Juin 302018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

La veille, le GISPEP était sorti de la salle du Conseil avec un sentiment étrange. La réunion extraordinaire du Conseil s’était bien passée, ce n’était pas le problème. Certes le GISPEP avait été le centre d’intérêt partagé des autres membres du Conseil, mais n’était-ce pas ce qu’il recherchait ? Pourtant, le sentiment étrange perdurait. Venait-il de cette bonne nouvelle ? De cette décision prise lors de cette session extraordinaire ? Sans aucun doute, mais le GISPEP n’arrivait pas à percevoir clairement le lien avec ce qu’il ressentait. Il aura dû s’en réjouir, mais ça lui était impossible tant il percevait une ombre derrière tout ça, indéfinissable et pourtant là, inquiétante et pourtant bien connue.
« Le GROC nous a convaincus, avait dit le le Chef du Conseil, les projets d’innovation patinent et il nous faut faire quelque chose, car notre Entreprise se doit d’être innovante à défaut d’être performante.
-Il semble que cela vienne des méthodes de travail et je propose d’élargir le périmètre de la FISTULE, la Flexibeule Innovative and Statisticale Technique for Universal Leadership in Economics, c’est une méthode d’innovation rétrograde que j’ai créée… tenta le GISPEP.
-Les méthodes de travail sont une chose, interrompit l’Attaché du Chef du Conseil qui avait réussi à se libérer une main pour prendre des notes, ce qui est vraiment la solution, c’est l’argent. La motivation, l’engagement, tout ça, c’est du flan s’il n’y a pas d’argent, pas vrai ?
-C’est vrai qu’avoir des ressources, ça aide, mais dans la situation présente, je ne suis pas sûr qu’il s’agisse du problème décrit par le GROC, dit le GISPEP en ne se reconnaissant pas lui-même.
-Laissez le GROC rêver, dit le Chef du Conseil, il voit des choses, c’est vrai, mais il n’en voit que la surface. Ce qui anime l’ensemble, ce qui rend les choses possibles, ce qui fait que les Bougres avanceront ne tient qu’en un seul mot de pouvoir et c’est nous qui le détenons : c’est l’argent. C’est pourquoi, cher GISPEP, je prends la décision ferme devant ce Conseil et en cette session, de vous fournir un budget illimité pour les six mois qui viennent. C’est à la fois une grande marque de confiance envers vous et votre FISTULE ainsi qu’une attente de ma part : vous avez les ressources que vous voulez, en retour je vous demande de vous sortir les doigts et de réussir. J’ai dit ! »
La réunion extraordinaire du Conseil s’était terminée là-dessus et le GISPEP en était ressorti avec ce sentiment étrange, indéfinissable. Était-ce un succès ? Un piège ? Une chance extraordinaire ? La fin de sa carrière ?
Le lendemain, le GISPEP s’était rendu en toute discrétion chez le Skippy. Il était très tôt et le GISPEP était arrivé bien avant ses trois compères qu’il s’était bien gardé de mettre au courant. La discussion avec le Skippy avait été bizarre, comme d’habitude, se disait-il en retournant à son bureau. En gros le Skippy lui avait dit que l’abondance pouvait conduire à la confusion, et qu’il se devait d’être l’étoile polaire, celle qui guide le marin… Bref, le GISPEP n’avait rien compris, comme d’habitude quand il rencontrait le Skippy.
Lorsqu’il arriva dans son bureau, les trois compères étaient déjà installés, deux d’un côté, un de l’autre côté, et les bâtons d’encens fumaient aux quatre coins. Vêtu d’une salopette rose, le Yogi lisait « Comment se faire des amis », assis sur la chaise du Chef, près de la fenêtre, pendant que le gars du MAIGRE et le mec du 12 Delta avaient une discussion profonde sur le fait que le problème, dans la vie, finalement, c’était surtout les gens. Le GISPEP se sentait fatigué, il exposa la situation à ses compères qui ne tarirent de conseils avisés entre excitation et abattement. La conclusion tomba : c’était un putain de cadeau empoisonné et tous furent d’accord pour déterminer un plan qui ferait porter la responsabilité de ce bordel aux Bougres sans oublier le Chef et la Bougre Complice.

Pendant ce temps, la Bougre Complice était arrivée chez le Fourbe.
« J’ai un problème naissant avec le Club sans local (relire ‘l’énergie du vide’) dit-elle.
-Ah bon ? Qu’est-ce qui arrive ? Y a plus personne ? s’étonna le Fourbe.
-Ben non, c’est juste le contraire, j’ai bientôt trop de monde !
-Eh bien c’est super ! J’étais sûr que le Club sans local serait un succès, tout comme la communauté de pratique…
-Pas si sûr, interrompit la Bougre Complice, j’ai pas assez de matière à leur proposer, j’ai peur qu’ils s’emmerdent et qu’ils se démotivent.
-C’est vrai qu’une période de profusion n’est pas toujours facile à gérer, paradoxalement… Ce qui va compter, c’est que tu sois à la fois ferme et exemplaire sur la direction à suivre. Les membres du Club sans local trouveront ce qu’ils peuvent faire d’utile au projet d’innovation de rupture si tu montres en permanence le cap, sans en dévier et surtout sans leur dire quoi faire dans le détail…
-Mais ça va être le bordel et il y en a qui vont abandonner…
-Ce sera le bordel si tu ne fais pas confiance… Mais bon sang, ils sont tous professionnels ! Si tu es claire sur l’intention du projet, ils sauront quoi faire, et surtout quand te consulter. Présente l’état du projet, ce qu’il reste à faire, ce qu’il y a encore à explorer et laisse-les se positionner d’eux-mêmes. Et si c’est pas le moment pour eux, ce sera leur décision, la dynamique s’ajustera d’elle-même.
-Donc en gros, je donne le cap, les ressources s’auto-alloueront et tout ira bien dans le meilleur des mondes, dit la Bougre Complice avec un sourire narquois.
-Tu peux le voir comme ça, tu peux aussi reconnaitre que c’est une pratique que tu pourrais explorer. À toi de voir…
-Mouais… Bon, faut que j’y aille, parce que le Chef accueille le Stagiaire dans son équipe…
-Le Chef a une équipe ?
-Ben oui… le Stagiaire ! Bon tu veux venir avec moi ? Je les rejoins à la cafète. Aujourd’hui , c’est ‘all you can eat’, un buffet à volonté avec que des plats à base de tofu et de tripes, il parait que c’est super. »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GROC a un soupçon… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juin 232018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

Le Chef avait été convoqué en tout début de matinée chez le GISPEP. Il était assis sur sa chaise, comme à l’accoutumée. C’était sa chaise, car il n’y en avait qu’une dans le bureau du GISPEP et seul le Chef avait le rang sub-hiérarchique pour s’y assoir. Au début, le Chef le prenait plutôt mal, mais progressivement il le voyait de plus en plus comme une forme de revendication implicite. Dans le bureau, se trouvaient également le gars du MAIGRE et le mec du 12 Delta qui se tenaient dans un angle de la pièce, assis derrière le GISPEP qui trônait dans son fauteuil tout près de la fenêtre. Manifestement, ils cherchaient à être le plus loin possible du Yogi, tout en respectant les convenances de base des relations humaines. De l’autre coté de la pièce se tenait le Yogi, emmitouflé dans un sari trop grand, et dont la barbe et les cheveux gras et tressés laissaient apparaître les squames de son eczéma généralisé. Squames qu’il avait tendance à répandre malgré lui, chaque fois qu’il bougeait un tant soit peu. L’eczéma était manifestement dû au fait qu’il se lavait au sable et à l’encens depuis maintenant plusieurs semaines, conformément à son voeu. Le Yogi avait exprimé qu’il se devait de continuer, au grand dam de ses compères, car le contact de l’eau sur l’eczéma lui était maintenant insupportable. Il avait aussi mentionné qu’il avait obtenu directement d’un de ses potes tibétains vivant pas très loin, une pommade à base de beurre de yack fermenté et d’urine de porc dont il s’enduisait entièrement et qui manifestement le soulageait grandement. La fenêtre grande ouverte du bureau du GISPEP ainsi que les tentatives de courants d’air témoignaient des effets de bord de la pommade en question.
« Dites-moi, dit le GISPEP à l’égard du Chef en allumant un serpentin de parfum d’intérieur ‘Vent du Soir’, je vous avais demandé de développer Flextor pour montrer à quel point la Bougre Complice a une approche subversive et risquée pour l’Entreprise. Pour l’instant, je ne vois rien venir… Vous voulez bien m’expliquer ?
-Il n’y a pas grand chose à expliquer, répondit le Chef, il me faut du temps pour démarrer Flextor et aussi des ressources.
-Et ?
-Je suis en train de recruter un stagiaire pour m’aider, reprit le Chef.
-Et comment comptez-vous vous y prendre, quel est votre processus ? demanda le gars du MAIGRE.
-Vous savez, Flextor fait partie d’un projet d’innovation de rupture, je vais m’inspirer de certaines approches qui me semblent efficaces, répondit le Chef.
-Ce qui compte, c’est que vous montriez l’entière responsabilité de la Bougre Complice dans ce mouvement subversif, dit le mec du 12 Delta.
-Je fais mon boulot et vous, vous en tirez ce que vous voulez, c’est pas mon problème, rétorqua le Chef.
-Ahhhh, dit le Yogi.
-Quoi ? demanda le GISPEP.
-Rien, je me grattais, ça fait du bien, dit le Yogi.
-Faites votre boulot et faites ce que je vous demande, reprit le GISPEP, votre temps est compté…
-Qu’est-ce que vous voulez que ça me foute, je fais mon boulot, Flextor verra le jour et amorcera le changement culturel de l’Entreprise, c’est ce que vous voulez tout au fond de vous, non ? dit le Chef avec un sourire narquois.
-Tout au fond de toiiii ! chanta le Yogi.
-Quoi ? demanda le GISPEP.
-C’est plutôt de savoir ce que vous cherchez vraiment vous, dit le Yogi en fixant le Chef.
-C’est vrai ça, comment êtes-vous en train de travailler avec la Bougre Complice ? Quels processus ? Où sont-ils décrits ? demanda le gars du MAIGRE.
-Il nous faudrait au moins une matrice RACI, dit le mec du 12 Delta.
-C’est quoi ? demanda le Yogi.
-C’est pour pouvoir Récriminer, Accuser, Condamner et Immoler efficacement, sans trace, sans risque et sans être responsable car tout était décrit dans la matrice, répondit le mec du 12 Delta.
-Génial ! Oui, on fait ça, dit le GISPEP.
-On peut faire encore mieux, dit le gars du MAIGRE.
-Ah bon ? dit le GISPEP.
-Oui, dit le gars du MAIGRE en regardant fixement le Chef, vous allez rédiger avec la Bougre Complice une description exacte et détaillée de tous les éléments de votre collaboration à venir en y intégrant tous les éléments du RACI. Vous veillerez à ce qu’elle ne se doute de rien…
-Mais vous êtes fous à lier, se fâcha le Chef, ça ne sert strictement à rien !
-À vous non, dit le Yogi, mais à nous oui, et l’agilité, c’est bien de travailler sur des trucs utiles, non ? Alors travaillez sur ce qui nous est utile à nous, c’est un bon début !
-…
-Et puis, ne vous en faites pas, je vais donner l’ordre à la Bougre Complice de vous demander de rédiger ce document, ainsi la hiérarchie et la chaine de commande sera respectée, dit le GISPEP surexcité.
-Mais c’est n’importe quoi ! tenta le Chef sans grand espoir.
-Si c’est n’importe quoi, dit le Yogi, c’est que ça n’importe pas, si ça n’importe pas c’est que ça exporte et l’export, c’est le futur ! Construisez notre futur, ne l’attendez pas !
-…
-…
-…
-…
-En gros, faites pas chier et allez-y, reprit le Yogi à l’intention du Chef »

Le Chef quitta le bureau du GISPEP, laissant ce dernier, le gars du MAIGRE et le mec du 12 Delta circonspects, essayant de comprendre les allégories du Yogi. Moins on les comprend, se disaient-ils, plus elles témoignent de la profondeur de la vision du Yogi et plus nous devons nous sentir humbles devant lui.

Le Chef était retourné à son bureau, histoire de se remettre les idées en place et de réfléchir à comment il allait pouvoir avancer sur Flextor en protégeant la Bougre Complice, sans se laisser marcher sur les pieds, ni par le GISPEP, ni par la Bougre Complice, car sa carrière était toujours en suspens, tant qu’il n’avait pas démontré son autonomie à décider, agir pour le bien de l’Entreprise.
En toute fin de matinée, la Bougre Complice l’invita à la rejoindre chez le Skippy avec le Fourbe et le GROC, invitation qu’il accepta, à la fois gêné, soulagé et anxieux.
« Voilà, dit la Bougre Complice, c’est l’absurdité totale, le GISPEP vient de me demander de rédiger un genre de contrat de collaboration entre le Chef et moi, comme si on avait que ça à foutre…
-Je sors du bureau du GISPEP, il m’a dit qu’il vous avait fait cette demande, dit le Chef en se gardant bien de relater toutes les demandes du GISPEP car à ce jour, seul le Fourbe en était au courant.
-Et vous en pensez quoi ? demanda la Bougre Complice au Chef.
-Ben pas grand chose… Je vois pas comment faire ça, ni à quoi ça sert, répondit le Chef.
-Ben ça sert que c’est du micro-management et que ça commence à m’énerver! dit la Bougre Complice.
-C’est un peu comme un contrat de mariage finalement, dit le Fourbe, ça sert surtout à définir comment se séparer…
-C’est pas faux, dit le GROC, c’est des techniques souvent utilisées dans la recherche absolue du Contrôle…
-Raison de plus pour ne rien faire, dit la Bougre Complice, je ne veux pas d’un mariage arrangé ! Rien de personnel, désolée, ajouta-t-elle à l’égard du Chef.
-Pas de souci, dit le Chef, on est dans la même merde, et si on ne répondait pas à cette demande, on pourrait faire trainer sans être trop visibles…
-Ça, ça me plait ! dit la Bougre Complice.
-Je ne suis pas sûr mais je ne sais pas vous dire pourquoi, dit le Fourbe.
-Je peux apporter des éléments pour éclairer cette situation, dit le Skippy, si vous le souhaitez, bien sûr.
-Pour faire trainer ? demanda le Chef.
-Non, au contraire, dit le Skippy.
-Au contraire ? Mais moi, j’épouse pas le Chef ! Comment vous voulez qu’on passe un contrat de coopération dans le détail quand on travaille sur des ruptures et du changement de culture ?
-En fait, dans ce genre de situation, où un choix est fait dont vous ne comprenez pas les raisons, le piège réside dans le fait d’imaginer des raisons et de les prendre pour argent comptant. C’est vrai que cela ressemble à un mariage forcé, chacun d’entre vous peut avoir l’impression d’être utilisé sans comprendre les motivations profondes qui conduisent à ce mariage.
-C’est tout à fait ça, dit le GROC.
-Exactement, dit le Chef, gêné en regardant le Fourbe qui affichait une poker-face inébranlable, ce qui rassura le Chef.
-Vous allez construire cette alliance, reprit le Skippy ignorant délibérément le langage non verbal outré de la Bougre Complice, et vous allez l’établir sur les bases que vous pensez être vos bases communes aujourd’hui. Vous aurez sans doute plein de sentiments contradictoires, allant de l’illusion à la duperie en passant par une sensation de contrainte étouffante, mais vous continuerez, vous ferez ‘comme si’.
-Comme si ?
-Comme si c’était votre voie à vous deux, votre partenariat constructif. Ainsi, vous rassurerez le GISPEP et ses trois trublions, mais surtout, vous aurez l’opportunité d’explorer, de découvrir et d’apprendre au sujet de votre coopération, la vraie. Transformez cette surprise en opportunité !
-Dites… Ya quelqu’un qui pourrait faire passer le joint ? demanda le Chef, parce que là, on est en plein délire !
-Pas sûr, dit le Fourbe en insistant du regard à l’adresse du Chef, allons y réfléchir calmement, ça mérite d’être pensé…
-Si vous le dites, se résigna le Chef.
-Mais dites, on pourrait aller manger ensemble, ça fait un moment qu’on n’a pas été tous ensemble, dit le Skippy, qu’est-ce qu’il y a aujourd’hui ?
-C’est journée de la glisse, y a que des trucs qui s’avalent facile, à base de beurre, d’huile, de saindoux ou de margarine il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Abondance… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juin 172018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

Le Bougre au Stagiaire se plaisait bien dans son rôle de GROC. C’était le Chef qui l’avait mis dans ce rôle, de force comme savait le faire le Chef à l’époque (relire « Franchir le Fleuve pour construire le Pont »). Le Chef avait ainsi complété l’équipe du GISPEP, dans le but d’espionner les agissements et surtout les méthodes de travail de la Bougre Complice. C’était il y a bien longtemps, tout avait été bouleversé depuis, pourtant le GROC survivait tel un bouchon dans la tempête.
GROC était le diminutif amical, pour le Bougre au Stagiaire, de l’acronyme de son poste intitulé « Gestionnaire des Rapports Opérationnels Consolidés, Ordonnés et Numérisés ». Le Bougre au Stagiaire s’y était habitué avec le temps et aussi par le fait qu’il avait une vue d’ensemble sur toutes les équipes et leurs méthodes de travail, ce qui lui permettait d’en retirer de précieux enseignements. Loyal envers le Fourbe et la Bougre Complice, il n’avait jamais vraiment joué son rôle d’espion, mais il avait su identifier les points forts et les points faibles des différentes méthodes de travail, faisant de lui avec le temps un véritable expert.
Le GROC avait été convoqué par le Conseil pour faire un état des lieux des projets et des méthodes, incluant le projet d’innovation de rupture, ainsi que Flextor et aussi les méthodes Agiles utilisées. À cette session du Conseil avait été aussi convoquée la Bougre Complice. Malgré les efforts d’explication du GROC, le fait était que l’ensemble des projets d’innovation de l’Entreprise avait plutôt tendance à patiner. C’était « Deux pas en avant, un ou deux pas en arrière » avait conclut le GROC, tout en distinguant l’équipe de la Bougre Complice dont l’état d’esprit ‘Agile’ permettait de ne faire qu’un pas en arrière, jamais deux : le projet d’innovation de rupture affichait la meilleure progression, même si elle semblait laborieuse. Il distingua aussi les autres équipes-projets qui manifestaient un intérêt envers les pratiques Agiles, même si cela ne conduisait à aucun résultat pour l’instant.
Les membres du Conseil avaient pris acte de cette information en regardant le GISPEP, affichant ainsi clairement que l’attente était maintenant envers lui. Le GISPEP était le membre du Conseil porteur de cette laborieuse situation, c’était donc à lui de la résoudre, et vite.
À l’issue de cette session du Conseil, le GISPEP convoqua le GROC dans son bureau. Les trois compères du GISPEP étaient déjà présents dans le bureau, dont la fenêtre était ouverte, signalant que le vœu du Yogi de ne plus utiliser d’eau pour se laver était toujours vivace.

« Mais vous êtes con ou quoi ? ouvrit le GISPEP à l’adresse du GROC.
-Que voulez-vous, je réponds aux questions qu’on me pose ! rétorqua le GROC.
-Vous auriez au moins pu me prévenir, reprit le GISPEP, j’aurai eu l’air moins con devant le Conseil !
-Et ça, c’est embêtant, dit le mec du 12 Delta, faudrait pas qu’on devienne responsables de la performance des équipes projets aux yeux du Conseil.
-On peut toujours réduire les effectifs des équipes qui reculent, dit le gars du MAIGRE.
-Quand j’avance, tu recules, dit le Yogi en respirant par le fenêtre.
-Mais, j’ai été convoqué en même temps que vous, dit le GROC, je n’ai rien préparé du tout, j’ai juste répondu aux questions avec ce que je savais.
-Et ça vous a pas gêné de me faire passer pour un con, dit le GISPEP.
-C’était pas mon intention, dit le GROC.
-Ça y ressemblait, ajouta le mec du 12 Delta, c’est peut-être bien vous le responsable de tout ça.
-Si c’est le cas, nous pouvons réfléchir à l’intérêt d’avoir un GROC dans cette Entreprise, dit le gars du MAIGRE.
-Quand tu recules, j’avance, dit le Yogi d’un air pénétré.
-Un GROC, oui, est nécessaire et utile, dit le GISPEP avec un sourire narquois, par contre, celui qui tient le rôle est aisément remplaçable…
-Que vouliez-vous que je fasse ? s’énerva le GROC, je présente mes observations, telles quelles, un autre aurait fait la même chose !
-Un autre montrerait sans doute plus de loyauté envers celui qui le nourrit, il y a un traitre parmi nous, dit le mec du 12 Delta.
-Mais éliminer pour remplacer ne fait pas baisser l’effectif, ni les coûts, il faut bien réfléchir, du coup, dit le gars du MAIGRE.
-Comment veux-tu, comment veux-tu ? récita le Yogi, les yeux perdus dans le vague, avec un mouvement du buste oscillant d’arrière en avant.
-Bref, vous avez bloqué notre stratégie, dit le GISPEP en s’adossant dans son fauteuil de chef, nous aussi on vient de faire deux pas en arrière et c’est grâce à vous.
-Mais merde ! J’y peux rien si c’est la réalité ! rétorqua le GROC.
-La réalité, c’est l’idée que les autres s’en font, dit le GISPEP dans un soupir, vous avez toujours pas compris ça ? La réalité se construit et s’influence, et mon rôle est que le Conseil ne perçoive qu’une réalité, celle qui me porte et aucune autre.
-Dans cette réalité, les responsables sont les autres, pas nous, dit le mec du 12 Delta.
-Et ce qui compte, c’est de réduire, dit le gars du MAIGRE, c’est comme en cuisine, quand c’est bien réduit, ça a plus de goût. On est les artisans du goût, nous on réduit, et ça marche, les autres sont en charge de la performance, si ça va pas, c’est leur problème, ça fournit des responsables-coupables au 12 Delta.
-Quand j’avance, tu recules, comment veux-tu que je…
-Bon ben ça va, on a compris ! interrompit le GISPEP.
-Que je fabule, reprit le Yogi, c’est ça la merde, on peut plus fabuler avec ce con de GROC.
-Non mais dites donc ! se fâcha le GROC, ça suffit comme ça ! Je vous demande des excuses, immédiatement !
-C’est vrai, dit le GISPEP, même si c’est la vérité, il y a d’autres moyens de le dire.
-Je m’excuse, dit le Yogi en croisant tous ses doigts dans son dos.
-Je crois que je vais vous laisser, dit le GROC, de toute façon, nous avions terminé.
-C’est vous qui le dites , dit le mec du 12 Delta.
-Et ça fera un de moins dans cette pièce, dit le gars du MAIGRE.
-Nul n’est jamais assez fort pour ce calcul, dit le Yogi. »

Le GROC sortit et se précipita chez le Skippy. Il y retrouva la Bougre Complice. Le GROC relata rapidement sa réunion chez le GISPEP et demanda conseil.
« Surtout, ne pas vous énerver, dit le Skippy.
-Ben je sais pas ce qu’il vous faut, dit le GROC.
-C’est vrai que c’est pas facile, dit la Bougre Complice, mais écoute-le, tu verras.
-Merci dit le Skippy en riant, en fait, ce que je viens de dire à la Bougre Complice qui s’inquiétait comme toi de la situation, c’est qu’il ne faut pas s’énerver.
-N’empêche, le GISPEP s’énerve, lui, et je risque d’en faire les frais…
-C’est un autre problème, que tu traiteras à part et d’autant mieux que tu ne t’énerves pas sur le premier, celui d’avancer et reculer, d’avoir l’impression que les choses ne progressent pas, malgré l’énergie que les équipes y mettent.
-Bon, si vous le dites…
-C’est un passage normal et quasiment obligé de toute progression dans une pratique particulière. Il y a forcément des moments où le nouveau pratiquant a l’impression de stagner, voire de régresser. Ce sont des moments de doute, ils sont importants et ne sont pas à négliger.
-Ah ben vous voyez ! dit le GROC.
-Tais-toi, écoute-le, insista la Bougre Complice.
-Merci à nouveau, dit le Skippy dans un sourire, ces moments de doute sont à savourer pour pouvoir les traverser, ils sont simplement l’indication d’un progrès graduel qui s’effectue par cycles. L’Agilité ne comporte-t-elle pas cette notion d’itérations en son sein ? Il s’agit de replacer ces moments de doute, dans une progression à long terme, en lâchant toute attente de succès rapides. Les succès rapides dans l’acquisition d’une pratique sont souvent décrits comme la chance des débutants , ils sont encourageants mais ne garantissent pas le succès à long terme. Pour moi, deux pas en avant, un pas en arrière est juste l’indication que l’équipe de la Bougre Complice est sur la bonne voie, tout comme d’autres équipes qui ont choisi de pratiquer. Il s’agit d’être tenace, et de replacer tout cela dans le long terme…
-Donc on continue comme ça ? demanda le GROC.
-En ce moment c’est la seule façon d’avancer, c’est ce qu’il s’agit d’accepter…
-Parce que le GISPEP, il a une autre approche, insista le GROC.
-Et il en tirera quelques avantages à court terme, mais sur le long terme, s’il ne change pas, il souffrira, répondit le Skippy, mais dites, c’est bien gentil ça, mais j’ai faim, on va manger ? Y a quoi aujourd’hui ?
-C’est la journée ‘Pédalage’, rien que des plats à base de choucroute avec de la semoule, le tout arrosé de mélasse, il parait que c’est super ! dit la Bougre Complice. »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef et la Bougre Complice… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juil 142014
 

Un nouveau document pré-apocalyptique très difficile à traduire est enfin publiable ! Il s’agit d’un nouveau texte original rédigé de la main de notre manager préféré : Le Chef.

Nota : Les chercheurs de l’Institut de Paléographie Managériale précisent que toute ressemblance, même lointaine, avec quelque situation entrepreneuriale, passée, présente et future, et qui pourrait amener le lecteur à réfléchir, est de la responsabilité du Chef, disparu dans notre futur lointain.

«Vraiment, maintenant, je fais le constat que les gens s’ennuient pendant mes présentations. Comme quoi, il n’y a plus de passion pour le travail. Nous, les managers, devons porter nos équipes à bout de bras. Surtout avec les jeunes ! Alors eux, pour s’en foutre, ils s’en foutent ! Mais qu’allons –nous devenir ? Qui va payer nos retraites ? Alors bien sur, me direz-vous, il y a des gens qui font des présentations que le public applaudit. Ben oui ! Eh bien ces gens là ne sont sans doute pas pris dans le quotidien des décisions sous pression ! Et puis, comme toujours, il y a des individus qui se croient au dessus de la mêlée : les Skippies !  Ils disent qu’une présentation, c’est d’abord une histoire que l’orateur partage avec son public. Que le public est d’autant plus enclin à la recevoir cette histoire que cette histoire l’implique directement sur tous les plans : rationnels comme émotionnels. Pour une présentation motivante et engageante, ces grands gourous préconisent (voir livre « resonate » en lien à la fin de l’article) :

L’authenticité de l’orateur en trois points : honnêteté (vis à vis du public, vis à vis de vous-même), unicité (vous seul avez l’expérience qui est la vôtre avec ses succès, échecs et anecdotes : c’est cette différence qui compte), sans compromis (si vous croyez vraiment ce que vous dites, alors ne reculez pas devant la résistance, ne changez pas d’avis, écoutez pour mieux convaincre sans contraindre) (voir livre « Manager avec les Accords Toltèques »)

D’exprimer l’intention plutôt que les objectifs. L’exemple du discours de Martin Luther King qui ne parle quasiment que du présent et de son intention est frappant. « I have a dream » disait-il, et son discours décrit son rêve ici et maintenant. Il décrit son intention et comment les gens peuvent le rejoindre dans cette intention et agir. (voir la vidéo « I have a dream »)

– De raconter une histoire, qui s’adresse à l’éthique (les valeurs et expériences partagées), à l’émotionnel (les ressentis de plaisir et de douleur) et à la logique (par la structure de votre discours : il y a une intention, des émotions et vous apportez des preuves que votre intention est réaliste, réalisable par des actions concrètes dès maintenant), (voir la vidéo « comment s’exprimer pour que les gens aient envie d’écouter »)

Et enfin, ces illuminés racontent que le véritable  héros n’est ni l’entreprise, ni moi l’orateur, c’est le public ! Ben voyons, alors avec ce genre de raisonnement le leader est le mec qui se tient derrière son groupe… tiens… ça me rappelle une histoire… avec des oies… Mais je m’insurge ! Car finalement, ce qui compte pour nous managers et leaders, c’est que nos messages soient bien compris de nos salariés. C’est pourquoi, je fais toujours en sorte d’axer mes communications sur les faits, rien que les faits. Surtout si la présentation que je dois faire est destinée à annoncer ou à commencer un changement à venir. Par l’expérience partagée des managers, il est possible maintenant de dire que, pour moi le Chef,  les caractéristiques d’une bonne présentation sont :

-Elle contient des faits, rien que des faits : cela clarifie le discours
-Elle est centrée sur entreprise, qui est notre raison de vivre
-Elle positionne l’orateur d’emblée comme celui à suivre (mes subalternes doivent et finiront par reconnaître en moi leur héros en quelque sorte)
-Elle décrit les objectifs à atteindre avec précision, dans le détail, nous prendrons le temps qu’il faudra pour tout couvrir.

Et puis, personnellement,  je mets tout le monde à l’aise pendant l’introduction de mes présentations ;  j’explique bien que je joue la transparence totale avec le public, que je reste ouvert à toutes les questions si on en a le temps, bien sûr, en fin de présentation.

Curieusement, le plus souvent, peu (ou pas) de questions me sont posées en fin de présentation, même si on en a le temps et que le sujet est passionnant. Je les vois bailler ces bougres, alors que je leur présente des chiffres cruciaux pour l’entreprise. Et puis ça ne rate jamais : il y a toujours un fourbe pour me poser une question sur un sujet confidentiel… J’explique alors que je ne peux pas répondre et là voilà qu’il rétorque que je ne suis pas transparent comme je l’avais annoncé… non mais ils comprennent vraiment rien à rien !  Mais peut-être que transparence n’est pas le mot adéquat finalement… la prochainement fois, je parlerai d’authenticité pour voir… après, il me restera à l’être… authentique… ben j’ai pas le cul sorti des ronces ! »

Les Chroniques Iniques, pages de la connerie ordinaire, 1514 vers 17h

Quelques lectures et vidéos qui illustrent cet article :

  • Martin Luther King : discours à écouter sous l’angle des critères énoncés par les Skippies

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