Fév 102018
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Il y avait une pancarte, rédigée à la main, scotchée sur la porte du Club.
La poignée avait été enlevée, la porte était verrouillée.
Sur la pancarte, on pouvait lire : « Fermé par ordre de la Direction ».
Le message, manuscrit, n’était pas signé.

La note d’information émise par le Chef avait annoncé cette fermeture comme une décision salutaire pour la longévité de l’Entreprise, recentrant ainsi les Bougres sur leur travail.
Un paragraphe entier rappelait que toute personne se trouvant en situation d’avoir du temps libre pendant ses heures de travail se devait d’en informer sa hiérarchie afin que ce temps libre puisse être comblé.
Un autre paragraphe invitait aussi à informer de façon anonyme sa hiérarchie de tout comportement pouvant indiquer qu’une personne avait du temps libre.
Tout cela dans un esprit de saine productivité et en toute conformité avec le Processus Unique du Bien Etre Obligatoire au Travail, dont l’acronyme significatif n’avait toujours pas été trouvé.
Le Chef, par cette décision largement communiquée auprès du Conseil des Dirigeants, avait regagné un statut plus conforme avec les attentes du Conseil, même si ce n’était pas encore gagné. Le Chef avait encore des preuves à faire, notamment en ce qui concernait la performance de ses équipes telle que mesurée par la toute nouvelle structure du GISPEP.
Le Chef avait invité son coach à l’aider à travailler la présentation qu’il allait donner dans quelques heures devant le Conseil.

Pendant ce temps, le Fourbe était chez le Skippy :
« Bon… Eh ben là, c’est vraiment foutu…
-Qu’est-ce qui te fait dire ça ? demanda le Skippy.
-Tu rigoles ? Tout est bloqué ! Je n’ai même pas accès au matériel du Club ! Tout est confisqué et enfermé…
-C’est vrai et en quoi est-ce un problème ?
-Non seulement les habitués du Club ont perdu le moral, mais pour le projet d’innovation de rupture, je te rappelle que c’était le seul moyen à notre disposition pour avancer ! Donc c’est un problème parce que tout est bloqué et qu’on ne peut même plus montrer notre potentiel à créer de la valeur pour cette boite !
-Mais encore ? insista le Skippy.
-Mais encore ? Eh ben : merde ! J’en sais rien ! C’est bloqué, c’est foutu, j’ai juste envie de tout plaquer… Voilà, mais encore, mais encore, merde ! » se fâcha le Fourbe, à la fois en colère et malheureux de se fâcher.

Pendant ce temps, le Coach et le Chef travaillaient à la présentation du Chef :
« Combien de slides avez-vous préparés ? demanda le Coach.
-Juste une dizaine, j’essaie de faire court et droit au but, de façon à ce qu’ils voient bien, au Conseil, que je suis efficace, moi ! répondit le Chef.
-Croyez-vous qu’une dizaine de slides représente vraiment le travail que vous avez accompli ? questionna le Coach.
-Non ! C’est une synthèse, je cherche vraiment à pointer l’essentiel…
-Croyez-vous qu’une dizaine de slides représente vraiment les connaissances qui sont les vôtres ?
-Bien sur que non, mais vraiment, je cherche à apporter au Conseil ce qui lui est nécessaire et suffisant pour comprendre ce que j’ai fait…
-Croyez-vous qu’une dizaine de slides représente vraiment l’énorme expérience que vous avez accumulée durant toutes ces années ?
-… Non plus… Mais je commence à être perdu… Où voulez-vous en venir ?
-Vous êtes perdu, ou plutôt vous vous sentez perdu, car vous n’êtes pas en contact avec vos émotions fondamentales, vous avez oublié votre enfant intérieur et, du coup, vous n’êtes plus à l’écoute de l’Univers.
-Euh… pourquoi pas ? Mais ma présentation est dans quelques heures et je n’ai que dix minutes pour faire passer mes messages, alors je dois être le plus concis possible et n’est pas concis qui veut…
-Qu’entendez-vous par « concision » ? En quoi cela vous soulage-t-il d’être concis ?
-C’est pas que ça me soulage, c’est juste que j’ai dix minutes en tout !
-Oui… je comprends… Concision… Circoncision… Vous savez les mots ne sont pas sans fondement ni les liens entre les mots… Vous faisiez du sport étant enfant ? Vous aviez peur déjà à l’époque des douches communes ?
-Non mais c’est pas la question ! s’énerva le Chef en tapant sur la table.
-Je vois que nous touchons un point sensible, si ce n’est LE point sensible… Mais en tant que coach je ne suis pas thérapeute, mon rôle est juste de vous aider à pointer vos zones d’ombres, sombres, qui peuvent vous hanter à l’insu de votre plein gré… Mon rôle est aussi de partager, en toute éthique, avec vos Dirigeants, les progrès que vous faites, ou pas.
-OK, OK… Je la vois ma zone d’ombre… merci… Et pour ma présentation, comment je fais ?
-Surtout, faites confiance à votre intuition, prêtez attention aux signes qui vous entourent et lâchez prise. Le plus important, c’est de lâcher prise… C’est le plus difficile aussi.
-Bien… Et comment je fais tenir tout ce que je sais en dix minutes ?
-En vous faisant confiance. Voyez-vous, la Salle du Conseil n’est pas une douche commune, même si vous vous y sentez nu et observé, comme lorsque vous étiez enfant…
-Oui… Mais je fais combien de slides finalement ?
-Il me semble que vous cherchez une forme de sérénité face à cette présentation…
-Ben oui…
-Rappelez-vous, la recherche du bonheur n’est qu’illusion, vous croyez avoir à parcourir un chemin pour atteindre le bonheur… mais le bonheur est le chemin…
-On dirait une citation sur Facebook…
-Toutes les sources d’inspiration sont bonnes à prendre…
-Alors ? Combien de slides ? Finalement je mets quoi dedans ?
-Ce qui importe, c’est votre alignement avec votre vôtre profond, lequel est en harmonie avec l’Univers. Pensez à tout ce que je vous ai dit, la solution est en vous, acceptez de la voir en acceptant l’enfant que vous n’êtes plus… Je vois que notre temps est écoulé, je vous laisse à vos réflexions en vous remerciant chaleureusement de votre aide précieuse. » Sur ces mots le Coach quitta le bureau du Chef, le laissant plongé dans une perplexité d’une profondeur sans égale.

Le Skippy et le Fourbe poursuivaient leur conversation :
« Vois-tu, dit le Skippy, il est des obstacles insurmontables lorsqu’on les regarde en face. Les attaquer, tenter de les briser est peine perdue, voire pourrait être dangereux…
-C’est bien la merde dans laquelle on est, répliqua le Fourbe.
-Pour autant ce n’est pas synonyme d’abandon ni de défaite ! Tout à l’heure, tu m’as dit que c’est un problème parce que tout est bloqué et qu’on ne peut même plus montrer notre potentiel à créer de la valeur pour cette boite…
-Oui, c’est vrai…
-Pas tout à fait ! Tout est bloqué, c’est vrai. On ne peut plus montrer notre potentiel à cette boite… ce n’est pas vrai… ou plutôt ce n’est pas complet. Il faudrait dire : ’On ne peut plus montrer notre potentiel à cette boite avec le Club tel qu’il était et tel qu’il n’est plus’.
-Ouais… bon…Tu joues sur les mots… se renfrogna le Fourbe.
-Pas tant que ça ! Face à des obstacles insurmontables de face, il est toujours possible de les voir de dessus ! OK, le Club n’a plus de local, c’est un fait. J’ai alors une question, en ‘vue de dessus’, dit le Skippy en mimant les apostrophes avec ses doigts : Et si le Club n’avait pas besoin de local ? Et si on se disait que si le Club n’a pas de local, c’est donc qu’il est potentiellement partout ?
-Mais… Le matériel ? Tout ça ? On le met où ?
-Ça, c’est être face à l’obstacle ! Vu de dessus, la question est : qu’est-ce qui est le plus important ? L’Esprit du Club ou le matériel ?
-L’Esprit du Club, c’est sûr mais tu ne m’enlèveras pas de l’idée qu’il nous faut du matériel…
-C’est vrai, imagine maintenant que, dans ce bâtiment, l’Esprit du Club règne partout… Les gens s’entraident, ils n’ont plus peur de partager leurs problèmes, il n’y a plus de territoire à défendre mais juste des challenges à résoudre au service des clients, des personnes et de la boite…
-… Alors, obtenir du matos ne sera pas un problème…
-Voilà ! Tu l’as ! s’exclama le Skippy.
-Si tu veux… Mais on n’a jamais fait ça…
-Tu as déjà fait un Club… tu sauras faire un Club sans local… Dis-donc… Ça m’a donné faim, on va manger ? C’est sandwich RATP : Rutabaga, Anis, Toastinettes et Poires au jus, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef reprend du poil de la bête… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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