Nov 182017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Le temps avait passé et l’ascension du mur de demandes se poursuivait, avec ses avancées, ses doutes et aussi ses peurs.
Ce matin, la réunion quotidienne de l’équipe de la Bougre Complice se tenait dans une atmosphère tendue :
« C’est de la folie ! On avance c’est sûr, mais on joue les funambules ! On va finir par se casser la gueule ! lâcha un équipier de la Bougre Complice
-Qu’est-ce que tu veux dire par là ? demanda-t-elle,
-Je veux dire qu’on prend des risques ! On avance dans la rupture, personne n’est allé aussi loin… Pour reprendre ton image du mur, on a grimpé très haut, peut-être trop haut et ce qu’il y a autour de nous, c’est un gigantesque précipice…
-Mais concrètement, insista la Bougre Complice, qu’est-ce qui te fait dire ça ?
-C’est simple pourtant ! On se concentre sur les demandes qui nous sont utiles et on les résout pour la plupart, c’est ça qui nous fait progresser… Mais les autres demandes, qu’on ne traite pas, les questions du Chef, du GISPEP qui ne nous sont pas utiles, on n’y répond même pas ! C’est sûr, on avance ! Mais le sentier est vraiment au bord du précipice et à la première erreur, on tombe ! Il suffit qu’un seul d’entre nous se plante et toute la cordée est en bas !
-Et ça ferait très plaisir au Chef, renchérit un autre équipier
-Ouais et c’est sans compter les explorations qu’on mène et qui font peur aux autres fonctions : la rupture, ça commence à bien faire ! »

S’en suivit un brouhaha qui ne s’était pas produit depuis une éternité, ou peut-être même jamais, dans cette équipe. La Bougre Complice réalisa brutalement que son équipe était en train de lâcher. Elle se sentit elle-même au bord du gouffre et cette sensation vint s’ajouter aux doutes qu’elle-même avait face à cette ascension qui devenait interminable. Certes ils avaient avancé, mais en avançant, ils avaient créé eux-mêmes le précipice qui leur faisait si peur maintenant, et c’était elle qui les avait amenés là-dedans.

Pendant ce temps, au même moment, le Chef était devant les Dirigeants qui l’avaient convoqué à la dernière minute. Il s’était rendu à la salle du Conseil le coeur battant et l’esprit englué dans toutes sortes d’hypothèses et arguments que la surprise provoquait en lui. Heureusement, il avait copieusement engueulé le GISPEP de ne pas l’avoir informé plus tôt et lui avait demandé illico des informations précises et complètes afin de ne pas avoir l’air trop con devant les Dirigeants. Le GISPEP lui avait fourni un PowerPoint rassemblant toutes les informations au sujet des projets d’innovation et notamment au sujet du projet d’innovation de rupture géré par la Bougre Complice. Sur les 87 slides de cette présentation de synthèse, 3 étaient aussi consacrés aux derniers agissements du Fourbe, justifiant d’après le Chef sa ré-intégration au Comité de Direction. Bref, il était prêt et cette flexibilité était pour lui une démonstration de plus de son Agilité.
Alors que le Chef connectait son ordinateur au vidéo-projecteur afin de partager avec les Dirigeants la présentation PowerPoint et montrer ainsi la maitrise qu’il avait de la situation, un des Dirigeants prit la parole :

« Quelqu’un a demandé une présentation ? demanda-t-il à ses collègues »
Les Dirigeants se concertèrent du regard et manifestement, personne n’avait exprimé une telle requête.
« C’est ce qu’il me semblait, reprit le Dirigeant, nous n’avons pas demandé de présentation, donc pas de présentation ! Ne perdez pas de temps avec la technologie ! »
Le Chef sentit le sol se dérober sous ses pieds. Sans l’aide visuelle des slides du GISPEP, il ne devrait compter que sur lui, sa mémoire et sa dialectique. Il regarda les Dirigeants d’un coup d’œil circulaire. Certains étaient plongés dans leurs emails sur leur iPad, d’autres bavardaient. Bref : aucun ne prêtait attention à ce qu’il venait de se passer. Le Chef en profita :
« Vous avez raison ! Je ne suis pas un adepte de ces présentations longues qui vont à l’encontre de l’Agilité ! Mais que voulez-vous, le changement est un voyage que chacun parcourt à son rythme et mon GISPEP n’en est qu’au début, il a insisté pour que je partage son travail avec vous, et par loyauté envers mes équipiers, je me préparais à le faire… Mais me voilà rassuré, nous sommes dans cette pièce en territoire d’Agilité.
-C’est vous qui le dites. Alors justement, nous avons appris que vous vouliez ré-intégrer le Fourbe au Comité de Direction et cela nous amène immédiatement à une question vous concernant.
-Ah bon… bredouilla le Chef, mais vous savez, je fais de mon mieux pour contribuer à l’avènement des projets de rupture et notamment en explorant de nouvelles méthodes de travail…
-Parfait ! Alors, voici la question que nous vous posons maintenant, et nous sommes impatients de connaitre votre réponse »
Le Chef se sentait au dessus d’un ravin sans fin, un mince fil le reliait encore à la terre ferme et l’appel du gouffre tendait ce fil de plus en plus. Il s’appuya le plus discrètement possible sur la table devant lui, esquissa un sourire entendu (il était très fort pour cela) :
« Mais je vous en prie, s’entendit-il dire presque malgré lui,
-Bien ! Le Fourbe n’a de cesse de dire que nous avons tendance à confondre Agilité et Flexibilité. Alors pour vous, pourquoi l’Agilité n’est pas la Flexibilité et en quoi permettra-t-elle à notre Entreprise de réussir ? »

Laissons le Chef réfléchir et revenons à la réunion de la Bougre Complice. Le brouhaha continuait et la Bougre Complice avait l’impression que si elle laissait faire, elle allait elle aussi sauter dans le précipice. Surtout que le Bougre au Stagiaire, qui participait à la réunion, commençait aussi à participer au brouhaha, sortant de son rôle de GROC.
Elle se leva :
« Votre attention s’il vous plait ! »
Le brouhaha ne diminua pas, elle insista :
« Votre attention s’il vous plait ! »
Le brouhaha ne diminua pas, elle insista en parlant plus fort, mais toujours sur le même ton :
« Votre attention s’il vous plait ! »
Des regards se tournèrent vers elle, d’autres continuaient à l’ignorer :
« Votre attention s’il vous plait ! »
Les regards qui s’étaient tournés vers elle invitèrent ceux qui l’ignoraient à la considérer,
« Votre attention s’il vous plait ! »
Tous les regards étaient vers elle, le silence était revenu :
« Merci. C’est vrai que cette situation peut foutre la trouille ! Moi aussi j’ai peur…
-Raison de plus pour arrêter !
-Justement non ! Si nous cédons à la peur, alors oui ce sera la fin et nous en serons responsables ! La peur est là pour nous dire d’être courageux et être courageux c’est avancer avec sa peur, je sais plus qui a dit ça, mais j’aime bien !
-Mais tu vois bien qu’on va se planter, ça ne peut pas durer longtemps comme ça !
-Je n’en suis pas si sûre ! C’est vrai que si on insiste aveuglément, on se plante, mais on n’est pas obligés de faire ça ! Ensemble, on vient de prendre conscience du danger, on vient de se rendre compte qu’on partage cette trouille, ça veut dire qu’on peut faire avec !
-Et comment ça ?
-En dépassant le vertige, en dépassant la peur, en dépassant la tristesse qui ne manquera pas d’apparaitre face à notre manque de confiance !
-Et tu nous vois avoir confiance, là, maintenant ?
-La confiance, ça se construit, ça se construit par la pratique ! Regardez tout ce que nous avons fait ! C’était facile ? C’était une promenade de santé ?
-Ben non, mais là c’est vraiment extrême…
-Eh bien, c’est maintenant qu’on va encore plus être ensemble ! Et on va encore plus pratiquer avec précision et application les 5 processus : ce sont eux qui nous ont amenés jusqu’ici, ils peuvent nous emmener bien plus loin !
-Oui mais regarde, le processus de co-création n’est plus adapté à nos besoins, il faudrait le faire évoluer !
-Très bien ! Comment faire ? Interrogea la Bougre Complice
-… On pourrait utiliser les 5 processus pour faire évoluer les 5 processus…
-Exactement ! C’est ce que le Skippy avait dit ! Il avait dit au Fourbe qu’un jour nous ferions évoluer les 5 processus pour qu’ils nous servent mieux dans de nouvelles circonstances. Et que ce ne serait possible que parce qu’on les aurait pratiqués intensément et c’est bien le cas !
-Donc on fait un processus de co-création pour faire évoluer le processus de co-création ?
-Pourquoi pas, dans la mesure où le processus de décision est appliqué pour entériner la nouvelle version !
-C’est pas con ! Moi ça me plait… »
La Bougre Complice s’était rassise, fatiguée et contente, un brouhaha avait repris mais celui-là portait de l’espoir, des questions et de l’enthousiasme.

Pendant ce temps, le Chef s’évertuait à répondre à la question du Dirigeant avec l’enjeu de ne répondre que ce que les Dirigeants attendaient, quitte à mettre en cause ses propres troupes :

« Vous savez… Flexibilité, Agilité… ce sont avant tout des mots… Pour moi ce qui compte, c’est le résultat… Le Fourbe, c’est vrai, défend sa doctrine et mon rôle est surtout de m’assurer que nous n’entrerons pas dans une forme de pensée unique. Il s’agit de ne pas oublier que nos méthodes de travail nous ont conduits là où nous sommes aujourd’hui : pourquoi d’un coup tout mettre en doute ? Pourquoi remettre en question ce que vous avez accompli au bénéfice de l’Entreprise ? Ce qu’il nous faut d’abord, c’est de la Flexibilité pour considérer l’éventuel intérêt des méthodes dites Agiles, et c’est ce dont vous faites preuve en ce moment même ! »
Les Dirigeants approuvèrent de la tête les propos du Chef, il était sur la bonne voie, mais la partie n’était pas gagnée :
« Cette Flexibilité, dont nous faisons preuve depuis le début, est celle qui nous a permis de nous adapter, de survivre dans les situations chaotiques. Elle est là, elle est notre essence et personne n’a à nous donner de leçon à ce sujet. L’Agilité est une mode en vogue aujourd’hui et à titre personnel, j’y vois certains éléments qui pourraient être profitables à notre Flexibilité. C’est pourquoi j’ai créé les postes de GISPEP et de GROC, afin d’étudier sans les perturber les méthodes de travail prônées par le Fourbe et testées par la Bougre Complice.
-Et elle rencontre un succès certain avec ces méthodes nouvelles ! s’exclama un des Dirigeants qui n’était pas absorbé par sa messagerie,
-Je serai prudent à ce sujet, répondit le Chef, car il est difficile de faire la part des choses entre les compétences des individus qui composent cette équipe et la valeur apportée par les méthodes Agiles,
-Mais au début, vous disiez que c’était une équipe de bras cassés…
-C’est vrai, et je suis fier d’avoir pu révéler, par mon management, le potentiel caché de cette équipe : il suffisait de leur faire confiance et de les mettre en bonnes conditions. Dire que l’Agilité y est pour quelque chose est pure hypothèse que je m’acharne à valider. C’est pourquoi je souhaite ré-intégrer le Fourbe au Comité de Direction…
-Mais vous l’avez viré !
-C’était pour moi le moyen de le libérer ! De lui donner suffisamment d’autonomie pour qu’il se révèle ! C’est de l’empowerment et ça a réussi ! Il est prêt maintenant à rejoindre le Comité de Direction !
-En tout cas, insista le Dirigeant, je tiens à vous féliciter pour votre travail, votre engagement et votre management ! Nous avons besoin de temps pour étudier votre demande, nous vous répondrons lors de notre prochaine réunion, dans un mois. Mais je vois qu’il est l’heure de déjeuner ! Je propose à notre assemblée d’aller déjeuner à la cafèt tous ensemble, qu’est-ce qu’il y a aujourd’hui ?
-Je crois, dit le Chef, que c’est Cuisine Fusion des Terroirs : ‘Tête de porc farcie aux herbes rares et ses oreilles confites aux épices oubliées’, il parait que c’est super !»

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef se rapproche du Pouvoir, tandis que… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Nov 112017
 

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Un mois s’était passé depuis leur dernière rencontre. La Bougre Complice avait petite mine ce matin, en se rendant chez le Fourbe. Elle était inquiète malgré les succès que son équipe enchainait dans sa progression au sein de l’incertitude qu’explorait son projet d’innovation de rupture.
Elle trouva le Fourbe à son bureau, plongé dans la lecture d’un bouquin sur la vulnérabilité.
« Bonjour ! dit le Fourbe en posant son livre et en fixant la Bougre Complice dans les yeux. Dis donc, tu as l’air crevée, ça va ?
-Je ne sais pas trop… C’est vrai que je suis crevée, et l’équipe aussi, je ne vois pas comment on va s’en sortir…
-Sortir de quoi ? Qu’est-ce qu’il se passe ?
-L’apprentissage et la pratique du rituel des 5 processus fonctionnent, j’en suis la première surprise, je t’avoue que je n’y croyais pas vraiment… Je l’ai fait parce que je te fais confiance… mais le résultat n’est pas ce que j’attendais.
-Ah bon ? Qu’est-ce que tu attendais ?
-Plus de sérénité parce qu’on serait plus efficaces…
-Et vous n’êtes pas plus efficaces ?
-Si ! C’est rien de le dire ! Même s’il y en a qui râlent encore quand il s’agit de n’appliquer que les 5 processus, on est vraiment plus efficaces. En fait, le groupe a une puissance incroyable et les problèmes semblent être résolus au moment où ils apparaissent !
-Super ! Je suis très content pour toi ! Et quel est le problème ?
-C’est que, du coup, le volume de demandes que nous avons à traiter a littéralement explosé ! On est submergés ! Et ça va pas pouvoir durer très longtemps !
-Je vois… En quoi est-ce un problème ? Je te demande ça juste pour être sûr d’être sur la même longueur d’onde que toi.
-Si on ne peut pas répondre aux demandes, on va mettre le projet à risque, et si c’est mon équipe qui met le projet à risque, c’est le comble ! On va avoir l’air con ! Et c’est pas bon pour la pub sur les méthodes Agiles…
-En gros, tu es victime de ton succès…
-C’est ça… Qu’est-ce que je fais ? Je mets en place un processus de priorisation des demandes, avec des critères figés et tout le tra-la-la ? Ça serait le comble, ça nous ramènerait en arrière…
-D’où elles viennent, ces demandes ?
-D’un peu partout, des clients du projet, des fonctions partenaires…
-Et elles sont justifiées ?
-Pour ça oui elles sont justifiées ! Elles sont toutes cohérentes et elles correspondent toutes à un besoin réel ! Je suis coincée !
-Je t’avoue que moi aussi je sèche un peu…
-Ben qu’est-ce qu’on fait alors ?
-On va voir le Skippy ! »

Pendant que la Bougre Complice et le Fourbe allaient voir le Skippy, dans le bureau du Chef, le GISPEP terminait son rapport :
« Vous dites bien qu’ils sont surchargés ? s’enquit le Chef en se frottant les mains.
-Tout à fait ! Ils sont victimes de leur succès, carrément !
-N’exagérons rien ! On va bien voir combien de temps ils vont tenir. D’ici là, continuez à inciter les fonctions partenaires à les solliciter… faites-leur de la pub !
-Quand même, faudrait pas qu’ils craquent… Pour une fois qu’on a une équipe qui marche bien en innovation…
-Mais c’est du hasard ! Ils marchent bien, c’est ce que vous croyez ! Ils s’abritent derrière les fantasmes du Fourbe, mais moi, je vais déjouer tout ça !Et vous, continuez à leur faire de la pub ! Les Dirigeants pourront pas dire qu’on n’y croit pas à ces méthodes… et ce ne sera pas de notre faute s’ils se plantent… Et là… finies les méthodes subversives à la mode !
-…
-Ça mon petit, c’est du management de niveau 2, vous voyez ?
-…
-Vous voyez pas… ça ne m’étonne pas… Contentez-vous d’en prendre de la graine… avec votre cervelle d’oiseau ça devrait être possible !
-…
-Allez ! On dirait encore Papython ! On va les avoir, vous verrez !
-N’empêche, c’est vrai qu’ils avancent quand même très bien et que le projet, même s’il porte de la rupture, avance plutôt vite et bien. Même si je le compare avec d’autre projets qui comportent moins d’incertitude…
-Et ça serait dû à quoi ? D’après vous ?
-Eh bien… Dans les rapports du GROC il est plusieurs fois fait mention d’une pratique systématique qu’ils utiliseraient quelque soit la situation, le problème ou l’opportunité, la ou les décisions à prendre.
-Comment ça systématique ?
-Vraiment systématique, c’est comme s’il n’y avait que cette pratique à disposition, ils ne se posent pas la question de comment faire, ils appliquent systématiquement la même approche… c’est comme un rituel…
-Mais c’est quoi cette approche ?
-D’après le Bougre au Stagiaire, ils appellent ça les 5 processus ou des fois les 5 legos… Mais il ne veut pas m’en dire plus, il dit que je n’ai qu’à aller les voir, que ce n’est pas secret…
-Mais dites donc, ça ressemble à une secte ! De mieux en mieux ! Et puis comment voulez-vous que ça marche si ils appliquent toujours les mêmes recettes ? C’est exactement ce qu’ils nous reprochent ! Excellent ! Démerdez-vous pour en savoir plus et interdiction d’y aller vous-même !
-Mais ce serait le plus simple…
-Ça suffit ! Démerdez-vous et vite ! Du résultat, bordel ! Du RE-SUL-TAT ! »

Pendant ce temps, le Fourbe et la Bougre Complice s’étaient rendus chez le Skippy et avaient exposé le problème qu’ils rencontraient. Le Skippy les avait écoutés en silence et maintenant il réfléchissait. La Bougre Complice et le Fourbe attendaient, tantôt se regardant, tantôt explorant le bureau du Skippy du regard. C’était intéressant car dans ce bureau, il n’y avait rien qui puisse indiquer qu’il s’agissait de celui du Skippy, aucune personnalisation, juste de quoi bosser et tout ça dans un état de rangement assez relatif.
Le Skippy prit une inspiration et ouvrit la conversation :

« Qu’est-ce qui vous fait croire que vous avez un problème à résoudre ?
-C’est pas une croyance ! rétorqua la Bougre Complice, nous sommes littéralement submergés par les demandes !
-Et ces demandes qui vous submergent, en quoi sont elles un problème pour vous ?
-Ben ! Trop de boulot ! On peut pas tout absorber ! On va dans le mur !
-Il est grand comment ce mur ? Vous pouvez me le décrire ?
-Non mais c’est une expression…
-Très bien. Il ressemble à quoi le mur de cette expression ? En briques ? En pierres ? Il est très haut ? Il est droit ? Courbé ? Décrivez-le moi.
-… Je sais pas… Je me dis qu’il est assez haut, qu’il grandit à chaque demande…
-Et vous pouvez encore voir par dessus ?
-Pour l’instant, oui. Mais ça va pas durer, c’est pour ça qu’on vient vous voir.
-Et qu’est-ce que vous voyez par dessus ?
-Mais j’en sais rien moi !
-Faites un petit effort, juste pour m’aider à vous aider.
-Disons que je vois un paysage plus calme, je vois plus de sérénité de l’autre côté, mais je ne peux pas y aller…
-Très bien ! Merci beaucoup ! Restons dans cette image : si vous aviez l’équipement pour l’escalader, ce mur, comment vous y prendriez-vous ?
-Je chercherais le passage le plus facile, et je monterais en fixant ma corde sur des points solides.
-Et avant cela ?
-…
-Si vous pouvez trouver la voie la plus facile en étant loin du mur, pour l’escalader, il va falloir aller à son contact : il va falloir aller contre le mur.
-C’est vrai.
-Et contre le mur, vous risquez de perdre de vue votre cible et ça vous fait peur.
-C’est vrai aussi.
-Surpasser l’épreuve que vous vivez va vous demander de ne jamais perdre de vue votre cible même quand vous ne pouvez plus la voir, comme ces tireurs à l’arc au Japon, qui tirent les yeux fermés après s’être longuement concentrés sur leur cible. Ensuite, cela va vous demander de la force intérieure, car pendant l’escalade vous ne pouvez compter que sur votre équipe et vous. Le piège serait d’aller quémander des ressources supplémentaires ; dans le meilleur des cas, si vous les obtenez, vous aurez alors une cordée bien plus longue à gérer et à coordonner !
-Mais il faut que j’arrive en haut en allant plus vite qu’il grandit, et il grandit à chaque demande !
-Choisir la voie la plus rapide revient à vérifier l’utilité que chaque demande vous apporte pour escalader le mur…
-Et qu’est-ce que je fais des autres ?
-Ce n’est pas une question à vous poser dans ces circonstances, la seule question à vous poser est ‘En quoi cette demande m’est utile à escalader le mur ?’ Et si la réponse est ‘à rien’ alors passez à autre chose, ne vous laissez pas distraire de votre cible !»
Le Fourbe intervint :
« Tu as demandé d’imaginer qu’on avait l’équipement pour escalader le mur, c’est quoi cet équipement ?
-C’est toi qui demandes ça ? répondit le Skippy d’un air amusé.
-Ben oui… je ne vois pas…
-Eh bien, l’équipement est celui que tu as fourni à juste titre à ta disciple ! C’est le rituel des 5 processus. Et tu verras que pendant l’ascension, l’équipe apprendra à faire évoluer ce rituel ou ses processus de façon à accroitre encore leur efficacité.
-Ah bon…
-Eh oui ! Dites, j’ai la dalle, on va manger ?
-J’avais d’autres questions ! indiqua la Bougre Complice, inquiète.
-Trop de questions empêchent d’agir ! Démarrez déjà avec ce que j’ai partagé avec vous, vous êtes première de cordée, c’est ça le point-clé… Bon ! Avec tout ça, j’ai faim! On va manger ? C’est andouillette de saumon au jus avec sa compotée de raifort, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « La Bougre Complice est face au gouffre pendant que le Chef… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Nov 042017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

 

Le Bougre au Stagiaire sortait du bureau du Chef, accompagné du GISPEP. Il y avait entre eux comme une certaine confusion, une certaine gêne.
Ils avançaient dans le couloir, côte à côte, en silence, slalomant entre les réunions impromptues de mécontentement rituel qui ont lieu traditionnellement après chaque réunion formelle. Ce mécontentement rituel était un des facteurs de cohésion de l’Entreprise, c’était dans le couloir que les alliances temporaires se nouaient, le temps pour chacun de se rassurer.
Après quelques dizaines de mètres, le Bougre au Stagiaire s’arrêta en questionnant le GISPEP :

« Mais alors, ce poste de GROC, c’est pour faire quoi ?
-Eh bien, répondit le GISPEP en cherchant ses mots, le Chef vous l’a bien expliqué, c’est pour faire des rapports opérationnels qui soient consolidés et surtout ordonnés et numérisés.
-Oui, ça j’ai bien compris, mais ça va servir à quoi ?
-Vous voulez dire, de faire des rapports ?
-De faire des rapports comme ça, oui, ordonnés, numérisés…
-Vous voudriez faire des rapports désordonnés ?
-…, non, ce n’est pas ma question.
-Vous voudriez que ces rapports ne soient pas numérisés ? À l’heure du Digital ? Ah ben bravo ! Vous qui vous targuez d’être en avance sur les méthodes de travail !
-J’entends bien ! Ma question est : qu’est-ce qu’on va en faire de ces rapports, bien ordonnés, bien numérisés ?
-Eh bien, on va les classer, les archiver et nous assurer qu’ils sont à la disposition de qui voudrait les consulter ! Mais ça c’est mon boulot ! Le vôtre, c’est déjà d’aller dans les équipes et d’observer comment elles travaillent, comment elles utilisent leurs ressources pour que l’Entreprise prospère. Et j’ajouterai : Youp La Boum !
-…
-Prosper, Youp La Boum ! Elle est bonne non ? Faudrait voir à avoir un peu d’humour aussi, ça ne vous ferait pas de mal ! »
Sur ce, laissant le Bougre au Stagiaire pantois, le GISPEP s’éloigna, un sourire aux lèvres : les enseignements du Chef portaient leurs fruits, il arrivait presque à faire comme lui et cela le remplissait d’aise, de confiance et de fierté.

Pendant ce temps, dans le bureau du Chef, le GISPER était soumis à la question :
« Bon dieu ! Vous êtes quand même le Gestionnaire d’Intégration Systémique des Personnes en Ressources ! Vous devriez quand même être au courant !
-Je vous le répète, je ne marque pas à la culotte chaque employé ! Le Fourbe est un employé comme un autre et je n’ai pas d’information sur lui, comme ça, au débotté…
-Eh bien vous devriez ! Le Fourbe est quand même celui qui a introduit ces méthodes à la con dans l’Entreprise, il a apporté avec lui un esprit subversif laissant croire qu’il pourrait exister une intelligence collective qui résoudrait les problèmes que les Chefs ne sauraient pas résoudre ! C’est un élément de déstabilisation de l’Entreprise, il devrait être surveillé de près !
-Je ne suis pas d’accord du tout ! Il a apporté effectivement des points de vue nouveaux pour nous, mais qui sont exploités avec succès dans d’autres entreprises. Et puis, chez nous, on peut dire que la Bougre Complice s’en sort pas mal du tout…
-Mais elle échappe à tout contrôle !
-Je ne vous suis pas, ses résultats sont bons !
-Mais on ne sait même pas comment elle les obtient !
-Lisez les rapports du GISPEP…
-Ils ne sont pas assez complets, c’est pour ça que j’ai nommé le GROC !
-Pour avoir plus de rapports ?
-Pour montrer que ces méthodes, c’est du flan ! Ce que dit le Skippy c’est du flan et je l’ai senti tout de suite, dès qu’il m’a parlé !
-Vous avez rencontré le Skippy ?
-… Non ! J’ai envoyé le GISPEP ! Vous croyez vraiment que j’ai du temps à perdre ?
-C’est vous qui voyez après tout… Qu’est-ce que vous attendez de moi finalement ?
-Il faut mettre le Fourbe sous contrôle : ré-intégrez-le au Comité de Direction !
-Il me faut l’accord des Dirigeants pour cela…
-Pourquoi ? J’ai pu le virer sans les consulter !
-Justement, depuis, ils souhaitent être informés… Je dois consulter les Dirigeants… Que dois-je leur dire au sujet des projets d’innovation ? Ils auront besoin de résultats pour comprendre ce besoin de ré-intégration.
-Mais vous croyez que j’ai le temps de m’occuper des projets d’innovation ? Alors que tout est prêt à partir à vau-l’eau ?
-C’est vous qui voyez…
-Allez-y… Si vous avez besoin de données, demandez au GISPEP ou au GROC… »

Là-dessus, le GISPER quitta le bureau d’un Chef très nerveux qui décida qu’il fallait changer les choses : il commença à ré-agencer les piles sur son bureau.

Pendant ce temps, la Bougre Complice était chez le Fourbe :
« Ce n’est pas facile de tenir l’équipe en ce moment. Ils ont tendance à se jeter sur toutes les opportunités présentes et des fois ce sont des trucs vraiment inutiles… Ce qui me fait rager, c’est qu’on aurait pu les éviter…
-Comment ça, les éviter ? questionna le Fourbe
-Je me rends compte que nous avons tendance à nous jeter sur tout ce qui passe, sans même prendre le temps de l’analyser. Il faut dire que le rituel des 5 processus, même s’il n’est pas encore systématique, accélère tellement les résultats de l’équipe que c’est comme si elle craignait de ne plus avoir de quoi fonctionner…
-C’est exactement ça ! C’est une phase critique où l’équipe doit apprendre à se nourrir…
-Comment ça ?
-Par le rituel des 5 processus, l’équipe transforme de plus en plus vite des opportunités ou des problèmes en résultats, c’est comme si son transit s’accélérait…
-Sympa comme image… T’en a pas une autre ? Parce que là….
-Pourtant c’est ce qui se passe : ton équipe a faim ! Elle a alors tendance à prendre tout ce qui passe, comme elle le fait depuis un certain temps sauf que maintenant, ce n’est plus adapté !
-Mais comment elle fait alors ?
-Vous allez apprendre à reconnaitre ce qui vous nourrit vraiment, sans excès qui pourrait conduire à l’indigestion. Vous allez apprendre à choisir ce qui, dans le chaos des possibilités de ce projet d’innovation de rupture, est à même d’être le mieux transformé par l’équipe…
-Je n’y comprends rien… Désolée…
-Vous êtes là comme une équipe agile et à ce titre, vous poursuivez simultanément trois objectifs : la satisfaction du client ET la satisfaction des membres de l’équipe ET la productivité…
-C’est vrai…
-Eh bien, la nourriture que vous recherchez est celle qui apportera le plus de valeur aux trois mesures, simultanément…
-Ah ben… J’ai pas le cul sorti des ronces…
-Fais confiance à ton équipe, fais confiance au rituel des 5 processus, et tu seras surprise : surfe sur le chaos en nourrissant l’équipe avec les meilleurs mets.
-…
-Assez travaillé ! On va manger ? C’est la journée des Oto-Rhino, avec oreille confite de vache et son mucilage d’herbes des Alpes »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le filet se resserre sur la Bougre Complice… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Oct 282017
 

Avertissement
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n’engage que son lecteur et réciproquement. »

 

Le Stagiaire se tenait devant la Bougre Complice, un peu gêné, un peu en colère, un peu perdu aussi :
« Et il t’a demandé de lui raconter comment nous travaillons ? demanda la Bougre Complice,
-Oui… Mais c’était bizarre, c’était comme si c’était un secret…
-Tu veux dire le fait de lui raconter ou bien la façon dont nous travaillons ?
-Un peu les deux. En fait j’ai rien compris à ce qu’il voulait. En gros, il voulait que je le rencontre régulièrement, et discrètement, pour lui raconter comment tu bosses avec ton équipe. Je lui ai dit que c’était pas un secret, qu’il avait qu’à venir à vos réunions, il verrait bien.
-Tu as bien fait ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Alors il va venir voir ?
-J’en sais rien, ça n’a pas eu l’air de le convaincre… Il m’a dit qu’il n’avait pas le temps, que c’était surtout pour compléter les rapports qu’il assemble. En fait, il avait pas l’air à l’aise non plus… Je te jure, c’était vraiment bizarre comme situation !
-J’imagine ! Écoute, c’est pas grave, ça montre juste qu’il est peut-être intéressé par nos approches. A l’occasion, si je le vois, je lui en parle.
-OK.
-Là je file, j’ai rendez-vous avec le Fourbe.»

Pendant ce temps, le GISPEP racontait son échec à retourner le Stagiaire au Chef, qui le prenait mal et qui gueulait, soucieux qu’il était de faire des actes de management à l’égard du GISPEP. Après un bon quart d’heure de reproches, insinuations et autres jugements abrupts, le Chef s’adossa à son fauteuil, s’assura que les piles de documents sur son bureau étaient bien alignées, et prit une profonde inspiration :

« En fait, c’était une connerie de vouloir retourner le Stagiaire… Un jeune, c’est con, ça a des loyautés à la con et imprévisibles… Si vous me l’aviez demandé, je vous l’aurais dit ! Mais non ! Vous préférez foncer tête baissée sans réfléchir ! Prenez-en de la graine et apprenez à réfléchir avant d’agir !
-Mais c’est vous qui m’avez demandé…
-C’était un test, bordel ! Et vous avez échoué… Une fois de plus, devrais-je dire… Alors maintenant voilà ce que nous allons faire : nous allons muter quelqu’un dans cette équipe avec un rôle bien précis qui fera que cette personne ne saura même pas qu’elle espionne pour nous !
-Ah bon ? Parce que le Stagiaire m’a dit que leurs méthodes de travail n’étaient pas un secret, il m’a même invité à assister à leurs réunions…
-Bien sûr ! Pour garder la main ! Pour montrer que la Bougre Complice a le Savoir et l’Expérience et pas moi ! C’est dingue… vous n’avez aucune sensibilité à la manipulation !
-C’est qu’il m’a semblé sincère… vraiment ! J’irais bien assister à une de leurs réunions…
-Jamais ! Mais vous ne comprenez rien à rien ! C’est moi qui fixe le cadre et les conditions : je sais que ces méthodes, c’est du flan ! C’est juste une mode ! Et je le démontrerai ! Mais s’ils connaissent notre intention, alors ils vont tout biaiser et je n’aime pas me faire biaiser !… Elle est bonne, non ?
-…
-Je sais ce que nous allons faire… Je vais créer un poste dans votre équipe…
-Mais je suis tout seul, je n’ai pas d’équipe…
-Justement ! Il est grand temps que vous soyez soutenu dans vos efforts ! Ce qu’il vous faut, c’est une personne habilitée à recueillir les informations opérationnelles dans les équipes (dont celle qui nous intéresse) afin de consolider des rapports intégrant les méthodes de travail.
-Mais ça je peux le faire, juste en allant aux différentes réunions de pilotage des équipes…
-Non ! Pas vous ! Mais c’est incroyable ! Vous êtes plus obtus qu’un angle droit ! Ce poste s’appellera le Gestionnaire des Rapports Opérationnels Consolidés, Ordonnés et Numérisés. Numérisés car nous sommes à l’ère du Digital : montrons-leur que nous aussi, nous sommes à la page…
-Et pourquoi « ordonnés » ?
-Ben il manquerait plus que ce soit le bordel ! C’est important que ces rapports soient ordonnés, non ?
-…
-Pour faire plus court, on l’appellerai le GROC…
-…
-A qui on propose ce poste ? Vous avez une idée ?
-…
-Non ? Vous ne voyez pas ? Eh bien, nous allons le proposer au Bougre au Stagiaire ! Comme ça on a le beurre, l’argent du beurre, la crémière et les vaches… Vous pourrez jouer avec les vaches, si vous voulez !
-…
-Oh, quoi, vous avez vraiment pas d’humour ! Allez, décision prise, rédigez-moi cette définition de poste fissa ! Du résultat, de l’action, du RE-SUL-TAT !
-OK, je m’y mets.
-Et pendant ce temps, j’informe le Bougre au Stagiaire qu’il a un nouveau rôle, vous lui expliquerez le reste, puisqu’il vous rapporte maintenant. Vous voilà manager ! Merci qui ?…
-…
-Hein ?
-Merci Chef… »

Le temps de cette rencontre, la Bougre Complice était arrivée chez le Fourbe. Elle avait besoin de conseils car la phase de sortie de l’hiver était bien finie, l’énergie de l’équipe était là, puissante, presque indomptable et les opportunités étaient là aussi. Cela présentait un double risque pour l’équipe : celui de se replier sur elle-même pour pouvoir se concentrer sur ses actions dans un environnement turbulent et riche et celui, opposé au premier, de voir l’équipe gaspiller son énergie en papillonnant au gré des opportunités se présentant.
« Ton analyse est bonne, dit le Fourbe, il y a bien ces deux risques.
-Le problème, c’est qu’ils sont les deux faces d’une même médaille : si j’évite l’un, je tombe dans l’autre, et réciproquement.
-C’est effectivement l’impression que cela peut donner. Pourtant il y a une solution qui évite les deux pièges, le problème c’est que cette solution, pour se comprendre, demande à être mise en oeuvre…
-Tu veux dire qu’il faut que je mette en place une chose que je ne comprends pas pour pouvoir la comprendre ?
-Pas forcément que tu ne comprends pas. Disons une solution dont tu ne perçois pas le lien entre ce qu’il suffit de faire, et les effets qu’elle produira, qui iront bien dans le sens de ce que tu cherches… C’est un peu comme si, pour construire le pont, il fallait traverser le fleuve…
-Voilà voilà… c’est parti pour les mystères… tu m’aides un peu ?
-En fait, il s’agit de garder ton équipe ouverte à toutes les opportunités extérieures, tout en garantissant qu’elle ne surfe que sur les bonnes et là, qu’elle s’implique à fond.
-C’est ça !
-Eh bien, l’approche consiste à développer des rituels…
-Hein ? Tu veux dire qu’on va sacrifier des animaux ou autre chose ?
-Non ! Ce que ton équipe et toi allez ritualiser ce sont les processus élémentaires de travail en équipe, ceux que vous utilisez déjà quelques fois…
-Tu veux dire processus de décision, de co-construction, etc. Tu parles des 5 processus ?
-Oui ! C’est le moment de les rendre systématiques, quelle que soit la situation ou l’enjeu, cela deviendra le point de stabilité de l’équipe, son côté introverti.
-Mais ça va être super lourd… super chiant, même !
-Tu vois ? Sans être mise en oeuvre vraiment, cette solution ne livre pas ses trésors…
-…
-Il va falloir, pour ton équipe et toi, de la volonté à appliquer systématiquement ces 5 processus. Ce ne sera pas facile, vous échouerez parfois et puis à un moment donné, l’évidence sera là et vous aurez traversé le fleuve tout en construisant le pont.
-Et ce sera quand ?
-Aucune idée, impossible à dire… vous le constaterez après coup !
-Bon… c’est pas encourageant… mais je te fais confiance …
-Parfait ! On va manger ? Aujourd’hui, c’est rate de porc tartare avec son écrasée de brocolis confits au miel… Il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Bougre au Stagiaire se fait embobiner, le plan machiavélique s’étoffe… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Oct 222017
 

En préambule, les chercheurs de l’Institut de Paléographie Managériale vous remercient de votre patience et se félicitent de vous avoir aidé à progresser sur ce point particulier. Par ailleurs, ces même chercheurs vous invitent à vous remémorer le conte précédent (le 24) avant d’entamer la lecture de celui qui suit, le conte 25, qui suit le 24 ainsi que tous les autres, et réciproquement. Le conte 24 (c’est celui où le Chef va rencontrer le Skippy en cachette sur les conseils du GISPEP) est accessible ici : Conte 24

Maintenant que c’est fait, la lecture s’ouvre à vous par l’avertissement ci-dessous :

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

« C’est le bordel ! Avec vos conneries… comment vous dire… c’est le bordel ! Et maintenant quoi ? Vous avez d’autres recommandations à la con ? Parce que vraiment… c’est le bordel ! »
Le Chef avait appuyé ses deux poings sur son bureau et s’était à demi levé, les yeux rivés sur l’enveloppe corporelle du GISPEP, tétanisée, recroquevillée, accrochée à son dossier plein de rapports.
Le GISPEP avait été convoqué tôt ce matin, une convocation par email, une qui disait « dans mon bureau dans 10 minutes ». S’il n’avait pas eu la saine habitude de commencer ses journées en ouvrant sa boite mail avant toute chose afin de recevoir en pleine poire son tsunami quotidien et matinal, il n’aurait pas eu cette information cruciale et la face du monde, ou au moins la sienne, en aurait été changée.
Il était sans voix, il était sans pensée, il était sans tout ce qui aurait pu l’aider à réagir, ça lui faisait toujours ça quand le Chef lui en passait une. D’un autre côté, il en avait presque l’habitude. En tout cas il y travaillait car c’était comme ça. Travailler avec le Chef, c’était savoir accepter ça, c’était l’opportunité que lui donnait le Chef de grandir un peu et de s’assumer en tant qu’individu. Et au fond de lui, derrière les tiraillements au sein de ses tripes et de sa poitrine, il sentait comme une vague forme de reconnaissance : tout était comme d’habitude et c’était rassurant.
« Parce que quand même, reprit le Chef, c’est vous qui m’avez obligé à rencontrer le Skippy ! Hein ? C’est bien ce qui s’est passé ?
-Ben… vous étiez quand même d’accord…
-Comment ça ? Vous m’avez organisé ce putain de rendez-vous, j’étais bien obligé de m’y rendre, ça s’appelle de la politesse !
-C’est vrai… Mais on en avait parlé avant…
-Eh ben heureusement ! Il manquerait plus que vous organisiez des rendez-vous pour moi dans mon dos !
-Il m’avait semblé qu’on était d’accord…
-Mais d’accord sur quoi ?
-Ben, d’aller voir le Skippy…
-Mais jamais de la vie ! C’était votre idée et moi, en tant que Chef, je me dois de vous laisser de l’autonomie, j’ai donc fait un acte de management ! Et voilà le résultat !
-Je suis désolé, j’ai dû mal comprendre…
-C’est ça ! Et il va falloir que ça change ! Parce que finalement, vous êtes tous les mêmes !
-…
-Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai appliqué les conseils à la con du Skippy ! Il avait dit : « Laisse pousser les jeunes pousses au printemps » alors c’est ce que j’ai fait ! J’ai donné l’autonomie aux équipes, je me suis retiré et je les ai laissées travailler.
-…
-Pas un jour, je ne me suis rapproché d’eux de façon à ce qu’ils voient bien qu’ils étaient libres de faire ce qu’ils voulaient, de prendre les décisions qu’ils voulaient. J’ai refusé toutes leurs demandes pour que je participe à des « ateliers de co-construction », comme ils disent. Je ne voulais influencer leur travail en aucune manière.
-Mais je ne suis pas sûr que c’était ce que voulait dire le Skippy…
-Ah bon ? Parce ce que maintenant vous comprenez les choses ? Vous vous foutez de moi ? Vous allez me donner des leçons en tant qu’inspecteur des travaux finis ?
-Non, non…
-J’ai fait exactement ce qu’il a dit et ça a du sens : si je veux donner l’autonomie, je m’éclipse, je n’impose plus ma présence à l’équipe et ainsi elle gagne toute sa liberté… Putain… Vous avez vu ce qui s’est passé ? Ces cons-là ont pourtant pas mal démarré… A un moment j’y ai cru… Et puis ils ont commencé à débattre… débattre, chacun tirant la couverture à soi… Bande de trouillards… La seule décision qu’ils prennent d’un commun accord à la fin d’une réunion , c’est de fixer la date de la prochaine réunion… et encore, des fois ils n’y arrivent pas parce qu’ils sont trop occupés… Résultat ? C’est le bordel !!! Moi j’ai fait mon boulot et ma conclusion est double : j’ai des équipes de bras cassés et les méthodes du Skippy, c’est du flan, c’est le truc à la mode peut-être, mais c’est pas pour nous…
-Peut-être faudrait aller les voir et leur dire…
-Mais bien sûr ! Maintenant que c’est le bordel, et c’est grâce à vous, je vais y aller pour récupérer les dégâts ! Qui c’est qui s’y colle, c’est bibi ! Comment voulez-vous que je me positionne dans ce merdier maintenant ? A part tout raser et tout recommencer, je ne vois pas d’autre solution… Convoquez-moi les équipes pour cet après-midi, réunion de crise… Ça va chier…
-Très bien… Je convoque la Bougre Complice aussi ?
-Et pourquoi pas ?
-En fait, son équipe marche plutôt très bien… c’est la seule où ce n’est pas le merdier en fait…
-Eh bien c’est qu’elle n’applique pas les conneries du Skippy !
-… À ce qu’on m’a dit, elle les applique et avec elle ça a l’air de marcher…
-Non mais vous vous entendez ? Alors comme ça, si ça merde, c’est à cause de moi ?
-Je ne dis pas ça… mais c’est vrai que son équipe s’en sort très bien, je le vois dans mes rapports…
-Et comment elle fait alors ?
-J’ai l’impression qu’elle a donné l’autonomie en se rapprochant du quotidien de son équipe. Elle en est devenue une partie intégrante, non comme chef mais comme contributrice, au même titre que tous les équipiers. Cela a permis à l’équipe de bénéficier de son expérience, de ses compétences et de sa vision. Pour autant, les décisions étaient prises par les personnes qui en bénéficiaient le plus, il semble qu’ils utilisent un processus pour prendre leurs décisions. Manifestement, cela a créé de la confiance assez rapidement, même si les débuts ont été, comme chez nous, un peu chaotiques.
-Sauf que chez nous, on est toujours dans le chaos… Et c’est quoi ce processus de décision ?
– Je ne sais pas… Ce que je vois, c’est qu’apparemment, ils saisissent les opportunités qui se présentent sans se poser plus de question. C’est comme si ils surfaient sur le chaos et ça les rapproche quand même de leur but. Je n’en sais pas plus, je vous livre ce que je déduis de mes rapports…
-Il nous faudrait quelqu’un dans la place qui puisse nous renseigner discrètement…
-Comment ça ?
-Eh bien, vous voyez bien ! Quelqu’un qui soit dans l’équipe de la Bougre Complice qui puisse nous raconter comment ils travaillent vraiment…
-Mais… on pourrait simplement demander à la Bougre Complice de nous expliquer comment ils font… Ce serait une super conférence à monter…
-Jamais de la vie ! Il est hors de question que la Bougre Complice nous donne des leçons ! Le Chef, c’est moi ! La Connaissance, c’est moi ! La Boite, c’est MOI !… Non, il nous faut une source d’information discrète dans la place…
-Un espion…
-Tout de suite les grands mots ! Si vous voulez… Dites-vous que nous agissons ainsi parce que nous y sommes contraints ! C’est vous qui m’avez mis dans ce merdier, ne l’oubliez pas ! Alors considérez que je vous donne une chance supplémentaire…
-Bien…
-Trouvez-moi quelqu’un qui pourrait infiltrer cette équipe… Pourquoi pas le Stagiaire ? C’est influençable un Stagiaire…
-Vraiment ?
-Oui ! Décision prise, allez me retourner le Stagiaire ! Mais n’en profitez pas hein ! Héhé… Fin de la discussion ! Du résultat, mon gars, du RE-SUL-TAT !
-…
-Allez ! On va manger ! C’est la journée de quoi aujourd’hui ?

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef et le GISPEP  mettent en œuvre leur plan machiavélique… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Août 052017
 

…et réciproquement !

Cet été, le travail de traduction des parchemins et palimpsestes des Contes de la Connerie Collective est entré dans une phase obscure. Du coup les traductions et publications des Chroniques Iniques ont été suspendues, les chercheurs de l’IPM ayant unilatéralement décidé de n’en ramer pas une le temps de quelques semaines en attendant d’y voir plus clair. L’obscurité semble se lever peu à peu et le retour se prépare, c’est promis, ce sera sans doute avant fin Octobre !

Pour vous, c’est l’occasion de faire une pause, sans oublier de réviser quand même… Il y a un lien entre le Tao et les Contes, connaissez-vous vraiment le Tao ? En êtes-vous si sûr ?

Les Chroniques Iniques, c’est plus de 160 traductions disponibles rien que pour vous et fruits d’un labeur acharné (et réciproquement aussi).

Profitez-en pour approfondir en consultant :

  • Les Contes de la Connerie Collective, dont le premier chapitre est ici
  • le Tao de la Connerie Ordinaire, dont le premier chapitre est ici
  • l’inventaire des Chroniques Iniques en cliquant ici
  • le Glossaire Inique en cliquant ici
  • La bibliographie en cliquant ici

Et pis c’est tout !

Et pis pas mieux !

A la prochaine !

Juil 292017
 

…et réciproquement !

Le travail de traduction des parchemins et palimpsestes du Tao de la Connerie Ordinaire est entré dans une phase obscure. Du coup les traductions et publications des Chroniques Iniques sont momentanément suspendues, les chercheurs de l’IPM ayant unilatéralement décidé de n’en ramer pas une le temps de quelques semaines de vacances en attendant d’y voir plus clair !

Pour vous, ce n’est pas une raison pour faire de même, surtout quand il s’agit de ne rien faire, mais quand même…

Les Chroniques Iniques, c’est plus de 160 traductions disponibles rien que pour vous et fruits d’un labeur acharné (et réciproquement aussi).

Profitez-en pour réviser en consultant :

  • Les Contes de la Connerie Collective, dont le premier chapitre est ici
  • le Tao de la Connerie Ordinaire, dont le premier chapitre est ici
  • l’inventaire des Chroniques Iniques en cliquant ici
  • le Glossaire Inique en cliquant ici
  • La bibliographie en cliquant ici

Et pis c’est tout !

Et pis pas mieux !

A la prochaine !

Juil 222017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Ce matin-là, le Chef avait convoqué le GISPEP dans son bureau. Le GISPEP s’y était rendu accompagné de son dossier détaillant toutes les actions en cours. Il était confiant car il y avait plein d’actions en cours, ce qui témoignait de l’énergie qu’il consacrait à l’entreprise. Par ailleurs, l’autre avantage à avoir plein d’actions en cours était, en cas d’échec, de pouvoir montrer qu’on avait tout tenté et donc de se dégager d’une quelconque responsabilité sur les résultats.
En marchant dans le couloir, le GISPEP eut d’ailleurs une pensée aussi fugace que désagréable : « quels résultats ont-ils obtenus par les actions que j’ai lancées ? ». Le fait était que la réponse à cette question était inaccessible au GISPEP et il chassa cette inquiétude naissante en frappant à la porte du Chef.
Le Chef était ce bonne humeur ce matin. Les piles sur son bureau n’avaient pas bougé, nota intérieurement le GISPEP, la rumeur était donc peut-être vraie… Il refusait d’y croire… et pourtant…
Le Chef accueillit le GISPEP avec sérieux :
« Nous avons du travail, tous les deux…
-Je vous ai apporté des rapports, parce que les discours c’est périssable,
-Très bien ! Mais ce n’est pas de cela que je veux vous parler, je veux vous parler de la situation actuelle
-Je vous écoute, mais j’ai déjà tout mis dans les rapports…
-Ecoutez-moi ! interrompit le Chef, où en êtes-vous dans ce cycle de conférences « Je dépasse mes limites » ?
-Eh bien, nous avons fait 2 conférences avec un marathonien de haut niveau…
-J’en ai entendu parler, mais plutôt en termes ironiques…
-Ben faut dire que les champions qu’on a contactés en leur expliquant notre contexte n’ont rien compris. Ils ont tous refusé en disant que les phases de repos servaient au repos. Le seul qui a finalement accepté avait gagné le marathon senior de Sainte Bernique du Touchey en 1996. La première conférence s’est bien passée, mais à la deuxième il a fait un malaise… du coup, ça la foutait mal pour notre projet de dynamisation…
-Effectivement… ça ne vous est pas venu à l’idée qu’un vieux gâteux ne soit pas des plus motivants ?
-Au contraire ! Il montrait l’exemple des anciens, de l’expérience, de la connaissance de soi… mais c’est vrai, faire une conférence de 2 heures avec un respirateur, ce doit être fatiguant…
-Et quoi d’autre ?
-Juste un respirateur…
-Non ! Je veux dire : quoi d’autre dans le même registre ? Vous avez des résultats ? »
Le GISPEP ne put réprimer un frisson glacé qui lui descendait lentement de la nuque au sacrum. Il feuilleta son dossier de rapports avant de répondre :
« Ben en fait, pas grand chose… Vous savez ce sont des actions qui prennent du temps…
-Pas de résultats donc…
-Pourtant, on sent qu’il y a à nouveau de l’intérêt au travail, on voit que les équipes ont tendance à se réveiller…
-Ce n’est pas faux, j’ai moi aussi cette impression, et surtout dans l’équipe qui travaille sur notre innovation de rupture… et j’aimerais voir ça aussi sur les autres équipes…
-En fait, l’équipe de la Bougre Complice est la seule à m’avoir écrit pour me remercier des conférences avec Papython comme ils l’ont appelé…
-Bon passons ! L’énergie revient, c’est sûr, qu’est-ce qu’on fait ?
-Alors voilà, j’ai préparé un nouveau cycle de conférences sur l’éveil et le retour à la vie. Je suis en contact avec un rescapé sorti de 8 ans de coma, il s’exprime en morse en clignant de l’oeil gauche… non droit… non, je sais plus. Et puis j’ai aussi un ancien taulard, accusé à tort d’avoir lacéré son patron, qui est en cours de ré-insertion…
-Stop ! stoppa le Chef avec une colère montante, mais vous n’apprenez rien de rien, vous ! Vous ne voyez pas que ça ne sert à rien ? Je vous pose la question autrement : qu’est-ce qu’elle fait la Bougre Complice ? Comment elle gère ce retour ?
-Mais je ne sais pas moi !
-Eh bien trouvez ! Je veux savoir !
-On a qu’à le lui demander…
-Jamais de la vie ! Ce serait reconnaitre qu’elle pourrait avoir raison et vous savez comme moi que ce n’est pas possible. Il y a un vice caché dans ses approches et je le trouverai ! Mais pour autant, il nous faut savoir ce qu’elle prépare… Discrètement…
-L’idéal serait de pouvoir poser la question à quelqu’un qui sait et qui n’est pas elle…
-Le Fourbe ? Vous rigolez ! Ils sont toujours ensemble ! Ah ! Je vois la tête du Fourbe si on y allait maintenant…
-Je ne pensais pas au Fourbe, effectivement il est trop proche de la Bougre Complice…
-Ben à qui pensez-vous, alors ?
-… Je pense… et ne le prenez pas mal, je partage juste une idée !
-Allez ! Crachez votre Valda !
-Ben je pense qu’on pourrait… aller voir… mais en secret ! Ça je peux organiser un rendez-vous secret et je pense qu’il viendrait…
-Mais qui bordel ! On va voir QUI ?
-Le Skippy… on pourrait aller voir le Skippy…
-…
-En fait, je peux organiser un rendez-vous secret et en plus si ça se savait, personne ne le croirait…
-Ça… je ne le crois pas moi-même… dit le Chef en déplaçant légèrement la pile de dossiers à sa droite,
-Et pourtant… lui a certainement les réponses… »
Le Chef réfléchit très longtemps devant le GISPEP qui attendait nerveusement le verdict.
Le verdict tomba :
« Ok, organisez ce rendez-vous secret… mais si il y a la moindre merde, c’est vous qui en découdrez, je vous le garantis ! »
La réunion s’était terminée là et le GISPEP avait organisé un rendez-vous secret avec le Skippy trois jours plus tard et dans un bâtiment isolé et désert.
À la date convenue, le Chef et le GISPEP s’étaient rendus au rendez-vous avec une légère appréhension, que le Skippy dissipa assez vite. La réunion avait duré plus d’une heure, le Chef et le GISPEP buvant les paroles du Skippy. Ils avaient quitté le Skippy en le remerciant et en lui demandant de ne quitter la salle que 10 minutes après leur sortie, ce que le Skippy promit.

Le Chef et le GISPEP marchaient sur le chemin du retour vers leurs bureaux :
« Finalement, qu’est-ce qu’il a dit de faire ? demanda le Chef
-Ben je me souviens plus trop… sur le coup, j’avais l’impression de tout comprendre et maintenant, je ne suis plus sûr…
-Moi aussi, j’ai la même impression…
-Remarquez, il nous avait prévenus, il a dit qu’il nous emmenait dans un monde qu’on ne connait pas alors forcément quand on revient dans le nôtre, on ne rapporte que des fragments…
-Oui, mais quand même… il a dit quoi ?
-Il a dit qu’après cette période de grande fatigue, où presque tout s’est arrêté, un peu comme en hiver, il y a une période où rien n’est déterminé, rien n’est certain et qui annonce la reprise, le retour, l’éveil…
-Ah oui ! Et il a dit que l’erreur serait de se disperser
-Quelque chose comme ça. Il a dit qu’il fallait ‘veiller à ne pas forcer le mouvement car les choses sont en état de potentialité’… putain… j’ai rien compris …
-Non ! C’est pas con ! Il dit en gros qu’on est au tout début du printemps et qu’il vaut mieux protéger les germes et les pousses plutôt que leur tirer dessus pour les faire pousser plus vite !
-Ah oui, c’est vrai, il a dit ça aussi… mais je vois pas ce qu’on pourrait en faire…
-Et si on s’assurait juste que les ressources aient ce qu’il faut pour redémarrer, et qu’on leur foute la paix sur le court terme ?
-…
-On garde et on renforce la vision de l’Entreprise, que tout le monde ait bien ça à l’esprit et on s’assure juste que les ressources ont ce qu’il faut pour redémarrer, et puis, on leur fout la paix sur le court terme…
-Ça c’est vous qui voyez… Je fais ce que vous me dites de faire…
-Eh ben on va faire ça, mais si ça plante, je compte sur vous pour rétablir l’ordre, la planification et la discipline… Rappelez-vous que c’est vous qui avez voulu que je rencontre le Skippy alors assumez maintenant ! En plus, c’est sans doute le moyen de montrer l’imposture de ces méthodes, c’est inespéré, nous allons tous les avoir… alors ne flanchez pas !
-…
-Allez ! Faites pas cette tête, on dirait Papython ! On va manger ?
-…
-C’est la journée des Gastro-Entérologues, y a tripes et panse de brebis farcie, le tout sans gras et sans cholestérol ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « L’Institut de Paléographie Managériale est en vacances… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juil 152017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Il faisait froid ce jour de Novembre. Le vent soufflait en rafales. Les nuages, gris et bas, comme honteux, descendaient dans le midi, espérant sans doute un temps plus clément. De temps en temps, des gouttes de pluie, en groupe serré, frappaient au carreau, rythmant le silence plombé régnant dans la salle de réunion.
Il faisait gris dans cette salle, personne n’avait pensé à rallumer les lumières après la projection de la vidéo vantant les derniers exploits du GISPEP. Chacun semblait chercher un truc à dire. Rien ne venait. Rien.
Il faut dire qu’elle n’était pas jojo, la dernière vidéo. Même le GISPEP semblait s’en rendre compte : c’était dire.
Autour de la table, tous semblaient fatigués, désabusés. La Bougre Complice, assise aux côtés du Bougre au Stagiaire, semblait relire les notes qu’elle n’avait pas prises.
« Je ne comprends pas, dit le GISPEP en cassant l’ambiance, il y a encore deux semaines, la salle était comble à mes réunions d’information. Hier, il n’y avait que deux personnes… dont une est partie avant la fin…
-Faut dire aussi qu’on est crevés, lâcha un Bougre, et puis cette manie à vouloir à tout prix nous faire cracher des idées…
-Justement !  interrompit le Chef, c’est ça la dynamique d’innovation et d’empowerment ! Le Bottom-Up comme ils disent !
-Empowerment ou pressurisation ?  risqua le Bougre, parce que nous n’en avons aucun retour…
-Non mais c’est incroyable ! Vous êtes incroyables tous autant que vous êtes ! Vous passez votre temps à réclamer plus de responsabilité, d’autonomie et quand on vous les donne, ça ne va pas, ça ne va jamais !  dit le Chef avec sa grosse voix
-Ce n’est pas de l’autonomie, toutes les idées sont criblées par les Dirigeants et ce sont eux qui décident quelle idée pourrait devenir un projet
-Mais c’est pour votre propre sécurité ! Les Dirigeants sont là pour vous protéger de vos propres erreurs ! Et sans eux, dieu sait quelle absurdité aurait été développée ! En un mot comme en cent : les Dirigeants sont les timoniers de l’Innovation Rétrograde, vous en êtes les rameurs et le GISPEP donne le rythme… Voilà ! C’est ça une équipe ! »
Les participants n’osaient plus regarder où que ce soit, ce qui se traduisait par des attitudes corporelles étonnantes de contorsion des doigts et des nuques. Les regards tentaient de fuir et se heurtaient sans cesse aux mêmes parois invisibles.
La Bougre Complice rompit le silence :
« Nous avons un phénomène semblable de fatigue autour du projet d’innovation de rupture. Cela pourrait conduire à du découragement puis à des abandons qui seraient nuisibles au projet. C’est un problème porté par chaque membre de l’équipe. Je propose qu’on réduise la voilure et qu’on se concentre uniquement sur les points critiques, le temps de recharger les batteries…
-Ben voyons ! Avouons-nous vaincus pendant que vous y êtes !  jeta le GISPEP, il n’en est pas question !  Si les gens s’ennuient, c’est qu’il faut diversifier nos actions !
-Mais ils sont crevés ! Nous sommes crevés ! Et vous voulez en rajouter ?
-Non ! Je veux diversifier ! Je vais lancer un concours sur le thème de l’endurance au travail et comment faire pour l’entretenir… vous voyez ? On pourrait faire intervenir un marathonien de haut niveau qui viendrait expliquer comment il fait pour se préparer et durer…
-Ce n’est pas ça qui va les reposer !
-C’est vrai, mais ils ne pourront pas dire qu’on ne les a pas écoutés ! Nous sommes là pour eux et s’ils n’appliquent pas les conseils que nous leur prodiguons, ils ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes… »
Le Bougre au Stagiaire et la Bougre Complice se regardèrent, hésitant entre fou-rire et larmes. La Bougre Complice craqua la première :
« Ce n’est pas vrai… vous n’avez pas dit ça…
-Je le dis et je m’en félicite ! Moi, je garde la dynamique et dans les moments de fatigue, je motive, je ventile, j’abreuve de nouveaux sujets à creuser tout en aidant… je fais mon boulot, moi, et on dirait qu’on ne peut pas dire ça de tout le monde.
-Non mais dites donc…
-Ça suffit, intervint le Chef en regardant fixement la Bougre Complice, je ne veux pas en entendre plus, cela pourrait jouer sur votre entretien de fin d’année. Ce qui compte pour moi, ce sont les résultats. Vous voulez vous planter ? Je m’en lave les mains ! Vous voulez l’autonomie ? Prenez-la avec la solitude qui va avec ! Personnellement, je trouve l’approche du GISPEP en phase avec les besoins de l’Entreprise. Quant à votre approche… ma foi…vous vous complaisez dans la rupture… restez-y, mais à la première connerie vous en rendrez compte directement aux Dirigeants ! Moi j’ai fait mon boulot en vous prévenant ! »
Sur ce il se leva, la réunion était finie. Dehors, la pluie et le vent redoublaient sans qu’on puisse déterminer s’ils approuvaient ou rejetaient ce qui venait de se passer.
La Bougre Complice et le Bougre au Stagiaire retrouvèrent le Fourbe, alors en pleine conversation avec le Stagiaire.

« Bonjour ! accueillit le Fourbe, venez vous réchauffer !
-On en a besoin, dit la Bougre Complice, et faut dire qu’avec ce temps, il n’y a rien de mieux pour plomber l’ambiance…
-Il vaut mieux qu’il pleuve aujourd’hui plutôt qu’un jour où il fait beau ! lâcha le Stagiaire goguenard, … pardon… mais c’est pas de moi c’est de Pierre Dac ! »
Les trois autres le regardèrent comme les trois ours considérèrent Boucle d’Or. Le Stagiaire s’assit et plongea dans son écran aussi loin qu’il le pût.
Le Bougre au Stagiaire résuma ce qu’il venait de se passer, soulageant ainsi la Bougre Complice qui était encore en train de se confronter à sa colère.
« Très intéressant !  conclut le Fourbe, et je partage votre avis : dans ces circonstances, il s’agit de s’économiser et de se reposer.
-Mais ce n’est pas un risque pour le projet ? Les gens pourraient se désintéresser… questionna la Bougre Complice,
-C’est un risque, c’est vrai mais bien moindre que celui de se disperser ! Nous sommes en plein territoire de rupture et le pire serait de gaspiller nos dernières forces dans des explorations incertaines. C’est un autre moment où l’Effectuation rend service…
-Définir nos objectifs à partir de nos ressources !..
-Exactement ! Et en ce moment les ressources sont fatiguées, ce qui revient à avoir moins de ressources…
-Donc on recentre nos objectifs sur l’essentiel et on les dimensionne à ce qu’on est capable d’accomplir…
-Voilà ! Et de cette façon le projet continuera d’avancer sur le fond, plus lentement mais résolument et sûrement !  conclut le Fourbe
-Alors que le GISPEP tente d’avancer sur la forme ! Il risque de disperser les gens comme leur énergie,  intervint le Bougre au Stagiaire
-Ne vous laissez pas distraire par ce que font les autres, concentrez-vous sur l’essentiel du projet : vous aussi vous êtes fatigués… intervint le Fourbe en souriant,
-Justement, intervint le Stagiaire, on va manger ? C’est la semaine « Votre Santé malgré Vous », aujourd’hui c’est la journée des Proctologues…
-…
-Ben oui… des bagels, des donuts, des macaronis…. que des trucs avec des trous, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GISPEP et le Chef ont un plan machiavélique… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juil 082017
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Il était clair, depuis plusieurs semaines, que le GISPEP connaissait un franc succès avec sa Business Innovation Technico-Economique. Le secret de ce succès était avant tout basé sur une communication très efficace, notamment sur le dispositif que le GISPEP et son équipe étaient en train de mettre en place. Il était vrai aussi que cela permettait d’occuper le terrain, de montrer une intense activité que seuls une loyauté et un engagement sincères envers l’Entreprise pouvaient expliquer. Le GISPEP communiquait entre autres sur deux points précis :
Le premier point était un processus de formation et certification de futurs utilisateurs permettant à ces derniers d’accéder à toutes les fonctionnalités de la Business Innovation Technico-Economique. Il l’avait appelé processus d’ Accréditation des Nouveaux Utilisateurs Spécialisés. Ce processus, qui n’avait encore jamais été testé, était maintenant décrit par le menu et comportait une cinquantaine de documents enregistrés dans le système Qualité comme gage de leur efficacité et de crédibilité. Une newsletter, des spots vidéos à la cafétéria et des rencontres régulières ouvertes à tous entre midi et deux, permettaient au GISPEP de présenter ce processus, sa rigueur et donc son efficacité potentielle car tout était sous contrôle.
Le second point était un concours ouvert à toutes et tous (car le GISPEP était conscient qu’il fallait respecter aussi bien les femmes que les hommes pour qu’une communication soit efficace). Ce concours était un concours d’inventions, qu’elles soient techniques ou organisationnelles, et la participation à ce concours était libre, sans engagement aucun. Il avait dénommé ce concours le Concours Libre d’Inventions Technico-Organisationnelles. Le récompense promise à la meilleure idée d’invention était une prime conséquente, calculée en pourcentage du salaire de celui ou celle qui avait émis l’idée. Le jury était composé par les Dirigeants, choix politique habile du GISPEP qui donnait le contrôle absolu sur les résultats du concours dans un esprit ouvert et visionnaire. À chaque idée émise, le GISPEP s’assurait de la propagation de la nouvelle avec emphase et sérieux : l’entreprise devenait innovante, puisqu’on y avait des idées et en plus, c’était grâce à lui. Bien sûr, il s’agissait surtout de récolter des idées et pas de les mettre en oeuvre, car ce qui comptait, c’était de voir ce qui serait possible dans l’absolu et surtout d’évaluer et maitriser les risques avant toute chose.
Clairement, le GISPEP était l’homme de la situation et il siégeait maintenant à la droite du Chef lors des réunions opérationnelles hebdomadaires. D’ailleurs, lors d’une de ces réunions, le Chef avait tancé la Bougre Complice car personne ne savait ce qu’il se passait dans le projet d’innovation de rupture. La Bougre Complice avait tenté d’expliquer qu’elle préférait communiquer sur des résultats innovants tangibles plutôt que sur des promesses. Le Chef l’avait rembarrée en lui montrant que le GISPEP, lui, travaillait en toute transparence, et qu’en tant que Chef, il attendait la même chose de la Bougre Complice. Cette dernière tenta de parler de Valeur, d’Utilité et tenta d’expliquer que les délivrables attendus feraient l’objet de communication une fois réceptionnés et validés. Rien n’y fit, le Chef et le GISPEP contrèrent systématiquement ses propos avec un seul leitmotiv : « vous n’êtes pas transparente, vous cachez des choses, vous êtes sur la mauvaise pente.»
La Bougre Complice sortit de cette réunion un peu perdue, car elle n’avait pas vu venir le coup. Elle avait besoin de soutien et se dirigea vers le bureau du Fourbe, entrainant avec elle le Stagiaire qui glandait dans un couloir.

« Voilà où nous en sommes, résuma-t-elle, on dirait que ce qui compte le plus, c’est de faire du bruit sur ce qui n’existe pas encore, ou pire, sur ce qui existe mais qui ne sert pas vraiment à grand chose… J’en ai marre ! Il n’est pas question que je me mette à faire ce genre de connerie !
-Pourtant le Chef n’a pas tort sur tous les points, rétorqua le Fourbe
-Mais enfin ! Tu me vois ouvrir un concours de la rupture ? Et puis quoi encore ?
-Ce n’est pas ce que je veux dire, interrompit le Fourbe qui veillait à ce que la colère naissante de la Bougre Complice ne vienne pas lui brouiller l’écoute, ce que je veux dire, c’est que communiquer est un bon moyen d’exister au sein d’une entreprise…
-Ah là c’est sûr, le GISPEP existe ! Mais tu as vu ce qu’il ose appeler Innovation ? Tu as vu ce que gobent les Dirigeants ? Un concours d’invention ! Le message même du type « Soyez Spontanés ! » Et ils y vont ! Eh bien, pas moi !
-Et comment comptes-tu obtenir l’attention des Dirigeants au sujet de ton projet de rupture ?
-Ce sont eux qui m’y ont mise, ils sont au courant !
-Peut-être, et c’est une hypothèse… comment sais-tu qu’elle est vraie ?
-J’en sais rien ! Ce qui compte c’est que le projet avance et eux viennent m’emmerder avec de la comm… j’ai pas que ça à foutre !
-Pourtant, il semble qu’ils sont en train de t’attaquer sur ce point, tu vas laisser le projet s’enfoncer dans l’anonymat ? Comment, lorsqu’il y aura effectivement de la nouveauté, t’y prendras-tu pour à la fois informer, former, convaincre et faire changer les choses ?
-Mais je vais leur rentrer dans le chou ! Voilà ! Ils me cherchent, ils me trouvent !
-Si je peux me permettre, intervint le Stagiaire, rappelle-toi ce que nous nous sommes dit la dernière fois au sujet des tactiques de combat…
-Ouais, faut que je cogne fort pendant leur attaque, répondit la Bougre Complice
-Pas tout à fait, corrigea le Stagiaire alors que le Fourbe se mettait en retrait, ce qui compte ce n’est pas de frapper, ce qui compte c’est d’abord esquiver ou détourner le coup et en même temps de porter une attaque qui va rééquilibrer l’échange…
-…
-Si tu utilises la tactique du GISPEP pour contrer le GISPEP, tu te goures car tu te retrouves sur son terrain. Non ! Il vaut mieux feinter et te concentrer sur ce qui a de la valeur pour toi dans cet échange.
-Là je ne vois pas mais alors pas du tout ! »
Le Fourbe intervint :
« En fait le GISPEP est en train d’utiliser la communication pour que son projet existe mais, et c’est ça qui te mets en boule, il communique sur le superficiel, sur le déjà visible, il fait des effets d’annonce basés sur des faits qui existent sans être matérialisés, comme des idées par exemple
-C’est pas faux, lâcha la Bougre Complice
-D’un autre côté, il est vrai que tu ne communiques pas sur ce projet de rupture et que c’est un tort, car les gens se posent des questions, imaginent des choses, ou encore t’oublient et tout cela c’est un risque pour la survie du projet : l’entreprise n’aime pas l’incertain en son sein, alors surtout n’incarne pas cet incertain !
-Mais c’est la nature même de mon projet !
-Ce qui compte, c’est que tu communiques, mais de telle façon que tu ne tombes pas dans le piège dans lequel est en train de tomber le GISPEP. Une bonne Comm met en lien ce qui brille sur la façade avec ce qui ne se voit pas, elle fait le lien entre le visible et le caché…
-On arrête la fumette ? Parce que j’y comprends rien !
-Calme ! Le GISPEP ne communique que sur les apparences, du coup c’est ludique, distrayant et attractif, mais c’est creux. Sur la durée, il s’essoufflera et le retour de flamme sera cuisant. Tu as l’opportunité de voir ce qu’il fait et de t’en inspirer pour prendre ce qui t’est utile…
-Accompagne le coup ! C’est ça l’esquive, utilise son énergie, utilise les mêmes outils de comm que lui, il a déblayé le terrain, intervint le Stagiaire
-Exactement, compléta le Fourbe, ne t’oppose pas mais surfe sur la vague qu’il a créée, personne ne pourra te le reprocher, et va plus loin, fais une Comm qui parle de l’intérieur, de ce qui ne se voit pas à la surface…
-C’est ça la contre-attaque ! … Pardon, lâcha le Stagiaire
-Merci, dit le Fourbe, qu’est-ce qui motive l’équipe ? En quoi tu crois sur ce projet ? Comment vous travaillez ? Quelles avancées avez-vous obtenues et surtout pourquoi vous ne communiquez pas là-dessus !
-Je fais de la Comm sur pourquoi je ne communique pas ? s’étonna la Bougre Complice
-Pas tout à fait, tu communiques par exemple sur vos méthodes de travail, qui sont en elles-mêmes une innovation de rupture dans l’entreprise, de façon à expliquer et à permettre à chacun de comprendre pourquoi tu ne communiqueras jamais sur un délivrable non achevé ou non validé. Communique et communique sur le fond, pas sur la forme, utilise les forums du GISPEP pour partager vos trucs et astuces pour avancer dans l’incertain en équipe. En gros, fais une communication utile aux autres plutôt que faire une comm utile à toi, tu verras, le retour sera bien plus puissant.
-Wow ! C’est pas con ! Dit la Bougre Complice en se détendant
-Merci, répondit le Fourbe
-On va manger ? demanda le Stagiaire, c’est la semaine ‘la Santé Malgré Vous’, aujourd’hui c’est le jour des Dermato : y a que des trucs en croûte ou à peler, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef aussi aimerait bien acculer la Bougre Complice dans un coin… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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