Fév 242018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

C’était la fête dans la grande salle de réception de l’Entreprise. Tous les employés, Chefs et Bougres méritants, avaient été invités. Les membres du Conseil, installés sur l’estrade, chacun sur son fauteuil parfaitement aligné sur celui de ses voisins, donnaient une contenance à leurs jambes ainsi exposées au public. Certains les croisaient haut, révélant des chaussettes parfois trop courtes, certains gardaient les deux pieds à plat, révélant leur personnalité par l’espace qu’ils tolèrent entre leurs genoux. Bref, le concours d’élégance était lancé. Et puis il y avait les regards. Il y avait les Dirigeants qui regardaient le public, mais sans fixer quiconque. D’autres identifiaient une personne à qui il envoyaient un petit signe complice, montrant à quel point ils étaient proches du peuple. Certains regardaient obstinément le Chef des Dirigeants, qui donnait son discours, et comme ils le voyaient de dos, ce ne devait pas être passionnant.
Le Chef des Dirigeants terminait son discours. Il vantait la créativité de l’Entreprise qui venait d’être récompensée par un grand prix très convoité de l’Innovation. Un des critères déterminant pour l’obtention de cette récompense avait été le domaine choisi par l’Entreprise : l’Environnement.
L’Entreprise venait d’être sacrée comme meilleure innovatrice pour l’Environnement.
Il faut dire que depuis des mois, le service de Communication vantait le Conseil et la Hétchare, le service des GISPER (consulter le Glossaire Inique), pour avoir su inciter et motiver chaque employé à participer à l’impact de l’Entreprise sur son environnement direct. Il y eut une communication intensive, notamment sur les réseaux sociaux, et particulièrement sur ‘FaceBougre’. Petit à petit la nouvelle était devenue virale et assez rapidement, le monde entier, dans un périmètre de dix kilomètres autour de l’Entreprise, fut au courant : chaque employé participait activement à l’entretien des espaces verts de l’Entreprise.
Le Chef des Dirigeants était en train de remercier le public et brandissait le trophée, les membres du conseils donnaient une standing ovation et le tout sous des applaudissements somme toute assez peu énergiques du côté du public.
Il faut dire que le public en question, et notamment le Chef, se rappelait ce qui était soi-disant une source de motivation pour participer à la nouvelle mission environnementale de l’Entreprise.
Le Chef se remémorait l’histoire. Tout avait commencé avec le Consultant lors de cette réunion du Conseil au cours de laquelle le Chef avait regagné ses galons. Le Consultant avait expliqué que pour réduire les effectifs et augmenter la profitabilité, il suffisait de réduire les effectifs des fonctions dites annexes en transférant tout ou partie de leur travail sur les fonctions fondamentales ainsi responsabilisées. Séduit par la simplicité et le bon sens de la proposition, le Conseil avait décidé de mener une expérience afin de valider l’efficacité d’une telle mesure.
C’est ainsi que disparut la fonction EVE, Espaces Verts et Environnement, et l’activité de cette fonction fut transférée sur chaque employé de l’Entreprise. Chacun a donc hérité d’une partie de tonte, de ramassage de feuille, de balayage, de taille, de traitement insecticide, de peinture, etc. Comme les GISPER veillaient, le transfert des nouvelles activités se fit dans le respect des personnes en considérant en premier lieu leur grade.
Ainsi, un Bougre se doit de ramasser les feuilles quand un Chef pilote un tracteur-tondeuse. Un Chef taille les haies qui sont à sa hauteur, un Bougre taille les haies hautes ou très basses. Le Fourbe balaye les allées et sort les poubelles. Le Skippy… mais personne ne savait qui était le Skippy, à part quelques uns qui pouvaient le voir accomplir sa tâche comme les autres.
De EVE, il ne restait qu’une personne, un jardinier de métier passionné, dont la tâche était maintenant de s’assurer que les équipements étaient disponibles et entretenus.

Le Chef se remémorait l’histoire et décida de quitter la fête pour rejoindre les ex-membres du Club, car il s’en voulait toujours, sans savoir pourquoi, de l’’avoir fermé.
Le Chef les retrouva dans le bureau du Fourbe. Il y avait la Bougre Complice et le Bougre au Stagiaire. Bien sûr aucun des trois n’avait été invité à la fête et c’était mieux comme ça.
La Bougre Complice racontait à quelle vitesse son équipe était en train de produire de nouvelles avancées, simplement en travaillant dans le Club sans Local, ce qui passionna le Chef qui s’infiltra dans la conversation :
« Vous voulez dire que notre projet d’innovation de rupture avance à nouveau ? demanda-t-il.
-Oui, répondit la Bougre Complice, en fait sans aucune structure et ressource à disposition autre que la bonne volonté des gens, l’équipe entre d’autant mieux dans l’Effectuation.
-Comment ça ?
-Par exemple, il est devenu évident qu’il suffit de définir nos objectifs à partir de ce qu’on a, plutôt qu’à partir de ce qu’on voudrait avoir. Ainsi on est sûr d’avancer et c’est ce qui se produit.
-Et ça donne des vrais résultats ? Des résultats qu’on peut montrer ?
-Ben oui, sinon on le ferait pas ! »

La Bougre Complice se leva et invita le Chef à la suivre devant un panneau mural couvert de schémas et de données. Le Chef était abasourdi : le projet d’innovation de rupture venait de faire un solide pas en avant.
Le Chef reprit à l’adresse de tout le groupe présent :
« Dites… vous seriez prêts à m’aider pour faire la même chose sur FLEXTOR ?
-Je ne sais pas si je saurai faire cela avec une équipe qui n’est pas la mienne, répondit la Bougre Complice.
-Je ne suis qu’observateur, dit le Bougre au Stagiaire. »
Le regard du Chef se tourna vers le Fourbe.
« Je veux bien, dit le Fourbe, mais à une condition.
-Dites toujours, dit le Chef.
-Vous m’avez assez engueulé comme ça devant tout le monde lorsque je vous faisais part de mes idées…
-Je sais, interrompit le Chef, je ferai attention c’est promis !
-Non, je vous connais, mais je veux bien vous aider à condition que personne ne sache que je vous aide. C’est uniquement entre vous et moi.
-Pourquoi pas, dit le Chef en réfléchissant, en somme vous me proposez de devenir mon Skippy…
-Je ne suis pas Skippy, je suis un Fourbe qui souhaite rester dans l’ombre pour être plus efficace et surtout pour ne pas avoir à me faire engueuler devant tout le monde tout le temps.
-Marché conclu ! dit le Chef dans un sourire franc et soulagé, j’ai dit que je récupèrerai FLEXTOR et je le récupèrerai par tous les moyens ! Je suis content ! Tiens ! Je vous invite à la Cafèt, c’est moi qui régale ! En plus aujourd’hui c’est spécialité anglaise, le sandwich RAF : Raifort, Abricot et Fenouil, le tout avec un bol de Worcestershire, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GISPEP est embêté… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Fév 172018
 

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Dix minutes : c’était le temps alloué au Chef pour se refaire une réputation devant le Conseil.
Dix minutes : c’était le temps qui venait de s’écouler, le Chef éteignait son ordinateur sous les applaudissements du Conseil.
Le Chef ressentait plusieurs émotions contradictoires à la fois et ne savait pas laquelle choisir.
Il y a avait de la fierté, ce qu’il venait de réussir n’était pas gagné d’avance.
Il y avait de la honte, il venait de partager des résultats auxquels il ne croyait pas, car il ne croyait toujours pas à l’intérêt des 9 et des 1 en eux-mêmes.
Il y avait de la joie, car le champ des possibles s’ouvrait à nouveau devant lui.
Il y avait de la tristesse, car pour revenir sous la lumière il avait fermé le Club du Fourbe en sachant qu’il faisait une erreur, sans pour autant savoir précisément laquelle.
Pourtant, il était le premier d’entre les Chefs à avoir produit de tels résultats. Le système monté par le GISPEP fonctionnait et il l’avait utilisé en serrant le poing dans sa poche.
Mais pour le Chef, l’enjeu était autant de se repositionner à nouveau parmi les acteurs influents reconnus par le Conseil que de contrer le GISPEP qui avait pris son envol avec sa nouvelle structure en profitant de la situation délicate du Chef. Et puis, l’enjeu suprême était de ne pas perdre FLEXTOR qui positionnerait le Chef comme personnage évident et incontournable pour l’Innovation dans l’Entreprise.
Le GISPEP était maintenant une cible mouvante pour le Chef mais rien dans l’attitude de ce dernier à l’égard du GISPEP ne pouvait l’indiquer et le GISPEP s’affichait en tant qu’égal du Chef, savourant sa nouvelle position au sein de l’Entreprise.
Alors qu’il allait sortir de la salle du Conseil, le Chef fut appelé à rester quelques instants et à se rasseoir à la table partagée par les Dirigeants.
Le Chef, surpris, s’installa sur une fesse sur le premier fauteuil libre qu’il trouva, comme s’il était prêt à un départ précipité. Le Consultant se leva et se prépara à donner son exposé :
« L’Entreprise est maintenant dans sa phase de transition, les résultats présentés il y a quelques instants le démontrent, ouvrit le Consultant avec l’approbation désordonnée des membres du Conseil. Pour autant, reprit-il, il s’agit de profiter de cette phase pour laisser le passé là où il est et s’ouvrir à un nouvel avenir, que vous devrez décrire en termes d’objectifs à court, moyen et long terme. » Le Consultant fit une pause, prenant le temps de regarder chaque personne assise autour de la table du Conseil, histoire de créer une attente.
« Qu’est-ce que vous entendez par ‘long terme’ ? demanda un des Dirigeants.
-Au vu du type d’activité de votre entreprise et de son contexte réglementaire, 25 ans représente un minimum lorsque je parle de long terme.
-Mais… c’est très loin dans le futur, comment raisonner à 25 ans ?
-C’est justement le challenge qui est le vôtre maintenant, mais ce n’est pas le seul…
-Excusez-moi, interrompit le Chef en levant le doigt comme à l’école, vous basez votre raisonnement sur notre type d’activité pour déterminer ce qu’est le long terme, mais ne vaudrait-il pas mieux se baser sur la réactivité du marché et sa volatilité ? »
Plusieurs Dirigeants acquiescèrent, confortant le Chef dans son retour à la lumière.
Le Consultant sourit d’un air entendu avant de répondre :
« C’est le point de vue de tout débutant en stratégie : le marché, ils n’ont que ce mot à la bouche… Comme si les Clients savaient ce qu’ils voudront acheter dans le futur ! Mais regardez les grandes entreprises qui réussissent, ce sont celles qui dictent leurs propres besoins aux Clients !Elles anticipent et savent passer au dessus des souhaits de leur marché pour créer un besoin auquel personne n’avait pensé : c’est ça l’Innovation avec un grand ‘I’ ! Créer un besoin auquel personne n’avait pensé !
-Quand même, coopérer avec le Client est un bon moyen… interrompit le Chef.
-C’est le système à la mode en ce moment, c’est vrai ! Mais faites-moi confiance, cela ne durera pas, comme toute mode. Concentrez-vous sur les besoins à créer ! » rétorqua le Consultant en fixant le Chef d’un air entendu.
Le Chef s’adossa dans son fauteuil et se tut.
« Et justement votre premier challenge, reprit le Consultant en s’adressant aux Dirigeants, c’est de définir très précisément là où vous souhaitez que l’Entreprise soit dans 25 ans, sur le plan des produits, du personnel, de l’organisation et des finances. Pour cela, le mieux est de demander à vos subordonnés de créer différentes présentations powerpoint qu’ils vous proposeront et auxquelles vous pourrez réfléchir et surtout être pointilleux sur les détails. »
Les Dirigeants acquiescèrent en silence, d’un air entendu.
« Ensuite, compléta le Consultant, l’important, c’est le Chemin que vous emprunterez pour atteindre cette cible bien définie qui devra se concrétiser telle quelle dans 25 ans. Ce Chemin doit être parfaitement défini en termes d’étapes, de chemin critique, de ressources allouées où et quand.
-Mais il peut y avoir plusieurs chemins possibles, douta un des Dirigeants.
-Exactement, c’est pour cela que vous demanderez à vos subordonnés de vous proposer différents scénarios possibles précis afin que vous puissiez choisir sur la base d’un ensemble de critères judicieux…
-Comme quoi par exemple ?
-À ce stade je vous recommande d’appliquer la méthode Concrete and Operational Useful Indicators for Long Lasting Entreprises, j’en suis spécialiste et diplômé du MIT, et je peux l’intégrer comme avenant à notre contrat très rapidement. »
Les Dirigeants se regardèrent : ils étaient d’accord et le Chef Suprême, d’un mouvement de tête, indiqua au Consultant que l’avenant était accordé et qu’il pouvait reprendre sa présentation.

Pendant ce temps, le Fourbe et la Bougre Complice étaient chez le Skippy :
« C’est vraiment étonnant, dit le Fourbe, des membres ‘accros’ du Club ne nous ont pas attendus et ont choisi de se retrouver deux fois par semaine à la cafétéria pour partager, le temps du repas, leurs expériences, qu’elles soient positives ou négatives ! J’ai même vu un jour un groupe qui s’était assis à une table près d’un mur et qui avait affiché des trucs pour réfléchir…
-Oui ! C’est marrant, renchérit la Bougre Complice, il y a une bonne partie de mon équipe qui rejoint ces tablées pour y traiter de points particuliers, problèmes ou opportunités, liés à notre projet d’innovation de rupture et ils me disent que chaque fois, rien que d’avoir les feedbacks d’autres personnes, sans enjeux et sans politique, c’est d’une très grande richesse pour eux !
-J’ai même vu un des Cinq Processus du Rituel improvisé de façon très efficace ! C’est comme si le Club était encore là, sans être là, conclut le Fourbe, rêveur.
-Ça me rappelle le Soutra du Diamant, dit le Skippy, ‘le Club n’est pas le Club, c’est pour ça qu’on l’appelle le Club’
-Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda la Bougre Complice.
-Ça veut dire que les choses, toutes les choses, sont plus que ce que nous en percevons et que l’étiquette que nous leur collons pour les identifier n’est rien d’autre qu’une étiquette… »
Le Fourbe et la Bougre Complice regardaient le Skippy avec un regard bovin qui aurait fait pleurer la Vache Qui Rit. Le Skippy s’efforça de rester sérieux et reprit :
« En fait, tant que le Club était dans son local, rien ne vous indiquait ce qu’il s’y passait vraiment. Tous, nous étions concentrés sur la production de résultats, de prototypes, de pépites… Mais ce n’était pas le Club. Le Club n’est plus et du coup le Club est bien plus que cela !
-Mais alors, dit la Bougre Complice, je pourrais aussi dire :’le Club à la Cafèt’ n’est pas le ‘Club à la Cafèt’, c’est pour ça qu’on l’appelle le ‘Club à la Cafèt’…
-Oui, dit le Skippy, ce que nous percevons aujourd’hui n’est qu’une partie d’une des possibilités d’un des chemins que pourrait prendre le Club sans local ! Gardons toujours cela à l’esprit et surfons avec la vague qui se crée… à moins qu’elle ait existé avant, cette vague, et que ce ne soit que maintenant qu’on la voit… »

Pendant ce temps, le Consultant terminait son exposé devant le Conseil emballé et le Chef désemparé :
« Maintenant que vous avez compris que seul le Chemin compte et que vous allez le décrire avec une grande précision, la même tout au long de vos hypothèses dans le temps, vous allez progressivement vous rendre compte que la croissance que vous aller projeter va se répercuter de façon amplifiée sur les effectifs des fonctions annexes de l’Entreprise, ces fonctions qui sont là pour aider les fonctions fondamentales à faire leur job et satisfaire les Dirigeants. Si l’effectif croît, alors les coûts aussi : ce serait totalement incohérent de dépenser ainsi, dans des fonctions annexes, la croissance créée. Vous avez déjà lancé une initiative visant à recentrer l’Entreprise sur ses fondamentaux, il va s’agir alors de recentrer les ressources sur les fonctions fondamentales que sont la Recherche et Développement, la Production et les Commerciaux… quoique les commerciaux, c’est à discuter avec l’avènement du Digital… mais ce n’est pas le propos ! Tout l’enjeu va donc être de convaincre les fonctions fondamentales de rependre à leur compte et sans augmentation de ressources, une bonne partie du job des fonctions annexes, ce qui vous permettra de réduire leurs effectifs puisque vous aurez démontré deux choses : n’importe qui peut faire leur job aussi bien qu’eux et n’importe qui le fait sans besoin de ressources supplémentaires ! Ainsi, réduire leur effectif est une évidence, même pour eux !
-OK mais pour les fonctions fondamentales, c’est plus de boulot, ils ne vont pas être d’accord ! dit un des Dirigeants.
-C’est effectivement le Challenge, mais vous avez déjà lancé l’initiative de re-centralisation sur les fondamentaux qui met à l’honneur ces fonctions… Mettez à l’honneur ceux qui acceptent de travailler plus, faites en une affaire de loyauté, d’honnêteté, de dévotion envers le marché au bénéfice de l’Entreprise … Vous verrez, ça marche ! » Le Consultant, essoufflé, avait terminé. Les Dirigeants se regardaient d’un air complice et confiant. Le Chef se leva, salua sans aucun retour de la part des Dirigeants et sortit de la salle du Conseil en se demandant s’il appréciait vraiment ces passages dans des dimensions parallèles. Il se dit et se jura de récupérer FLEXTOR, il ne pouvait pas laisser ce projet, son projet, dans cette situation. Il partit d’un pas décidé vers son bureau, le GISPEP allait en baver et FLEXTOR serait sauvé.

Pendant ce temps la conversation continuait chez le Skippy :
« Mais alors, comment on fait maintenant ? demanda la Bougre Complice.
-Je pense que nous sommes dans une phase dite ‘de délivrance’. C’est une phase assez courte dont il faut profiter. C’est un moment où on arrive à lâcher ce qui nous retient au passé et du coup il devient possible d’envisager les choses différemment. C’est aussi un moment transitoire où nous sommes à même de mieux faire la différence entre le réalisable et l’inaccessible…
-Ça me rappelle la phrase que vous aviez dite, interrompit le Fourbe, une phrase de Watzlawick…
-Je me souviens, dit le Skippy, ‘En nous efforçant d’atteindre l’inaccessible, nous rendons impossible ce qui serait réalisable’… C’est tout à fait ça et nous sommes dans une phase où nous pouvons choisir de mettre notre énergie sur ce qui mérite notre attention, le réalisable, et d’abandonner ce qui ne la mérite plus, l’inaccessible…
-Alors quoi ? On fait quoi ? insista la Bougre Complice.
-Je vous l’ai déjà dit, répondit le Skippy, on surfe sur la vague du réalisable… Dites, si on allait continuer notre discussion à la cafèt, on aura peut-être une session de ‘Club sans local’ ? En plus, aujourd’hui, c’est brochette du futur, c’est la brochette NASA : Nougat, Asperges, Saucisse et Antésite, il parait que c’est super !

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Les Dirigeants recentrent les ressources… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Fév 102018
 

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Il y avait une pancarte, rédigée à la main, scotchée sur la porte du Club.
La poignée avait été enlevée, la porte était verrouillée.
Sur la pancarte, on pouvait lire : « Fermé par ordre de la Direction ».
Le message, manuscrit, n’était pas signé.

La note d’information émise par le Chef avait annoncé cette fermeture comme une décision salutaire pour la longévité de l’Entreprise, recentrant ainsi les Bougres sur leur travail.
Un paragraphe entier rappelait que toute personne se trouvant en situation d’avoir du temps libre pendant ses heures de travail se devait d’en informer sa hiérarchie afin que ce temps libre puisse être comblé.
Un autre paragraphe invitait aussi à informer de façon anonyme sa hiérarchie de tout comportement pouvant indiquer qu’une personne avait du temps libre.
Tout cela dans un esprit de saine productivité et en toute conformité avec le Processus Unique du Bien Etre Obligatoire au Travail, dont l’acronyme significatif n’avait toujours pas été trouvé.
Le Chef, par cette décision largement communiquée auprès du Conseil des Dirigeants, avait regagné un statut plus conforme avec les attentes du Conseil, même si ce n’était pas encore gagné. Le Chef avait encore des preuves à faire, notamment en ce qui concernait la performance de ses équipes telle que mesurée par la toute nouvelle structure du GISPEP.
Le Chef avait invité son coach à l’aider à travailler la présentation qu’il allait donner dans quelques heures devant le Conseil.

Pendant ce temps, le Fourbe était chez le Skippy :
« Bon… Eh ben là, c’est vraiment foutu…
-Qu’est-ce qui te fait dire ça ? demanda le Skippy.
-Tu rigoles ? Tout est bloqué ! Je n’ai même pas accès au matériel du Club ! Tout est confisqué et enfermé…
-C’est vrai et en quoi est-ce un problème ?
-Non seulement les habitués du Club ont perdu le moral, mais pour le projet d’innovation de rupture, je te rappelle que c’était le seul moyen à notre disposition pour avancer ! Donc c’est un problème parce que tout est bloqué et qu’on ne peut même plus montrer notre potentiel à créer de la valeur pour cette boite !
-Mais encore ? insista le Skippy.
-Mais encore ? Eh ben : merde ! J’en sais rien ! C’est bloqué, c’est foutu, j’ai juste envie de tout plaquer… Voilà, mais encore, mais encore, merde ! » se fâcha le Fourbe, à la fois en colère et malheureux de se fâcher.

Pendant ce temps, le Coach et le Chef travaillaient à la présentation du Chef :
« Combien de slides avez-vous préparés ? demanda le Coach.
-Juste une dizaine, j’essaie de faire court et droit au but, de façon à ce qu’ils voient bien, au Conseil, que je suis efficace, moi ! répondit le Chef.
-Croyez-vous qu’une dizaine de slides représente vraiment le travail que vous avez accompli ? questionna le Coach.
-Non ! C’est une synthèse, je cherche vraiment à pointer l’essentiel…
-Croyez-vous qu’une dizaine de slides représente vraiment les connaissances qui sont les vôtres ?
-Bien sur que non, mais vraiment, je cherche à apporter au Conseil ce qui lui est nécessaire et suffisant pour comprendre ce que j’ai fait…
-Croyez-vous qu’une dizaine de slides représente vraiment l’énorme expérience que vous avez accumulée durant toutes ces années ?
-… Non plus… Mais je commence à être perdu… Où voulez-vous en venir ?
-Vous êtes perdu, ou plutôt vous vous sentez perdu, car vous n’êtes pas en contact avec vos émotions fondamentales, vous avez oublié votre enfant intérieur et, du coup, vous n’êtes plus à l’écoute de l’Univers.
-Euh… pourquoi pas ? Mais ma présentation est dans quelques heures et je n’ai que dix minutes pour faire passer mes messages, alors je dois être le plus concis possible et n’est pas concis qui veut…
-Qu’entendez-vous par « concision » ? En quoi cela vous soulage-t-il d’être concis ?
-C’est pas que ça me soulage, c’est juste que j’ai dix minutes en tout !
-Oui… je comprends… Concision… Circoncision… Vous savez les mots ne sont pas sans fondement ni les liens entre les mots… Vous faisiez du sport étant enfant ? Vous aviez peur déjà à l’époque des douches communes ?
-Non mais c’est pas la question ! s’énerva le Chef en tapant sur la table.
-Je vois que nous touchons un point sensible, si ce n’est LE point sensible… Mais en tant que coach je ne suis pas thérapeute, mon rôle est juste de vous aider à pointer vos zones d’ombres, sombres, qui peuvent vous hanter à l’insu de votre plein gré… Mon rôle est aussi de partager, en toute éthique, avec vos Dirigeants, les progrès que vous faites, ou pas.
-OK, OK… Je la vois ma zone d’ombre… merci… Et pour ma présentation, comment je fais ?
-Surtout, faites confiance à votre intuition, prêtez attention aux signes qui vous entourent et lâchez prise. Le plus important, c’est de lâcher prise… C’est le plus difficile aussi.
-Bien… Et comment je fais tenir tout ce que je sais en dix minutes ?
-En vous faisant confiance. Voyez-vous, la Salle du Conseil n’est pas une douche commune, même si vous vous y sentez nu et observé, comme lorsque vous étiez enfant…
-Oui… Mais je fais combien de slides finalement ?
-Il me semble que vous cherchez une forme de sérénité face à cette présentation…
-Ben oui…
-Rappelez-vous, la recherche du bonheur n’est qu’illusion, vous croyez avoir à parcourir un chemin pour atteindre le bonheur… mais le bonheur est le chemin…
-On dirait une citation sur Facebook…
-Toutes les sources d’inspiration sont bonnes à prendre…
-Alors ? Combien de slides ? Finalement je mets quoi dedans ?
-Ce qui importe, c’est votre alignement avec votre vôtre profond, lequel est en harmonie avec l’Univers. Pensez à tout ce que je vous ai dit, la solution est en vous, acceptez de la voir en acceptant l’enfant que vous n’êtes plus… Je vois que notre temps est écoulé, je vous laisse à vos réflexions en vous remerciant chaleureusement de votre aide précieuse. » Sur ces mots le Coach quitta le bureau du Chef, le laissant plongé dans une perplexité d’une profondeur sans égale.

Le Skippy et le Fourbe poursuivaient leur conversation :
« Vois-tu, dit le Skippy, il est des obstacles insurmontables lorsqu’on les regarde en face. Les attaquer, tenter de les briser est peine perdue, voire pourrait être dangereux…
-C’est bien la merde dans laquelle on est, répliqua le Fourbe.
-Pour autant ce n’est pas synonyme d’abandon ni de défaite ! Tout à l’heure, tu m’as dit que c’est un problème parce que tout est bloqué et qu’on ne peut même plus montrer notre potentiel à créer de la valeur pour cette boite…
-Oui, c’est vrai…
-Pas tout à fait ! Tout est bloqué, c’est vrai. On ne peut plus montrer notre potentiel à cette boite… ce n’est pas vrai… ou plutôt ce n’est pas complet. Il faudrait dire : ’On ne peut plus montrer notre potentiel à cette boite avec le Club tel qu’il était et tel qu’il n’est plus’.
-Ouais… bon…Tu joues sur les mots… se renfrogna le Fourbe.
-Pas tant que ça ! Face à des obstacles insurmontables de face, il est toujours possible de les voir de dessus ! OK, le Club n’a plus de local, c’est un fait. J’ai alors une question, en ‘vue de dessus’, dit le Skippy en mimant les apostrophes avec ses doigts : Et si le Club n’avait pas besoin de local ? Et si on se disait que si le Club n’a pas de local, c’est donc qu’il est potentiellement partout ?
-Mais… Le matériel ? Tout ça ? On le met où ?
-Ça, c’est être face à l’obstacle ! Vu de dessus, la question est : qu’est-ce qui est le plus important ? L’Esprit du Club ou le matériel ?
-L’Esprit du Club, c’est sûr mais tu ne m’enlèveras pas de l’idée qu’il nous faut du matériel…
-C’est vrai, imagine maintenant que, dans ce bâtiment, l’Esprit du Club règne partout… Les gens s’entraident, ils n’ont plus peur de partager leurs problèmes, il n’y a plus de territoire à défendre mais juste des challenges à résoudre au service des clients, des personnes et de la boite…
-… Alors, obtenir du matos ne sera pas un problème…
-Voilà ! Tu l’as ! s’exclama le Skippy.
-Si tu veux… Mais on n’a jamais fait ça…
-Tu as déjà fait un Club… tu sauras faire un Club sans local… Dis-donc… Ça m’a donné faim, on va manger ? C’est sandwich RATP : Rutabaga, Anis, Toastinettes et Poires au jus, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef reprend du poil de la bête… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Fév 032018
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Le Chef avait attendu une bonne heure dans le petit salon qui servait d’antichambre, ou de purgatoire c’était selon, à la Salle du Conseil, lieu du pouvoir ultime de l’Entreprise où les personnes convoquées venaient recevoir leur jugement dernier.
Cette heure lui avait permis de ruminer bon nombre de scénarios jusqu’au moment où il décida que ça ne servait à rien. Le Chef venait de réaliser que face au pouvoir ultime, toute affirmation de sa propre identité était peine perdue. Son Ego venait d’en prendre un coup. Finalement, il n’était rien. Intérieurement, il tournait en rond sur ces pensées quand il réalisa que c’était un nouveau scénario. Le Chef prit conscience qu’il ne pouvait pas ne pas avoir de scénario en tête. Il réalisa que la pression qu’il percevait de la situation le plongeait systématiquement dans le futur, essayant de le lire ou au moins de le deviner. A ce moment, le Chef crut entendre la voix du Skippy sans pour autant comprendre ce qui était dit. Il sursauta. Il regarda à gauche puis à droite, réalisa qu’il était seul et soupira. Vraiment, plus rien n’allait comme avant, tout foutait le camp. Le Chef se dit in-petto qu’il avait connu des jours meilleurs.
La porte de la Salle du Conseil s’ouvrit, mais personne n’en sortit. Le Chef, comprenant qu’il s’agissait d’un signal de bienvenue, se leva et s’approcha. Lorsqu’il fut en vue des Dirigeants affairés autour de la grande table en marbre, l’un deux l’invita d’un hochement de tête à entrer.
« Restez debout, dit un des Dirigeants, nous n’en n’avons pas pour longtemps ! »
Le Chef, qui allait s’asseoir, interrompit son mouvement, restant quelques instants dans une posture instable et grotesque. Il finit par se redresser et reprit contenance.
« Nous voudrions juste comprendre votre intention avec cette nouvelle organisation que vous développez, reprit le Dirigeant.
-Une nouvelle organisation ? demanda le Chef, abasourdi.
-Oui, nous avons entendu parler de ce Club, une organisation qui se développerait au sein de vos équipes. Dois-je vous rappeler que toute évolution d’organisation doit faire l’objet d’une demande auprès du Conseil ?
-En fait, il ne s’agit pas d’une organisation, balbutia le Chef, cela ne correspond à aucune perspective d’évolution de l’organigramme, c’est plus un espace où les personnes peuvent innover sur leur temps libre…
-Leur temps libre ? Mais monsieur, nous ne sommes pas le Club Med, ni un village-vacances ! Enfin, que je sache ! » s’exclama un autre Dirigeant en prenant les autres à témoin et déclenchant une hilarité générale, suivie d’un brouhaha de commentaires et de jugements désordonnés à l’encontre du Chef.
Le Chef resta coi, comprenant que quoiqu’il dirait, il serait coupable.
Le Dirigeant reprit :
« En plus, ce temps libre serait dévoué à de l’innovation ! Auriez-vous oublié que l’Innovation est le propre de la fonction Recherche et Développement ? Que faites-vous des fondamentaux de notre Entreprise ? »
L’approbation des autres Dirigeants se faisait entendre et les regards, tantôt pleins de reproches, tantôt pleins de commisération hypocrite, pointaient le Chef, qui se ratatinait intérieurement, concentré qu’il était à maitriser ses sphincters du mieux qu’il pouvait. Il s’attendait au pire, lorsque le Dirigeant conclut :
« Vous avez une semaine pour rétablir la situation et nous montrer que vous agissez en leader digne de cette Entreprise et aussi digne de votre salaire ! »

Sur ces mots, le Chef sortit de la Salle du Conseil et s’assit précipitamment, avant que ses jambes ne le lâchent, sur le canapé du salon d’attente. Heureusement, le salon était vide et le Chef put reprendre ses esprits. Ses esprits revinrent effectivement, mais sous la forme d’une colère pure à l’égard du Fourbe. Le Chef ne savait pas qu’il pouvait nourrir une telle colère et s’en surprit lui-même. En plus, cette colère avait tendance à osciller entre deux états qui se renforçaient mutuellement, conduisant à une inflation exponentielle de cette émotion et surtout du besoin de la faire sortir. Le premier état était une auto-flagellation du Chef : il savait que le Fourbe allait un jour lui créer des problèmes et pourtant en tant que Chef, il n’avait rien fait contre. Le second état était une haine totale envers le Fourbe et ses agissements, conduisant le Chef à se dire que le Fourbe agissait intentionnellement contre lui depuis si longtemps.

Le Chef se précipita vers son bureau, tout en convoquant le Fourbe, qui le rejoint aussitôt.
L’explosion fut nucléaire. Non, nucléaire ne représente pas suffisamment l’énergie déployée en une fraction de seconde. Ce fut la collision de deux trous noirs super-massifs, collision qui engendra des ondes gravitationnelles qui se propagèrent dans l’Entreprise et l’Univers à la vitesse de la lumière. Tout d’abord, le ‘flash’ se produisit alors que la porte du bureau du Chef se fermait. Ensuite le ‘blast’, sonore, se propagea aussi bien dans le couloir que dans les bureaux avoisinants. Puis le ‘souffle’, dévastateur, sous la forme de la rumeur qui se propagea en quelques secondes : « le Chef et le Fourbe se déchirent officiellement ». Et enfin les ‘radiations’, chacun se positionnant en faveur du Chef ou du Fourbe, minant chaque relation, chaque équipe, et se propageant rapidement.
La température monta d’un cran, ce que flaira le Consultant qui prit rendez-vous avec le Chef, puis avec le Fourbe.
Au Chef, le Consultant recommanda d’appliquer la méthode Consistent Hierarchical Innovation Enhancement Result. Le Consultant expliqua au Chef qu’il était lui-même spécialiste certifié et diplômé de l’université en ligne du Missouri Institute of Tacticism. Aussi le Consultant rappela qu’il avait bien prévenu le Chef et que si ce dernier avait écouté ses conseils, il n’en serait certainement pas là, mais sans doute ailleurs.
Au Fourbe, le Consultant recommanda d’appliquer la méthode Promote Innovation Performance Objective . Le Consultant expliqua au Fourbe qu’il était lui-même spécialiste certifié et diplômé de l’université en ligne du Missouri Institute of Tacticism. Aussi le Consultant rappela qu’il avait bien prévenu le Fourbe et que si ce dernier avait écouté ses conseils, il n’en serait certainement pas là, mais sans doute ailleurs.

La propagation du tsunami déclenché par l’explosion entre le Chef et le Fourbe, atteint aussi le GISPEP qui surfa sur cette opportunité pour faire une proposition au Conseil des Dirigeants, par la voie officielle consistant à remplir 14 fois le même formulaire standard (car il y avait 14 Dirigeants au Conseil) qui serait donc vérifié par 14 Vérificateurs indépendants, garantissant que la police de caractères, ainsi que les marges, étaient bien respectées.
Cette proposition fut acceptée après un débat nourri au sein du Conseil sur l’intérêt de la police Verdana 12 dans la lisibilité des documents officiels. Lors de ce débat, deux décisions furent prises, l’une concernant l’élargissement de la marge gauche du formulaire standard, et l’autre concernant l’approbation officielle de la proposition du GISPEP. Cette approbation serait elle-même approuvée dans un mois, lorsque les 14 formulaires d’approbation d’approbation auraient été remplis et validés conformes selon la procédure de validation des décisions approuvées.
La proposition approuvée conduisait le GISPEP à la tête d’une nouvelle structure dans l’Entreprise, réunissant tous les GISPEP, ainsi que les analystes et autres experts en Numérologie Comptable. Cette structure, dont l’acronyme était en cours de définition par l’équipe de Gestion des Acronymes Significatifs, serait en charge de la publication mensuelle des indicateurs en cours de développement, afin de montrer que les ‘9’ étaient bien présents sur les rapports de profit et que les ‘1’ relevaient plus des dépenses. Au sein de ce nouveau département, une unité de recherche serait déployée pour identifier une méthode d’ajout de ‘0’ à la fin des nombres, tout en restant conforme aux exigences du Plan Comptable, de la fiscalité et de la loi de Benford. Bref, le GISPEP était maintenant à la tête d’un empire de 51 personnes dans l’Entreprise, avec la bénédiction du Conseil et du Consultant qui fut désigné pour faciliter la création de cette nouvelle équipe avec une méthode bien à lui.

La Bougre Complice s’était abritée chez le Skippy, avec le Bougre au Stagiaire.
« Vous croyez que tout est fini ? Que c’est foutu ? demanda-elle timidement.
-Bien sûr que non, répondit le Skippy, même si la situation est complexe, chaotique par endroits et que le désordre semble régner partout…
-Mais quand même, c’est n’importe quoi ! Comment on fait, là, au milieu de tout ça ? On peut rien faire, ça nous dépasse complètement ! se plaignit le Bougre au Stagiaire.
-Surtout, ne nous laissons pas impressionner par les apparences. Tout ce que nous observons en ce moment, ou du moins une très grande partie, n’est qu’apparence…
-Enfin merde, ce sont aussi des faits ! s’énerva la Bougre Complice.
-C’est vrai, et ce n’est pas incompatible, reprit calmement le Skippy, et si nous réagissons à partir de ce que nous observons, alors nous nourrissons le système et nous ne serons pas en mesure de le faire évoluer.
-Mais on ne fait pas le poids ! dit le Bougre au Stagiaire.
-Pour changer tout ça en une seule fois, bien sûr que non, dit le Skippy, mais pour préserver ce qui peut l’être et qui nous sera utile pour progresser, nous faisons le poids. Il nous faut aller au-delà des apparences dans ce conflit et en allant au delà, nous nous efforcerons de rendre ces divergences fécondes, même si maintenant tout de suite, nous n’avons aucune idée de comment faire.
-C’est faisable ça ? demanda la Bougre Complice.
-Bien sûr ! Dans un conflit de ce type, ce sont les apparences qui masquent la vérité. Souvent la vérité représente un choix que les protagonistes veulent exprimer par un ‘OU’ », par l’exclusion. S’il y a ‘choix’, c’est qu’il y a ‘possibilité’ et aller au-delà des apparences permet de voir quelles parties du ‘OU’ nous pourrions transformer en ‘ET’. ‘OU’ divise là où ‘ET’ féconde, dit le Skippy.
-Si vous le dites… dit la Bougre Complice. N’empêche, tout le monde s’écharpant, il n’y a plus grand monde à la cafèt… On va manger ?
-Oui ! En plus c’est spécialité LCL aujourd’hui, Limande dans son Chocolat et ses Longanes, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef ferme le Club… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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