Nov 032018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

C’était le gars du MAIGRE qui avait apporté la nouvelle. Pour ce dernier, c’était une très bonne nouvelle. Mieux, c’était sa guérison. Mieux encore, c’était la confirmation officielle, inébranlable et indiscutable que sa quête était juste, depuis le début et malgré les adversités qu’il avait rencontrées.
Pour le GISPEP, la nouvelle n’avait pas la même saveur. Ni la même odeur, ni même la même couleur. La nouvelle était plutôt un gouffre sombre aux contours flous qui semblait absorber tout ce qui s’en approchait de trop près. Et le GISPEP avait la sensation d’être trop près.
Le Mec du 12 Delta cherchait à comprendre comment et surtout qui avait pu être à l’origine de la décision que propageait cette nouvelle. Il s’agissait de s’assurer que ce n’était pas une rumeur. Ou, si jamais il s’agissait d’une rumeur, d’en connaitre l’émetteur irresponsable afin de l’en châtier. Mais ce n’était pas une rumeur, c’était bien officiel.
Le Yogi semblait réfléchir intensément, à moins qu’il ne s’en foutut éperdument. Nul n’aurait pu ou su le dire. Il était silencieux, dans un sari violet largement échancré qui laissait voir que son eczéma généralisé évoluait maintenant vers une dermatite pustuleuse, ce qui l’avait décidé à renouer avec une certaine hygiène corporelle.
« Mais c’est impossible, dit le GISPEP abasourdi.
-Bien sûr que c’est possible, dit le gars du MAIGRE, et c’est LA voie à suivre !
-Mais vous êtes con ou quoi ? s’énerva le GISPEP. Je fais quoi, moi, maintenant ?
-Faut dire que c’est la merde, dit le mec du 12 Delta. C’est le Conseil qui nous fout dedans, et pas qu’un peu.
-Dans ‘Conseil’, il y a… ’seil’, dit le Yogi.
-…
-Moi je dis ça pour élargir le débat, se plaignit le Yogi. Si vous en voulez pas je la remets dans ma culasse !
-…
-Quand même… Quand je pense qu’on a viré la moitié de l’effectif pour faute grave… dit le GISPEP rêveur. L’idée était bonne, ça permettait de renouveler les troupes et d’envoyer un message fort de motivation à ceux qui restaient. C’était même une idée du Chef du Conseil…
-Et là, je suis d’accord ! En virer un maximum, c’était ce qu’il fallait faire, insista le gars du MAIGRE.
-Mais bordel, ça aurait marché si le Conseil n’avait pas gelé les embauches hier ! On ne peut plus embaucher, pas même des intérims ! Ils ont décidé ça entre eux au Conseil ! Sans m’en parler ! Mais merde, je fais partie du Conseil, moi aussi ! Résultat ? Il nous manque 50% de notre effectif, qu’on peut pas remplacer, et on a des projets tout le tour du ventre !
-Mais cette histoire de ressources illimitées ? demanda le mec du 12 Delta. C’est bien eux qui l’avaient décidée, non ? Faut vous battre, c’est eux qui nous foutent dans la merde, c’est eux qui vont foutre l’Entreprise dans la merde ! s’insurgea le mec du 12 Delta.
-Se battre ? ricana le GISPEP. Ben voyons… »

La réunion s’était terminée là-dessus, le GISPEP avait donné rendez-vous à ses trois sbires le lendemain, même endroit, même heure. Le Yogi avait demandé s’il s’agissait de l’heure de début ou de l’heure de fin.

Le lendemain, la discussion avait repris :
« Alors, je suis allé me battre, ouvrit le GISPEP. Je suis allé voir un des membres du Conseil en qui j’avais confiance…
-Et ? demanda le mec du 12 Delta.
-Ben j’avais tort de lui faire confiance… Quand je lui ai expliqué la situation, notre situation, il s’est marré et il m’a dit texto : ’Trop de ressources, ça va pas, pas assez de ressources, ça va pas non plus… A part des excuses, finalement, qu’est-ce que vous cherchez en Recherche et Développement ?’
– La vache, ça, c’est dur, dit le gars du MAIGRE.
-DUR, c’est 4 points au Scrabble, dit le Yogi.
-…
-Sauf si on le met sur une case spéciale, ça peut aller jusqu’à 12 ou même…
-Bon ! On peut bosser ? interrompit le GISPEP.
-N’empêche, avec ‘DUR’, on peut faire ‘ENDURCIS’, insista le Yogi, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort !
-Mais il a raison, dit le mec du 12 Delta, c’est une nouvelle épreuve dont nous sortirons endurcis !
-Qu’est-ce qu’on a comme atout ? demanda le gars du MAIGRE.
-Là, comme ça, tout de suite, je vois pas, dit le GISPEP.
-Ah si, quand même, il y a le projet d’innovation de rupture de la Bougre Complice, risqua le Yogi, et puis il y a FLEXTOR.
-C’est pas faux, dit le gars du MAIGRE. En plus, ils n’ont pas besoin de ressources supplémentaires, eux.
-Et ce sont des succès qui nous doivent beaucoup, à nous, avec tout ce qu’on a fait pour eux, ajouta le mec du 12 Delta.
-Le problème, c’est que FLEXTOR s’est bien propagé dans pratiquement toute l’Entreprise, sauf au Conseil, dit le Yogi.
-Faut pas déconner non plus, dit le GISPEP. C’est quand même des idées à la con que propage FLEXTOR, mais tant que ça fait plaisir aux Bougres, on va pas s’en priver. De là à les appliquer au Conseil, on est quand même au dessus de ça ! En plus, c’est nous, les membres du Conseil, qui décidons tout et jusque-là, ça a très bien marché !
-Oui, mais là, ça nous aide pas, insista le Yogi. Si FLEXTOR avait atteint le Conseil, on aurait un terrain de discussion commun.
-Mais on l’a ! réagit le GISPEP. C’est notre FISTULE !
-Personnellement, je n’ai rien de ce genre, dit le gars du MAIGRE.
-Mais si, c’est la méthode que nous avons créée, la ‘Flexibeule Innovative and Statisticale Technique for Universal Leadership in Economics’.
-Mais elle n’a rien de commun avec FLEXTOR ! dit le mec du 12 Delta. Et si on se plante en essayant de le faire croire au Conseil, c’est nous qui allons être vus comme responsables !
-Moi, j’irais pas non plus ! dit le gars du MAIGRE.
-Il y a 4 lettres en commun entre FLEXTOR et FISTULE, c’est un atout au Scrabble et c’est un signe ! s’exclama le Yogi en pointant le GISPEP. Moi, j’y vais avec vous ! »
Sur ce, le gars du MAIGRE et le mec du 12 Delta étaient sortis du bureau du GISPEP et marchaient de concert dans le couloir :
« Si vous voulez mon avis, dit le gars du MAIGRE, ça pue !
-Je suis bien d’accord, ça pue et il faudrait pas qu’on pense que c’est à cause de nous, répondit le mec du 12 Delta.
-Le mieux, ce serait de nous positionner tous les deux vis-à-vis des membres du Conseil… dit le gars du MAIGRE.
-Et en dehors de l’influence du GISPEP, dit le mec du 12 Delta.
-On se comprend, dit le gars du MAIGRE.
-On s’est compris, dit le mec du 12 Delta. »

Pendant ce temps, la Bougre Complice était chez le Skippy avec le Chef :
« On voit la fin du projet ! s’exclama la Bougre Complice avec un grand sourire.
-On aura bien bossé ensemble, dit le Chef, un dernier coup de rein et c’est terminé !
-Attention, dit le Skippy, faites attention !
-Comment ça ? s’étonna la Bougre Complice.
-Voir la ligne d’arrivée peut inciter à accélérer en se focalisant sur le ruban, dit le Skippy. Et vous risquez de ne pas voir les derniers obstacles sur la route ou pire, d’autres coureurs qui pourraient vous couper la route…
-Ben on fait quoi alors ? demanda le Chef.
-Continuez sans rien changer dans votre rythme, ne considérez que vous êtes arrivés que lorsque vous avez effectivement franchi la ligne d’arrivée avec toute l’équipe et tout, absolument tout ce que vous avez à fournir, expliqua le Skippy.
-Vous êtes rabat-joie ! dit la Bougre Complice.
-Disons que je suis réaliste, dit le Skippy, et je compte bien être de la partie quand vous arroserez votre succès !
-N’empêche, on touche vraiment au bout, tous les gros trucs bien incertains sont derrière nous, ce qu’il reste, c’est plutôt des formalités, de la paperasserie…
-Ne négligez rien, si vous trébuchez à un mètre de la ligne, vous ne la franchirez pas et personne ne viendra vous dire que c’est pas grave ! L’échec reste l’échec, même à quelques centimètres du but ! insista le Skippy.
-Note, c’est pas faux, dit le Chef à la Bougre Complice. Si on se plantait maintenant, après tout ce qu’on a vécu, ce serait rageant !
-Mouais… soupira la Bougre Complice un peu déçue.
-Faites pas cette tête, dit le Skippy, faut vous détendre ! On va manger ? C’est encore une journée ‘Inverted Cooking’, sur le salé-sucré : tout ce qu’on sucre habituellement est salé, et réciproquement. Aujourd’hui, c’est huitres chaudes caramélisées au sucre de canne avec leur sirop fraise-banane au sel de Guérande, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec un chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « La fin… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Oct 062018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

L’accélération avait été foudroyante.
Le GISPEP, croyant que la Bougre Complice surfait sur la promesse de ressources illimitées donnée par le Conseil, s’était mis en ordre de bataille pour la devancer. Le GISPEP avait convoqué l’ensemble des GISPEP secondaires (car il était le principal, le premier, l’unique) pour faire une synthèse des portefeuilles de projets représentés au sein de la R&D, la fonction qu’il dirigeait. Cette synthèse montra que seuls quelques projets étaient actifs, ceux de première priorité, dénommés ‘PMAX’, alors qu’un grand nombre de projets, moins prioritaires comme les ‘PMOY’, végétaient voire étaient au bord de l’oubli. L’oubli, c’était le cas des ‘PMIN’, au nombre incroyablement élevé car ils réunissaient tous les projets qui avaient été déclarés uniquement comme moyen détourné pour justifier certains effectifs peu occupés.
Le sang du GISPEP ne fit qu’un tour. Il se souvint que son enjeu était d’obtenir des innovations de rupture en grand nombre dans l’entreprise, sans toutefois changer les habitudes de chacun. Il se souvint aussi que le premier réflexe des décideurs face à une innovation de rupture était le ‘beurk’, la réaction négative, le rejet. Sachant que le ‘beurk’ était aussi la propriété principale des projets PMIN, il en déduisit qu’ils contenaient forcément des innovations de rupture. Il ordonna alors à tous les départements de R&D de lancer activement l’ensemble des projets ‘PMIN’, ce qui revint à multiplier en gros par six la charge sur les Bougres.
Face aux levées de boucliers de l’ensemble de l’encadrement, le GISPEP, sur les conseils du Yogi, avait aussi pris deux décisions.
D’abord, il était crucial que les projets et les ressources soient parfaitement synchronisés et que le GISPEP soit au courant de tout retard potentiel qui aurait mis à risque sa position au Conseil. Le Yogi lui avait vendu sa méthode qui permettait selon lui de synchroniser et coordonner autant de projets qu’on voulait sans effort. Cette méthode s’appelait la ‘Synchronisation & Coordination Ultimate Methodology’ et consistait à recueillir sur des post-it collés au mur toutes les actions en retard d’un projet de façon à ce que les responsables de ces-dites actions prennent conscience de leur nuisance à l’encontre de leurs collègues et de l’entreprise. Ainsi, il avait ordonné qu’à compter d’aujourd’hui, tous les projets soient pilotés en mode SCUM.
Ensuite, il se rendit compte que l’information des retards ne remonterait pas toute seule et que les GISPEP secondaires ne pouvaient pas être partout. Il activa alors la permission de ressources illimitées pour embaucher 20 personnes qui assureraient la remontée des noms des responsables d’actions en retard. Cette remontée devait se faire de façon quotidienne, sous forme de rapports synthétiques détaillés et structurés. Il créa ainsi une nouvelle équipe, la ‘BAG’ pour ‘Brigade d’Action Globale’, dont la raison d’être était de garantir l’engagement et l’avancement harmonieux des projets. Spécialisés en SCUM, les acteurs nouvellement embauchés de cette brigade étaient dénommés les SCUMBAGs.

Ce fut le troisième jour après que ces décisions furent mises en oeuvre que le GISPEP convoqua son trio de consultants. Dans son bureau, à l’heure dite, seuls le mec du 12 Delta et le Yogi étaient présents.
« Il est où le gars du MAIGRE ? Il est jamais en retard, on l’attend ou quoi ? demanda le mec du 12 Delta.
-S’il est pas là, il est sûrement ailleurs, dit le Yogi en allumant les bâtons d’encens.
-On l’attend pas, dit le GISPEP, il est en arrêt maladie chez lui, burn-out profond, a dit le médecin. Il attend l’O.R.G.A.S.M.E. (Note de l’IPM : l’Organisme de Régulation Globale des Accidents, Sinistres et Malheurs des Employés), pour évaluer ce qu’il nous doit, dit le GISPEP.
-Ah merde ! Qu’est-ce qui arrive ? demanda le mec du 12 Delta, on y est pour rien j’espère !
-Non, pour rien, c’est juste lui qui a pas supporté qu’on recrute des gens alors qu’il s’échine à tout réduire en permanence, dit le GISPEP, il faut qu’il apprenne à gérer ses obsessions, c’est tout.
-Ah ok, dit le Yogi, tout va bien, alors !
-Tout va bien, dit le GISPEP.
-Ouf ! Ç’aurait pu être grave, conclut le mec du 12 Delta.
-Mais dites, comment ça se passe sur le terrain ? J’ai reçu les premiers rapports, ils font une vingtaine de pages, il y a presque tout l’effectif de la fonction qui met nos projets en retard, déclara le GISPEP.
-Ben oui, c’est le cas, dit le Yogi. Comme il y avait beaucoup de projets à mener, on s’est dit qu’il fallait mettre la pression pour être sûrs que les Bougres comprendraient que c’est important. Alors on a réduit aussi les délais pour chaque projet, comme ça il peuvent pas dire qu’ils sont pas au courant.
-Et en plus, ça nous exonère de toute responsabilité : s’ils y arrivent pas, c’est pas de notre faute ! On a mis des ressources supplémentaires avec les SCUMBAGs qui sont là pour les aider à y voir plus clair.
-Pas mal ! sourit le GISPEP, mais les SCUMBAGs comment ils se sentent ?
-Ils sont très contents, dit le Yogi, car ils se sentent vraiment impliqués dans l’action et les futurs résultats de l’Entreprise.
-Et puis on les a bien formés pour qu’ils n’entrent jamais dans des discussions opérationnelles. Quand une action est en retard, qui est le responsable ? C’est leur seule question, dit le Mec du 12 Delta.
-Bien ,bien, je vais pouvoir expliquer à mes pairs du Conseil que les retards sont sous contrôle, car identifiés et consolidés. Cela devrait les rassurer et surtout leur montrer qu’on utilise les ressources à bon escient, dit le GISPEP.
-Et avec parcimonie, ajouta le mec du 12 Delta à qui le gars du MAIGRE manquait cruellement.
-Avec qui ? demanda le Yogi.
-… Le seul truc qui me gène, c’est qu’aucun des membres de l’équipe de la Bougre Complice n’apparait, dit le GISPEP.
-Juste une question de temps, conclut le Yogi.»

Pendant ce temps, la discussion était vive entre le Chef et la Bougre Complice :
« Non, je ne vais pas me mettre à tout vérifier, dit la Bougre Complice fermement.
-Mais c’est ce que fait le GISPEP, on va se faire allumer ! insista le Chef.
-Allumer sur rien du tout ! C’est pas la première fois qu’on vit une situation pareille, la dernière fois, vous étiez le chef de mon chef et vous étiez bien content de ce qu’on a fait ! rétorqua la Bougre Complice.
-N’empêche qu’il nous faut des détails sur ce qu’ils font !
-Qui, ‘ils’ ?
-Ben les Bougres, bordel ! se fâcha le Chef.
-Les Bougres, c’est des pros, je leur fous la paix, par contre nous allons nous assurer que nous ne travaillons, tous, que sur des trucs utiles…
-Donc faut bien qu’on leur dise quoi faire !
-Ben non ! Il suffit qu’on fasse notre part pour connaitre l’utilité des demandes reçues à la bourse aux projets. Seuls nos clients, ceux qui demandent, le savent ! Donc on s’assure qu’il n’y a que des demandes utiles, les Bougres choisiront ensuite leurs projets et à partir de là, on leur fout la paix !
-Mais ça peut pas marcher, merde ! s’énerva le Chef.
-Et pourquoi donc ?
-Parce que… on contrôle rien…
-Si ! C’est une situation de crise, notre rôle à tous les deux est de nourrir l’équipe avec les trucs utiles aux clients, et rien d’autre ! C’est ce qu’on a fait la dernière fois et ça marche super bien ! La preuve, on a des délivrables en retard ? testa la Bougre Complice.
-Ben oui… c’est vrai, pas beaucoup par rapport aux autres équipes…
-Aucun en fait… Et les clients râlent ?
-… Pas vraiment, ils sont contents avec ce qu’on leur fournit…
-Parce que ça leur est utile immédiatement ! Rappelez-vous, c’est ce qu’on a fait la dernière fois et vous allez pas m’emmerder cette fois ! (Note de l’IPM : relire ‘élever par la chute libre’ et ‘le Yack et l’Oiseau’)
-Quand même… dit le Chef en lâchant prise… Quand même… On va se faire mettre…
-On verra, conclut la Bougre Complice ».

Le silence régnait dans le bureau de la Bougre Complice, le Chef restait assis, perdu dans ses pensées, puis il reprit :
« Et pour le SCUM ?
-Le scRum insista la Bougre Complice, le scrrrrum !
-Ah non, le GISPEP dit bien le SCUM !
-Ben oui… Ben non ! Je sais pas d’où sort le SCUM, mais l’approche agile en pilotage de projet, c’est le SCRUM, ça veut dire ‘mêlée’, comme en rugby quand toute l’équipe pousse dans la même direction. On l’utilise là où il est utile, sinon on s’en encombre pas !
-Ah… Bon…». Le Chef plongea à nouveau dans ses pensées et le silence revint.

Le Chef semblait réfléchir en silence et la Bougre Complice griffonnait sur la feuille devant elle lorsque la porte s’ouvrit et que le Fourbe entra :
« Bonjour à vous deux ! Je passe vous chercher, on va manger ? C’est le concours du plus gros mangeur avec un buffet ‘All you can eat’, tout à base de foie de porc cru ou mariné à l’aneth…
-Encore de l’aneth ? Je suis pas sûre… dit la Bougre Complice.
-Y a aussi une marinade ail-abricot! Et celui qui mange le plus fait gagner son équipe ! Il parait que c’est super ! »

 

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GISPEP empowère… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juin 302018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

La veille, le GISPEP était sorti de la salle du Conseil avec un sentiment étrange. La réunion extraordinaire du Conseil s’était bien passée, ce n’était pas le problème. Certes le GISPEP avait été le centre d’intérêt partagé des autres membres du Conseil, mais n’était-ce pas ce qu’il recherchait ? Pourtant, le sentiment étrange perdurait. Venait-il de cette bonne nouvelle ? De cette décision prise lors de cette session extraordinaire ? Sans aucun doute, mais le GISPEP n’arrivait pas à percevoir clairement le lien avec ce qu’il ressentait. Il aura dû s’en réjouir, mais ça lui était impossible tant il percevait une ombre derrière tout ça, indéfinissable et pourtant là, inquiétante et pourtant bien connue.
« Le GROC nous a convaincus, avait dit le le Chef du Conseil, les projets d’innovation patinent et il nous faut faire quelque chose, car notre Entreprise se doit d’être innovante à défaut d’être performante.
-Il semble que cela vienne des méthodes de travail et je propose d’élargir le périmètre de la FISTULE, la Flexibeule Innovative and Statisticale Technique for Universal Leadership in Economics, c’est une méthode d’innovation rétrograde que j’ai créée… tenta le GISPEP.
-Les méthodes de travail sont une chose, interrompit l’Attaché du Chef du Conseil qui avait réussi à se libérer une main pour prendre des notes, ce qui est vraiment la solution, c’est l’argent. La motivation, l’engagement, tout ça, c’est du flan s’il n’y a pas d’argent, pas vrai ?
-C’est vrai qu’avoir des ressources, ça aide, mais dans la situation présente, je ne suis pas sûr qu’il s’agisse du problème décrit par le GROC, dit le GISPEP en ne se reconnaissant pas lui-même.
-Laissez le GROC rêver, dit le Chef du Conseil, il voit des choses, c’est vrai, mais il n’en voit que la surface. Ce qui anime l’ensemble, ce qui rend les choses possibles, ce qui fait que les Bougres avanceront ne tient qu’en un seul mot de pouvoir et c’est nous qui le détenons : c’est l’argent. C’est pourquoi, cher GISPEP, je prends la décision ferme devant ce Conseil et en cette session, de vous fournir un budget illimité pour les six mois qui viennent. C’est à la fois une grande marque de confiance envers vous et votre FISTULE ainsi qu’une attente de ma part : vous avez les ressources que vous voulez, en retour je vous demande de vous sortir les doigts et de réussir. J’ai dit ! »
La réunion extraordinaire du Conseil s’était terminée là-dessus et le GISPEP en était ressorti avec ce sentiment étrange, indéfinissable. Était-ce un succès ? Un piège ? Une chance extraordinaire ? La fin de sa carrière ?
Le lendemain, le GISPEP s’était rendu en toute discrétion chez le Skippy. Il était très tôt et le GISPEP était arrivé bien avant ses trois compères qu’il s’était bien gardé de mettre au courant. La discussion avec le Skippy avait été bizarre, comme d’habitude, se disait-il en retournant à son bureau. En gros le Skippy lui avait dit que l’abondance pouvait conduire à la confusion, et qu’il se devait d’être l’étoile polaire, celle qui guide le marin… Bref, le GISPEP n’avait rien compris, comme d’habitude quand il rencontrait le Skippy.
Lorsqu’il arriva dans son bureau, les trois compères étaient déjà installés, deux d’un côté, un de l’autre côté, et les bâtons d’encens fumaient aux quatre coins. Vêtu d’une salopette rose, le Yogi lisait « Comment se faire des amis », assis sur la chaise du Chef, près de la fenêtre, pendant que le gars du MAIGRE et le mec du 12 Delta avaient une discussion profonde sur le fait que le problème, dans la vie, finalement, c’était surtout les gens. Le GISPEP se sentait fatigué, il exposa la situation à ses compères qui ne tarirent de conseils avisés entre excitation et abattement. La conclusion tomba : c’était un putain de cadeau empoisonné et tous furent d’accord pour déterminer un plan qui ferait porter la responsabilité de ce bordel aux Bougres sans oublier le Chef et la Bougre Complice.

Pendant ce temps, la Bougre Complice était arrivée chez le Fourbe.
« J’ai un problème naissant avec le Club sans local (relire ‘l’énergie du vide’) dit-elle.
-Ah bon ? Qu’est-ce qui arrive ? Y a plus personne ? s’étonna le Fourbe.
-Ben non, c’est juste le contraire, j’ai bientôt trop de monde !
-Eh bien c’est super ! J’étais sûr que le Club sans local serait un succès, tout comme la communauté de pratique…
-Pas si sûr, interrompit la Bougre Complice, j’ai pas assez de matière à leur proposer, j’ai peur qu’ils s’emmerdent et qu’ils se démotivent.
-C’est vrai qu’une période de profusion n’est pas toujours facile à gérer, paradoxalement… Ce qui va compter, c’est que tu sois à la fois ferme et exemplaire sur la direction à suivre. Les membres du Club sans local trouveront ce qu’ils peuvent faire d’utile au projet d’innovation de rupture si tu montres en permanence le cap, sans en dévier et surtout sans leur dire quoi faire dans le détail…
-Mais ça va être le bordel et il y en a qui vont abandonner…
-Ce sera le bordel si tu ne fais pas confiance… Mais bon sang, ils sont tous professionnels ! Si tu es claire sur l’intention du projet, ils sauront quoi faire, et surtout quand te consulter. Présente l’état du projet, ce qu’il reste à faire, ce qu’il y a encore à explorer et laisse-les se positionner d’eux-mêmes. Et si c’est pas le moment pour eux, ce sera leur décision, la dynamique s’ajustera d’elle-même.
-Donc en gros, je donne le cap, les ressources s’auto-alloueront et tout ira bien dans le meilleur des mondes, dit la Bougre Complice avec un sourire narquois.
-Tu peux le voir comme ça, tu peux aussi reconnaitre que c’est une pratique que tu pourrais explorer. À toi de voir…
-Mouais… Bon, faut que j’y aille, parce que le Chef accueille le Stagiaire dans son équipe…
-Le Chef a une équipe ?
-Ben oui… le Stagiaire ! Bon tu veux venir avec moi ? Je les rejoins à la cafète. Aujourd’hui , c’est ‘all you can eat’, un buffet à volonté avec que des plats à base de tofu et de tripes, il parait que c’est super. »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GROC a un soupçon… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juin 172018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

Le Bougre au Stagiaire se plaisait bien dans son rôle de GROC. C’était le Chef qui l’avait mis dans ce rôle, de force comme savait le faire le Chef à l’époque (relire « Franchir le Fleuve pour construire le Pont »). Le Chef avait ainsi complété l’équipe du GISPEP, dans le but d’espionner les agissements et surtout les méthodes de travail de la Bougre Complice. C’était il y a bien longtemps, tout avait été bouleversé depuis, pourtant le GROC survivait tel un bouchon dans la tempête.
GROC était le diminutif amical, pour le Bougre au Stagiaire, de l’acronyme de son poste intitulé « Gestionnaire des Rapports Opérationnels Consolidés, Ordonnés et Numérisés ». Le Bougre au Stagiaire s’y était habitué avec le temps et aussi par le fait qu’il avait une vue d’ensemble sur toutes les équipes et leurs méthodes de travail, ce qui lui permettait d’en retirer de précieux enseignements. Loyal envers le Fourbe et la Bougre Complice, il n’avait jamais vraiment joué son rôle d’espion, mais il avait su identifier les points forts et les points faibles des différentes méthodes de travail, faisant de lui avec le temps un véritable expert.
Le GROC avait été convoqué par le Conseil pour faire un état des lieux des projets et des méthodes, incluant le projet d’innovation de rupture, ainsi que Flextor et aussi les méthodes Agiles utilisées. À cette session du Conseil avait été aussi convoquée la Bougre Complice. Malgré les efforts d’explication du GROC, le fait était que l’ensemble des projets d’innovation de l’Entreprise avait plutôt tendance à patiner. C’était « Deux pas en avant, un ou deux pas en arrière » avait conclut le GROC, tout en distinguant l’équipe de la Bougre Complice dont l’état d’esprit ‘Agile’ permettait de ne faire qu’un pas en arrière, jamais deux : le projet d’innovation de rupture affichait la meilleure progression, même si elle semblait laborieuse. Il distingua aussi les autres équipes-projets qui manifestaient un intérêt envers les pratiques Agiles, même si cela ne conduisait à aucun résultat pour l’instant.
Les membres du Conseil avaient pris acte de cette information en regardant le GISPEP, affichant ainsi clairement que l’attente était maintenant envers lui. Le GISPEP était le membre du Conseil porteur de cette laborieuse situation, c’était donc à lui de la résoudre, et vite.
À l’issue de cette session du Conseil, le GISPEP convoqua le GROC dans son bureau. Les trois compères du GISPEP étaient déjà présents dans le bureau, dont la fenêtre était ouverte, signalant que le vœu du Yogi de ne plus utiliser d’eau pour se laver était toujours vivace.

« Mais vous êtes con ou quoi ? ouvrit le GISPEP à l’adresse du GROC.
-Que voulez-vous, je réponds aux questions qu’on me pose ! rétorqua le GROC.
-Vous auriez au moins pu me prévenir, reprit le GISPEP, j’aurai eu l’air moins con devant le Conseil !
-Et ça, c’est embêtant, dit le mec du 12 Delta, faudrait pas qu’on devienne responsables de la performance des équipes projets aux yeux du Conseil.
-On peut toujours réduire les effectifs des équipes qui reculent, dit le gars du MAIGRE.
-Quand j’avance, tu recules, dit le Yogi en respirant par le fenêtre.
-Mais, j’ai été convoqué en même temps que vous, dit le GROC, je n’ai rien préparé du tout, j’ai juste répondu aux questions avec ce que je savais.
-Et ça vous a pas gêné de me faire passer pour un con, dit le GISPEP.
-C’était pas mon intention, dit le GROC.
-Ça y ressemblait, ajouta le mec du 12 Delta, c’est peut-être bien vous le responsable de tout ça.
-Si c’est le cas, nous pouvons réfléchir à l’intérêt d’avoir un GROC dans cette Entreprise, dit le gars du MAIGRE.
-Quand tu recules, j’avance, dit le Yogi d’un air pénétré.
-Un GROC, oui, est nécessaire et utile, dit le GISPEP avec un sourire narquois, par contre, celui qui tient le rôle est aisément remplaçable…
-Que vouliez-vous que je fasse ? s’énerva le GROC, je présente mes observations, telles quelles, un autre aurait fait la même chose !
-Un autre montrerait sans doute plus de loyauté envers celui qui le nourrit, il y a un traitre parmi nous, dit le mec du 12 Delta.
-Mais éliminer pour remplacer ne fait pas baisser l’effectif, ni les coûts, il faut bien réfléchir, du coup, dit le gars du MAIGRE.
-Comment veux-tu, comment veux-tu ? récita le Yogi, les yeux perdus dans le vague, avec un mouvement du buste oscillant d’arrière en avant.
-Bref, vous avez bloqué notre stratégie, dit le GISPEP en s’adossant dans son fauteuil de chef, nous aussi on vient de faire deux pas en arrière et c’est grâce à vous.
-Mais merde ! J’y peux rien si c’est la réalité ! rétorqua le GROC.
-La réalité, c’est l’idée que les autres s’en font, dit le GISPEP dans un soupir, vous avez toujours pas compris ça ? La réalité se construit et s’influence, et mon rôle est que le Conseil ne perçoive qu’une réalité, celle qui me porte et aucune autre.
-Dans cette réalité, les responsables sont les autres, pas nous, dit le mec du 12 Delta.
-Et ce qui compte, c’est de réduire, dit le gars du MAIGRE, c’est comme en cuisine, quand c’est bien réduit, ça a plus de goût. On est les artisans du goût, nous on réduit, et ça marche, les autres sont en charge de la performance, si ça va pas, c’est leur problème, ça fournit des responsables-coupables au 12 Delta.
-Quand j’avance, tu recules, comment veux-tu que je…
-Bon ben ça va, on a compris ! interrompit le GISPEP.
-Que je fabule, reprit le Yogi, c’est ça la merde, on peut plus fabuler avec ce con de GROC.
-Non mais dites donc ! se fâcha le GROC, ça suffit comme ça ! Je vous demande des excuses, immédiatement !
-C’est vrai, dit le GISPEP, même si c’est la vérité, il y a d’autres moyens de le dire.
-Je m’excuse, dit le Yogi en croisant tous ses doigts dans son dos.
-Je crois que je vais vous laisser, dit le GROC, de toute façon, nous avions terminé.
-C’est vous qui le dites , dit le mec du 12 Delta.
-Et ça fera un de moins dans cette pièce, dit le gars du MAIGRE.
-Nul n’est jamais assez fort pour ce calcul, dit le Yogi. »

Le GROC sortit et se précipita chez le Skippy. Il y retrouva la Bougre Complice. Le GROC relata rapidement sa réunion chez le GISPEP et demanda conseil.
« Surtout, ne pas vous énerver, dit le Skippy.
-Ben je sais pas ce qu’il vous faut, dit le GROC.
-C’est vrai que c’est pas facile, dit la Bougre Complice, mais écoute-le, tu verras.
-Merci dit le Skippy en riant, en fait, ce que je viens de dire à la Bougre Complice qui s’inquiétait comme toi de la situation, c’est qu’il ne faut pas s’énerver.
-N’empêche, le GISPEP s’énerve, lui, et je risque d’en faire les frais…
-C’est un autre problème, que tu traiteras à part et d’autant mieux que tu ne t’énerves pas sur le premier, celui d’avancer et reculer, d’avoir l’impression que les choses ne progressent pas, malgré l’énergie que les équipes y mettent.
-Bon, si vous le dites…
-C’est un passage normal et quasiment obligé de toute progression dans une pratique particulière. Il y a forcément des moments où le nouveau pratiquant a l’impression de stagner, voire de régresser. Ce sont des moments de doute, ils sont importants et ne sont pas à négliger.
-Ah ben vous voyez ! dit le GROC.
-Tais-toi, écoute-le, insista la Bougre Complice.
-Merci à nouveau, dit le Skippy dans un sourire, ces moments de doute sont à savourer pour pouvoir les traverser, ils sont simplement l’indication d’un progrès graduel qui s’effectue par cycles. L’Agilité ne comporte-t-elle pas cette notion d’itérations en son sein ? Il s’agit de replacer ces moments de doute, dans une progression à long terme, en lâchant toute attente de succès rapides. Les succès rapides dans l’acquisition d’une pratique sont souvent décrits comme la chance des débutants , ils sont encourageants mais ne garantissent pas le succès à long terme. Pour moi, deux pas en avant, un pas en arrière est juste l’indication que l’équipe de la Bougre Complice est sur la bonne voie, tout comme d’autres équipes qui ont choisi de pratiquer. Il s’agit d’être tenace, et de replacer tout cela dans le long terme…
-Donc on continue comme ça ? demanda le GROC.
-En ce moment c’est la seule façon d’avancer, c’est ce qu’il s’agit d’accepter…
-Parce que le GISPEP, il a une autre approche, insista le GROC.
-Et il en tirera quelques avantages à court terme, mais sur le long terme, s’il ne change pas, il souffrira, répondit le Skippy, mais dites, c’est bien gentil ça, mais j’ai faim, on va manger ? Y a quoi aujourd’hui ?
-C’est la journée ‘Pédalage’, rien que des plats à base de choucroute avec de la semoule, le tout arrosé de mélasse, il parait que c’est super ! dit la Bougre Complice. »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef et la Bougre Complice… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Lien vers la Table des Matières

Lien vers la Bibliographie

Oct 252014
 

Un document fondamental a été retrouvé récemment. Ce document est l’objet d’une guerre sans merci entre le GLAS (Groupe des Leaders Auto Satisfaits) et l’IPM (Institut de Paléographie Managériale). Il s’agit du « Tao de la Connerie Ordinaire ». Il semble que cet ouvrage soit une partie intégrante des Chroniques Iniques, même s’il est difficile parfois de dire qui, du Chef ou du Skippy, a rédigé certains chapitres.

Les chercheurs de l’IPM vous livrent cette semaine le fruit de leur travail acharné sous la forme d’un chapitre supplémentaire du Tao de la Connerie Ordinaire :

IV

Le Chef cherche l’Innovation.

Devant l’Incertitude du futur,
Le Chef demande au Bougre des chiffres.
Les chiffres sont faux, le Bougre le sait, le Chef le sait.
Le Chef a besoin des chiffres faux pour connaitre l’avenir à venir.

Lorsqu’il est prêt, le Chef réalise un miracle.
A partir des chiffres faux, il crée la Vérité, et il la nomme l’Objectif.
Plus le terme est loin, plus les chiffres sont faux
Plus les chiffres sont faux, plus l’Objectif est précis.

Ainsi le Chef a fait son travail,
Dans le rêve du futur.
C’est alors au Bougre de changer le faux en vrai,
Dans la réalité du présent.

Dans l’Incertitude, décide de ce qui doit être Vrai,
C’est une Certitude.
Là est le Tao de la Connerie Ordinaire.

Et réciproquement.

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Pour aller moins loin :

il peut être bon de relire les conseils du chapitre d’ouverture de l’ouvrage en pointant ou en cliquant ici

Pour aller plus loin :

Juil 142014
 

Un nouveau document pré-apocalyptique très difficile à traduire est enfin publiable ! Il s’agit d’un nouveau texte original rédigé de la main de notre manager préféré : Le Chef.

Nota : Les chercheurs de l’Institut de Paléographie Managériale précisent que toute ressemblance, même lointaine, avec quelque situation entrepreneuriale, passée, présente et future, et qui pourrait amener le lecteur à réfléchir, est de la responsabilité du Chef, disparu dans notre futur lointain.

«Vraiment, maintenant, je fais le constat que les gens s’ennuient pendant mes présentations. Comme quoi, il n’y a plus de passion pour le travail. Nous, les managers, devons porter nos équipes à bout de bras. Surtout avec les jeunes ! Alors eux, pour s’en foutre, ils s’en foutent ! Mais qu’allons –nous devenir ? Qui va payer nos retraites ? Alors bien sur, me direz-vous, il y a des gens qui font des présentations que le public applaudit. Ben oui ! Eh bien ces gens là ne sont sans doute pas pris dans le quotidien des décisions sous pression ! Et puis, comme toujours, il y a des individus qui se croient au dessus de la mêlée : les Skippies !  Ils disent qu’une présentation, c’est d’abord une histoire que l’orateur partage avec son public. Que le public est d’autant plus enclin à la recevoir cette histoire que cette histoire l’implique directement sur tous les plans : rationnels comme émotionnels. Pour une présentation motivante et engageante, ces grands gourous préconisent (voir livre « resonate » en lien à la fin de l’article) :

L’authenticité de l’orateur en trois points : honnêteté (vis à vis du public, vis à vis de vous-même), unicité (vous seul avez l’expérience qui est la vôtre avec ses succès, échecs et anecdotes : c’est cette différence qui compte), sans compromis (si vous croyez vraiment ce que vous dites, alors ne reculez pas devant la résistance, ne changez pas d’avis, écoutez pour mieux convaincre sans contraindre) (voir livre « Manager avec les Accords Toltèques »)

D’exprimer l’intention plutôt que les objectifs. L’exemple du discours de Martin Luther King qui ne parle quasiment que du présent et de son intention est frappant. « I have a dream » disait-il, et son discours décrit son rêve ici et maintenant. Il décrit son intention et comment les gens peuvent le rejoindre dans cette intention et agir. (voir la vidéo « I have a dream »)

– De raconter une histoire, qui s’adresse à l’éthique (les valeurs et expériences partagées), à l’émotionnel (les ressentis de plaisir et de douleur) et à la logique (par la structure de votre discours : il y a une intention, des émotions et vous apportez des preuves que votre intention est réaliste, réalisable par des actions concrètes dès maintenant), (voir la vidéo « comment s’exprimer pour que les gens aient envie d’écouter »)

Et enfin, ces illuminés racontent que le véritable  héros n’est ni l’entreprise, ni moi l’orateur, c’est le public ! Ben voyons, alors avec ce genre de raisonnement le leader est le mec qui se tient derrière son groupe… tiens… ça me rappelle une histoire… avec des oies… Mais je m’insurge ! Car finalement, ce qui compte pour nous managers et leaders, c’est que nos messages soient bien compris de nos salariés. C’est pourquoi, je fais toujours en sorte d’axer mes communications sur les faits, rien que les faits. Surtout si la présentation que je dois faire est destinée à annoncer ou à commencer un changement à venir. Par l’expérience partagée des managers, il est possible maintenant de dire que, pour moi le Chef,  les caractéristiques d’une bonne présentation sont :

-Elle contient des faits, rien que des faits : cela clarifie le discours
-Elle est centrée sur entreprise, qui est notre raison de vivre
-Elle positionne l’orateur d’emblée comme celui à suivre (mes subalternes doivent et finiront par reconnaître en moi leur héros en quelque sorte)
-Elle décrit les objectifs à atteindre avec précision, dans le détail, nous prendrons le temps qu’il faudra pour tout couvrir.

Et puis, personnellement,  je mets tout le monde à l’aise pendant l’introduction de mes présentations ;  j’explique bien que je joue la transparence totale avec le public, que je reste ouvert à toutes les questions si on en a le temps, bien sûr, en fin de présentation.

Curieusement, le plus souvent, peu (ou pas) de questions me sont posées en fin de présentation, même si on en a le temps et que le sujet est passionnant. Je les vois bailler ces bougres, alors que je leur présente des chiffres cruciaux pour l’entreprise. Et puis ça ne rate jamais : il y a toujours un fourbe pour me poser une question sur un sujet confidentiel… J’explique alors que je ne peux pas répondre et là voilà qu’il rétorque que je ne suis pas transparent comme je l’avais annoncé… non mais ils comprennent vraiment rien à rien !  Mais peut-être que transparence n’est pas le mot adéquat finalement… la prochainement fois, je parlerai d’authenticité pour voir… après, il me restera à l’être… authentique… ben j’ai pas le cul sorti des ronces ! »

Les Chroniques Iniques, pages de la connerie ordinaire, 1514 vers 17h

Quelques lectures et vidéos qui illustrent cet article :

  • Martin Luther King : discours à écouter sous l’angle des critères énoncés par les Skippies

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