Sep 152018
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.
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Résumé des épisodes précédents : « C’est la merde… »
Pour plus de détails, relisez les épisodes précédents !
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Le Chef était tiraillé et plongé dans ses pensées. La pression du GISPEP, qui lui demandait de trahir la Bougre Complice en montrant qu’elle nourrissait un plan subversif à l’encontre de l’entreprise, lui devenait insupportable.
Depuis un mois, tous les jours, à la même heure, il devait se rendre dans le bureau du GISPEP pour être soumis à la question. Le gars du MAIGRE, le mec du 12 Delta et le Yogi le pressaient alors de fournir des informations, quelle qu’en soit la véracité, qui permettraient d’enfoncer la Bougre Complice et de valoriser le GISPEP.
Le Chef tenait bon même si ces pensées le blessaient profondément d’une langueur monotone.
Tout suffocant et blême, quand sonnait l’heure, il se souvenait des jours anciens et pleurait. Il voulait parfois partir, au vent mauvais, emporté de ça de là comme une feuille morte.
Il se sentait tel le voyageur dans une contrée lointaine et inconnue où, ignorant les us et coutumes, chacune de ses actions conduirait à une catastrophe.
Le GISPEP interrompit la rêverie du Chef qui s’évadait ainsi de plus en plus souvent :
« Donc, si je comprends bien, vous n’avez rien de plus qu’hier à me fournir !
-Ben non, j’ai rien… et encore, j’ai pas plus qu’hier ni moins que demain…
-Mais vous faites de l’humour, dit le mec du 12 Delta, c’est bien ! Vous commencez à assumer votre responsabilité !
-J’assume rien du tout, rétorqua le Chef.
-Rira bien qui rira le premier, dit le Yogi.
-Le dernier… dit le GISPEP.
-C’est vous qui voyez, dit le Yogi, les premiers seront les derniers !
-…
-J’ai entendu dire que le Club sans local était pléthorique, dit le gars du MAIGRE, il y a sans doute quelques coupes à faire ici et là !
-C’est vrai, c’est une bonne piste, dit le GISPEP, il suffit de montrer que c’est une perte de temps, ce Club sans local…
-Une perte inacceptable, dit le gars de MAIGRE.
-N’en soyez pas complice, dit le mec du 12 Delta.
-Mais c’est absurde ! dit le Chef en se levant.
-Vous savez, l’image du monde, ce n’est qu’une question de point de vue, dit le GISPEP, revenez demain avec quelque chose de plus consistant, ma patience a des limites, le pire pour vous serait que ce soit moi qui trouve ce qui ne va pas avec la Bougre Complice… A demain ! »

Pendant ce temps, le GROC se posait des questions. Ses observations des pratiques de l’équipe de la Bougre Complice, dont le Chef faisait partie, montraient quelque chose d’étrange.
La rencontre quotidienne du Chef et du GISPEP, dès le début, avait attiré son attention, car le Chef rapportait à la Bougre Complice, et pas au GISPEP. Il y avait donc là un écart avec le respect de la chaine hiérarchique. D’autre part, le GROC savait que le Chef et le GISPEP se détestaient, éliminant toute possibilité de visite amicale et constructive.
Le GROC n’avait pas pu déterminer par l’observation si la Bougre Complice était au courant de ces rencontres. Par contre, il observait que depuis que ces rencontres quotidiennes avec le GISPEP avaient commencé, le Chef rencontrait de moins en moins souvent la Bougre Complice, comme s’il cherchait à l’éviter, alors que le début de leur collaboration, pour difficile qu’il fût, s’était engagé plutôt correctement.
Dans le contexte de ses observations, répondant à des critères très stricts de neutralité de l’observateur, il ne pouvait se permettre d’en parler aux membres de l’équipe de la Bougre Complice, et encore moins à cette dernière ou au Chef.
Mais la tension qu’il observait l’intriguait tant qu’il décida d’interroger la seule personne en qui il voyait une source possible d’objectivité relative : le Stagiaire, qui travaillait depuis quelques mois sous les ordres du Chef.
Après les rituels d’usage, le GROC entra dans le vif du sujet avec le Stagiaire :
« Qu’est-ce qui se passe entre la Bougre Complice et le Chef ? demanda le GROC.
-Ben j’en sais rien moi, pourquoi ? répondit le Stagiaire.
-Tu n’as rien remarqué ?
-Oh vous savez, ils font ce qu’il veulent…
-Comment ça ?
-Tant que c’est pas au boulot…
-Ah bon ? Ils se voient ailleurs ?
-Pourquoi vous me demandez ça ?
-J’ai besoin de savoir ce qu’il se passe entre eux.
-Mais vous surveillez quoi, là ?
-…
-Ah je vois, dit le Stagiaire en rigolant, vous avez des vues sur la Bougre Complice ! Elle vous plait, hein ? C’est vrai qu’elle est pas mal ! Moi aussi, il y a des jours, mais bon je suis trop jeune…
– Mais non ! J’ai pas de vue sur elle ! réagit le GROC.
-… Ah bon ?… Non, j’y crois pas ! C’est le Chef qui vous branche ? Ah mais moi, faut juste me le dire vous savez…
-Mais tais-toi ! se fâcha le GROC, il s’agit pas de ça, bordel ! Je te demande juste comment ça se passe PROFESSIONNELLEMENT entre ces deux-là, c’est tout !
-Ahhhh ! Ah ben je préfère ça ! Parce que j’étais pas à l’aise, et puis surtout c’est pas mes oignons, vous draguez bien qui vous voulez !
-Ça suffit maintenant !
-Bon, bon… Professionnellement vous dites… Ben y a pas grand chose à dire, à part qu’ils se parlent presque plus… C’est moi qui fait le messager le plus souvent.
-Le messager ?
-Oui, parce qu’ils doivent rédiger leur contrat de collaboration, c’est le GISPEP qu’a demandé et ça rigole pas ! Alors c’est moi qui tape les propositions de document et je fais les allers-retours…
-Et ça leur convient à tous les deux de faire comme ça ?
-Ça convient plus au Chef qu’à la Bougre Complice ! Chaque fois que je vais la voir, elle m’engueule en me disant que c’est au Chef de venir et moi il faut que je trouve des excuses pour le Chef, je dis qu’il est très occupé ou qu’il est au Club sans local… Quoique ça, elle y croit pas trop…
-Et tu sais pourquoi le Chef ne veut plus la voir ?
-Ah ça non, c’est comme ça, je cherche pas plus loin…
-Tu pourrais te renseigner ?
-… Je crois pas ! Vous savez, c’est mon n-ième stage dans l’Entreprise et je sais que si je me tiens à carreau, ils finiront bien par me proposer un poste… Ou pas… Alors je fais où on me dit de faire… Je suis déjà bien content d’être chez la Bougre Complice, je vais pas aller foutre le bordel…
-Je comprends, dit le GROC, et si jamais tu vois quelque chose de vraiment étrange, tu sais où me contacter.
-Promis ! Et puis, aussi, ça reste entre nous, hein, comptez sur moi, je dirai rien sur vos penchants pour le Chef, chacun sa vie, chacun son destin ! dit le Stagiaire, hilare.
-T’es vraiment trop con ! »

Le Chef était allé consulter le Fourbe.
« Là, je ne sais plus quoi faire, j’ai l’impression que quoique je fasse, ça va merder, dit le Chef.
-C’est vrai que la situation est bizarre, dit le Fourbe.
-C’est comme si j’étais dans un pays lointain, tu vois ? Je ne connais pas les règles, les lois, les coutumes… Et donc, parfois, le simple fait d’être là peut être vu comme une connerie à ne pas faire…
-Maintenant que tu le dis, ça me rappelle quelque chose… Il y a un chapitre dans le Yi Jing, « le Livre des Changements » chinois, qui traite des situations comme ça… Faudrait que je le retrouve…
-Oh moi tu sais ces trucs-là… dit le Chef dont les épaules s’affaissaient.
-Écoute, ce qu’on sait déjà, c’est que tu te trouves dans une situation d’incertitude et de pression maximale et ça c’est un peu notre domaine, non ?
-Tu veux dire pour l’innovation ?
-Ben oui, sauf que là, c’est pas vraiment innovant, mais pour autant, il y a bien une incertitude et une pression maximale. Qu’est-ce qu’on fait dans ces cas-là ? Si on était en train de discuter sur un projet ?
-… Je vois pas…
-Si ! La technique du scaphandrier !
-C’est reparti avec les conneries… Allez ! Parle-moi du scaphandrier…
-Mais si ! C’est la technique des petits pas ! Déjà, t’es au fond, t’y vois rien, donc t’avances par petites étapes, en sondant le sol à chaque pas. En plus, t’es au fond de l’eau, t’as une putain de pression, tu vas pas t’épuiser à aller vite ! Alors tu fais des petits pas en économisant ton énergie…
-Ben voyons… Ça me dit pas ce que je fais avec la Bougre Complice…
-Réfléchis, bon sang ! C’est la seule, dans l’organisation, qui est habilitée à t’apporter de l’air ! Si tu t’en éloignes, tu auras moins d’air !
-…
-Fais demi-tour ! Rapproche-toi d’elle à petits pas !
-…
-Allez ! Tu vas pas réfléchir le ventre vide ! Aujourd’hui c’est cuisine aléatoire, les cuisiniers avaient les yeux bandés et pas le droit de se parler, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef et le GROC ont une idée… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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