Juin 022018
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Le Chef venait de quitter le bureau du Fourbe ce matin-là, le laissant à ses pensées. Depuis sa mutation malheureuse, le Chef consultait le Fourbe pratiquement tous les jours et sur n’importe quel sujet, parfois même sur des trucs personnels dont le Fourbe ne savait pas quoi faire.
Le Fourbe était nerveux, ce qui contrastait avec une certaine joie. Petit à petit l’idée se faisait en lui qu’il était en train de devenir un Skippy. En fait non, il n’était pas entrain de devenir un Skippy, il était un Skippy et son principal client était le Chef. Allait-il être à la hauteur? Allait-il avoir les réponses aux questions, parfois troublantes, du Chef ? La nervosité l’emporta et le Fourbe quitta son bureau, pour une petite méditation marchée, méditation qui devait le mener au bureau du Skippy, ‘le vrai’, se dit le Fourbe en souriant intérieurement.
Sur son chemin, malgré sa méditation, le Fourbe avait remarqué les Bougres-Tailleurs, les Bougres-Cueilleurs, les Bougres-Tondeurs qui s’affairaient dans leurs équipements spéciaux à entretenir les espaces verts pendant leur temps libre, qui du coup devenait productif. Il avait remarqué aussi qu’il n’y avait plus que des Bougres pour réaliser ces tâches, les chefs avaient tous trouvé un moyen d’y échapper. À sa connaissance, seul le Chef, son client, avait été dispensé suite à un accident réel. Tous les autres avaient utilisé les subtilités des processus de l’Entreprise ainsi que leur statut pour déléguer ces activités aux Bougres.
Le Fourbe arriva chez le Skippy, qui l’accueillit avec bienveillance.
« Voilà, dit le Fourbe, j’ai compris que dans les yeux du Chef je suis un Skippy… Pourquoi pas ? Mais ça me fout en transe ! Qu’est-ce que je vais lui raconter moi ? J’essaie d’anticiper ses venues, ses questions, mais plus j’essaie, moins je comprends. Alors j’essaie de me rappeler ce que vous m’avez dit dans le passé, quand je vous consultais souvent, et ça ne donne rien. J’ai des pensées et des doutes dans tous les sens, et j’en fais rien de bon… Je vais dire au Chef qu’il doit me prévenir avant de me consulter et si possible me faire passer ses questions à l’avance… Au moins comme ça ce sera clair… je dois mettre de la rigueur, du cadre…
– Ça me rappelle des souvenirs, dit le Skippy en souriant.
-Comment ça ?
-Moi aussi, j’ai eu cette période de doute lorsque je me suis rendu compte que je devenais un Skippy aux yeux de certains…
-Ah ! Ben vous voyez ! Ce qu’il faut, c’est de la structure, non ? Mais comment vous faites ? Parce que je n’ai jamais eu l’impression que vous aviez un cadre rigide de travail !
-Parce que je n’en ai pas… Oh ! C’est pas que j’ai pas été tenté… J’avoue que j’ai même essayé au début… Ça ne marche pas du tout…
-Peut-être pour vous, mais moi je ressens vraiment ce besoin de cadrer ma relation au Chef, et je sens que c’est la bonne voie, insista le Fourbe.
-Tu as raison, fais ton expérience et tires-en les enseignements. Acceptes-tu que je partage la mienne avec toi ? Tu en feras ce que tu voudras.
-Oui, oui, ça m’intéresse, dit le Fourbe un peu embarrassé.
-En fait, j’ai réagi comme toi au début et j’ai insisté, longtemps. Je refusais de voir que ce n’était pas la bonne voie car je voulais avoir le contrôle sur tout ce qui m’arrivait. Et puis un jour, je me suis rendu compte que je voulais avoir le contrôle, non pas sur ce qui m’arrivait, mais sur ce qui allait m’arriver lorsque des gens viendraient me consulter. J’ai bien sûr réalisé que ce n’était pas possible et je suis allé demander conseil à mon Skippy à moi, paix à son âme.
-Vous aussi vous consultiez un Skippy ? demanda naïvement le Fourbe.
-Oui, et heureusement, dit le Skippy en riant, et comme toi, je ne l’écoutais vraiment que très rarement au début !
-Bon… ça va…
-J’étais allé voir mon Skippy qui me permit de comprendre que dans de telles périodes, il était judicieux de se stabiliser, non pas par une forme de rigidité de la pensée et des actes, mais plutôt par un affermissement, pour reprendre ses mots de l’époque, du corps et du cœur. Ce que j’ai traduit par : s’affermir dans sa posture physique comme intellectuelle, sans crispation, de façon à pouvoir agir extérieurement, sans dispersion…
-… Heu… OK… et j’en fais quoi, de ça ?
-Ce que tu veux ! À toi de trouver comment le traduire dans une forme qui te convienne. Rappelle-toi, l’essentiel est que tu continues à agir, sans dispersion. Fais confiance aux autres et tu auras confiance en toi… C’est dans ce sens que ça marche, pas le contraire.
-Pourquoi pas, mais…
-Maintenant, laisse-moi travailler, j’ai à faire et toi aussi… à bientôt » dit le Skippy fermement en montrant la porte au Fourbe qui sortit, plongé dans ses pensées, à la fois frustré et reconnaissant.

Pendant ce temps, dans le bureau du GISPEP, c’est l’effervescence :
« Maintenant que le Chef est hors d’état de nous nuire, dit le GISPEP, il faut le maintenir dans cet état à tout prix.
-Ce qu’il faut, c’est un processus bien rigide qui contraigne toute action du Chef à notre profit, dit le gars du MAIGRE.
-Ah oui ! Il manquerait plus qu’on trouve à nous reprocher quoi que ce soit, dit le mec du 12 Delta.
-Moi, j’m’en fous, j’ai des poils partout, dit le Yogi, qui épluchait son eczéma plantaire.
-…
-En fait, reprit le Yogi, on s’en fout, si on doit s’adapter, on s’adapte, ce qui compte, c’est que le Chef soit coupé du Conseil définitivement.
-Et aussi, qu’il flingue la Bougre Complice, dit le GISPEP.
-Elle apporte le désordre avec son rituel des cinq processus, en plus on sait même pas comment ça peut marcher, dit le gars du MAIGRE.
-Sa culpabilité fera surface un jour, c’est forcé, dit le mec du 12 Delta.
-C’est le moment, dit le Yogi en s’adressant au GISPEP, de concentrer vos forces pour couvrir ce système d’une chape de plomb que vous seul, enfin nous seuls, contrôlons.
-Bonne idée, dit le GISPEP dans un grand sourire, en plus ça montrera au Conseil que contrairement à mon prédécesseur j’ai les choses en main.
-Même celles du Chef ! s’exclama le gars du MAIGRE.
-Il suffit d’appuyer ! dit le mec du 12 Delta.
-Ça m’tient chaud l’hiver, compléta le Yogi.
-…
-Moi j’m’en fous, j’ai des poils partout, ça m’tient chaud l’hiver, insista le Yogi… Putain, faut tout vous dire ! Entrainez-vous à comprendre mes métaphores !»

Au même moment, le Chef rencontrait pour la première fois depuis sa mutation la Bougre Complice. C’était une épreuve pour les deux. L’un parce que son ego en avait pris un drôle de coup et qu’il ne pouvait pas dire qu’une de ses missions était de dézinguer l’autre. L’autre parce que devenir le chef de son chef et en particulier du Chef était une situation risquée qui semblait échapper à tout contrôle et pourtant, la Bougre Complice devait rendre compte au GISPEP de cette nouvelle collaboration.
« On est bien d’accord, dit le Chef, chacun ses platebandes et les cochons seront bien gardés.
-C’est OK, je ne m’occupe en rien de FLEXTOR, c’est votre domaine, tant que vous ne touchez pas de près ou de loin au projet d’innovation de rupture, son équipe ou encore ses méthodes.
-Deal ! Je crois qu’on se comprend, dit le Chef.
-Si on veut, dit la Bougre Complice, en fait, notre façon de coopérer sereinement, c’est de ne pas collaborer et de nous ignorer…
-C’est ça, et vous verrez, c’est le secret du bonheur !
-Peut-être, mais vis à vis de la hiérarchie, je suis votre patronne…
-Et je vous fournirai ce qu’il faut pour que nous ayons la paix tous les deux ! C’est promis !
-Si jamais vous tenez pas parole, je vous vire dans l’instant, on est d’accord ?
-Vous pourrez toujours essayer, je prends le risque, dit le Chef en souriant.
-…
-Mais vous inquiétez pas ! J’ai compris beaucoup de choses vous savez, je ne suis pas, je ne suis plus un danger pour vous, tant que vous n’en êtes pas un pour moi.
-OK.
-Au fait, comme vous êtes ma patronne, j’ai besoin de votre accord… dit le Chef.
-Ah bon, pour quoi faire ?
-Je vais avoir besoin d’une ressource pas chère, dit le Chef.
-Un stagiaire ?
-Pourquoi pas, vous seriez d’accord ?
-Si vous prenez le Stagiaire, qui est chez nous depuis dix ans, je suis d’accord, dit le Bougre Complice.
-Dix ans, le temps passe vite… Ça doit lui en faire, des stages, pensa le Chef à voix haute.
-Je sais qu’il est en fin de stage au VVF…
-On a un Village Vacances Familles ?..
-Non, Vidanges des Véhicules de Fonction, il est donc bientôt disponible. Ça marche pour moi, je le contacte et lui fais cette proposition.
-Super, dit le Chef, bonne réunion ! On va manger ?
-D’accord, surtout que la cafétéria a rouvert ses portes, pour fêter la fin des négos, c’est oreille de porc confite sur langue de boeuf à la sauce aigre-douce. Le tout servi avec des cakes de fenouil, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Chacun essaie de progresser… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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