Mar 242018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Le Chef était nostalgique. Dans son bureau, seul, il se remémorait l’époque où son expertise en termes d’innovation de rupture était largement reconnue par les Dirigeants (relire ‘le Yack et l’Oiseau’). Il était fort probable, à l’époque, que lui serait confiée la mission de faire évoluer la culture de l’Entreprise vers plus d’Agilité au sens des Dirigeants. Une agence de comm avait travaillé à trouver un nom à ce nouveau programme, un nom qui inciterait chaque employé à y participer. Cela avait donné « Flextor : la Flexibilité sans la douleur ». Il avait la direction de Flextor, mais tout était comme suspendu, en attendant une décision du Conseil qui se demandait si Flextor ne serait pas mieux dans le périmètre de la R&D plutôt que dans celui du Chef. Le problème était que le patron de la R&D revendiquait la propriété de Flextor et, en même temps, expliquait qu’il n’avait pas assez de ressources. Du coup, le Conseil se réunissait régulièrement pour prendre une décision, et la décision qui était prise systématiquement était de re-convoquer une prochaine réunion pour prendre cette décision. En plus, l’arrivée du Consultant avait tout complexifié , et le GISPEP en avait profité pour damer le pion au Chef, c’était peut-être cela le plus douloureux. Pourtant Flextor était la planche de salut pour le Chef, c’était pour lui le seul moyen de montrer à nouveau son impact à l’échelle de l’Entreprise.

La Bougre Complice, pendant ce temps, concluait sa réunion d’équipe quotidienne. Cette réunion durait maintenant quinze minutes, pas une de plus. Cette efficacité avait séduit plus d’une équipe dans l’Entreprise, qui avaient tenté de faire de même, puis qui avaient abandonné devant le défi que cela représentait, en expliquant que leurs sujets ne se prêtaient pas à cette forme de management. En fait, personne (ou presque) ne s’apercevait que ces quinze minutes étaient la performance d’une équipe sur-entrainée à des processus très efficaces, ni que cette performance avait été atteinte après des mois de pratique systématique et intensive. En plus, le comble était que l’équipe de la Bougre Complice n’avait aucun objectif de durée pour cette réunion, cette durée était à chaque fois un constat : toutes les décisions, coopérations et informations utiles avaient été réalisées, au profit de l’équipe, de chacun de ses membres et de ses clients. Cette réunion aujourd’hui venait encore confirmer les progrès rapides et stables du projet d’innovation de rupture. La difficulté était plutôt de conjuguer les initiatives éparses qui fleurissaient de toutes parts.

Le Chef était allé voir le Fourbe, le plus discrètement possible, pour tenter d’y voir plus clair. Il ne pouvait pas se résoudre à abandonner Flextor, ni à aller demander le soutien de la Bougre Complice car cela aurait été donner raison à cette équipe d’extraterrestres dont personne ne comprenait pourquoi ils n’avaient pas encore été virés. Mais le moins recevable pour lui était d’imaginer se rapprocher du GISPEP qui, pourtant, était à la tête de la direction des M.A.C.H.I.N.S, unique structure reconnue par le Conseil comme porteuse de l’idéologie méthodologique de l’Entreprise. C’était pourtant ce que lui avait recommandé le Fourbe, au cours d’une rencontre tout au long de laquelle le Chef avait été en lutte avec son ego. Il avait bien senti que le Fourbe disait juste : il fallait que le Chef montre qu’il savait avancer en s’appuyant sur les structures officielles de l’Entreprise, en mettant sa personne de côté car seuls comptaient l’Entreprise et ses Dirigeants. En plus le Chef savait une chose, d’expérience, que ne savait pas le GISPEP : ces structures d’idéologie méthodologique étaient le plus souvent vues par les Dirigeants comme des faire-valoir, que ce soit en communication interne (les Dirigeants sont au goût du jour) ou en communication externe (l’Entreprise est à la pointe des méthodologies). En se rappelant ce point, le Chef comprit la proposition du Fourbe : utiliser la structure du GISPEP comme un faire-valoir pour remettre Flextor sur les rails et se repositionner autrement que comme celui qui se remet d’un accident de tondeuse.

Le GISPEP avait été surpris par la demande de rendez-vous posée par le Chef. Il avait reçu le Chef dans son nouveau bureau, digne de son rang de Directeur des M.A.C.H.I.N.S. et de porteur de la F.I.S.T.U.L.E., méthodologie révolutionnaire d’Innovation Rétrograde, que le GISPEP avait mise au point avec le gars du M.A.I.G.R.E., le mec du 12 Delta et le Yogi de la Flexibilité Contextuelle. Ces trois experts étaient dans le bureau du GISPEP quand le Chef arriva.

Cela faisait maintenant une bonne heure que la discussion se tenait de façon animée :
« J’ai l’impression qu’on ne se comprend pas, dit le Chef.
-Mais si ! dit le GISPEP, vous voulez utiliser mon département pour développer Flextor, votre projet de déploiement d’une culture d’Agilité au sein de l’Entreprise…
-Oui, mais justement, c’est un projet sur l’Agilité et ce que vous me proposez est bien différent !
-Comment ça ? réagit le gars du MAIGRE, pas du tout ! Ce que nous proposons c’est déjà de standardiser les opérations que vous aurez à mener pour ce changement culturel : un projet de ce type, histoire d’obliger les Bougres à changer, ça se travaille en appliquant des standards, au moins on sait où on va !
-… Mais un changement culturel, ça passe d’abord par la pratique de nouvelles façons de faire, par la cooptation de ceux qui en ont envie, c’est un changement viral que je veux faire… tenta le Chef.
-Et le Contrôle ? demanda le mec du 12 Delta, il va se faire tout seul le Contrôle ?
-Mais le contrôle de quoi ? insista le Chef.
-Si ça foire, il vous faudra des gens à accuser, reprit le mec du 12 Delta, ce qu’il vous faut, c’est de l’Agilité planifiée… C’est juste une question de mots vous savez ?
-…
-Par exemple, prenons un bon vieux projet en mode traditionnel, il est découpé en grosses étapes, séquentielles, qu’on appelle le Chemin Critique… Or les projets en mode Agile sont construits sur des itérations… Eh bien, pour passer ce bon vieux projet traditionnel en mode Agile, il suffit d’appeler chaque étape du chemin critique ‘Itération’… La première étape, c’est l’itération-1, la deuxième étape, c’est l’itération-2, et ainsi de suite, c’est cool non ?
-Mais non, c’est pas ça un projet en mode Agile… se plaignit le Chef.
-Ne jouez pas sur les mots, dit le mec du 12 Delta, en plus, à chaque itération, vous pourrez mettre des indicateurs précis et si jamais il y a un indicateur qui flanche, paf ! Vous tenez un coupable ! Elle est pas belle la vie ? Vous faites de l’Agilité sous Contrôle ! On prévoit ce qu’il va se passer, on fait des itérations et on montre qu’on avait eu raison de prévoir ce qu’on avait prévu… Ça rassure le Conseil et tout le monde est content !
-C’est génial, dit le Yogi, surtout quand vous réalisez que chaque itération est une opportunité de mettre les Bougres sous pression et si jamais ils changent de cap, paf ! Les indicateurs changent, vous êtes au courant !
-Vous avez un coupable, ajouta le mec du 12 Delta.
-Et vous le virez, ce qui réduit les ressources et accroit la rentabilité de l’Entreprise, renchérit le gars du MAIGRE.
-Et on recommence ! C’est ça le travail par itérations ! s’enthousiasma le GISPEP ».
Le Chef était ressorti de la réunion dans un état second. Politiquement, il allait utiliser les méthodes du GISPEP, alors que tactiquement, il avait envie de se rapprocher de la Bougre Complice. Il réalisa alors qu’il avait une grosse heure devant lui. Il décida d’aller faire un tour pour se calmer. Chemin faisant, il passa près de la cafèt et décida de s’y arrêter. Aujourd’hui, c’était encore un nouveau plat, l’assiette APRR : « Abricot, Poitrine fumée, Rutabaga et Raisins secs ».

 

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Bougre au Stagiaire a une idée… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Mar 172018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

C’était le dernier jour au lit pour le Chef et son dernier contact avec l’O.R.G.A.S.M.E., le Médecin Inspecteur du Travail venait de partir.
Le Chef était adossé à de confortables oreillers et luttait contre un début d’escarre qu’il avait évité de mentionner car les coûts occasionnés par ces soins supplémentaires lui auraient valu des ennuis : même au lit, il aurait été une source de problème pour l’Entreprise…
Dans cette position, avec un sourire amer, il finissait de lire l’annonce faite par le Conseil dans un email global. Cette annonce vantait la mission couronnée de succès du Consultant qui avait choisi lui-même de la terminer, cette mission, confiant qu’il était en la capacité de l’Entreprise à continuer seule, sans son aide précieuse et avisée. Cette même annonce indiquait avec emphase la création d’une nouvelle structure au sein de l’organisation : le département des Méthodologies Agiles Centralisées et Holistiques d’Innovations Numériques Standardisées. Le coeur du fonctionnement de ce département était l’Innovation Rétrograde et son cortège d’outils standardisés. Le patron de cette nouvelle structure, dans l’annonce du Conseil, était en photo, souriant de trois-quart, sur un fond ombré, avec un regard confiant, assuré et tout à fait bovin. Le Chef y reconnut le GISPEP et le texte vantait l’action de ce dernier qui avait su voir venir la révolution digitale. Il était à noter (ce n’était pas dans l’annonce) que le GISPEP était abonné à des revues scientifiques spécialisées qui le maintenaient à la pointe de la science (notamment la page « Le Saviez-Vous ?» de Paf le Chien) et surtout, le GISPEP savait bien parler de ce qu’il ne connaissait pas mais croyait comprendre, ce qui en faisait un ‘haut potentiel’ de l’Entreprise.

Pendant que le Chef s’informait tristement, le GISPEP, qui avait obtenu un budget ‘Consulting’ plus que conséquent car en tant que responsable, il n’aurait pas le temps de s’occuper de la technique, le GISPEP, donc, avait réuni une brochette de consultants spécialisés dans les méthodologies à la mode. Il y avait un consultant en Méthode d’Ajustement Intensif et Global des Ressources de l’Entreprise, un autre en une méthodologie de résolution de tout problème possible nommée le 12 Delta et enfin un conseiller en Flexibilité Contextuelle, lui-même ancien professeur de Yoga du Regard Intérieur dans un centre de non-voyants.

« Messieurs ! ouvrit le GISPEP, je vous remercie d’avoir répondu positivement à ma convocation. Voici le problème pour lequel je vous consulte : ‘comment mettre en oeuvre rapidement mon nouveau département et satisfaire le Conseil ?’ »
Les consultants s’observèrent un moment, essayant de déterminer s’il était opportun d’être le premier à ouvrir la bouche.
Ce fut le spécialiste de la Production MAIGRE qui ouvrit le bal :
« Appliquer la méthode MAIGRE vous garantira une organisation standardisée, efficace et surtout linéaire.
-Avec le 12 Delta, chaque problème éventuel sera traité d’une manière rationnelle, objective et statistique : plus de doute, plus d’incertain ! ajouta le spécialiste en 12 Delta.
-Et finalement, ce qui compte c’est que vous puissiez vous adapter à toute situation chaotique sans forcément savoir où vous allez, sans rien prévoir, sans rien préparer pourvu que ça aille vite, compléta le Yogi.
-Mais encore ? demanda le GISPEP.
-Ce qu’il faut, c’est tout standardiser, tout chronométrer et éliminer les pertes en tous genres, notamment les Bougres : c’est là le secret, dit le spécialiste du MAIGRE.
-En 12 Delta, il suffit, pour résoudre tout problème, de suivre un processus en 5 étapes, le DMAIC : Dénier, Menacer, Accuser, Insulter et enfin Condamner, dit le spécialiste correspondant.
-Il suffit de progresser par itérations courtes en mettant une forte pression sur les Bougres pour qu’ils changent de cap dès que c’est nécessaire. Ainsi, au fur et à mesure des itérations, vous pourrez mieux définir où vous voulez aller, conclut le Yogi.
-J’ai une idée, dit le GISPEP, et si nous innovions en créant une nouvelle méthode combinant ces trois approches qui finalement s’avèrent incomplètes et complémentaires ?
-Pourquoi pas ? Tant que vous nous payez, on fait bien ce que vous voulez, dit le Yogi.
-On l’appellerait la ‘Flexibeule Innovative and Statisticale Technique for Universal Leadership in Economics’, s’enthousiasma le GISPEP.
-Pourquoi c’est en Angliche ? demanda le Yogi.
-Question de communicabilité et de sérieux, dit le GISPEP.
-Pourquoi pas, dit le mec du MAIGRE, faisons un contrat d’engagement et de confidentialité pour les dix ans à venir.
-Oui, dit le Yogi, nous mettrons en place l’approche de Flexibilité Contextuelle après.
-Ça marche pour moi, personne à dénoncer pour l’instant, dit le gars du 12 Delta. »

Pendant ce temps, la Bougre Complice et le Fourbe étaient chez le Skippy :

« On n’a pas le cul sorti des ronces, dit la Bougre Complice, avec ce département des M.A.C.H.I.N.S… En plus, ils veulent faire une école interne d’Innovation Rétrograde…
-En quoi est-ce un problème pour vous ? demanda le Skippy.
-Ce sera plus dur pour nous d’exprimer nos approches Agiles si l’Entreprise promeut l’Innovation Rétrograde comme voie unique, répondit le Fourbe.
-le GISPEP m’a déjà contactée, dit la Bougre Complice, pour me demander d’aller enseigner le rituel des 5 processus dans sa nouvelle école…
-Incroyable ! lâcha le Fourbe, c’est complètement paradoxal, ça n’a aucun sens !
-Je sais, répondit la Bougre Complice, c’est bien ce que je vais lui dire… mais ça va ouvrir un conflit qui va nous bouffer du temps et de l’énergie.
-N’empêche, il ne faut rien céder, dit le Fourbe, ce serait la fin de notre action alors que notre projet d’innovation de rupture redémarre à fond grâce au Club sans local !’
Le Skippy qui était resté silencieux et pensif intervint :
« Je ne suis pas sûr que ce soit la bonne approche…
-Ben voyons ! dit le Fourbe.
-Laissez-moi parler, dit le Skippy avec douceur, et réagissez ensuite.
-C’est vrai, pardon, s’excusa le Fourbe.
-À ce stade, il me semble qu’il est intéressant d’accueillir ce qui vient sans perdre de vue la finalité de vos actions et du projet d’innovation de rupture. Soyez accueillants et fermes. Ce qui est en train de se produire peut être une formidable réserve d’énergie qui sera disponible pour plus tard…
-Ça y est, j’y comprends rien, dit la Bougre Complice.
-Allez enseigner dans cette nouvelle école, dit le Skippy, formez des formateurs au rituel des 5 processus, si le GISPEP est intéressé, ne cherchez pas plus loin, ne sombrez pas dans une lutte fondée sur des hypothèses du passé, construisez en utilisant les ressources qu’il vous mettra à disposition. Surtout ne perdez jamais de vue votre finalité…
-Bon… ben je vais voir, dit la Bougre Complice.
-Ouais, chuis pas convaincu, dit le Fourbe, mais pourquoi pas…
-Je suis vraiment comblé par votre enthousiasme, dit le Skippy en riant, dites on va manger ? C’est sandwich RSI aujourd’hui : Rutabaga, Saumon et Igname, il parait que c’est super mais ils en ont presque plus…. »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef, le GISPEP et la Bougre Complice… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Mar 102018
 

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Le Chef fulminait dans son lit. Oui, dans son lit. Le Chef était cloué au lit. Cloué au lit depuis cet accident de tondeuse. Il était obligé par la loi à rester au lit. C’était comme ça et un médecin inspecteur du travail passait aléatoirement chez le Chef entre trois et quatre fois par jour pour bien vérifier que le Chef était au lit. Le médecin inspecteur du travail était salarié par l’Organisme de Régulation Globale des Accidents, Sinistres et Malheurs des Employés. Cet organisme d’État était une émanation d’un ministère nouvellement créé dans le but de s’assurer que les employés victimes ou responsables d’un accident au travail seraient correctement punis puis redressés.
Punis car ces employés avaient contribué à faire baisser la performance, la rentabilité et l’image de l’Entreprise. Punis car ils allaient profiter des ressources de l’État qui, déjà, n’arrivait pas à satisfaire tout le monde.
Redressés car il était important pour l’Entreprise de s’assurer que ses Bougres agissaient selon les préceptes de l’Entreprise, qu’ils les comprennent ou pas n’était pas le souci, qu’ils les appliquent était ce qui comptait vraiment.
Le Chef, cloué au lit, savait qu’un pourcentage contractuel de sa prime annuelle serait confisqué afin de rembourser l’Entreprise d’une partie des frais qu’elle devrait engager par sa faute. En plus, il savait qu’il allait devoir subir le Programme de Redressement Obligatoire Centralisé d’Orientation Nationale, une dizaine d’heures à suivre des slides qui défilent sur l’écran de son ordinateur avec, à la fin de chaque session, un test à réussir à 100%. Tant que le score de 100% n’était pas atteint, le programme reprenait au début, impitoyablement. Impossible d’y échapper car pendant le défilé des slides, une intelligence artificielle vérifiait en continu la présence de l’auditeur et son assiduité par l’analyse des images fournies par la web-Cam de l’ordinateur du-dit auditeur.

De leur côté, les Dirigeants étaient bien emmerdés et ils s’étaient réunis pour partager ce fait, se plaindre et trouver au moins un coupable. Le problème était multiple. A ce jour, EVE avait disparu, remplacée par les Bougres et Chefs qui s’occupaient du jardinage, ce qui était une bonne idée pour faire des économies tout en montrant à quel point l’Entreprise respectait la loi sur la responsabilité sociale de ce genre d’établissement. En contre-partie, les demandes de formation au jardinage avaient explosé et l’Entreprise était obligée d’y répondre, ce qui générait un surcoût, mais cela restait encore rentable. Par ailleurs, il y avait eu des accidents liés aux activités de jardinage et surtout dus aux outils. Les outils étaient les coupables, les Dirigeants les traitaient comme tels. Ainsi, il n’y avait plus de râteau à manche long, car un Bougre s’était cassé les dents en marchant dessus. Seuls les petits râteaux avaient été autorisés, mesure qui avait été accompagnée de l’achat de 49 ceintures lombaires, destinées aux Bougres qui ratissaient. Aussi, les sécateurs à bouts pointus et lames coupantes étaient bannis, tout comme les couteaux à lame pointue, les Opinels, les grattoirs, les faux, les pioches, les piochons, les pelles à bords tranchants, les taille-haies électriques à fil (car un Bougre s’était électrocuté en tranchant son propre fil). Les autres outils ne pouvaient être employés qu’après un stage d’une semaine, validé par une habilitation formelle, coûteuse et délivrée par un centre de formation spécialisé, dirigé par un cousin par alliance du Consultant. Les Dirigeants, donc, planchaient sur un choix cornélien : supprimer les tondeuses, cause d’accidents entre autres celui du Chef, ou bien supprimer les employés, car finalement, c’étaient eux qui étaient la source principale de ces emmerdements. Après un long débat tenant lieu d’analyse de la situation, un des Dirigeants, celui qui connaissait bien le Chef, proposa d’aller rencontrer ce dernier afin de mieux comprendre l’accident, ce qui permettrait évidement de trancher : les tondeuses ou les employés. Le Conseil s’était montré ravi de cette initiative, qui permettait de gagner du temps en toute bonne conscience, tout en démontrant que ces choses étaient prises au sérieux avec une préoccupation constante envers les Bougres, les Chefs et autres entités vivantes contribuant à la richesse de l’Entreprise.

Le Dirigeant s’était fait accompagner du GISPER pour rencontrer le Chef chez lui, dans son lit. Il est à noter que seul le Chef était dans son lit, le Dirigeant et le GISPER étaient restés assis au chevet de l’accidenté.
« Comment vous sentez-vous ? demanda le GISPER au Chef, après les salutations et autres amabilités hypocrites d’usage.
-Mais moi je vais très bien ! répondit le Chef.
-Quand même, c’était un accident impressionnant à ce qu’on nous a dit, dit le Dirigeant.
-Oui, mais je ne suis pas blessé ! répondit le Chef, et je suis obligé de garder le lit, c’est complètement stupide, vous ne croyez pas ?
-Non ! C’est la Loi, dit le GISPER, et la Loi ne peut pas être stupide ! Vous avez eu un accident et vous avez un poste à responsabilité : tant que nous ne sommes pas certains que tout va bien, la Loi dit que vous devez garder le lit.
-Mais c’est con ! Je ne peux même pas me lever…
-Ah ben surtout pas ! Dans votre état, il ne manquerait plus qu’il vous arrive quelque chose… et puis vous pouvez très bien travailler au lit, dit le GISPER.
-Et le Bougre que j’ai renversé, demanda le Chef, son pied est quand même passé sous la tondeuse…
-Ne vous inquiétez pas, il ne peut rien contre vous, il n’avait pas ses chaussures de sécurité, dit le GISPER.
-Comment ça ?
-En fait, il n’en n’avait qu’une, à l’autre pied… très curieux… mais suffisant pour qu’il ne vous attaque pas.
-…Oui mais, comment va-t-il ? demanda le Chef.
-Sans doute très bien, dit le GISPER de façon évasive.
-Mais dites-moi, dit le Dirigeant, de votre point de vue qu’est-ce qui s’est passé ?
-Mais je sais pas moi… Je tondais tranquillement, j’avais bientôt fini ma partie et je l’ai vu du coin de l’oeil venir pour ramasser la tonte, et puis tout est allé très vite ! Sans que j’aie pu réagir il était sous ma tondeuse…
-Pourquoi tous ces accidents ? Qu’est-ce qui se passe donc ? Il nous faut un coupable, sinon nous ne résoudrons jamais cette crise, affirma le Dirigeant.
-Vous voulez vraiment mon avis ? demanda le Chef.
-Oui.
-Sûr ?
-…
-Vous voulez un coupable… Allez donc voir ce que fait le GISPEP avec sa clique de numérologues comptables… lâcha le Chef.
-Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il fait le GISPEP ? insista le Dirigeant.
-Allez voir !
-Non, vous me dites maintenant ce que vous avez à dire ! Ce qui compte dans cette Entreprise c’est l’esprit de corps et de coopération !
-…Eh bien, le GISPEP couvre certains agissements en dehors de toute règle et processus bienfaiteur de l’Entreprise…
-Comment ça ?
-C’est dur pour moi d’en dire plus, sans que vous pensiez que je doute de la clairvoyance du Conseil, ce qui serait contraire à mon éthique et mon engagement pour l’Entreprise. »
Le Dirigeant s’adossa sur sa chaise et réfléchit. Après une longue minute de silence, le Dirigeant se tourna vers le GISPER :
« Je souhaite appliquer le Protocole d’Urgence Sécuritaire, dit le Dirigeant.
-C’est possible dans ce cas, répondit le GISPER.
-On passe ‘off record’, dit le Dirigeant.
-OK, dit le GISPER en sortant de sa poche un Dictaphone qu’il éteignit. »
Le Chef s’étrangla dans son lit :
« J’étais enregistré ?
-C’est le protocole, dit le GISPER.
-Vous auriez au moins pu me prévenir !
-Vous auriez dû le savoir… Voilà qui confirme bien votre besoin urgent de suivre le PROCON ! sourit le GISPER.
-Bon, dit le Dirigeant, parlez-moi du GISPEP.
-Si je vous en parle, c’est qu’il est coupable d’une partie, et aussi qu’il est sous la coupe d’un coupable encore plus grand, lui-même sous la coupe du Conseil…
-Quoi ? Vous vous rendez-compte de ce que vous dites ? s’étouffa le Dirigeant.
-Laissez-le parler, intervint le GISPER, puis, à l’adresse du Chef, continuez !
-Le GISPEP est contraint par le Consultant à couvrir le fait que le Consultant facture l’Entreprise sans respecter les règles qu’il a lui-même imposées…
-Le Consultant…
-Oui, toutes ses factures sont constituées presque exclusivement de ‘9’… et pourtant elles sont vues et signées par le Conseil…
-Pas du tout ! En tout cas, moi je ne les ai jamais vues… dit le Dirigeant.
-Et pourtant c’est vrai, en plus je sais que le Consultant incite à fournir des rapports pas forcément complets au Conseil…
-Quoi ?
-En fait, les résultats concernant la suppression de EVE ne sont pas si mirobolants…
-Pourtant notre image n’a jamais été aussi bonne en tant qu’innovateurs protecteurs de l’Environnement ! dit le GISPER.
-Les accidents, les surcoûts sont monstrueux, dit le Chef, et ça vous ne le voyez pas sur les rapports environnementaux… Si vous voulez mon avis, il faut virer les deux : le GISPEP pour faute et le Consultant pour son approche de numérologie comptable… »
Le Dirigeant et le GISPER se regardèrent un moment.
« Merci, dit le Dirigeant au Chef, j’y vois plus clair et cette conversation restera à jamais entre nous.
-C’est la Loi, complète le GISPER.
-Nous reprenons maintenant l’enregistrement, dit le Dirigeant qui attendit que le GISPER ait remit le Dictaphone en marche, et je tiens à vous dire combien l’Entreprise compte sur vous pour vous remettre en forme rapidement, vous êtes notre préoccupation principale comme toutes les autres ressources de cette belle Entreprise. »
Sur ces mots, le Dirigeant et le GISPER laissèrent le Chef dans son lit, plongé dans un doute profond : que venait-il de lui arriver ?

Sur le chemin du retour, dans la voiture conduite par un Bougre, chauffeur à ses heures perdues car les Dirigeants tentaient d’étendre l’expérience EVE, le Dirigeant et le GISPER devisaient :
« Impossible de virer le GISPEP, dit le GISPER, nous l’avons promu et lui avons accordé toute notre confiance : le virer tout de suite serait reconnaitre l’erreur du Conseil et potentiellement perdre la confiance des actionnaires.
-Je peux pas virer le Consultant pour la même raison ! Même si j’ai toujours eu un doute sur ses approches de la comptabilité…
-En fait, le Consultant a fait une erreur que nous pourrions utiliser.
-Le fait de faire chanter le GISPEP ?
-Non, pas du tout…
-Alors quoi ?
-Il n’a pas su prévoir le surcoût sur l’expérience EVE, ce qui nous permet de l’attaquer sans nous défausser de tout ce qu’on a pu raconter comme éloges sur la Numérologie Comptable…
-C’est pas con… Et ça nous permet de protéger un temps le GISPEP… J’aime bien ce qu’il est en train de nous proposer comme nouvelle approche de la gestion de la performance en utilisant le digital, le big data et tout ça, c’est toujours bien de développer des approches sur des buzz-words…
-Effectivement, et si jamais ce n’est pas si porteur, on lui mettra sur le dos le fait de ne pas nous savoir alerté sur la faiblesse de la Numérologie Comptable… Après tout c’est lui l’expert en méthodologies…
-Excellent ! Bien ! Ça m’a donné faim, vivement qu’on arrive ! Aujourd’hui, c’est le jour des animaux avec l’assiette SPA : Saucisson dans sa Poire au jus et Asperges crues, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Mar 032018
 

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Il était tôt ce matin-là. Un de ces matins humides et froids, sombres aussi. Le GISPEP longeait une des allées du site. Il était préoccupé. Il ne rendait que distraitement les bonjours matinaux et ternes des Bougres occupés à tailler et ramasser. Le GISPEP avançait presque machinalement, tellement absorbé par ce qu’il avait compris.

Dans son bureau, le Chef attendait le GISPEP et fourbissait ses armes. Seule sa lampe de bureau était allumée et éclairait d’une douce lueur les piles de dossiers bien rangées sur son bureau. Le reste de la pièce était dans la pénombre et le Chef réfléchissait. Le GISPEP semblait inquiet quand il avait appelé le Chef pour prendre rendez-vous. Ce dernier hésitait entre la jubilation de voir celui qu’il considérait comme un traitre peut être en train de plonger, mais aussi une légère inquiétude : quelle connerie le GISPEP avait-il encore pu faire qui pourrait impacter le Chef ?

Tout en marchant, le GISPEP se remémorait ce qu’il avait vécu ces deux derniers jours. Notamment, avant-hier matin, lorsqu’un des sous-GISPEP lui avait apporté ce rapport, d’air un gêné. Un sous-GISPEP est un GISPEP qui rapporte à un autre GISPEP et qui passe son temps à faire des rapports, et comme il en fait beaucoup, il a tendance à devenir meilleur que le GISPEP lui-même dans la création de rapports, ce qui provoque souvent des tensions entre le GISPEP, qui tient à rester le chef, et ses sous-GISPEP.

Le Chef attendait et tentait de travailler mais sans résultat. Attendre le GISPEP lui remémorait l’époque où ils collaboraient bien ensemble contre le Fourbe. Ce qui lui rappela le Club, cet objet étrange et pourtant performant mais qui lui avait valu tant d’ennuis. Ennuis, dont finalement, la cause première était sans doute ce Consultant avec ses méthodes de Numérologie Comptable auxquelles le Chef ne pouvait se résoudre à adhérer. Ne pas y adhérer, c’était pour le Chef aller contre le Conseil des Dirigeants qui l’avait pourtant réhabilité. Le Chef était dans une situation d’équilibre instable et il était hors de question que le GISPEP vienne le faire tomber d’un côté ou de l’autre avec ses conneries.

Le GISPEP traversait maintenant l’esplanade qui menait au bâtiment principal du site, celui où se trouvaient tous les bureaux des Chefs et des Dirigeants. En marchant, le GISPEP se demandait pourquoi les bureaux des Dirigeants étaient toujours tout en haut de ce type de bâtiment, quelle que soit l’entreprise, et ne trouva aucune explication raisonnable, logique ou rationnelle. Puis il se posa la question de savoir où seraient les bureaux des Dirigeants si ces bâtiments administratifs étaient de plain-pied, sans étage aucun : y aurait-il des localisations systématiques ?

Le Chef réfléchissait encore et encore. Il se devait, à l’époque, de fermer le Club, et en le faisant, il savait intuitivement qu’il faisait une erreur. Mais laquelle ? Était-ce le fait de ne pas avoir vu que le Club était efficace ? Était-ce le fait de ne pas avoir su intégrer ce Club à son organisation ? Pourquoi n’avait-il pas su défendre le Club contre l’attaque des Dirigeants ? Ou bien, était-ce parce que, une fois le Club fermé, le ‘Club sans local’ semblait être encore plus puissant ? Depuis que le Club était fermé, il avait officiellement demandé de l’aide à cette équipe qui l’empêchait de tourner en rond et voilà qu’il collaborait secrètement avec le Fourbe, était-ce là l’erreur ? Ou bien encore, cette collaboration secrète avec le Fourbe n’allait-elle pas créer un second Skippy ? Le Chef lui-même allait-il devenir l’instrument de l’introduction de ces nouvelles méthodes de travail subversives, bien qu’efficaces, et cela en toute contradiction avec son rang et sa condition de Chef ?

Le GISPEP se rapprochait du bâtiment des Chefs et des Dirigeants, qu’on appelait aussi ‘bâtiment du Siège’ : celui où on s’assoit, et c’était vrai. Le GISPEP revoyait ce rapport où il apparaissait clairement que le Consultant ne respectait pas les règles de Numérologie Comptable qu’il avait lui-même imposées à l’Entreprise. Les factures du Consultant ne comportaient que des ‘9’ et en nombre croissant au fil du temps et des factures. Aucune des factures, pourtant validées par le Conseil, n’était conforme au Processus d’Établissement Tarifaire et pour le GISPEP, ça sentait mauvais. Il avait convoqué le Consultant, il lui avait montré les données, il lui avait demandé de corriger au plus vite, dès la prochaine facture. Le Consultant avait sourit et avait expliqué au GISPEP qu’il n’en ferait rien et que le GISPEP ferait mieux de fermer sa gueule. Le GISPEP ne s’était pas laissé faire jusqu’au moment où le Consultant lui avait présenté la situation de la façon suivante :
« Si j’étais vous, je ne ferais rien. Le Conseil valide mes factures, si vous m’attaquez, vous attaquez le Conseil. Si vous attaquez le Conseil et que vous arrivez à me virer, vous aurez démontré que vous ne servez à rien, vous et votre équipe, et donc vous serez sans doute viré aussi. »

Le Chef attendait et commençait à s’impatienter : le GISPEP était en retard.

Plongé dans ses pensées, le GISPEP avait ralenti son pas. Il se remémorait le moment où il avait réalisé que s’il attaquait le Consultant, il était viré et que s’il gardait le Consultant, il maintenait un système non-conforme, quelqu’un s’en apercevrait un jour et il serait viré. Dans tous les cas, il serait viré. Cette pensée accéléra les battements de son cœur qu’il se mit à entendre depuis l’intérieur et c’était très désagréable. Il secoua la tête, comme s’il s’ébrouait de ces pensées importunes, et frappa à la porte du bureau du Chef.

Les deux hommes s’étaient rencontrés, chacun dans un état d’esprit inquiet et confus. Le GISPEP lui avait expliqué à quel point il était coincé et venait chercher l’aide du Chef pour s’en sortir. Le GISPEP avait expliqué au Chef qu’il était la dernière personne de confiance qu’il lui restait. Le Chef avait éclaté de rire, un rire cruel et compatissant. Un rire glaçant. Le Chef s’était levé et s’était appuyé des deux mains sur son bureau et d’une voix très douce, témoignant d’un contrôle gigantesque, il avait demandé au GISPEP d’aller se faire foutre. Le Chef avait aussi expliqué que si le GISPEP osait s’adresser à nouveau à lui, notamment en public, le Chef révèlerait l’affaire. En contournant son bureau, se rapprochant du GISPEP crispé sur son siège, le Chef expliqua qu’il ne collaborait pas avec les traitres, que le GISPEP l’avait trahi, que le GISPEP était un traitre à l’équipe, que le Chef avait créé le GISPEP et qu’en tant que Créateur, il pouvait aussi bien le détruire et que ce n’était qu’une question d’opportunité, de temps, de politique. Puis le Chef était allé à la porte de son bureau, l’avait ouverte et tenue jusqu’à ce que le GISPEP soit sorti, puis l’avait refermée, doucement. À ce moment-là, il relâcha le contrôle infernal qu’il s’était imposé, sa main trembla un peu, il prit une grande inspiration, souffla doucement, s’installa à son bureau et commença à travailler : cette journée, finalement, commençait bien.

Désespéré, le GISPEP s’était rendu chez le Skippy, qui l’avait accueilli dans son bureau bordélique, avec sa bienveillance critique habituelle.
« Voilà, dit le GISPEP, je suis foutu, j’ai voulu jouer et j’ai perdu.
-Ça ressemble à ça effectivement, mais en êtes-vous bien sûr ? demanda le Skippy.
-Ah ça, je crois bien ! dit le GISPEP avec un rire du pendu d’une tristesse infinie, quoique je fasse, j’ai perdu… C’est foutu.
-C’est très dur comme situation et très risqué effectivement. Finalement, vous n’avez plus rien à perdre, puisque vous pensez avoir déjà tout perdu.
-On peut voir les choses comme ça… si vous voulez.
– Vous n’avez plus rien à perdre… Et si vous tentiez une dernière chose ? De toute façon, si vous vous plantez, ce ne sera pas différent de maintenant, pas vrai ? demanda le Skippy en plaçant sa chaise à côté de celle du GISPEP.
-Vous savez, j’ai pas vraiment envie… Je vais déjà avoir assez l’air con comme ça.
-Et si vous tentiez une dernière chose et que ça marche ?
-Ouais… probabilité de succès ? Un pour mille ? Un pour un million ?
-Impossible à savoir sans essayer. Vous êtes en plein chaos, le seul moyen d’avancer c’est de faire pour voir ce qui se passe. Bien sûr, si vous choisissez de vous tirer, vous n’avez aucune incertitude sur les conséquences…
-Mais elle sont pas terribles et elles me foutent la trouille, les conséquences, comme vous dites, interrompit le GISPEP.
-Exactement ! Parfois l’incertitude est plus confortable que la certitude et dans ces cas-là, il vaut mieux aller explorer, expérimenter, avancer.
-Et comment je fais ça ?
-Vous êtes dans une situation particulière de changement… très particulière. Il y a du vent et du tonnerre ! C’est effrayant, et pourtant c’est le moment d’avancer, mais pas n’importe comment…
-Ben justement, comment ?
-Vous avez à opérer un changement qui s’apparente à une réforme, vous ne pouvez la mener en faisant comme d’habitude. Il va vous falloir sortir de vos démarches habituelles, prendre des initiatives. Il va vous falloir de la détermination, de la confiance et aussi, ça peut paraitre paradoxal dans la situation, une profonde bienveillance…
-Quoi ? Vous vous foutez de moi ? De la bienveillance ? Ah ben merde…
-Vous n’êtes pas obligé d’être parfait dès maintenant ! Vous avez plus de temps et de ressources que vous l’imaginez ! Et ce n’est pas tout. Le conseil que je vous donne est le suivant : prenez du temps pour vous et utilisez-le pour étudier votre situation. Étudiez-la en considérant que ce qui était central , critique pour vous jusqu’à aujourd’hui, devient secondaire et faites passer ce qui était périphérique, accessoire pour vous, au premier plan. Identifiez les opportunités qui vont se présenter, ne les censurez pas, ne VOUS censurez pas ! Et revenez me voir dès que vous le souhaiterez.
-Vous voulez vraiment m’aider ? Vous y croyez ?
-Ben oui… Je ne sais pas si j’y crois comme vous dites, mais je suis sûr qu’en faisant, on change les choses et c’est ce que vous avez à faire. Dans ce contexte, ça m’intéresse de voir ce qui va se passer, je serai à côté de vous si vous me le demandez, et uniquement si vous me le demandez.
-…Ben je vais réfléchir… merci…
-Ne me remerciez pas… pas encore, mais dites, c’est l’heure ! Vous n’avez pas faim ? Allez venez ! On va manger ! Aujourd’hui c’est cuisine américaine avec l’USDA : l’Ultimate Sandwich Donut Artichoke, il parait que c’est super !

 

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Labourage et Pâturage sont les deux… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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