Oct 202018
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

Le GISPEP avait convoqué son Comité de Direction en dehors de toutes les réunions habituelles. Il avait insisté sur le fait qu’il s’agissait d’une convocation et non d’une invitation. Il s’était bien gardé de dire le sujet faisant l’objet de cette réunion, ce qui fit que chaque membre du Comité arriva dans la salle de réunion à la fois inquiet et interrogateur :
« Savez-vous ce qui se passe ?
-Non, on a juste reçu la convocation.
-Vous allez voir, c’est une nouvelle annonce de ré-organisation !
-Non… D’habitude on a l’info dans les couloirs bien avant l’annonce officielle…
-Oui, ça c’est pour ceux qui ne sont pas concernés par la ré-organisation, mais généralement, le premiers concernés sont les derniers au courant… »
Une onde d’inquiétude parcourut le groupe.
« Si ça ce trouve, on est les derniers au courant…
-Arrêtez vos conneries, le GISPEP va arriver, on va bientôt savoir.
-N’empêche, j’aimerais bien savoir et en tout cas j’aurais aimé qu’il nous en parle avant !
-Oui ! C’est toujours la même chose, ils décident dans notre dos et nous on exécute ! Y en a marre de cette boite ! »
Sur ces mots, le GISPEP entra dans la salle de réunion. Sans prendre le temps de saluer, il ouvrit la réunion :

« Messieurs ! » Il y avait pourtant deux femmes dans le Comité de Direction, mais le GISPEP, dans les moments graves, s’adressait au Comité par « Messieurs ».
« Messieurs, continua-t-il, je vous ai convoqués car nous ne sommes pas à la hauteur. Nous nous sommes engagés, à la demande du Conseil, à multiplier les innovations sans contrainte de ressources et à cette heure, je vous ai fait confiance et je vous ai délégué toutes mes responsabilités… Pourtant, vous n’avez produit aucun résultat.
J’ai reçu ce matin un email de la part d’un de mes pairs au Conseil me demandant de montrer que notre portefeuille de projets d’innovation avance bien comme prévu et aussi ce que nous pourrions faire pour l’accélérer : messieurs, je vous écoute, soyez brefs, clairs et précis. »
Le membres du Comité se regardèrent, un peu soulagés car il ne s’agissait pas d’une ré-organisation et inquiets car il s’agissait maintenant de savoir qui prendrait la parole en premier au risque de se faire laminer. Le silence sembla s’éterniser.
« On ne va pas y passer la journée ! J’entends bien pouvoir répondre au Conseil avant ce soir avec des faits positifs, concrets et rassurants… Je vous écoute !
-Eh bien, de mon côté, un ensemble de projets a été lancé, c’est en cours et nous devrions avoir les premiers résultats la semaine prochaine, c’est déjà dans le rapport des retards fait par notre Scumbag… osa un des Bougres autour de la table.
-La semaine prochaine, il sera trop tard ! Qu’est-ce que vous pouvez produire tout de suite ? demanda le GISPEP.
-À ce stade, je peux vous fournir les SCUMs en cours et les probabilités de succès associées à chaque projet… hésita le Bougre.
-Et elles sont de combien ?
-Elles sont toutes de l’ordre de 50%…
-Vous vous foutez de moi ? Vous êtes en train de lancer des pièces à pile ou face sur un enjeu de cette envergure ?
-En fait, c’ est vraiment très nouveau, d’avoir les ressources, tout ça… Tout ce qu’on peut faire, c’est tester pour avancer et du coup…
-Bon, qui d’autre aurait quelque chose d’intéressant à me donner ? interrompit le GISPEP »
Le silence s’épaissit jusqu’à devenir douloureux, la tension s’installa, la pression bondit et tous les manomètres intérieurs se bloquèrent dans la zone rouge, ça allait péter.
« Je vous le demande encore : qui a un résultat, quel qu’il soit, à me donner ? réclama le GISPEP.
-En fait, répondit la Bougre Complice, nous sommes dans une phase de complexité, c’est équivalent à une phase d’incertitude pendant laquelle la tactique est de progresser par des tests et avec patience…
-Alors vous, je ne vous ai rien demandé ! Merde ! Ce n’est pas le moment de faire de la théorie, je veux des faits, des résultats !… Et vous, dit le GISPEP en pointant un des Bougres, où en est ce partenariat avec le Consultant censé nous faire gagner du temps ?
-C’est en cours… C’est un peu compliqué parce que le Consultant s’est montré très intéressé mais il ne répond plus à nos appels. Et quand on arrive à le joindre, il est toujours très intéressé et pourtant ça n’avance pas…
-Non mais c’est incroyable ! Qu’est-ce que vous foutez ! Vous vous rendez compte ? Tout ce que j’ai à fournir au Conseil, c’est que non seulement on n’a rien mais qu’en plus on ne sait pas ce qu’on va avoir !
-Vraiment, tenta à nouveau la Bougre Complice, cette zone d’incertitude peut se traiter avec réalisme, même avec le Conseil, j’ai une proposition à faire. »
Le GISPEP s’adossa dans son fauteuil, montrant toute la lassitude qui était la sienne,
« Eh bien, allez-y, de toute façon il n’y a rien d’autre…
-Les membres du Conseil peuvent comprendre qu’il y a une différence entre une situation complexe, où nous sommes, et une situation compliquée.
-C’est évident, c’est complexe quand c’est très ou trop compliqué, soupira le GISPEP.
-Ah non, le complexe n’est pas du compliqué à l’excès, c’est différent ! Le compliqué peut être résolu par l’expertise. Si c’est très compliqué, il faut beaucoup d’expertise. Dans une situation compliquée, on détecte le problème, on l’analyse ou on le fait analyser par des experts, et on agit en fonction de leur analyse…
-Et c’est pas ce qu’on a à gérer là ?
-On est plutôt dans du complexe, il y a tellement de projets en cours, tous plus ou moins reliés entre eux qu’on dirait un plat de spaghettis. La question est ‘si je tire sur un des spaghettis, qu’est-ce qui va bouger dans l’assiette ?’ Il n’y a pas d’expertise là-dessus ! La seule façon de faire, c’est d’agir en testant des hypothèses, d’observer et de décider en fonction… Ce dont ils ont besoin, au Conseil, c’est de savoir qu’on gère la situation correctement, par exemple en leur expliquant clairement quelles hypothèses sont en cours de test, quels sont les critères et tests qui nous permettront de valider ou d’invalider telle ou telle hypothèse et à quelle date. Il s’agit de montrer toute la cohérence de la démarche d’exploration de cette zone d’incertitude. Ce sont des éléments suffisants qui leur permettront de décider de l’avenir.»
Le GISPEP réfléchit alors profondément. Un des Bougres prit la parole :
« Si on fait ça, on va simplement leur montrer qu’on est paumés et qu’on cherche à gagner du temps… Déjà qu’on est en retard ! Et puis, on gère pas des spaghettis !
-Tout à fait, rétorqua un autre Bougre, regardons les choses en face, cette décision du Conseil est en elle-même une élucubration, un rêve !
-C’est tout à fait ça ! Regardez nous ! Nous n’avons rien alors que nous cumulons des années de pratique et d’expérience , mais jamais avec des spaghettis ! »
la Bougre Complice intervint :
« Mais c’est justement parce que cette décision est très innovante que nos expériences ne servent à rien ou à peu de chose !
-Non, c’est parce que nos expériences nous disent qu’il n’y a pas d’information que cette décision du Conseil de nous filer les ressources qu’on n’a jamais demandées ne sert à rien !
-Il nous faudrait au moins une formation de base sur les spaghettis complexes… insista un Bougre au fond de la salle.
-Je suis d’accord, interrompit le GISPEP, ce que je vais répondre au Conseil, c’est que nos tentatives montrent plus d’incertitude que de faits et donc qu’il serait trop risqué de poursuivre cette folie…
-Mais incertitude n’est pas risque ! s’exclama la Bougre Complice, c’est surtout une opportunité d’apprendre…
-Si je voulais apprendre, je retournerais à l’école ! hurla le GISPEP. Nous sommes ici pour faire notre métier, pas pour risquer l’avenir de l’entreprise, je vais donc proposer, sur la base de votre absence crasse de résultats, d’arrêter cette connerie avant d’y avoir trop engagé de ressources !
-Tout à fait d’accord ! répondit un Bougre, rejoint par toute l’assemblée, sauf un. »
La réunion se termina ainsi, avec un soulagement généralisé.

Alors que le mec du 12Delta et le Yogi entraient dans la salle, certains Bougres vinrent voir le GISPEP :
« Vous avez eu raison de stopper ce rêve absurde, c’est ce que je pensais depuis le début. Vous êtes si fort ! »
« Merci, vous êtes vraiment un bon Bougre, vous savez ce qui est bon pour nous et votre dévotion envers m… envers votre Entreprise est à l’image de votre carrière future.»
D’autres discutaient entre eux, créant une autre réunion et un bouchon dans le couloir :
« Dis donc, et l’autre qui voulait nous renvoyer à l’école ! Avec des spaghettis… C’est vraiment comme si elle cherchait à déstabiliser l’équipe !
-Et déstabiliser le GISPEP aussi !
-Et l’entreprise est à risque avec des gens comme ça, ce sont vraiment des Fourbes dont il faut nous méfier ! Il y en a de plus en plus !
-J’ai appris qu’elle travaillait main dans la main avec le Chef maintenant !
-Ils s’engueulent plus ?
-Je crois pas non… C’est dingue quand même…
-Y’a anguille sous cloche…
-En tout cas, c’était une bonne réunion et le débat que nous avons eu nous a permis certainement de sauver l’Entreprise d’une aventure périlleuse!
-On va manger ? Le mardi, y a des pâtes.

Toute ressemblance avec un chapitre précédent, surtout le chapitre ‘Alors ?’, montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GISPEP s’en prend à la Bougre Complice… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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