez dans les meilleures conditions et surtout, si les Dirigeants changent d’avis, je serai dans la place pour étudier vos retours éventuels ! »

Tous autour de la table se regardèrent, sans vraiment comprendre ce qui était en train de se passer. Le Chef continua :
« Si nous choisissons la deuxième option, celle de prendre le pouvoir, je veillerai à ce que vous puissiez agir avec détermination. Nous mènerons une guerre de l’ombre et vous en serez les agents. De mon poste, je serai en mesure de vous diriger, de vous donner des informations et des instructions et, comme durant toute guerre de l’ombre, si vous étiez pris, en tant que Chef, je nierai avoir connaissance de vos agissements. »

Se raclant la gorge, le Bougre au Stagiaire prit la parole :
« Excusez-moi, mais si je comprends bien, dans les deux cas, c’est nous qui dérouillons…
-Mais c’est ça, l’engagement ! C’est ça, l’autonomie ! répondit le Chef en se levant à moitié, c’est bien ce que vous demandez toujours : toujours plus d’autonomie et de responsabilité. Eh bien c’est le moment ! Vous croyez peut-être que mon rôle est plus facile ? Hein ? Non mais dites-le ! »
Le Bougre au Stagiaire regarda douloureusement vers le Fourbe qui lui rendit son regard.
« Et voilà, tous les mêmes, vous avez pas les couilles ! reprit le Chef en s’asseyant, comment vous voulez que je m’en sorte… Nous sommes en crise ! Ça, tout le monde l’a compris ? NOUS SOMMES EN CRISE ! Et j’ai le commandement, donc à partir de maintenant, vous faites ce que je dis et vous rendez compte. Capiche ? Fin de la réunion ! Tirez-vous et préparez-vous à agir, mes consignes seront claires ! »
Le Chef quitta la salle, les participants s’égrenèrent les uns après les autres, abasourdis. Il n’y eut aucun bouchon dans le couloir, chacun étant pressé de retourner à son bureau pour s’isoler et paniquer en paix.
Le Fourbe et la Bougre Complice retournèrent chez le Skippy, avec la peur au ventre et l’espoir de trouver chez lui au moins un conseil réconfortant.

Il s’installèrent et racontèrent au Skippy ce qui venait de se passer avec le Chef. Le Skippy écoutait silencieusement, acquiesçant parfois de la tête.
Il réfléchit encore un instant qui dura une éternité pour les compères.

« La situation est terriblement dangereuse, commença le Skippy, et vous avez très peu de prise sur elle. Ce que fait le Chef est assez commun dans ces cas-là, et ce n’est pas un jugement de ma part. Danger et surprise combinés peuvent nous inciter à fuir dans la débâcle ou à attaquer aveuglément, les deux approches sont des tactiques désespérées.
-C’est pourtant ce qui nous vient aussi à l’esprit, dit la Bougre Complice. Après tout ce qu’on a fait sur ce projet, quand on voit tout ce qu’on a réalisé et tout ce qu’on peut faire encore, comment ne pas avoir envie de mordre ou de se tirer ?
-Exactement et c’est bien le piège : si on cherche à maintenir les fleurs telles qu’elles sont, on n’obtient jamais les fruits…
-Pas aujourd’hui ! Pas d’énigme, on n’est pas d’humeur !
-OK, OK ! Ce que je veux dire, c’est que face à un tel danger, s’accrocher à ce qui brille, à ce qu’on a fait, pour le protéger coûte que coûte, c’est la meilleure façon d’échouer…
-Mais renier tout ce qu’on a fait aussi, c’est échouer !
-Pas forcément ! C’est pour cela que je parlais de fleurs, les magnifiques réussites que vous avez eues, et de fruits, ce que deviennent les fleurs si on les féconde et qu’on les laisse se transformer. Si on laisse partir leur beauté éphémère dans l’attente d’autre chose de tout aussi bénéfique, le fruit.
-Alors on abandonne tout, ça va bien se passer, on se fait virer, mais c’est pour le bien de tous alors ça va ! C’est ça votre proposition ? dit la Bougre Complice d’une voix glaciale,
-Bien sûr que non ! reprit le Skippy, Ce que je dis c’est que face à un tel danger, il faut faire retraite, mais pas n’importe comment ! Or, souvent, s’accrocher à ce qu’on a produit est justement ce qui empêche de faire retraite : la première condition est donc d’accepter de lâcher l’attachement à nos succès, nos fleurs. Ensuite, il s’agit de faire de la retraite une décision raisonnée, créant un mouvement de recul et en y procédant de manière organisée, structurée…
-Mais on lâche comment ? On fait comment ?
-On y va petit à petit, sachant que les premiers pas sont les plus durs ! Il s’agit avant tout de s’éloigner du point de contact avec la crise : le Chef et les Dirigeants. Ne rentrez pas dans les débats, les rumeurs, les élucubrations qui vont fuser de toute part. Ne soyez en rien acteurs de la tourmente politique du moment. Si vous êtes questionnés, ne répondez que ce que vous savez, ne développez pas et surtout n’exprimez aucune hypothèse, cela ferait de vous des acteurs du problème aux yeux de vos interlocuteurs…
-En gros, on ne participe plus à la vie de l’Entreprise… On peut encore aller à la cafèt ?
-Bien sûr ! Surveillez seulement ce que vous dites et l’impact des mots et des propos, que ce soient les vôtres ou ceux des autres. Et puis identifiez parmi vos succès ceux qui pourraient croître et se développer en silence, doucement avec un minimum d’énergie de votre part… Un fruit qui se développe ne fait pas de bruit, ne demande rien à personne. Focalisez-vous sur ces succès-là et laissez les autres dans l’ombre, bien protégés. Agissez à bas bruit, fertilisez ces succès, cooptez des personnes dont c’est l’intérêt, laissez les fruits se développer…
-Mais les gens vont nous oublier ! Si on ne sert plus à rien, on sera les premiers virés !
-En fait, vous avez la possibilité de passer d’un statut d’acteur direct de l’innovation, qui est en grand danger, à un statut d’accompagnateur de ceux qui ont besoin d’innover, c’est ça la retraite en question et une nouvelle façon d’utiliser votre expérience et vos succès passés. Ne réagissez que si vous êtes attaqués, soyez toujours en mesure de poser la question suivante à vos chefs qui douteraient de votre utilité : ‘Voici la valeur pour vous, pour nos clients, de ce qu’on fait, on continue ou on arrête ?’
-Ben c’est pas évident quand même… Je comprends ce que vous dites et ça va pas être facile, dit la Bougre Complice avec l’approbation silencieuse du Fourbe.
-Dites-vous aussi que je suis là pour vous aider, je serai toujours disponible pour répondre à vos demandes. Bien sûr, sans demande de votre part, je n’agirai pas ni ne me rappellerai à votre bon souvenir…
-Oui oui, je connais votre façon de travailler…
-Dites, c’est pas tout ça, reprit le Skippy d’une voix joyeuse, ça m’a donné faim… On va manger ? Aujourd’hui c’est brochette LVMH : Limande, Veau, Morbier et Huitres, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « le Chef contre-attaque… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Déc 092017
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
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Le Chef n’avait aucune nouvelle des Dirigeants au sujet de sa demande de réintégrer le Fourbe à son Comité de Direction, pourtant cela faisait maintenant bien plus d’un mois que les Dirigeants lui avaient dit qu’ils lui répondraient dans un mois. Ses demandes restaient lettre morte. Et puis…
La nouvelle était tombée un soir.
Les Dirigeants avaient décidé de revoir la Stratégie de l’Entreprise pour mieux l’ajuster au contexte variable du moment.
La communication mentionnait qu’il était maintenant ‘important de recentrer l’Entreprise sur ses fondamentaux afin de pérenniser sa croissance dans le futur.’

Bien sûr, personne ne savait vraiment ce qu’étaient ces ‘fondamentaux’ mais tout le monde en avait une interprétation solide et assurément vraie, ce qui permettait de débattre, de prévoir, d’imaginer ce qui se passait dans la tête des Dirigeants.
Les conversations allaient bon train, ainsi que les rumeurs, car les deux étaient des vecteurs de reconnaissance et d’affirmation de soi : il y avait ceux qui avaient un diagnostic et qui étaient écoutés, et il y avait ceux qui écoutaient pour avoir un diagnostic qu’ils partageraient à leur tour.
Quelques jours plus tard, une autre nouvelle était tombée. C’était un soir, aussi.
Les Dirigeants avaient décidé de recentrer les budgets sur les fondamentaux de l’Entreprise au détriment des activités qui ne faisaient pas partie de ces fondamentaux.
La question de chacun fut alors : ‘mon activité fait-elle partie des fondamentaux ?’
Il y eut alors ceux pour qui c’était une évidence car ils contribuaient directement au chiffre d’affaire de l’Entreprise. Il y eut aussi ceux pour qui le doute était à son comble car leur contribution était indirecte, mais il y avait de l’espoir. Et puis, il y avait ceux pour qui le doute n’était pas permis, ils contribuaient à un futur possible de l’Entreprise, mais sur le court terme, ils représentaient un coût plutôt qu’un revenu : leur activité ne faisait pas partie des fondamentaux.
Le programme Flextor, mené par le Chef, faisait partie de la troisième catégorie et, par inclusion, le projet d’innovation de rupture mené par la Bougre Complice et son équipe aussi.
Le Chef avait réuni en urgence son Comité de Direction et, afin de marquer sa position, il avait aussi décidé d’y convoquer le Fourbe et la Bougre Complice.
Les débats étaient animés dans la salle de réunion lorsque le Chef entra et donna l’ordre, en tapant dans ses mains, de se taire, de s’asseoir et d’écouter, ce que chacun fit promptement, dans un ballet désordonné ressemblant à une partie de chaises musicales.
« L’heure est grave ! posa le Chef en introduction d’une voix sinistre, mais je suis là et je vous mènerai au combat dans les meilleures conditions. Comme vous le savez certainement, nos budgets vont être sérieusement revus à la baisse et s’il y a UNE chose que vous devez savoir, c’est que je découvre tout cela en même temps que vous ! Je n’étais pas au courant. »
Les participants à la réunion se regardèrent et les murmures se propagèrent.
« Mais je sais quoi faire ! reprit le Chef, et je vais vous guider. Le point-clé est surtout de ne pas faire de vagues auprès des Dirigeants. La solution est que les Dirigeants nous considèrent à nouveau comme un investissement valable… »
Le Fourbe et la Bougre Complice se regardèrent, surpris : le Chef basculerait-il du côté de l’Agilité ? La suite du discours du Chef leur apporta la réponse :
« Il nous faut être flexibles avant tout ! appuya le Chef en tapant sur la table du plat de la main, nous devons savoir ce que désirent les Dirigeants et le leur fournir sans nous poser de question. À la longue, ils finiront par voir leur erreur.
-Mais ils viennent de dire que nous ne faisons pas partie des fondamentaux, tenta un Bougre.
-Justement ! rétorqua le Chef. Ce qui compte, c’est de leur ouvrir les yeux. Nous représentons l’avenir de l’Entreprise avec Flextor, mais il se peut que leur vision ait changé et ils doivent comprendre que Flextor répondra à leur nouvelle vision, quelle qu’elle soit !
-Mais on fait ça comment ? insista le Bougre,
-Nous allons comprendre leur nouvelle vision en leur faisant différentes propositions basées sur ce que nous comprenons de leurs différents messages. Ainsi, certaines propositions seront rejetées alors que d’autres sembleront retenir leur attention. Il nous suffira alors de nous adapter pour répondre à leur demande ! lâcha le Chef en s’adossant avec un sourire entendu et satisfait,
-Mais si aucune ne convient ? risqua le Bougre.
-Eh bien nous insisterons ! Vous serez endurants et vous me porterez jusqu’à ce qu’ils acceptent de se rendre compte ! Et nous pivoterons autant de fois qu’il le faudra ! conclut le Chef. Bon ! Assez parlé, rendez-vous demain matin première heure avec vos propositions !
-Excusez-moi, dit le Fourbe, je ne suis pas sûr que cette tactique soit très efficace.
-Ah, c’est vrai que vous êtes là, vous ! dit le Chef, ça ne me manquait pas vraiment mais qu’avez-vous à proposer ? Qu’on aille leur demander ? Parce que c’est des Clients ? Toujours votre même rengaine ?
-Non, non, ce n’est pas le moment de leur demander, je partage votre point de vue, tout comme le fait qu’il va falloir de l’endurance, dit le Fourbe en surprenant le Chef.
-Vous êtes d’accord avec moi ?
-Sur le fait de ne pas aller leur demander quoi que ce soit, car ce serait revenir sur leur message, répondit le Fourbe,. Par contre, l’approche consistant à explorer leur besoin par nos propositions n’est pas efficace, elle va demander beaucoup d’énergie et elle nous place en exécutants sans forcément fournir une quelconque valeur. Ce serait perdre le sens de l’endurance qui sera nécessaire pour traverser cette période…
-Et vous proposez quoi alors ?
-Révisons nos ambitions à la baisse, sans perdre de vue notre cible, que ce soit celle de Flextor ou celle du projet d’innovation de rupture, et avançons à petits pas, avec les moyens qui restent…
-Mais on va lambiner ! râla le Chef, moins on avance et plus les Dirigeants vont se dire qu’on sert à rien !
-Justement ! Chaque étape, même petite, doit conduire à la création de quelque chose d’utile pour nos clients et que nous fournirons au bon moment ! Et si nous devons changer quelque chose, c’est parce que la valeur obtenue n’est pas à la hauteur de la valeur attendue : ce sera notre seul critère et en aucun cas ce qu’en pensent les Dirigeants !
-Mais ce sont les Dirigeants qui nous payent bordel ! asséna le Chef en colère, finalement c’est toujours les mêmes conneries avec vous ! Alors comme ça on avance et on se fout de ce qu’ils pensent !
-Ce n’est pas ce que j’ai dit !
-Ça suffit ! Cette réunion est terminée ! Rendez-vous demain matin première heure avec vos propositions, des vraies propositions qui auront toutes les chances de satisfaire nos Dirigeants ! E-XE-CU-TION ! » hurla le Chef en quittant la salle, mettant fin à la conversation.
À l’issue de la réunion, dans le couloir, certains vinrent voir le Chef :
« Vous avez eu raison de stopper les élucubrations du Fourbe, c’est ce que je pensais depuis le début. Vous êtes fort Chef !
– Merci, vous êtes vraiment un bon Bougre, vous savez ce qui est bon pour nous et votre dévotion à votre Ch… à votre entreprise est à l’image de votre carrière future. »
D’autres discutaient entre eux, créant une autre réunion et un bouchon dans le couloir :
« Dis donc, et l’autre qui voulait nous faire faire des trucs à la barbe des Dirigeants ! C’est vraiment comme s’il cherchait à déstabiliser l’équipe !
– Et déstabiliser le Chef aussi !
– Et l’entreprise est à risque avec des gens comme ça !
– En tout cas, c’était une bonne réunion et le débat que nous avons eu nous a permis de sauver l’entreprise d’une aventure périlleuse!
– On va manger ? C’est brochette S.N.C.F. aujourd’hui : Salami, Nougat, Coriandre, Fenouil, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « La situation empire pour le Chef et la Bougre Complice… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Déc 022017
 

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L’ambiance était à la fête dans le bureau du Chef. Ses collaborateurs , bons Bougres, levaient leur verre. C’était officiel, le Chef était maintenant promu au rang de consultant interne et exclusif auprès des Dirigeants en matière d’innovation et méthodes de travail dans le cadre du programme Flextor dont il prenait la direction. Il allait pouvoir influencer, du moins c’est ce qu’il croyait, les décisions sur ce sujet délicat de l’Agilité.
En plus, c’était pour lui l’avant-dernière étape d’un périple dont la dernière consistait en devenir lui-même Dirigeant, apothéose de sa carrière. Finalement, pour le Chef, le sens de tout ce qu’il avait fait pour l’Entreprise était porté par la perspective de devenir Dirigeant un jour et ce moment n’avait jamais été aussi proche. Certes, il restait quelques obstacles personnalisés par les membres de cette presque secte de l’Agilité mais il en ferait son affaire et c’était plutôt bien parti.
Pourtant, sa tactique consistant à ré-introduire le Fourbe au sein du Comité de Direction souffrait des atermoiements des Dirigeants qui semblaient peiner à valider ce point. En effet, bien que les Dirigeants se sentissent au top de la Flexibilité et de la Réactivité, l’Organisation en était très loin. Ce paradoxe ne semblait émouvoir personne à part quelques Bougres de ci de là , notamment ceux qui tendaient à considérer les agissements de la Bougre Complice et son équipe avec intérêt. Bref, le Chef allait devoir attendre encore pour récupérer le Fourbe car les démarches et autorisations nécessaires prenaient du temps et que ce qui comptait c’était d ‘abord le processus.
Quoiqu’il en soit, l’ambiance était à la fête et le Chef recevait les compliments de ses Bougres avec une modestie feinte et un bonheur turgescent.
« Mes amis, dit le Chef en tapant sur son verre avec son Mont Blanc, mes amis ! »
Les conversations cessèrent et les visage se tournèrent de concert vers le Chef qui reprit :
« Cette réussite qui est la mienne, je n’oublierai jamais que vous y avez contribué ! Certains plus que d’autres, il est vrai, mais ce n’estt pas le jour pour faire le point, c’est plutôt le jour pour apprécier qu’un travail bien fait, honnête, transparent porte toujours ses fruits et nous venons d’en faire une nouvelle démonstration éclatante ! »
Les Bougres applaudirent avec ferveur, dans cet état de communion bizarre que procurent ces discours de satisfaction. L’enthousiasme était à son comble : cette équipe allait devenir l’Equipe de référence au sein de l’Entreprise et ils en faisaient partie. Les egos se gorgeaient, se congratulaient, se déversaient les uns sur les autres sachant que chaque échange ne pouvait que les renforcer. En gros c’était la fête du slip pour les egos et nul n’avait envie que ça s’arrête, quand le GISPEP, qui n’avait pas pu rejoindre l’orgie à temps, entra dans le bureau du Chef, se précipita vers lui et lui chuchota quelques mots à l’oreille. La mine du Chef s’assombrit, et ce fut comme une déflagration qui se propagea très vite dans la salle : la fête était finie, le Chef remercia et congédia tout le monde sauf le GISPEP : il y avait une affaire urgente à régler. Chacun s’exécuta et quitta le bureau du Chef qui se vida en quelques secondes.

Pendant ce temps, la Bougre Complice, le Fourbe et le Skippy partageaient avec toute l’équipe du projet d’innovation de rupture une conversation animée et enthousiaste autour d’un verre. Le Bougre au Stagiaire venait de les rejoindre, accompagné du Stagiaire dont la convention de stage venait d’être renouvelée et prolongée pour la dix-septième fois, ils avaient eux aussi quelque chose à fêter.
Ceux de l’équipe de la Bougre Complice arrosaient leur arrivée en haut du mur des demandes, ce qui s’était traduit par deux choses : les demandes arrivaient maintenant en nombre raisonnable et il n’y avait plus aucune demande inutile à la progression du projet. Mieux, une fois en haut, ils avaient pu constater que le mur était en fait une falaise : il n’y avait pas à redescendre de l’autre côté. Encore mieux : le plateau vers lequel le mur les avait emmené était lisse, avec des pentes douces et accueillantes, la visibilité était étrangement bonne et cela inspirait une confiance immense à tous les équipiers. Bref les conversations et les rires allaient bon train. Les souvenirs des difficultés passées et surmontées étaient source principale de joie dans la salle de réunion. Le Skippy s’entretenait avec la Bougre Complice, le Fourbe et le Bougre au Stagiaire :
« Vous vous souvenez ? dit le Skippy à la Bougre Complice, lorsque je vous ait dit qu’il vous fallait être à la fois Yack et Oiseau pour parvenir en haut du mur, cela vous avait paru paradoxal, presque impossible…
-Pourtant on a réussi, répondit la Bougre Complice dans un grand sourire, en fait, ce qui rendait ce point difficile, c’était d’oublier deux choses : la puissance d’un groupe et la notion de temps…
-Dites… vous vous mettez à parler comme le Fourbe… méfiez-vous ! lâcha le Skippy déclenchant une réaction faussement offusquée du Fourbe,
-C’est vrai, répondit la Bougre Complice, peut-être que je commence à comprendre ! En tout cas, être à la fois Yack et Oiseau, c’est facile ! Pour un groupe, c’est facile ! C’est de s’assurer qu’il y a toujours des équipiers ‘Oiseaux’ et des équipiers ‘Yack’ en présence et que les Oiseaux parlent en permanence aux Yacks et réciproquement. Ainsi, notamment par le processus décision, pas de risque ni de foncer aveuglément dans les filets de l’oiseleur, ni d’avancer trop précautionneusement là où ça n’a pas de sens.
-Bravo, dit le Bougre au Stagiaire, je comprends mieux maintenant ton management sur cette dernière période. Mais tu as parlé du temps comme autre facteur important, qu’est-ce que tu veux dire ?
-L’Agilité, c’est un état d’esprit avant tout et c’est aussi une façon d’agir, notamment par itération et c’est ça la composante de temps !
-…
-En fait, nous progressons par itération, tantôt Yack, tantôt Oiseau et afin d’éviter à l’Oiseau de prendre trop de vitesse, on fait des itérations courtes et plus nombreuses. Du coup, le Yack a moins de temps pour trainer aussi. Bref, on a progressé en augmentant la fréquence des itérations, en diminuant l’ampleur des décisions ce qui a facilité leur mise en oeuvre en donnant du coup des informations qui permettaient aux Oiseaux de savoir quoi chercher une fois en vol. Les vols étant cours, les Yacks étaient rapidement informés sur les courtes étapes à mener, qui du coup devenaient presque faciles.
-Wow ! C’est pas con du tout, réagit le Bougre au Stagiaire en levant son verre »

Pendant ce temps, le Chef et le GISPEP était en grande conversation :
« Mais bordel, qu’est-ce qu’il lui a pris ? s’enquit le Chef entre désespoir et colère,
-Il en est conscient maintenant, mais sur le coup de l’enthousiasme il a voulu saisir cette opportunité pour se faire de la pub ainsi que sur votre action auprès de ce Dirigeant…
-Mais quoi ? Je ne lui ai rien demandé ! Il joue à quoi ce Bougre ? Il veut ma place ? C’est quelqu’un de confiance ou je le vire tout de suite ?
-Je pense qu’il est de confiance. En fait, avec votre promotion, il s’est senti pousser des ailes et lorsqu’il a vu ce Dirigeant qui mangeait tout seul à la cafétéria, il lui a proposé de le rejoindre pour le repas.
-Mais putain, il fait bien ce qu’il veut pour manger mais il parle de tout et de rien ! Pas de notre stratégie pour mettre de côté la Bougre Complice et sa clique !
-Il m’assure que c’est le Dirigeant qui lui a posé la question et que c’était difficile pour lui de rester évasif, surtout avec votre promotion…
-Quelle question ?
-Apparemment il aurait demandé ce que serait les prochaines étapes pour notre équipe dans le cadre de Flextor…
-C’est une catastrophe, ce con de Bougre ne voit donc pas que les actions ont toutes des conséquences ? Il reste à la surface alors que c’est dans les profondeurs que se trouvent les vrai risques, merde ! Il suffisait qu’il m’en parle, fais chier ! Bon ! Vous allez me récurer cette merde !
-…
-C’est votre rôle après tout et c’est une opportunité pour vous de grandir. Virez-moi ce con, rassurez le Dirigeant, nettoyez-moi tout ça du sol au plafond et tout ça sans douleur pour moi ! Flextor, ‘c’est la Flexibilité sans la douleur’ eh bien c’est le moment : soyez Flexible et sans douleur ! Du résultat, du RE-SUL-TAT bordel ! Tirez-vous et revenez avec des résultats ! » conclut le Chef en tournant le dos au GISPEP qui quittait le bureau dans un état second.

Au même moment, avec le Skippy, la Bougre Complice et le Fourbe, le Bougre au Stagiaire prit la conduite de la conversation :
« Alors voilà, vu le succès de votre équipe et aussi avec tout ce que j’ai observé, j’ai décidé de faire un rapport spécifique sur cette équipe et ce projet pour le présenter directement au Chef et lui montrer qu’il se trompe au sujet de l’Agilité.
-… Est-ce bien nécessaire ? S’enquit la Bougre Complice
-Bien sûr ! Il est temps de crever l’abcès ! J’ai déjà pris rendez-vous pour demain matin…
-Mais il vient d’être promu comme directeur de Flextor ! réagit le Fourbe
-Justement, c’est injuste et ça doit se savoir !
-Vous êtes sûr de votre décision ? demanda le Skippy
-Tout à fait ! Mais j’ai compris aussi l’intérêt du processus de décision ! C’est pourquoi, j’ai décidé de l’appliquer et de vous consulter… »
Les trois compères se détendirent de concert, le Bougre au Stagiaire reprit :
« Je vous consulte sur cette décision, sachant que je ne suis pas obligé de prendre en compte vos points de vue, c’est bien ça ?
-Tout à fait, mon point de vue est que c’est une connerie, dit la Bougre Complice
-Merci, répondit le Bougre au Stagiaire
-Pour moi , c’est une imprudence, cela peut avoir des conséquences contre notre groupe que nous ignorons et que nous ne maitriserons pas, dit le Fourbe
-Merci, répondit le Bougre au Stagiaire
-Vous avez l’air d’avoir compris le processus de décision, dit le Skippy
-Merci, dit le Bougre, je maintiens ma décision, et on passe au tour d’objections
-J’ai une objection, dit le Skippy, si vous allez voir le Chef juste pour lancer le pavé dans la mare, il y aura des conséquences. Je ne sais pas lesquelles, mais je sais par contre qu’il sera impossible de revenir en arrière, d’effacer le pavé, la mare et les vagues… ce qui fait de cette objection une objection recevable…
-Merde, lâcha le Bougre au Stagiaire, ça veut dire que je suis bloqué ? Que je ne peux pas mettre ma décision en oeuvre ? Pourtant je sais qu’il faut faire quelque chose envers le Chef !
-Lorsqu’il y a objection recevable, ce n’est pas la fin du monde ! rétorqua le Skippy, en tant qu’objecteur cela me donne juste le devoir de travailler avec vous pour trouver une décision qui vous satisfasse et qui respecte l’objection !
-Ah bon ? Vous allez travailler avec moi ?
-Ben oui, dit le Skippy dans un sourire,
-Moi aussi, ça m’intéresse dit le Fourbe
-Moi aussi ! Renchérit la Bougre Complice
-… Incroyable, je réalise que j’allais peut-être faire une connerie et qu’en retour je trouve des alliés pour m’aider à avancer… ça change !
-Eh oui, la connerie comme vous dites, était juste de rester à la surface des choses, porté et aveuglé par le succès qui incite à faire des trucs pas toujours terribles… Pour rester efficacement en surface, il faut travailler en profondeur !
-…
-Bon ! On va manger ? Parce qu’après on a du boulot, la réunion du Bougre au Stagiaire est demain matin ! dit la Bougre Complice, aujourd’hui c’est ‘Brochette LED : Leetchis-Escargots avec bol de Danette chaude’, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « La situation se complique pour le Chef et la Bougre Complice… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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