Nov 032018
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

C’était le gars du MAIGRE qui avait apporté la nouvelle. Pour ce dernier, c’était une très bonne nouvelle. Mieux, c’était sa guérison. Mieux encore, c’était la confirmation officielle, inébranlable et indiscutable que sa quête était juste, depuis le début et malgré les adversités qu’il avait rencontrées.
Pour le GISPEP, la nouvelle n’avait pas la même saveur. Ni la même odeur, ni même la même couleur. La nouvelle était plutôt un gouffre sombre aux contours flous qui semblait absorber tout ce qui s’en approchait de trop près. Et le GISPEP avait la sensation d’être trop près.
Le Mec du 12 Delta cherchait à comprendre comment et surtout qui avait pu être à l’origine de la décision que propageait cette nouvelle. Il s’agissait de s’assurer que ce n’était pas une rumeur. Ou, si jamais il s’agissait d’une rumeur, d’en connaitre l’émetteur irresponsable afin de l’en châtier. Mais ce n’était pas une rumeur, c’était bien officiel.
Le Yogi semblait réfléchir intensément, à moins qu’il ne s’en foutut éperdument. Nul n’aurait pu ou su le dire. Il était silencieux, dans un sari violet largement échancré qui laissait voir que son eczéma généralisé évoluait maintenant vers une dermatite pustuleuse, ce qui l’avait décidé à renouer avec une certaine hygiène corporelle.
« Mais c’est impossible, dit le GISPEP abasourdi.
-Bien sûr que c’est possible, dit le gars du MAIGRE, et c’est LA voie à suivre !
-Mais vous êtes con ou quoi ? s’énerva le GISPEP. Je fais quoi, moi, maintenant ?
-Faut dire que c’est la merde, dit le mec du 12 Delta. C’est le Conseil qui nous fout dedans, et pas qu’un peu.
-Dans ‘Conseil’, il y a… ’seil’, dit le Yogi.
-…
-Moi je dis ça pour élargir le débat, se plaignit le Yogi. Si vous en voulez pas je la remets dans ma culasse !
-…
-Quand même… Quand je pense qu’on a viré la moitié de l’effectif pour faute grave… dit le GISPEP rêveur. L’idée était bonne, ça permettait de renouveler les troupes et d’envoyer un message fort de motivation à ceux qui restaient. C’était même une idée du Chef du Conseil…
-Et là, je suis d’accord ! En virer un maximum, c’était ce qu’il fallait faire, insista le gars du MAIGRE.
-Mais bordel, ça aurait marché si le Conseil n’avait pas gelé les embauches hier ! On ne peut plus embaucher, pas même des intérims ! Ils ont décidé ça entre eux au Conseil ! Sans m’en parler ! Mais merde, je fais partie du Conseil, moi aussi ! Résultat ? Il nous manque 50% de notre effectif, qu’on peut pas remplacer, et on a des projets tout le tour du ventre !
-Mais cette histoire de ressources illimitées ? demanda le mec du 12 Delta. C’est bien eux qui l’avaient décidée, non ? Faut vous battre, c’est eux qui nous foutent dans la merde, c’est eux qui vont foutre l’Entreprise dans la merde ! s’insurgea le mec du 12 Delta.
-Se battre ? ricana le GISPEP. Ben voyons… »

La réunion s’était terminée là-dessus, le GISPEP avait donné rendez-vous à ses trois sbires le lendemain, même endroit, même heure. Le Yogi avait demandé s’il s’agissait de l’heure de début ou de l’heure de fin.

Le lendemain, la discussion avait repris :
« Alors, je suis allé me battre, ouvrit le GISPEP. Je suis allé voir un des membres du Conseil en qui j’avais confiance…
-Et ? demanda le mec du 12 Delta.
-Ben j’avais tort de lui faire confiance… Quand je lui ai expliqué la situation, notre situation, il s’est marré et il m’a dit texto : ’Trop de ressources, ça va pas, pas assez de ressources, ça va pas non plus… A part des excuses, finalement, qu’est-ce que vous cherchez en Recherche et Développement ?’
– La vache, ça, c’est dur, dit le gars du MAIGRE.
-DUR, c’est 4 points au Scrabble, dit le Yogi.
-…
-Sauf si on le met sur une case spéciale, ça peut aller jusqu’à 12 ou même…
-Bon ! On peut bosser ? interrompit le GISPEP.
-N’empêche, avec ‘DUR’, on peut faire ‘ENDURCIS’, insista le Yogi, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort !
-Mais il a raison, dit le mec du 12 Delta, c’est une nouvelle épreuve dont nous sortirons endurcis !
-Qu’est-ce qu’on a comme atout ? demanda le gars du MAIGRE.
-Là, comme ça, tout de suite, je vois pas, dit le GISPEP.
-Ah si, quand même, il y a le projet d’innovation de rupture de la Bougre Complice, risqua le Yogi, et puis il y a FLEXTOR.
-C’est pas faux, dit le gars du MAIGRE. En plus, ils n’ont pas besoin de ressources supplémentaires, eux.
-Et ce sont des succès qui nous doivent beaucoup, à nous, avec tout ce qu’on a fait pour eux, ajouta le mec du 12 Delta.
-Le problème, c’est que FLEXTOR s’est bien propagé dans pratiquement toute l’Entreprise, sauf au Conseil, dit le Yogi.
-Faut pas déconner non plus, dit le GISPEP. C’est quand même des idées à la con que propage FLEXTOR, mais tant que ça fait plaisir aux Bougres, on va pas s’en priver. De là à les appliquer au Conseil, on est quand même au dessus de ça ! En plus, c’est nous, les membres du Conseil, qui décidons tout et jusque-là, ça a très bien marché !
-Oui, mais là, ça nous aide pas, insista le Yogi. Si FLEXTOR avait atteint le Conseil, on aurait un terrain de discussion commun.
-Mais on l’a ! réagit le GISPEP. C’est notre FISTULE !
-Personnellement, je n’ai rien de ce genre, dit le gars du MAIGRE.
-Mais si, c’est la méthode que nous avons créée, la ‘Flexibeule Innovative and Statisticale Technique for Universal Leadership in Economics’.
-Mais elle n’a rien de commun avec FLEXTOR ! dit le mec du 12 Delta. Et si on se plante en essayant de le faire croire au Conseil, c’est nous qui allons être vus comme responsables !
-Moi, j’irais pas non plus ! dit le gars du MAIGRE.
-Il y a 4 lettres en commun entre FLEXTOR et FISTULE, c’est un atout au Scrabble et c’est un signe ! s’exclama le Yogi en pointant le GISPEP. Moi, j’y vais avec vous ! »
Sur ce, le gars du MAIGRE et le mec du 12 Delta étaient sortis du bureau du GISPEP et marchaient de concert dans le couloir :
« Si vous voulez mon avis, dit le gars du MAIGRE, ça pue !
-Je suis bien d’accord, ça pue et il faudrait pas qu’on pense que c’est à cause de nous, répondit le mec du 12 Delta.
-Le mieux, ce serait de nous positionner tous les deux vis-à-vis des membres du Conseil… dit le gars du MAIGRE.
-Et en dehors de l’influence du GISPEP, dit le mec du 12 Delta.
-On se comprend, dit le gars du MAIGRE.
-On s’est compris, dit le mec du 12 Delta. »

Pendant ce temps, la Bougre Complice était chez le Skippy avec le Chef :
« On voit la fin du projet ! s’exclama la Bougre Complice avec un grand sourire.
-On aura bien bossé ensemble, dit le Chef, un dernier coup de rein et c’est terminé !
-Attention, dit le Skippy, faites attention !
-Comment ça ? s’étonna la Bougre Complice.
-Voir la ligne d’arrivée peut inciter à accélérer en se focalisant sur le ruban, dit le Skippy. Et vous risquez de ne pas voir les derniers obstacles sur la route ou pire, d’autres coureurs qui pourraient vous couper la route…
-Ben on fait quoi alors ? demanda le Chef.
-Continuez sans rien changer dans votre rythme, ne considérez que vous êtes arrivés que lorsque vous avez effectivement franchi la ligne d’arrivée avec toute l’équipe et tout, absolument tout ce que vous avez à fournir, expliqua le Skippy.
-Vous êtes rabat-joie ! dit la Bougre Complice.
-Disons que je suis réaliste, dit le Skippy, et je compte bien être de la partie quand vous arroserez votre succès !
-N’empêche, on touche vraiment au bout, tous les gros trucs bien incertains sont derrière nous, ce qu’il reste, c’est plutôt des formalités, de la paperasserie…
-Ne négligez rien, si vous trébuchez à un mètre de la ligne, vous ne la franchirez pas et personne ne viendra vous dire que c’est pas grave ! L’échec reste l’échec, même à quelques centimètres du but ! insista le Skippy.
-Note, c’est pas faux, dit le Chef à la Bougre Complice. Si on se plantait maintenant, après tout ce qu’on a vécu, ce serait rageant !
-Mouais… soupira la Bougre Complice un peu déçue.
-Faites pas cette tête, dit le Skippy, faut vous détendre ! On va manger ? C’est encore une journée ‘Inverted Cooking’, sur le salé-sucré : tout ce qu’on sucre habituellement est salé, et réciproquement. Aujourd’hui, c’est huitres chaudes caramélisées au sucre de canne avec leur sirop fraise-banane au sel de Guérande, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec un chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « La fin… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Oct 062018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

L’accélération avait été foudroyante.
Le GISPEP, croyant que la Bougre Complice surfait sur la promesse de ressources illimitées donnée par le Conseil, s’était mis en ordre de bataille pour la devancer. Le GISPEP avait convoqué l’ensemble des GISPEP secondaires (car il était le principal, le premier, l’unique) pour faire une synthèse des portefeuilles de projets représentés au sein de la R&D, la fonction qu’il dirigeait. Cette synthèse montra que seuls quelques projets étaient actifs, ceux de première priorité, dénommés ‘PMAX’, alors qu’un grand nombre de projets, moins prioritaires comme les ‘PMOY’, végétaient voire étaient au bord de l’oubli. L’oubli, c’était le cas des ‘PMIN’, au nombre incroyablement élevé car ils réunissaient tous les projets qui avaient été déclarés uniquement comme moyen détourné pour justifier certains effectifs peu occupés.
Le sang du GISPEP ne fit qu’un tour. Il se souvint que son enjeu était d’obtenir des innovations de rupture en grand nombre dans l’entreprise, sans toutefois changer les habitudes de chacun. Il se souvint aussi que le premier réflexe des décideurs face à une innovation de rupture était le ‘beurk’, la réaction négative, le rejet. Sachant que le ‘beurk’ était aussi la propriété principale des projets PMIN, il en déduisit qu’ils contenaient forcément des innovations de rupture. Il ordonna alors à tous les départements de R&D de lancer activement l’ensemble des projets ‘PMIN’, ce qui revint à multiplier en gros par six la charge sur les Bougres.
Face aux levées de boucliers de l’ensemble de l’encadrement, le GISPEP, sur les conseils du Yogi, avait aussi pris deux décisions.
D’abord, il était crucial que les projets et les ressources soient parfaitement synchronisés et que le GISPEP soit au courant de tout retard potentiel qui aurait mis à risque sa position au Conseil. Le Yogi lui avait vendu sa méthode qui permettait selon lui de synchroniser et coordonner autant de projets qu’on voulait sans effort. Cette méthode s’appelait la ‘Synchronisation & Coordination Ultimate Methodology’ et consistait à recueillir sur des post-it collés au mur toutes les actions en retard d’un projet de façon à ce que les responsables de ces-dites actions prennent conscience de leur nuisance à l’encontre de leurs collègues et de l’entreprise. Ainsi, il avait ordonné qu’à compter d’aujourd’hui, tous les projets soient pilotés en mode SCUM.
Ensuite, il se rendit compte que l’information des retards ne remonterait pas toute seule et que les GISPEP secondaires ne pouvaient pas être partout. Il activa alors la permission de ressources illimitées pour embaucher 20 personnes qui assureraient la remontée des noms des responsables d’actions en retard. Cette remontée devait se faire de façon quotidienne, sous forme de rapports synthétiques détaillés et structurés. Il créa ainsi une nouvelle équipe, la ‘BAG’ pour ‘Brigade d’Action Globale’, dont la raison d’être était de garantir l’engagement et l’avancement harmonieux des projets. Spécialisés en SCUM, les acteurs nouvellement embauchés de cette brigade étaient dénommés les SCUMBAGs.

Ce fut le troisième jour après que ces décisions furent mises en oeuvre que le GISPEP convoqua son trio de consultants. Dans son bureau, à l’heure dite, seuls le mec du 12 Delta et le Yogi étaient présents.
« Il est où le gars du MAIGRE ? Il est jamais en retard, on l’attend ou quoi ? demanda le mec du 12 Delta.
-S’il est pas là, il est sûrement ailleurs, dit le Yogi en allumant les bâtons d’encens.
-On l’attend pas, dit le GISPEP, il est en arrêt maladie chez lui, burn-out profond, a dit le médecin. Il attend l’O.R.G.A.S.M.E. (Note de l’IPM : l’Organisme de Régulation Globale des Accidents, Sinistres et Malheurs des Employés), pour évaluer ce qu’il nous doit, dit le GISPEP.
-Ah merde ! Qu’est-ce qui arrive ? demanda le mec du 12 Delta, on y est pour rien j’espère !
-Non, pour rien, c’est juste lui qui a pas supporté qu’on recrute des gens alors qu’il s’échine à tout réduire en permanence, dit le GISPEP, il faut qu’il apprenne à gérer ses obsessions, c’est tout.
-Ah ok, dit le Yogi, tout va bien, alors !
-Tout va bien, dit le GISPEP.
-Ouf ! Ç’aurait pu être grave, conclut le mec du 12 Delta.
-Mais dites, comment ça se passe sur le terrain ? J’ai reçu les premiers rapports, ils font une vingtaine de pages, il y a presque tout l’effectif de la fonction qui met nos projets en retard, déclara le GISPEP.
-Ben oui, c’est le cas, dit le Yogi. Comme il y avait beaucoup de projets à mener, on s’est dit qu’il fallait mettre la pression pour être sûrs que les Bougres comprendraient que c’est important. Alors on a réduit aussi les délais pour chaque projet, comme ça il peuvent pas dire qu’ils sont pas au courant.
-Et en plus, ça nous exonère de toute responsabilité : s’ils y arrivent pas, c’est pas de notre faute ! On a mis des ressources supplémentaires avec les SCUMBAGs qui sont là pour les aider à y voir plus clair.
-Pas mal ! sourit le GISPEP, mais les SCUMBAGs comment ils se sentent ?
-Ils sont très contents, dit le Yogi, car ils se sentent vraiment impliqués dans l’action et les futurs résultats de l’Entreprise.
-Et puis on les a bien formés pour qu’ils n’entrent jamais dans des discussions opérationnelles. Quand une action est en retard, qui est le responsable ? C’est leur seule question, dit le Mec du 12 Delta.
-Bien ,bien, je vais pouvoir expliquer à mes pairs du Conseil que les retards sont sous contrôle, car identifiés et consolidés. Cela devrait les rassurer et surtout leur montrer qu’on utilise les ressources à bon escient, dit le GISPEP.
-Et avec parcimonie, ajouta le mec du 12 Delta à qui le gars du MAIGRE manquait cruellement.
-Avec qui ? demanda le Yogi.
-… Le seul truc qui me gène, c’est qu’aucun des membres de l’équipe de la Bougre Complice n’apparait, dit le GISPEP.
-Juste une question de temps, conclut le Yogi.»

Pendant ce temps, la discussion était vive entre le Chef et la Bougre Complice :
« Non, je ne vais pas me mettre à tout vérifier, dit la Bougre Complice fermement.
-Mais c’est ce que fait le GISPEP, on va se faire allumer ! insista le Chef.
-Allumer sur rien du tout ! C’est pas la première fois qu’on vit une situation pareille, la dernière fois, vous étiez le chef de mon chef et vous étiez bien content de ce qu’on a fait ! rétorqua la Bougre Complice.
-N’empêche qu’il nous faut des détails sur ce qu’ils font !
-Qui, ‘ils’ ?
-Ben les Bougres, bordel ! se fâcha le Chef.
-Les Bougres, c’est des pros, je leur fous la paix, par contre nous allons nous assurer que nous ne travaillons, tous, que sur des trucs utiles…
-Donc faut bien qu’on leur dise quoi faire !
-Ben non ! Il suffit qu’on fasse notre part pour connaitre l’utilité des demandes reçues à la bourse aux projets. Seuls nos clients, ceux qui demandent, le savent ! Donc on s’assure qu’il n’y a que des demandes utiles, les Bougres choisiront ensuite leurs projets et à partir de là, on leur fout la paix !
-Mais ça peut pas marcher, merde ! s’énerva le Chef.
-Et pourquoi donc ?
-Parce que… on contrôle rien…
-Si ! C’est une situation de crise, notre rôle à tous les deux est de nourrir l’équipe avec les trucs utiles aux clients, et rien d’autre ! C’est ce qu’on a fait la dernière fois et ça marche super bien ! La preuve, on a des délivrables en retard ? testa la Bougre Complice.
-Ben oui… c’est vrai, pas beaucoup par rapport aux autres équipes…
-Aucun en fait… Et les clients râlent ?
-… Pas vraiment, ils sont contents avec ce qu’on leur fournit…
-Parce que ça leur est utile immédiatement ! Rappelez-vous, c’est ce qu’on a fait la dernière fois et vous allez pas m’emmerder cette fois ! (Note de l’IPM : relire ‘élever par la chute libre’ et ‘le Yack et l’Oiseau’)
-Quand même… dit le Chef en lâchant prise… Quand même… On va se faire mettre…
-On verra, conclut la Bougre Complice ».

Le silence régnait dans le bureau de la Bougre Complice, le Chef restait assis, perdu dans ses pensées, puis il reprit :
« Et pour le SCUM ?
-Le scRum insista la Bougre Complice, le scrrrrum !
-Ah non, le GISPEP dit bien le SCUM !
-Ben oui… Ben non ! Je sais pas d’où sort le SCUM, mais l’approche agile en pilotage de projet, c’est le SCRUM, ça veut dire ‘mêlée’, comme en rugby quand toute l’équipe pousse dans la même direction. On l’utilise là où il est utile, sinon on s’en encombre pas !
-Ah… Bon…». Le Chef plongea à nouveau dans ses pensées et le silence revint.

Le Chef semblait réfléchir en silence et la Bougre Complice griffonnait sur la feuille devant elle lorsque la porte s’ouvrit et que le Fourbe entra :
« Bonjour à vous deux ! Je passe vous chercher, on va manger ? C’est le concours du plus gros mangeur avec un buffet ‘All you can eat’, tout à base de foie de porc cru ou mariné à l’aneth…
-Encore de l’aneth ? Je suis pas sûre… dit la Bougre Complice.
-Y a aussi une marinade ail-abricot! Et celui qui mange le plus fait gagner son équipe ! Il parait que c’est super ! »

 

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GISPEP empowère… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juin 302018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

La veille, le GISPEP était sorti de la salle du Conseil avec un sentiment étrange. La réunion extraordinaire du Conseil s’était bien passée, ce n’était pas le problème. Certes le GISPEP avait été le centre d’intérêt partagé des autres membres du Conseil, mais n’était-ce pas ce qu’il recherchait ? Pourtant, le sentiment étrange perdurait. Venait-il de cette bonne nouvelle ? De cette décision prise lors de cette session extraordinaire ? Sans aucun doute, mais le GISPEP n’arrivait pas à percevoir clairement le lien avec ce qu’il ressentait. Il aura dû s’en réjouir, mais ça lui était impossible tant il percevait une ombre derrière tout ça, indéfinissable et pourtant là, inquiétante et pourtant bien connue.
« Le GROC nous a convaincus, avait dit le le Chef du Conseil, les projets d’innovation patinent et il nous faut faire quelque chose, car notre Entreprise se doit d’être innovante à défaut d’être performante.
-Il semble que cela vienne des méthodes de travail et je propose d’élargir le périmètre de la FISTULE, la Flexibeule Innovative and Statisticale Technique for Universal Leadership in Economics, c’est une méthode d’innovation rétrograde que j’ai créée… tenta le GISPEP.
-Les méthodes de travail sont une chose, interrompit l’Attaché du Chef du Conseil qui avait réussi à se libérer une main pour prendre des notes, ce qui est vraiment la solution, c’est l’argent. La motivation, l’engagement, tout ça, c’est du flan s’il n’y a pas d’argent, pas vrai ?
-C’est vrai qu’avoir des ressources, ça aide, mais dans la situation présente, je ne suis pas sûr qu’il s’agisse du problème décrit par le GROC, dit le GISPEP en ne se reconnaissant pas lui-même.
-Laissez le GROC rêver, dit le Chef du Conseil, il voit des choses, c’est vrai, mais il n’en voit que la surface. Ce qui anime l’ensemble, ce qui rend les choses possibles, ce qui fait que les Bougres avanceront ne tient qu’en un seul mot de pouvoir et c’est nous qui le détenons : c’est l’argent. C’est pourquoi, cher GISPEP, je prends la décision ferme devant ce Conseil et en cette session, de vous fournir un budget illimité pour les six mois qui viennent. C’est à la fois une grande marque de confiance envers vous et votre FISTULE ainsi qu’une attente de ma part : vous avez les ressources que vous voulez, en retour je vous demande de vous sortir les doigts et de réussir. J’ai dit ! »
La réunion extraordinaire du Conseil s’était terminée là-dessus et le GISPEP en était ressorti avec ce sentiment étrange, indéfinissable. Était-ce un succès ? Un piège ? Une chance extraordinaire ? La fin de sa carrière ?
Le lendemain, le GISPEP s’était rendu en toute discrétion chez le Skippy. Il était très tôt et le GISPEP était arrivé bien avant ses trois compères qu’il s’était bien gardé de mettre au courant. La discussion avec le Skippy avait été bizarre, comme d’habitude, se disait-il en retournant à son bureau. En gros le Skippy lui avait dit que l’abondance pouvait conduire à la confusion, et qu’il se devait d’être l’étoile polaire, celle qui guide le marin… Bref, le GISPEP n’avait rien compris, comme d’habitude quand il rencontrait le Skippy.
Lorsqu’il arriva dans son bureau, les trois compères étaient déjà installés, deux d’un côté, un de l’autre côté, et les bâtons d’encens fumaient aux quatre coins. Vêtu d’une salopette rose, le Yogi lisait « Comment se faire des amis », assis sur la chaise du Chef, près de la fenêtre, pendant que le gars du MAIGRE et le mec du 12 Delta avaient une discussion profonde sur le fait que le problème, dans la vie, finalement, c’était surtout les gens. Le GISPEP se sentait fatigué, il exposa la situation à ses compères qui ne tarirent de conseils avisés entre excitation et abattement. La conclusion tomba : c’était un putain de cadeau empoisonné et tous furent d’accord pour déterminer un plan qui ferait porter la responsabilité de ce bordel aux Bougres sans oublier le Chef et la Bougre Complice.

Pendant ce temps, la Bougre Complice était arrivée chez le Fourbe.
« J’ai un problème naissant avec le Club sans local (relire ‘l’énergie du vide’) dit-elle.
-Ah bon ? Qu’est-ce qui arrive ? Y a plus personne ? s’étonna le Fourbe.
-Ben non, c’est juste le contraire, j’ai bientôt trop de monde !
-Eh bien c’est super ! J’étais sûr que le Club sans local serait un succès, tout comme la communauté de pratique…
-Pas si sûr, interrompit la Bougre Complice, j’ai pas assez de matière à leur proposer, j’ai peur qu’ils s’emmerdent et qu’ils se démotivent.
-C’est vrai qu’une période de profusion n’est pas toujours facile à gérer, paradoxalement… Ce qui va compter, c’est que tu sois à la fois ferme et exemplaire sur la direction à suivre. Les membres du Club sans local trouveront ce qu’ils peuvent faire d’utile au projet d’innovation de rupture si tu montres en permanence le cap, sans en dévier et surtout sans leur dire quoi faire dans le détail…
-Mais ça va être le bordel et il y en a qui vont abandonner…
-Ce sera le bordel si tu ne fais pas confiance… Mais bon sang, ils sont tous professionnels ! Si tu es claire sur l’intention du projet, ils sauront quoi faire, et surtout quand te consulter. Présente l’état du projet, ce qu’il reste à faire, ce qu’il y a encore à explorer et laisse-les se positionner d’eux-mêmes. Et si c’est pas le moment pour eux, ce sera leur décision, la dynamique s’ajustera d’elle-même.
-Donc en gros, je donne le cap, les ressources s’auto-alloueront et tout ira bien dans le meilleur des mondes, dit la Bougre Complice avec un sourire narquois.
-Tu peux le voir comme ça, tu peux aussi reconnaitre que c’est une pratique que tu pourrais explorer. À toi de voir…
-Mouais… Bon, faut que j’y aille, parce que le Chef accueille le Stagiaire dans son équipe…
-Le Chef a une équipe ?
-Ben oui… le Stagiaire ! Bon tu veux venir avec moi ? Je les rejoins à la cafète. Aujourd’hui , c’est ‘all you can eat’, un buffet à volonté avec que des plats à base de tofu et de tripes, il parait que c’est super. »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GROC a un soupçon… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Oct 252014
 

Un document fondamental a été retrouvé récemment. Ce document est l’objet d’une guerre sans merci entre le GLAS (Groupe des Leaders Auto Satisfaits) et l’IPM (Institut de Paléographie Managériale). Il s’agit du « Tao de la Connerie Ordinaire ». Il semble que cet ouvrage soit une partie intégrante des Chroniques Iniques, même s’il est difficile parfois de dire qui, du Chef ou du Skippy, a rédigé certains chapitres.

Les chercheurs de l’IPM vous livrent cette semaine le fruit de leur travail acharné sous la forme d’un chapitre supplémentaire du Tao de la Connerie Ordinaire :

IV

Le Chef cherche l’Innovation.

Devant l’Incertitude du futur,
Le Chef demande au Bougre des chiffres.
Les chiffres sont faux, le Bougre le sait, le Chef le sait.
Le Chef a besoin des chiffres faux pour connaitre l’avenir à venir.

Lorsqu’il est prêt, le Chef réalise un miracle.
A partir des chiffres faux, il crée la Vérité, et il la nomme l’Objectif.
Plus le terme est loin, plus les chiffres sont faux
Plus les chiffres sont faux, plus l’Objectif est précis.

Ainsi le Chef a fait son travail,
Dans le rêve du futur.
C’est alors au Bougre de changer le faux en vrai,
Dans la réalité du présent.

Dans l’Incertitude, décide de ce qui doit être Vrai,
C’est une Certitude.
Là est le Tao de la Connerie Ordinaire.

Et réciproquement.

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Pour aller moins loin :

il peut être bon de relire les conseils du chapitre d’ouverture de l’ouvrage en pointant ou en cliquant ici

Pour aller plus loin :

Sep 272014
 

Retrouvés dans une grotte, les parchemins des Chroniques Iniques livrent les secrets d’un management d’une époque future maintenant révolue.
Les Chercheurs de l’Institut de Paléographie Managériale travaillent à la traduction de ces manuscrits rédigés dans des langues inconnues, à venir ou disparues comme l’Hébrite ancien, le Moldo-Samovar ou l’Anglische.

Récemment, l’objet le plus important jamais exhumé de ces vestiges du futur a été finalement traduit.

Il semblerait qu’il s’agisse d’un manuscrit rédigé de la main du Skippy bien connu Laba Tsou mais tous les chercheurs de l’IPM ne sont pas d’accord là-dessus, ni dessous d’ailleurs. Certains considèrent que cet ouvrage pourrait être de la main du Chef lui-même, tant il peut être effrayant au premier degré (le document, pas le Chef… quoique…).

Le titre semble être du Skippy Laba Tsou : le «Tao de la Connerie Ordinaire », tout comme le chapitre d’ouverture.

Le Tao, c’est la Voie, c’est le « comment ». Comment les choses arrivent, comment les choses se transforment par l’influence ou l’absence du management. Le Tao est le principe fondateur de toutes choses.

L’ouvrage, entièrement rédigé en Hébrite ancien du Sud (Style Wang), est composé de chapitres courts et poétiques qui s’adressent au lecteur, manager ou leader, curieux de découvrir par lui-même la Voie.

Voici en avant-première, le chapitre d’ouverture :

1. Tao de la Connerie Ordinaire

« La Connerie Ordinaire qu’on tente de saisir n’est pas la Connerie Ordinaire elle-même
Le Nom qu’on veut lui donner n’est pas son Nom adéquat

Elle n’est pas là où on la voit
Elle est avant l’après et après tout, c’était mieux avant
Surtout après après (°)

Celui qui lit ce livre en se reconnaissant avec humour peut avoir espoir
Celui qui lit ce livre en reconnaissant seulement les autres peut avoir peur

Celui qui s’y reconnait avec colère ou amertume est perdu
Celui qui n’y reconnait ni rien ni personne est sans doute heureux, c’est juste qu’il ne le sait pas. »

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Pour aller plus loin

 

 

(°)Note du directeur de l’IPM aux initiés : On reconnait ici une citation du prophète inconnu Stanislas Amadeus Fical

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