Les Chroniques iniques · Le canal
L’I.P.M.
Institut de Paléographie Managériale
Les Chroniques iniques ne sont pas arrivées jusqu’à nous par hasard.
Il fallait une institution capable de recueillir leurs fragments, d’en conserver les traces, d’en restaurer les passages les plus incertains et, surtout, de résister à la tentation de les rendre plus raisonnables qu’ils ne l’étaient à l’origine.
Cette institution existe.
Du moins, autant que peut exister un Institut de Paléographie Managériale.
Institut de Paléographie Managériale
Bienvenue à l’I.P.M.
Les personnages vivent les histoires. L’I.P.M. les recueille, les organise et nous les transmet.
Explorer les archives de l’I.P.M.
Le canal · La paléographie managériale · Ce que l’Institut préserve · Les formes des archives · Les certitudes
Les témoins · La méthode · Pourquoi un Institut fictif ? · L’archive incomplète · La mission
Le canal des Chroniques iniques
L’I.P.M. occupe une place particulière dans cet univers.
Ce n’est pas un personnage.
Ce n’est pas non plus l’auteur des événements qu’il rapporte.
Il constitue le canal par lequel les Chroniques iniques nous parviennent.
L’Institut collecte des récits venant d’un futur aujourd’hui disparu, examine des fragments, classe des observations, restaure des textes, confronte des versions parfois contradictoires et tente de rendre accessibles des documents dont l’origine organisationnelle demeure souvent difficile à établir avec certitude.
Le Chef, le Fourbe, le Skippy, Lyraen ou Caëlin vivent les histoires.
L’I.P.M. les recueille, les organise et nous les transmet.
Avec toute la rigueur que l’on peut attendre d’un institut consacré à l’étude de phénomènes dont une grande partie échappe précisément aux tentatives de classement.
Paléographie managériale
Une discipline dont personne ne semblait avoir besoin.
La paléographie traditionnelle étudie les écritures anciennes et permet de déchiffrer les traces laissées par ceux qui nous ont précédés.
La paléographie managériale poursuit une ambition assez voisine.
Elle tente de déchiffrer les traces laissées par les organisations.
- Comptes rendus de réunions.
- Plans de transformation.
- Présentations stratégiques.
- Processus.
- Indicateurs.
- Décisions.
- Rituels.
- Expressions dont personne ne connaît plus exactement l’origine.
- Procédures maintenues longtemps après la disparition du problème qu’elles devaient résoudre.
- Certitudes collectives devenues si familières qu’elles ne sont même plus formulées.
L’I.P.M. s’intéresse particulièrement à ces dernières.
Car les organisations produisent beaucoup de documents. Mais elles produisent également des croyances, des habitudes, des récits et des protections qui laissent rarement des archives aussi faciles à consulter.
Ce que l’Institut cherche à préserver
L’I.P.M. ne cherche pas à établir une doctrine du management.
Il serait d’ailleurs assez embarrassé s’il devait en choisir une.
Sa mission consiste plutôt à préserver ce que les transformations tendent parfois à effacer trop rapidement : les contradictions, les hésitations, les tentatives, les raisonnements et les mécanismes par lesquels une organisation essaie de continuer à fonctionner pendant qu’on lui demande de devenir autre chose.
Une décision absurde en apparence peut avoir eu une excellente raison d’exister.
Une procédure inutile aujourd’hui peut être le vestige d’une crise ancienne.
Une résistance peut cacher une protection.
Une certitude peut avoir été autrefois une solution.
Une organisation conserve ainsi dans ses pratiques une partie de son histoire. L’I.P.M. tente simplement de ne pas la perdre avant de l’avoir regardée.
Des documents aux formes parfois suspectes
Les archives de l’Institut ont une particularité : elles refusent obstinément d’adopter un format unique.
Le récit
Reconnaître.
Le paradoxe
Déplacer.
Le modèle
Structurer.
L’humour
Créer de la distance.
Certaines prennent la forme de contes. D’autres empruntent au Tao. Certaines deviennent des boussoles pour traverser le chaos. D’autres descendent dans les croyances et les protections silencieuses des organisations.
Il arrive également qu’un document se présente sous la forme d’un traité logique ou qu’il tente, avec un sérieux préoccupant, d’appliquer les lois de la physique à la connerie ordinaire.
L’I.P.M. ne semble pas considérer cette diversité comme un problème. Au contraire. Chaque forme permet d’observer quelque chose que les autres laissent dans l’ombre.
Et parfois l’absurde révèle ce que le sérieux avait parfaitement réussi à dissimuler.
Une institution qui se méfie des certitudes
L’I.P.M. possède quelques principes.
Le premier est probablement de se méfier des principes.
L’Institut considère avec prudence toute explication qui prétend rendre entièrement compte d’une organisation.
Il regarde avec une vigilance particulière les phrases qui commencent par :
« Il suffit de… »
« La solution est… »
« Les gens résistent parce que… »
« Le problème vient de… »
« Il faut simplement communiquer davantage. »
Non que ces affirmations soient toujours fausses.
Elles ont parfois un défaut plus embarrassant : elles peuvent devenir vraies suffisamment vite pour empêcher de regarder ce qui ne leur correspond pas.
L’I.P.M. préfère donc les hypothèses. Et, lorsque c’est possible, les hypothèses provisoires.
Les personnages comme témoins
Les archives de l’Institut sont traversées par plusieurs témoins récurrents.
Le Chef
Il cherche à maintenir l’ordre et à rendre le réel compatible avec les objectifs qui lui ont été confiés.
Le Fourbe
Il éprouve une attirance inquiétante pour les questions que personne n’avait prévu de poser.
Le Skippy
Il apparaît lorsque les réponses sont devenues tellement nombreuses qu’un peu de silence semble constituer un progrès.
Lyraen
La Bougre Complice accompagne, distingue et éclaire sans chercher à décider à la place de ceux qui avancent.
Caëlin
Le Bougre au Stagiaire, dit « le GROC », observe ce qui agit sous la surface et prête une attention particulière à ce que les systèmes tentent de protéger.
Leur fiabilité comme témoins n’est pas garantie. Leur capacité à rendre certaines situations reconnaissables l’est davantage.
Une méthode de travail relativement rigoureuse
Lorsqu’un fragment arrive à l’Institut, plusieurs questions peuvent être posées.
Que s’est-il réellement passé ?
Que dit-on qu’il s’est passé ?
Que croyait-on être en train de faire ?
Qu’essayait-on de protéger ?
Quelle solution avait déjà été mise en place ?
Que produit cette solution maintenant ?
Cette dernière question explique probablement pourquoi les archives de l’Institut sont si volumineuses.
Les organisations possèdent une remarquable capacité à conserver des solutions bien après que les problèmes auxquels elles répondaient ont disparu.
Certaines finissent même par créer de nouveaux problèmes auxquels seront apportées de nouvelles solutions.
L’I.P.M. appelle cela du matériau documentaire.
Le Fourbe utilise parfois un autre vocabulaire.
Pourquoi un Institut fictif ?
Parce qu’un détour permet parfois de regarder plus directement.
Présenter les Chroniques iniques comme des archives donne la possibilité de prendre de la distance avec des situations qui pourraient autrement être immédiatement ramenées à une entreprise, une méthode, un dirigeant ou une expérience particulière.
Le dispositif crée un espace entre le lecteur et ce qu’il observe.
Dans cet espace, une situation peut devenir drôle avant de devenir familière.
Une croyance peut être examinée sans devoir immédiatement décider si elle est vraie ou fausse.
Une contradiction peut rester ouverte suffisamment longtemps pour révéler ce qu’elle contient.
L’I.P.M. appartient donc pleinement à la démarche de transmission des Chroniques iniques.
Il ne garantit pas la vérité des histoires.
Il garantit seulement qu’elles pourront continuer à poser des questions.
Une archive toujours incomplète
L’Institut ne possède évidemment pas toutes les réponses.
Ses archives sont fragmentaires.
Certaines pièces ont probablement disparu.
D’autres n’ont peut-être jamais existé.
Quelques-unes paraissent avoir été rédigées après les événements tout en prétendant les annoncer.
L’I.P.M. préfère ne pas commenter ce dernier point.
Cette incomplétude n’est pourtant pas un défaut.
Elle rappelle simplement qu’une organisation ne se laisse jamais réduire complètement à son organigramme, ses procédures, ses indicateurs ou même aux récits de ceux qui la vivent.
Un murmure.
Une contradiction.
Un comportement inattendu.
Une protection invisible.
Une question encore mal formulée.
C’est généralement là que l’Institut commence à s’intéresser au dossier.
La fonction de l’I.P.M.
La mission de l’Institut pourrait tenir en quelques lignes
Conserver ce que les organisations oublient.
Observer ce qu’elles considèrent comme évident.
Prendre au sérieux leurs contradictions sans nécessairement les résoudre.
Transmettre ce qui peut aider d’autres lecteurs à regarder leur propre expérience autrement.
Puis classer soigneusement le dossier.
Jusqu’à ce qu’un nouveau fragment oblige à tout reconsidérer.
Les Chroniques iniques racontent les organisations.
Leurs personnages les traversent.
L’I.P.M. conserve les traces.
Et quelque part entre les trois, chacun peut peut-être reconnaître un morceau de sa propre histoire.
