Oct 262018
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

Fort de sa réunion avec son Comité de Direction la semaine passée, le GISPEP était allé à la réunion du Conseil avec la ferme intention d’annoncer sa décision : arrêter. Arrêter cette folie des explorations lancées à vau-l’eau, arrêter cette énorme contrainte qui consiste à ne pas en avoir sur les ressources, arrêter cette pression infernale de ne plus avoir les excuses habituelles.
Mal lui en avait prit, car le Chef du Conseil n’était pas du tout de cet avis et avait pratiquement considéré la présentation du GISPEP comme un affront personnel. Le GISPEP avait immédiatement retiré sa proposition en expliquant qu’il s’était fait la voix de son équipe, car c’était son rôle de leader. Ce à quoi le Chef du Conseil rétorqua que le rôle du GISPEP était aussi de dominer les réactions hasardeuses de son équipe. Du coup, le GISPEP se défendit en expliquant qu’avec une équipe de bras cassés, il ne pouvait pas non plus faire des miracles. Le Chef du Conseil lui cloua le bec en rappelant au GISEP qu’il avait accès à des ressources illimitées et qu’il n’appartenait qu’à ce dernier de renouveler son équipe. En dernier recours, le GISPEP avait sauvé les meubles en vantant, à contre cœur, les avancées significatives du projet d’innovation de rupture mené par la Bougre Complice, ainsi que celles du projet FLEXTOR mené par le Chef : après tout, ces deux-là faisaient aussi partie de l’équipe du GISPEP.
Bref, ça c’était plutôt mal passé et en retournant à son bureau, il avait convoqué ses compères.
« Non mais, c’est incroyable ! dit le GISPEP. On a les ressources qu’on veut et ces abrutis-là sont incapables d’innover sur quoi que ce soit !
-On pourrait déjà en éliminer quelques-uns, dit le gars du MAIGRE.
-Ah vous êtes là, vous ? s’étonna le GISPEP. Ça va mieux ? On a fini de s’auto-apitoyer ?
-Vous êtes dur, dit le gars du MAIGRE, ça m’a quand même coûté une blinde…
-C’est le business, mon vieux, c’est le business et on est là pour ça, dit le GISPEP, et je suis d’accord, on va en virer quelques-uns.
-On commence par qui ? demanda le gars du MAIGRE.
-J’ai lancé les Guilt-holder Prosecution Analysis, dit le mec du 12 Delta.
-Les quoi ? demanda le GISPEP.
-C’est comme les Stakeholder Analysis, l’analyse des parties prenantes, des porteurs d’enjeu, mais uniquement sur des coupables potentiels.
-Et ça marche comment ?
-Ben, on regarde ceux que ça coûte le moins cher de virer et on retrouve dans leur passé récent ou lointain des faits ou des arguments qui nous permettent de les accuser. Le mieux c’est de trouver des insinuations, des possibilités de faute grave.
-Pas mal, dit le GISPEP, et on en a beaucoup ?
-Y a de quoi faire, surtout au niveau des Bougres, répondit le mec du 12 Delta.
-Vous me passez la liste dès que possible et je m’y attèle, dit le gars du MAIGRE enthousiaste à l’idée de remettre le pied à l’étrier.
-Et puis on va embaucher des Bougres tout frais, plutôt des jeunes dans le besoin, de façon à leur donner le sens de ce qu’on fait ici, dit le GISPEP.
-Ah bon ? Vous voulez embaucher après ça ? demanda le gars du MAIGRE avec un léger trémolo dans la voix.
-Bien sûr, ce qui compte c’est de renouveler pour continuer à dépenser, dit le GISPEP, si on dépense pas, y’en a qui vont commencer à se dire qu’on fait rien.
-Oui, bien sûr… Pardon, je ne suis pas complètement remis… Désolé, dit le gars du MAIGRE en essayant de cacher les tremblements de ses mains.
-Et là, reprit le Yogi, on va les aligner, les nouveaux, on ne verra plus qu’une narine !
-…
-Quoi ? s’énerva le Yogi.
-Qu’une narine ? Vous êtes sûr ?
-C’est comme vous voulez ! On s’en fout, on va les aligner, on va en créer, du sens, vous allez voir ! s’exclama le Yogi.
-Ah ben, rétorqua le mec du 12 Delta, je croyais que le sens, c’était chacun qui s’en faisait une idée à partir de son histoire, de son environnement, de ses besoins, de ses…
-C’est des foutaises tout ça, dit le Yogi, c’est des conneries au Skippy ! Non, ce qu’il faut, c’est créer un sens unique, comme ça, l’inverse, c’est un sens interdit ! C’est bien plus clair et chacun est autonome pour suivre le sens unique ! C’est comme ça qu’on dirige !
-Pourquoi pas, dit le GISPEP, mais n’empêche que d’après les Scumbags, il y a que le projet d’innovation de rupture qui avance alors que tous nos projets dans le portefeuille sont plantés quand ils reculent pas !
-Puis y a FLEXTOR aussi, le Chef avance… Je sais pas comment il fait, dit le Yogi.
-FLEXTOR, c’est pas pareil, c’est plus du changement culturel, dit le GISPEP, c’est genre je forme ceux qu’en ont envie, je vous bouscule pas, aimons-nous les uns les autres… Que des trucs de Hippies !
-Hippie peut-être, mais ils sont de plus en plus nombreux quand même, dit le gars du MAIGRE.
-Ça nous ferait plein de coupables, dit le mec du 12 Delta.
-Non, ça vaut pas le coup, dit le GISPEP, c’est juste une mode, ça durera pas. Le projet de la Bougre Complice, par contre, ça peut nous nuire ou nous servir, faut pas se planter.
-En fait, si ça se trouve, on pourrait lui filer d’autres projets, si elle est si bonne, suggéra le Yogi.
-C’est pas con, on augmenterait nos chances de lui trouver des trucs à lui reprocher, dit le mec du 12 Delta.
-Et puis, on lui demande ça à ressources constantes, puisqu’elle est si forte, insista le gars du MAIGRE.
-Excellent ! dit le GISPEP. Mobilisez les sous-GISPEP, mobilisez les Scumbags, j’écris à la Bougre Complice pour lui annoncer sa promotion au rang de GISPEP Adjointe Déléguée au Portefeuille d’Innovation de Rupture. Comme ça elle sera en charge d’un portefeuille ! Dites aux sous-GISPEP de le créer et de le charger, ce portefeuille, lancez les Scumbags !
-C’est génial, c’est une solution gagnant-gagnant ! dit le Yogi.
-Vous êtes sûr ? s’étonna le GISPEP.
-Ben oui, si elle réussit, on gagne envers le Conseil, et si elle échoue, on la vire et donc on gagne aussi ! se réjouit le Yogi.
-Si vous le dites, conclut le GISPEP. »

Deux semaines plus tard, le Chef était dans le bureau de la Bougre Complice :
« Celle-là, on l’avait pas vu venir, dit la Bougre Complice.
-Oui, dix-huit projets urgents de priorité absolue, sans intention stratégique ni date de besoin, à structurer et exécuter, il fallait y penser, dit le Chef. Sans doute un coup du Yogi, mais bon, on va gérer !
-Tu sais quoi faire ?
-Bien sûr ! FLEXTOR est très utile comme paravent ! dit le Chef.
-Comme paravent ? demanda la Bougre Complice.
-On s’éclate en plus, c’est une vraie chance pour FLEXTOR, dit le Chef. En fait, on utilise le fait que les projets du GISPEP sont définis comme d’habitude, sans objectif vraiment clair, sans date de réel besoin et avec pression maximale, comme une opportunité.
-Vous les passez en structuration Agile ? s’étonna la Bougre Complice.
-Ben oui, dit le Chef, personne ne peut nous en empêcher, et comme ça, les équipes de ces projets doivent être formées, et c’est FLEXTOR qui s’en charge, c’est pour ça que tes équipes n’ont pas été touchées par le tsunami organisé par le GISPEP.
-Oui, mais ça peut pas durer éternellement, y a bien un moment où les demandes de délivrables vont m’arriver dessus, une fois que les projets auront été structurés, s’inquiéta la Bougre Complice.
-Ne t’inquiète pas, dit le Chef. Sans s’en rendre compte, le GISPEP a défié les membres du Club sans Local. (Relire « Un Bougre qui marche … »)
-Ah dis-donc, ça fait longtemps qu’on en a pas parlé, dit la Bougre Complice.
-Parce que tu avais autre chose à faire, dit le Chef, mais j’ai continué à l’animer avec le Fourbe. Aujourd’hui il compte plusieurs dizaines d’adhérents, c’est devenu une communauté de pratique très active, Agile et efficace ! l’Esprit du Club règne partout… Les gens s’entraident, ils n’ont plus peur de partager leurs problèmes, il n’y a plus de territoire à défendre mais juste des challenges à résoudre au service des clients, des personnes et de la boite…
-Ne me dit pas que c’est le Club sans Local qui va prendre l’exécution des projets ! dit la Bougre Complice.
-En tout cas, ce sont des membres du Club sans Local qui facilitent les structurations des projets, comme ça, nous savons en temps réel ce qui nous arrive dessus. On a activé la Bourse au Projet pour que les membres du Club sans Local choisissent ce sur quoi ils vont travailler… enfin, ça on verra, dit le Chef.
-J’ai confiance, dit la Bougre Complice. Merci à toi. »

Pendant ce temps, le Fourbe était chez le Skippy :

« Oui je suis inquiet, dit le Fourbe, je suis inquiet parce qu’un jour vous allez partir et que ce jour-là, on perdra ce que vous savez.
-Il faut bien que je parte un jour, dit le Skippy avec un sourire, je ne vais pas vieillir ici !
-C’est vrai, mais il ne faut pas qu’on perde votre savoir !
-Mon savoir n’est que relatif, ce n’est pas un savoir absolu comme deux et deux font quatre.
-Peut-être, n’empêche que vous avez toujours eu réponse à mes questions !
-En es-tu si sûr ?
-Ben oui !
-Vraiment ? Tu as appliqué à la lettre ce que je te disais ?
-Oui !… Non, des fois c’était trop ésotérique, fallait bien traduire !
-Et ça tu as su le faire, c’était donc ton savoir que tu mobilisais, mon rôle était juste de te mettre en contact avec ton savoir.
-Mais comment vous pourriez nous transmettre ça ?
-Ça quoi ?
-Comment vous nous mettez en contact avec notre savoir ?
-T’en a de bonnes, toi… J’ai pu le faire parce que tu étais prêt, et tu étais prêt quand tu décidais de venir me voir, c’était pour moi le seul indice.
-C’est vrai que vous ne m’avez jamais sollicité, c’est toujours moi qui devais demander.
-Eh oui, c’est comme ça et c’était bien.
-Dites…
-Oui ?
-Vous pourriez pas faire un bouquin qui ne parlerait qu’à ceux qui sont prêts ?
-Comment ça ?
-Ben oui, un bouquin qui parlerait à d’autres Skippies, ou d’autres Skippies en devenir… comme moi.
-Je vois que tu as enfin accepté que tu es un Skippy.
-Disons que je m’y fais petit à petit, malgré la trouille, et ce qui m’aiderait quand vous serez plus là, ce serait un bouquin par exemple, qui me serait utile.
-Je peux réfléchir à un truc comme ça, c’est vrai que faire un bouquin sur l’innovation de rupture, ça n’est utile qu’à ceux qui ont compris ce que c’est, c’est tout le paradoxe !
-Promis ? Vous y réfléchissez ?
-Promis, dit le Skippy dans un éclat de rire. Dis-donc, si on allait manger ? C’est la semaine de l’Inverted Cooking : tout ce qu’on mange cru d’habitude est cuit, et réciproquement. Aujourd’hui, c’est choucroute garnie crue et son duo cuit de cervelle de Canut et caviar, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec un chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GISPEP se fait acculer… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Oct 202018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

Le GISPEP avait convoqué son Comité de Direction en dehors de toutes les réunions habituelles. Il avait insisté sur le fait qu’il s’agissait d’une convocation et non d’une invitation. Il s’était bien gardé de dire le sujet faisant l’objet de cette réunion, ce qui fit que chaque membre du Comité arriva dans la salle de réunion à la fois inquiet et interrogateur :
« Savez-vous ce qui se passe ?
-Non, on a juste reçu la convocation.
-Vous allez voir, c’est une nouvelle annonce de ré-organisation !
-Non… D’habitude on a l’info dans les couloirs bien avant l’annonce officielle…
-Oui, ça c’est pour ceux qui ne sont pas concernés par la ré-organisation, mais généralement, le premiers concernés sont les derniers au courant… »
Une onde d’inquiétude parcourut le groupe.
« Si ça ce trouve, on est les derniers au courant…
-Arrêtez vos conneries, le GISPEP va arriver, on va bientôt savoir.
-N’empêche, j’aimerais bien savoir et en tout cas j’aurais aimé qu’il nous en parle avant !
-Oui ! C’est toujours la même chose, ils décident dans notre dos et nous on exécute ! Y en a marre de cette boite ! »
Sur ces mots, le GISPEP entra dans la salle de réunion. Sans prendre le temps de saluer, il ouvrit la réunion :

« Messieurs ! » Il y avait pourtant deux femmes dans le Comité de Direction, mais le GISPEP, dans les moments graves, s’adressait au Comité par « Messieurs ».
« Messieurs, continua-t-il, je vous ai convoqués car nous ne sommes pas à la hauteur. Nous nous sommes engagés, à la demande du Conseil, à multiplier les innovations sans contrainte de ressources et à cette heure, je vous ai fait confiance et je vous ai délégué toutes mes responsabilités… Pourtant, vous n’avez produit aucun résultat.
J’ai reçu ce matin un email de la part d’un de mes pairs au Conseil me demandant de montrer que notre portefeuille de projets d’innovation avance bien comme prévu et aussi ce que nous pourrions faire pour l’accélérer : messieurs, je vous écoute, soyez brefs, clairs et précis. »
Le membres du Comité se regardèrent, un peu soulagés car il ne s’agissait pas d’une ré-organisation et inquiets car il s’agissait maintenant de savoir qui prendrait la parole en premier au risque de se faire laminer. Le silence sembla s’éterniser.
« On ne va pas y passer la journée ! J’entends bien pouvoir répondre au Conseil avant ce soir avec des faits positifs, concrets et rassurants… Je vous écoute !
-Eh bien, de mon côté, un ensemble de projets a été lancé, c’est en cours et nous devrions avoir les premiers résultats la semaine prochaine, c’est déjà dans le rapport des retards fait par notre Scumbag… osa un des Bougres autour de la table.
-La semaine prochaine, il sera trop tard ! Qu’est-ce que vous pouvez produire tout de suite ? demanda le GISPEP.
-À ce stade, je peux vous fournir les SCUMs en cours et les probabilités de succès associées à chaque projet… hésita le Bougre.
-Et elles sont de combien ?
-Elles sont toutes de l’ordre de 50%…
-Vous vous foutez de moi ? Vous êtes en train de lancer des pièces à pile ou face sur un enjeu de cette envergure ?
-En fait, c’ est vraiment très nouveau, d’avoir les ressources, tout ça… Tout ce qu’on peut faire, c’est tester pour avancer et du coup…
-Bon, qui d’autre aurait quelque chose d’intéressant à me donner ? interrompit le GISPEP »
Le silence s’épaissit jusqu’à devenir douloureux, la tension s’installa, la pression bondit et tous les manomètres intérieurs se bloquèrent dans la zone rouge, ça allait péter.
« Je vous le demande encore : qui a un résultat, quel qu’il soit, à me donner ? réclama le GISPEP.
-En fait, répondit la Bougre Complice, nous sommes dans une phase de complexité, c’est équivalent à une phase d’incertitude pendant laquelle la tactique est de progresser par des tests et avec patience…
-Alors vous, je ne vous ai rien demandé ! Merde ! Ce n’est pas le moment de faire de la théorie, je veux des faits, des résultats !… Et vous, dit le GISPEP en pointant un des Bougres, où en est ce partenariat avec le Consultant censé nous faire gagner du temps ?
-C’est en cours… C’est un peu compliqué parce que le Consultant s’est montré très intéressé mais il ne répond plus à nos appels. Et quand on arrive à le joindre, il est toujours très intéressé et pourtant ça n’avance pas…
-Non mais c’est incroyable ! Qu’est-ce que vous foutez ! Vous vous rendez compte ? Tout ce que j’ai à fournir au Conseil, c’est que non seulement on n’a rien mais qu’en plus on ne sait pas ce qu’on va avoir !
-Vraiment, tenta à nouveau la Bougre Complice, cette zone d’incertitude peut se traiter avec réalisme, même avec le Conseil, j’ai une proposition à faire. »
Le GISPEP s’adossa dans son fauteuil, montrant toute la lassitude qui était la sienne,
« Eh bien, allez-y, de toute façon il n’y a rien d’autre…
-Les membres du Conseil peuvent comprendre qu’il y a une différence entre une situation complexe, où nous sommes, et une situation compliquée.
-C’est évident, c’est complexe quand c’est très ou trop compliqué, soupira le GISPEP.
-Ah non, le complexe n’est pas du compliqué à l’excès, c’est différent ! Le compliqué peut être résolu par l’expertise. Si c’est très compliqué, il faut beaucoup d’expertise. Dans une situation compliquée, on détecte le problème, on l’analyse ou on le fait analyser par des experts, et on agit en fonction de leur analyse…
-Et c’est pas ce qu’on a à gérer là ?
-On est plutôt dans du complexe, il y a tellement de projets en cours, tous plus ou moins reliés entre eux qu’on dirait un plat de spaghettis. La question est ‘si je tire sur un des spaghettis, qu’est-ce qui va bouger dans l’assiette ?’ Il n’y a pas d’expertise là-dessus ! La seule façon de faire, c’est d’agir en testant des hypothèses, d’observer et de décider en fonction… Ce dont ils ont besoin, au Conseil, c’est de savoir qu’on gère la situation correctement, par exemple en leur expliquant clairement quelles hypothèses sont en cours de test, quels sont les critères et tests qui nous permettront de valider ou d’invalider telle ou telle hypothèse et à quelle date. Il s’agit de montrer toute la cohérence de la démarche d’exploration de cette zone d’incertitude. Ce sont des éléments suffisants qui leur permettront de décider de l’avenir.»
Le GISPEP réfléchit alors profondément. Un des Bougres prit la parole :
« Si on fait ça, on va simplement leur montrer qu’on est paumés et qu’on cherche à gagner du temps… Déjà qu’on est en retard ! Et puis, on gère pas des spaghettis !
-Tout à fait, rétorqua un autre Bougre, regardons les choses en face, cette décision du Conseil est en elle-même une élucubration, un rêve !
-C’est tout à fait ça ! Regardez nous ! Nous n’avons rien alors que nous cumulons des années de pratique et d’expérience , mais jamais avec des spaghettis ! »
la Bougre Complice intervint :
« Mais c’est justement parce que cette décision est très innovante que nos expériences ne servent à rien ou à peu de chose !
-Non, c’est parce que nos expériences nous disent qu’il n’y a pas d’information que cette décision du Conseil de nous filer les ressources qu’on n’a jamais demandées ne sert à rien !
-Il nous faudrait au moins une formation de base sur les spaghettis complexes… insista un Bougre au fond de la salle.
-Je suis d’accord, interrompit le GISPEP, ce que je vais répondre au Conseil, c’est que nos tentatives montrent plus d’incertitude que de faits et donc qu’il serait trop risqué de poursuivre cette folie…
-Mais incertitude n’est pas risque ! s’exclama la Bougre Complice, c’est surtout une opportunité d’apprendre…
-Si je voulais apprendre, je retournerais à l’école ! hurla le GISPEP. Nous sommes ici pour faire notre métier, pas pour risquer l’avenir de l’entreprise, je vais donc proposer, sur la base de votre absence crasse de résultats, d’arrêter cette connerie avant d’y avoir trop engagé de ressources !
-Tout à fait d’accord ! répondit un Bougre, rejoint par toute l’assemblée, sauf un. »
La réunion se termina ainsi, avec un soulagement généralisé.

Alors que le mec du 12Delta et le Yogi entraient dans la salle, certains Bougres vinrent voir le GISPEP :
« Vous avez eu raison de stopper ce rêve absurde, c’est ce que je pensais depuis le début. Vous êtes si fort ! »
« Merci, vous êtes vraiment un bon Bougre, vous savez ce qui est bon pour nous et votre dévotion envers m… envers votre Entreprise est à l’image de votre carrière future.»
D’autres discutaient entre eux, créant une autre réunion et un bouchon dans le couloir :
« Dis donc, et l’autre qui voulait nous renvoyer à l’école ! Avec des spaghettis… C’est vraiment comme si elle cherchait à déstabiliser l’équipe !
-Et déstabiliser le GISPEP aussi !
-Et l’entreprise est à risque avec des gens comme ça, ce sont vraiment des Fourbes dont il faut nous méfier ! Il y en a de plus en plus !
-J’ai appris qu’elle travaillait main dans la main avec le Chef maintenant !
-Ils s’engueulent plus ?
-Je crois pas non… C’est dingue quand même…
-Y’a anguille sous cloche…
-En tout cas, c’était une bonne réunion et le débat que nous avons eu nous a permis certainement de sauver l’Entreprise d’une aventure périlleuse!
-On va manger ? Le mardi, y a des pâtes.

Toute ressemblance avec un chapitre précédent, surtout le chapitre ‘Alors ?’, montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GISPEP s’en prend à la Bougre Complice… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Oct 132018
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

« Là, j’en peux plus… Avec vos conneries c’est moi qui vais partir en burn-out ! »
Le GISPEP avait vraiment l’air épuisé. Il était assis, vouté, dans son fauteuil de statut. La fenêtre était ouverte, l’air glacial entrait vivement dans la pièce, mais personne ne s’en souciait, pas avec le Yogi dans le coin. L’encens finissait de se consumer et les cendres étaient tombées sur le bois vernis du bureau.
Le mec du 12 Delta regardait ses pieds, le Yogi se grattait l’entrejambe sous le sari. Le gars du MAIGRE était toujours en arrêt de travail, malgré ses protestations car la somme qu’il devait maintenant à l’Entreprise devenait conséquente.
« Vous m’avez mis dans cette merde, reprit le GISPEP, vous m’en sortez maintenant.
-Déjà, je tiens à préciser que je n’y suis pour rien ! dit le mec du 12 Delta.
-Vous n’avez rien dit, vous auriez pu me prévenir ! dit le GISPEP, amer.
-Pas du tout ! Dans cette affaire, il y a deux responsables clairs, insista le mec du 12 Delta, d’abord il y a les Bougres : s’ils n’étaient pas en retard, on n’aurait pas de problème…
-C’est pas faux, dit le Yogi.
-Et puis il y a le Yogi, ajouta le mec du 12 Delta.
-Quoi ? s’insurgea le Yogi, non mais de quel droit ?
-C’est vous qui avez proposé le SCUM ! affirma le mec du 12 Delta.
-C’est pas moi qui ai décidé de le mettre en œuvre partout !
-C’est vous qui avez réduit les délais sur les projets !
-Pas du tout ! J’ai juste informé les managers qu’être en avance serait bien vu !
-Donc à part les Bougres, je suis le seul responsable, interrompit le GISPEP.
-…C’est pas ce que je veux dire, dit le mec du 12 Delta.
-Mais c’est ce qu’il dit ! dit le Yogi.
-Non ! C’est vous qui l’avez dit ! se fâcha le mec du 12 Delta.
-C’est celui qui dit qui est ! »
Le Yogi avait hurlé. Le GISPEP avait pris sa tête entre ses mains, désespéré. Un long silence s’établit.
Le GISPEP reprit :
« Et je fais quoi, moi, maintenant ? J’en peux plus je vous dis ! Je reçois des dizaines de rapports de cent pages sur les retards des projets. Il faut que je les lise, en plus, pour savoir qui engueuler. Rien qu’hier, j’ai tenu douze réunions pour engueuler tantôt un Bougre tantôt un Manager ! Et y a rien qui change, bordel !
-C’est que c’est le moment, dit le Yogi.
-Le moment de quoi ? demanda le mec du 12 Delta.
-C’est pas vos oignons, c’est entre le GISPEP et moi, dit le Yogi en rallumant des bâtons d’encens.
-Me parlez pas sur ce ton, hein?
-Vos gueules ! dit le GISPEP en tapant sur la table. C’est le moment de quoi ?
-Ben c’est le moment de passer en Agilité Totale, dit le Yogi en s’adossant à sa chaise.
-L’Agilité Totale ?
-Oui, les SCUMS sont en place, les retards sont là comme prévu, c’est le bordel, l’incertitude maximale, c’est le moment de l’AGILITÉ, c’est le moment de l’empowerment !
-Ah bon ? s’étonna le GISPEP.
-Ben oui, vous avez raison, c’est pas à vous de vous coltiner ce merdier, vous êtes le GISPEP, pas le larbin ! insista le Yogi. Maintenant que le système est en place, il faut l’utiliser !
-Et comment ?
-D’abord, vous allez fixer un objectif sur les rapports : pas plus de deux pages dans un premier temps. Ensuite, vous allez em-po-weu-rer !
-En quoi ? demanda le mec du 12 Delta.
-Ça va vous plaire, dit le Yogi, ça veut dire que le GISPEP va donner toute autonomie à ses troupes pour résoudre le problème ! Vous allez déléguer, mais pas n’importe quoi : vous allez déléguer votre responsabilité !
-Ma responsabilité ? demanda le GISPEP surpris.
-Génial ! s’exclama le mec du 12 Delta.
-Oui, vous allez déléguer votre responsabilité à vos subordonnés ! reprit le Yogi. C’est ça l’Agilité, c’est la responsabilisation par l’autonomie. Dites aux Bougres et à leurs Chefs que vous leur donnez toute autonomie pour résoudre la situation et atteindre leurs objectifs. Dites-leur que pour leur montrer qu’ils sont autonomes, vous ne les rencontrerez plus, même pas pour les engueuler. Dites-leur que vous leur faites confiance et que vous ne voulez pas être déçu de leur avoir fait confiance.
-Vraiment ? dit le GISPEP avec un sourire qui pointait.
-Vraiment, et le temps que vous allez gagner, vous allez l’utiliser pour communiquer largement sur votre initiative : c’est la première équipe Agile à grande échelle dans l’Entreprise. Choyez vos pairs au Conseil, soyez présent ! C’est eux, les membres du Conseil, qui apportent de la valeur à votre carrière, ne l’oubliez pas ! L’Agilité, c’est la création de valeur et pour vous la valeur, c’est le Conseil ! s’enthousiasma le Yogi en émettant quelques squames qui flottèrent un instant dans l’atmosphère du bureau.
-Génial ! insista le mec du 12 Delta qui tremblait un peu, d’excitation ou de froid, nul ne le sut jamais. »

Quelques semaines plus tard, dans le bureau du GROC, le Chef et la Bougre Complice étaient venus sur l’invitation du GROC :
« Dites-donc ! Il donne à fond le GISPEP ! s’exclama la Bougre Complice en arrivant.
-C’est assez incroyable, ajouta le Chef rêveur…
-Vous voulez dire depuis qu’il dit à tout le monde qu’il a mis son équipe en Agilité Totale ? demanda le GROC.
-Oui ! Déjà, c’est une hérésie, mais après le SCUM on pouvait s’attendre à tout, et en plus il parait que maintenant, il engueule plus, il sanctionne, il met à pied, il disperse, il ventile, façon puzzle… Il aurait même viré un Bougre, dit la Bougre Complice.
-C’est vrai, dit le Chef, et on peut plus rien lui dire, il prend tout pour lui ! Ça lui réussit pas, l’empowerment, il devient odieux !
-Il l’était un peu avant, non ? dit le GROC en riant.
-C’est pas faux, dit le Chef.
-Mais c’est pas pour ça que je vous ai invités, dit le GROC, d’ailleurs le Fourbe ne devrait pas tarder, il nous rejoint dès qu’il sort de chez le Skippy.
-Le Fourbe ? Le Skippy ? Mais de quoi il s’agit ? »
La Bougre Complice fut interrompue par le Fourbe qui entrait dans le bureau du GROC, un peu essoufflé.
« Excusez-moi, dit le Fourbe.
-Pas de souci dit le GROC.
-OK ! Qu’est-ce qu’on fait là ? demanda la Bougre Complice.
-Eh bien, c’est simple dit le Fourbe, c’est le moment pour vous de montrer de quoi vous êtes capables.
-Comment ça ? interrogea le Chef.
-Je sors de chez le Skippy, vous avez vu ce qui se passe avec l’Agilité Totale du GISPEP ?
-Ça oui, on en parlait justement ! dit la Bougre Complice.
-Eh bien c’est le moment de conjuguer vos intentions, vos actions et vos énergies créatrices, dit le Fourbe, ça, c’est le Skippy qui le dit.
-Et ?
-C’est la panique en face, c’est clair, il faut à tout prix éviter qu’elle se propage chez vous, dans vos équipes, dans le projet d’innovation de rupture, dans FLEXTOR, insista le Fourbe.
-Et ?
-Eh bien, dit le GROC, nous allons travailler tous les trois, je serai un genre de médiateur.
-Ah parce que t’es dans le coup toi aussi ? C’est un complot ? dit le Chef.
-Prenez-le comme vous voulez ! Les faits sont que le GISPEP vous a demandé de rédiger votre contrat de partenariat entre vous, et que c’est la panique chez lui. Je vous pose la question : et si vous coopériez, vraiment ? demanda le GROC.
-C’est-à-dire ? insista le Chef.
-Vous avez tout pour coopérer. Le projet d’innovation de rupture explore les approches que prône et met en place FLEXTOR. Vous vous engueulez mais c’est pour la façade. Admettez-le, bon sang !
-C’est pas faux, dit la Bougre Complice, mais qu’est-ce qu’on a y gagner ?
-Si vous bossez vraiment ensemble, sur un rythme et des trucs qui vous sont utiles à tous les deux, alors il sera plus difficile aux SCUMBAGS de venir vous empêcher de tourner en rond ! Le GISPEP vous a divisés pour mieux régner, ne jouez pas son jeu… Devenez résilients par votre coopération !
-Et qu’est-ce que je fais, moi ? demanda le Chef. Le GISPEP m’attend au tournant…
-Déjà, il peut plus vous coincer vu que vous lui avez donné ce qu’il attendait au sujet de la Bougre Complice…
-Comment ça, à mon sujet ? dit la Bougre Complice en élevant la voix.
-Eh bien, dit le Fourbe, le Chef avait pour mission de vous espionner au profit du GISPEP qui cherchait à vous dégommer…
-Quoi ? Salaud ! s’énerva la Bougre Complice en regardant le Chef.
-Et il n’en a jamais rien fait ! dit le Fourbe, ça fait des mois qu’il te protège et qu’on te couvre avec le GROC !
-…
-On a donné au GISPEP des informations inutiles auxquelles il a cru, insista le Fourbe, et depuis il fout la paix au Chef, ou presque !
-Fallait que ça sorte un jour ou l’autre, dit le GROC, maintenant que c’est clair, parlez-vous, faites ce que vous voulez mais coopérez, en profondeur !
-Si vous le dites, dit la Bougre Complice en se tournant vers le Chef, faut qu’on se parle parce que, là, avec ce que je viens d’apprendre, je vois pas comment vous faire confiance !
-Ben si justement, dit le Chef presque plaintif, puisque j’ai pas fait ce que le GISPEP demandait…
-Faut qu’on se parle, j’ai dit ! cria presque la Bougre Complice. »

Un silence gêné s’instaura.
« Voilà, voilà, ça, c’est fait… rompit le Fourbe. Dites on va prendre l’air, ça ferait du bien, hein ? On va manger ? Aujourd’hui c’est Cuisine Chaotique, y’a que des mélanges aléatoires à base de lait d’ânesse fermenté, de beurre de yack clarifié à l’éponge et de foie de limande confit, il parait que c’est super ! »

 

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GISPEP convoque son Comité de Direction… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Oct 062018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

L’accélération avait été foudroyante.
Le GISPEP, croyant que la Bougre Complice surfait sur la promesse de ressources illimitées donnée par le Conseil, s’était mis en ordre de bataille pour la devancer. Le GISPEP avait convoqué l’ensemble des GISPEP secondaires (car il était le principal, le premier, l’unique) pour faire une synthèse des portefeuilles de projets représentés au sein de la R&D, la fonction qu’il dirigeait. Cette synthèse montra que seuls quelques projets étaient actifs, ceux de première priorité, dénommés ‘PMAX’, alors qu’un grand nombre de projets, moins prioritaires comme les ‘PMOY’, végétaient voire étaient au bord de l’oubli. L’oubli, c’était le cas des ‘PMIN’, au nombre incroyablement élevé car ils réunissaient tous les projets qui avaient été déclarés uniquement comme moyen détourné pour justifier certains effectifs peu occupés.
Le sang du GISPEP ne fit qu’un tour. Il se souvint que son enjeu était d’obtenir des innovations de rupture en grand nombre dans l’entreprise, sans toutefois changer les habitudes de chacun. Il se souvint aussi que le premier réflexe des décideurs face à une innovation de rupture était le ‘beurk’, la réaction négative, le rejet. Sachant que le ‘beurk’ était aussi la propriété principale des projets PMIN, il en déduisit qu’ils contenaient forcément des innovations de rupture. Il ordonna alors à tous les départements de R&D de lancer activement l’ensemble des projets ‘PMIN’, ce qui revint à multiplier en gros par six la charge sur les Bougres.
Face aux levées de boucliers de l’ensemble de l’encadrement, le GISPEP, sur les conseils du Yogi, avait aussi pris deux décisions.
D’abord, il était crucial que les projets et les ressources soient parfaitement synchronisés et que le GISPEP soit au courant de tout retard potentiel qui aurait mis à risque sa position au Conseil. Le Yogi lui avait vendu sa méthode qui permettait selon lui de synchroniser et coordonner autant de projets qu’on voulait sans effort. Cette méthode s’appelait la ‘Synchronisation & Coordination Ultimate Methodology’ et consistait à recueillir sur des post-it collés au mur toutes les actions en retard d’un projet de façon à ce que les responsables de ces-dites actions prennent conscience de leur nuisance à l’encontre de leurs collègues et de l’entreprise. Ainsi, il avait ordonné qu’à compter d’aujourd’hui, tous les projets soient pilotés en mode SCUM.
Ensuite, il se rendit compte que l’information des retards ne remonterait pas toute seule et que les GISPEP secondaires ne pouvaient pas être partout. Il activa alors la permission de ressources illimitées pour embaucher 20 personnes qui assureraient la remontée des noms des responsables d’actions en retard. Cette remontée devait se faire de façon quotidienne, sous forme de rapports synthétiques détaillés et structurés. Il créa ainsi une nouvelle équipe, la ‘BAG’ pour ‘Brigade d’Action Globale’, dont la raison d’être était de garantir l’engagement et l’avancement harmonieux des projets. Spécialisés en SCUM, les acteurs nouvellement embauchés de cette brigade étaient dénommés les SCUMBAGs.

Ce fut le troisième jour après que ces décisions furent mises en oeuvre que le GISPEP convoqua son trio de consultants. Dans son bureau, à l’heure dite, seuls le mec du 12 Delta et le Yogi étaient présents.
« Il est où le gars du MAIGRE ? Il est jamais en retard, on l’attend ou quoi ? demanda le mec du 12 Delta.
-S’il est pas là, il est sûrement ailleurs, dit le Yogi en allumant les bâtons d’encens.
-On l’attend pas, dit le GISPEP, il est en arrêt maladie chez lui, burn-out profond, a dit le médecin. Il attend l’O.R.G.A.S.M.E. (Note de l’IPM : l’Organisme de Régulation Globale des Accidents, Sinistres et Malheurs des Employés), pour évaluer ce qu’il nous doit, dit le GISPEP.
-Ah merde ! Qu’est-ce qui arrive ? demanda le mec du 12 Delta, on y est pour rien j’espère !
-Non, pour rien, c’est juste lui qui a pas supporté qu’on recrute des gens alors qu’il s’échine à tout réduire en permanence, dit le GISPEP, il faut qu’il apprenne à gérer ses obsessions, c’est tout.
-Ah ok, dit le Yogi, tout va bien, alors !
-Tout va bien, dit le GISPEP.
-Ouf ! Ç’aurait pu être grave, conclut le mec du 12 Delta.
-Mais dites, comment ça se passe sur le terrain ? J’ai reçu les premiers rapports, ils font une vingtaine de pages, il y a presque tout l’effectif de la fonction qui met nos projets en retard, déclara le GISPEP.
-Ben oui, c’est le cas, dit le Yogi. Comme il y avait beaucoup de projets à mener, on s’est dit qu’il fallait mettre la pression pour être sûrs que les Bougres comprendraient que c’est important. Alors on a réduit aussi les délais pour chaque projet, comme ça il peuvent pas dire qu’ils sont pas au courant.
-Et en plus, ça nous exonère de toute responsabilité : s’ils y arrivent pas, c’est pas de notre faute ! On a mis des ressources supplémentaires avec les SCUMBAGs qui sont là pour les aider à y voir plus clair.
-Pas mal ! sourit le GISPEP, mais les SCUMBAGs comment ils se sentent ?
-Ils sont très contents, dit le Yogi, car ils se sentent vraiment impliqués dans l’action et les futurs résultats de l’Entreprise.
-Et puis on les a bien formés pour qu’ils n’entrent jamais dans des discussions opérationnelles. Quand une action est en retard, qui est le responsable ? C’est leur seule question, dit le Mec du 12 Delta.
-Bien ,bien, je vais pouvoir expliquer à mes pairs du Conseil que les retards sont sous contrôle, car identifiés et consolidés. Cela devrait les rassurer et surtout leur montrer qu’on utilise les ressources à bon escient, dit le GISPEP.
-Et avec parcimonie, ajouta le mec du 12 Delta à qui le gars du MAIGRE manquait cruellement.
-Avec qui ? demanda le Yogi.
-… Le seul truc qui me gène, c’est qu’aucun des membres de l’équipe de la Bougre Complice n’apparait, dit le GISPEP.
-Juste une question de temps, conclut le Yogi.»

Pendant ce temps, la discussion était vive entre le Chef et la Bougre Complice :
« Non, je ne vais pas me mettre à tout vérifier, dit la Bougre Complice fermement.
-Mais c’est ce que fait le GISPEP, on va se faire allumer ! insista le Chef.
-Allumer sur rien du tout ! C’est pas la première fois qu’on vit une situation pareille, la dernière fois, vous étiez le chef de mon chef et vous étiez bien content de ce qu’on a fait ! rétorqua la Bougre Complice.
-N’empêche qu’il nous faut des détails sur ce qu’ils font !
-Qui, ‘ils’ ?
-Ben les Bougres, bordel ! se fâcha le Chef.
-Les Bougres, c’est des pros, je leur fous la paix, par contre nous allons nous assurer que nous ne travaillons, tous, que sur des trucs utiles…
-Donc faut bien qu’on leur dise quoi faire !
-Ben non ! Il suffit qu’on fasse notre part pour connaitre l’utilité des demandes reçues à la bourse aux projets. Seuls nos clients, ceux qui demandent, le savent ! Donc on s’assure qu’il n’y a que des demandes utiles, les Bougres choisiront ensuite leurs projets et à partir de là, on leur fout la paix !
-Mais ça peut pas marcher, merde ! s’énerva le Chef.
-Et pourquoi donc ?
-Parce que… on contrôle rien…
-Si ! C’est une situation de crise, notre rôle à tous les deux est de nourrir l’équipe avec les trucs utiles aux clients, et rien d’autre ! C’est ce qu’on a fait la dernière fois et ça marche super bien ! La preuve, on a des délivrables en retard ? testa la Bougre Complice.
-Ben oui… c’est vrai, pas beaucoup par rapport aux autres équipes…
-Aucun en fait… Et les clients râlent ?
-… Pas vraiment, ils sont contents avec ce qu’on leur fournit…
-Parce que ça leur est utile immédiatement ! Rappelez-vous, c’est ce qu’on a fait la dernière fois et vous allez pas m’emmerder cette fois ! (Note de l’IPM : relire ‘élever par la chute libre’ et ‘le Yack et l’Oiseau’)
-Quand même… dit le Chef en lâchant prise… Quand même… On va se faire mettre…
-On verra, conclut la Bougre Complice ».

Le silence régnait dans le bureau de la Bougre Complice, le Chef restait assis, perdu dans ses pensées, puis il reprit :
« Et pour le SCUM ?
-Le scRum insista la Bougre Complice, le scrrrrum !
-Ah non, le GISPEP dit bien le SCUM !
-Ben oui… Ben non ! Je sais pas d’où sort le SCUM, mais l’approche agile en pilotage de projet, c’est le SCRUM, ça veut dire ‘mêlée’, comme en rugby quand toute l’équipe pousse dans la même direction. On l’utilise là où il est utile, sinon on s’en encombre pas !
-Ah… Bon…». Le Chef plongea à nouveau dans ses pensées et le silence revint.

Le Chef semblait réfléchir en silence et la Bougre Complice griffonnait sur la feuille devant elle lorsque la porte s’ouvrit et que le Fourbe entra :
« Bonjour à vous deux ! Je passe vous chercher, on va manger ? C’est le concours du plus gros mangeur avec un buffet ‘All you can eat’, tout à base de foie de porc cru ou mariné à l’aneth…
-Encore de l’aneth ? Je suis pas sûre… dit la Bougre Complice.
-Y a aussi une marinade ail-abricot! Et celui qui mange le plus fait gagner son équipe ! Il parait que c’est super ! »

 

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GISPEP empowère… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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