Oct 282017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

 

Le Stagiaire se tenait devant la Bougre Complice, un peu gêné, un peu en colère, un peu perdu aussi :
« Et il t’a demandé de lui raconter comment nous travaillons ? demanda la Bougre Complice,
-Oui… Mais c’était bizarre, c’était comme si c’était un secret…
-Tu veux dire le fait de lui raconter ou bien la façon dont nous travaillons ?
-Un peu les deux. En fait j’ai rien compris à ce qu’il voulait. En gros, il voulait que je le rencontre régulièrement, et discrètement, pour lui raconter comment tu bosses avec ton équipe. Je lui ai dit que c’était pas un secret, qu’il avait qu’à venir à vos réunions, il verrait bien.
-Tu as bien fait ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Alors il va venir voir ?
-J’en sais rien, ça n’a pas eu l’air de le convaincre… Il m’a dit qu’il n’avait pas le temps, que c’était surtout pour compléter les rapports qu’il assemble. En fait, il avait pas l’air à l’aise non plus… Je te jure, c’était vraiment bizarre comme situation !
-J’imagine ! Écoute, c’est pas grave, ça montre juste qu’il est peut-être intéressé par nos approches. A l’occasion, si je le vois, je lui en parle.
-OK.
-Là je file, j’ai rendez-vous avec le Fourbe.»

Pendant ce temps, le GISPEP racontait son échec à retourner le Stagiaire au Chef, qui le prenait mal et qui gueulait, soucieux qu’il était de faire des actes de management à l’égard du GISPEP. Après un bon quart d’heure de reproches, insinuations et autres jugements abrupts, le Chef s’adossa à son fauteuil, s’assura que les piles de documents sur son bureau étaient bien alignées, et prit une profonde inspiration :

« En fait, c’était une connerie de vouloir retourner le Stagiaire… Un jeune, c’est con, ça a des loyautés à la con et imprévisibles… Si vous me l’aviez demandé, je vous l’aurais dit ! Mais non ! Vous préférez foncer tête baissée sans réfléchir ! Prenez-en de la graine et apprenez à réfléchir avant d’agir !
-Mais c’est vous qui m’avez demandé…
-C’était un test, bordel ! Et vous avez échoué… Une fois de plus, devrais-je dire… Alors maintenant voilà ce que nous allons faire : nous allons muter quelqu’un dans cette équipe avec un rôle bien précis qui fera que cette personne ne saura même pas qu’elle espionne pour nous !
-Ah bon ? Parce que le Stagiaire m’a dit que leurs méthodes de travail n’étaient pas un secret, il m’a même invité à assister à leurs réunions…
-Bien sûr ! Pour garder la main ! Pour montrer que la Bougre Complice a le Savoir et l’Expérience et pas moi ! C’est dingue… vous n’avez aucune sensibilité à la manipulation !
-C’est qu’il m’a semblé sincère… vraiment ! J’irais bien assister à une de leurs réunions…
-Jamais ! Mais vous ne comprenez rien à rien ! C’est moi qui fixe le cadre et les conditions : je sais que ces méthodes, c’est du flan ! C’est juste une mode ! Et je le démontrerai ! Mais s’ils connaissent notre intention, alors ils vont tout biaiser et je n’aime pas me faire biaiser !… Elle est bonne, non ?
-…
-Je sais ce que nous allons faire… Je vais créer un poste dans votre équipe…
-Mais je suis tout seul, je n’ai pas d’équipe…
-Justement ! Il est grand temps que vous soyez soutenu dans vos efforts ! Ce qu’il vous faut, c’est une personne habilitée à recueillir les informations opérationnelles dans les équipes (dont celle qui nous intéresse) afin de consolider des rapports intégrant les méthodes de travail.
-Mais ça je peux le faire, juste en allant aux différentes réunions de pilotage des équipes…
-Non ! Pas vous ! Mais c’est incroyable ! Vous êtes plus obtus qu’un angle droit ! Ce poste s’appellera le Gestionnaire des Rapports Opérationnels Consolidés, Ordonnés et Numérisés. Numérisés car nous sommes à l’ère du Digital : montrons-leur que nous aussi, nous sommes à la page…
-Et pourquoi « ordonnés » ?
-Ben il manquerait plus que ce soit le bordel ! C’est important que ces rapports soient ordonnés, non ?
-…
-Pour faire plus court, on l’appellerai le GROC…
-…
-A qui on propose ce poste ? Vous avez une idée ?
-…
-Non ? Vous ne voyez pas ? Eh bien, nous allons le proposer au Bougre au Stagiaire ! Comme ça on a le beurre, l’argent du beurre, la crémière et les vaches… Vous pourrez jouer avec les vaches, si vous voulez !
-…
-Oh, quoi, vous avez vraiment pas d’humour ! Allez, décision prise, rédigez-moi cette définition de poste fissa ! Du résultat, de l’action, du RE-SUL-TAT !
-OK, je m’y mets.
-Et pendant ce temps, j’informe le Bougre au Stagiaire qu’il a un nouveau rôle, vous lui expliquerez le reste, puisqu’il vous rapporte maintenant. Vous voilà manager ! Merci qui ?…
-…
-Hein ?
-Merci Chef… »

Le temps de cette rencontre, la Bougre Complice était arrivée chez le Fourbe. Elle avait besoin de conseils car la phase de sortie de l’hiver était bien finie, l’énergie de l’équipe était là, puissante, presque indomptable et les opportunités étaient là aussi. Cela présentait un double risque pour l’équipe : celui de se replier sur elle-même pour pouvoir se concentrer sur ses actions dans un environnement turbulent et riche et celui, opposé au premier, de voir l’équipe gaspiller son énergie en papillonnant au gré des opportunités se présentant.
« Ton analyse est bonne, dit le Fourbe, il y a bien ces deux risques.
-Le problème, c’est qu’ils sont les deux faces d’une même médaille : si j’évite l’un, je tombe dans l’autre, et réciproquement.
-C’est effectivement l’impression que cela peut donner. Pourtant il y a une solution qui évite les deux pièges, le problème c’est que cette solution, pour se comprendre, demande à être mise en oeuvre…
-Tu veux dire qu’il faut que je mette en place une chose que je ne comprends pas pour pouvoir la comprendre ?
-Pas forcément que tu ne comprends pas. Disons une solution dont tu ne perçois pas le lien entre ce qu’il suffit de faire, et les effets qu’elle produira, qui iront bien dans le sens de ce que tu cherches… C’est un peu comme si, pour construire le pont, il fallait traverser le fleuve…
-Voilà voilà… c’est parti pour les mystères… tu m’aides un peu ?
-En fait, il s’agit de garder ton équipe ouverte à toutes les opportunités extérieures, tout en garantissant qu’elle ne surfe que sur les bonnes et là, qu’elle s’implique à fond.
-C’est ça !
-Eh bien, l’approche consiste à développer des rituels…
-Hein ? Tu veux dire qu’on va sacrifier des animaux ou autre chose ?
-Non ! Ce que ton équipe et toi allez ritualiser ce sont les processus élémentaires de travail en équipe, ceux que vous utilisez déjà quelques fois…
-Tu veux dire processus de décision, de co-construction, etc. Tu parles des 5 processus ?
-Oui ! C’est le moment de les rendre systématiques, quelle que soit la situation ou l’enjeu, cela deviendra le point de stabilité de l’équipe, son côté introverti.
-Mais ça va être super lourd… super chiant, même !
-Tu vois ? Sans être mise en oeuvre vraiment, cette solution ne livre pas ses trésors…
-…
-Il va falloir, pour ton équipe et toi, de la volonté à appliquer systématiquement ces 5 processus. Ce ne sera pas facile, vous échouerez parfois et puis à un moment donné, l’évidence sera là et vous aurez traversé le fleuve tout en construisant le pont.
-Et ce sera quand ?
-Aucune idée, impossible à dire… vous le constaterez après coup !
-Bon… c’est pas encourageant… mais je te fais confiance …
-Parfait ! On va manger ? Aujourd’hui, c’est rate de porc tartare avec son écrasée de brocolis confits au miel… Il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Bougre au Stagiaire se fait embobiner, le plan machiavélique s’étoffe… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Oct 222017
 

En préambule, les chercheurs de l’Institut de Paléographie Managériale vous remercient de votre patience et se félicitent de vous avoir aidé à progresser sur ce point particulier. Par ailleurs, ces même chercheurs vous invitent à vous remémorer le conte précédent (le 24) avant d’entamer la lecture de celui qui suit, le conte 25, qui suit le 24 ainsi que tous les autres, et réciproquement. Le conte 24 (c’est celui où le Chef va rencontrer le Skippy en cachette sur les conseils du GISPEP) est accessible ici : Conte 24

Maintenant que c’est fait, la lecture s’ouvre à vous par l’avertissement ci-dessous :

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

« C’est le bordel ! Avec vos conneries… comment vous dire… c’est le bordel ! Et maintenant quoi ? Vous avez d’autres recommandations à la con ? Parce que vraiment… c’est le bordel ! »
Le Chef avait appuyé ses deux poings sur son bureau et s’était à demi levé, les yeux rivés sur l’enveloppe corporelle du GISPEP, tétanisée, recroquevillée, accrochée à son dossier plein de rapports.
Le GISPEP avait été convoqué tôt ce matin, une convocation par email, une qui disait « dans mon bureau dans 10 minutes ». S’il n’avait pas eu la saine habitude de commencer ses journées en ouvrant sa boite mail avant toute chose afin de recevoir en pleine poire son tsunami quotidien et matinal, il n’aurait pas eu cette information cruciale et la face du monde, ou au moins la sienne, en aurait été changée.
Il était sans voix, il était sans pensée, il était sans tout ce qui aurait pu l’aider à réagir, ça lui faisait toujours ça quand le Chef lui en passait une. D’un autre côté, il en avait presque l’habitude. En tout cas il y travaillait car c’était comme ça. Travailler avec le Chef, c’était savoir accepter ça, c’était l’opportunité que lui donnait le Chef de grandir un peu et de s’assumer en tant qu’individu. Et au fond de lui, derrière les tiraillements au sein de ses tripes et de sa poitrine, il sentait comme une vague forme de reconnaissance : tout était comme d’habitude et c’était rassurant.
« Parce que quand même, reprit le Chef, c’est vous qui m’avez obligé à rencontrer le Skippy ! Hein ? C’est bien ce qui s’est passé ?
-Ben… vous étiez quand même d’accord…
-Comment ça ? Vous m’avez organisé ce putain de rendez-vous, j’étais bien obligé de m’y rendre, ça s’appelle de la politesse !
-C’est vrai… Mais on en avait parlé avant…
-Eh ben heureusement ! Il manquerait plus que vous organisiez des rendez-vous pour moi dans mon dos !
-Il m’avait semblé qu’on était d’accord…
-Mais d’accord sur quoi ?
-Ben, d’aller voir le Skippy…
-Mais jamais de la vie ! C’était votre idée et moi, en tant que Chef, je me dois de vous laisser de l’autonomie, j’ai donc fait un acte de management ! Et voilà le résultat !
-Je suis désolé, j’ai dû mal comprendre…
-C’est ça ! Et il va falloir que ça change ! Parce que finalement, vous êtes tous les mêmes !
-…
-Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai appliqué les conseils à la con du Skippy ! Il avait dit : « Laisse pousser les jeunes pousses au printemps » alors c’est ce que j’ai fait ! J’ai donné l’autonomie aux équipes, je me suis retiré et je les ai laissées travailler.
-…
-Pas un jour, je ne me suis rapproché d’eux de façon à ce qu’ils voient bien qu’ils étaient libres de faire ce qu’ils voulaient, de prendre les décisions qu’ils voulaient. J’ai refusé toutes leurs demandes pour que je participe à des « ateliers de co-construction », comme ils disent. Je ne voulais influencer leur travail en aucune manière.
-Mais je ne suis pas sûr que c’était ce que voulait dire le Skippy…
-Ah bon ? Parce ce que maintenant vous comprenez les choses ? Vous vous foutez de moi ? Vous allez me donner des leçons en tant qu’inspecteur des travaux finis ?
-Non, non…
-J’ai fait exactement ce qu’il a dit et ça a du sens : si je veux donner l’autonomie, je m’éclipse, je n’impose plus ma présence à l’équipe et ainsi elle gagne toute sa liberté… Putain… Vous avez vu ce qui s’est passé ? Ces cons-là ont pourtant pas mal démarré… A un moment j’y ai cru… Et puis ils ont commencé à débattre… débattre, chacun tirant la couverture à soi… Bande de trouillards… La seule décision qu’ils prennent d’un commun accord à la fin d’une réunion , c’est de fixer la date de la prochaine réunion… et encore, des fois ils n’y arrivent pas parce qu’ils sont trop occupés… Résultat ? C’est le bordel !!! Moi j’ai fait mon boulot et ma conclusion est double : j’ai des équipes de bras cassés et les méthodes du Skippy, c’est du flan, c’est le truc à la mode peut-être, mais c’est pas pour nous…
-Peut-être faudrait aller les voir et leur dire…
-Mais bien sûr ! Maintenant que c’est le bordel, et c’est grâce à vous, je vais y aller pour récupérer les dégâts ! Qui c’est qui s’y colle, c’est bibi ! Comment voulez-vous que je me positionne dans ce merdier maintenant ? A part tout raser et tout recommencer, je ne vois pas d’autre solution… Convoquez-moi les équipes pour cet après-midi, réunion de crise… Ça va chier…
-Très bien… Je convoque la Bougre Complice aussi ?
-Et pourquoi pas ?
-En fait, son équipe marche plutôt très bien… c’est la seule où ce n’est pas le merdier en fait…
-Eh bien c’est qu’elle n’applique pas les conneries du Skippy !
-… À ce qu’on m’a dit, elle les applique et avec elle ça a l’air de marcher…
-Non mais vous vous entendez ? Alors comme ça, si ça merde, c’est à cause de moi ?
-Je ne dis pas ça… mais c’est vrai que son équipe s’en sort très bien, je le vois dans mes rapports…
-Et comment elle fait alors ?
-J’ai l’impression qu’elle a donné l’autonomie en se rapprochant du quotidien de son équipe. Elle en est devenue une partie intégrante, non comme chef mais comme contributrice, au même titre que tous les équipiers. Cela a permis à l’équipe de bénéficier de son expérience, de ses compétences et de sa vision. Pour autant, les décisions étaient prises par les personnes qui en bénéficiaient le plus, il semble qu’ils utilisent un processus pour prendre leurs décisions. Manifestement, cela a créé de la confiance assez rapidement, même si les débuts ont été, comme chez nous, un peu chaotiques.
-Sauf que chez nous, on est toujours dans le chaos… Et c’est quoi ce processus de décision ?
– Je ne sais pas… Ce que je vois, c’est qu’apparemment, ils saisissent les opportunités qui se présentent sans se poser plus de question. C’est comme si ils surfaient sur le chaos et ça les rapproche quand même de leur but. Je n’en sais pas plus, je vous livre ce que je déduis de mes rapports…
-Il nous faudrait quelqu’un dans la place qui puisse nous renseigner discrètement…
-Comment ça ?
-Eh bien, vous voyez bien ! Quelqu’un qui soit dans l’équipe de la Bougre Complice qui puisse nous raconter comment ils travaillent vraiment…
-Mais… on pourrait simplement demander à la Bougre Complice de nous expliquer comment ils font… Ce serait une super conférence à monter…
-Jamais de la vie ! Il est hors de question que la Bougre Complice nous donne des leçons ! Le Chef, c’est moi ! La Connaissance, c’est moi ! La Boite, c’est MOI !… Non, il nous faut une source d’information discrète dans la place…
-Un espion…
-Tout de suite les grands mots ! Si vous voulez… Dites-vous que nous agissons ainsi parce que nous y sommes contraints ! C’est vous qui m’avez mis dans ce merdier, ne l’oubliez pas ! Alors considérez que je vous donne une chance supplémentaire…
-Bien…
-Trouvez-moi quelqu’un qui pourrait infiltrer cette équipe… Pourquoi pas le Stagiaire ? C’est influençable un Stagiaire…
-Vraiment ?
-Oui ! Décision prise, allez me retourner le Stagiaire ! Mais n’en profitez pas hein ! Héhé… Fin de la discussion ! Du résultat, mon gars, du RE-SUL-TAT !
-…
-Allez ! On va manger ! C’est la journée de quoi aujourd’hui ?

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef et le GISPEP  mettent en œuvre leur plan machiavélique… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Août 052017
 

…et réciproquement !

Cet été, le travail de traduction des parchemins et palimpsestes des Contes de la Connerie Collective est entré dans une phase obscure. Du coup les traductions et publications des Chroniques Iniques ont été suspendues, les chercheurs de l’IPM ayant unilatéralement décidé de n’en ramer pas une le temps de quelques semaines en attendant d’y voir plus clair. L’obscurité semble se lever peu à peu et le retour se prépare, c’est promis, ce sera sans doute avant fin Octobre !

Pour vous, c’est l’occasion de faire une pause, sans oublier de réviser quand même… Il y a un lien entre le Tao et les Contes, connaissez-vous vraiment le Tao ? En êtes-vous si sûr ?

Les Chroniques Iniques, c’est plus de 160 traductions disponibles rien que pour vous et fruits d’un labeur acharné (et réciproquement aussi).

Profitez-en pour approfondir en consultant :

  • Les Contes de la Connerie Collective, dont le premier chapitre est ici
  • le Tao de la Connerie Ordinaire, dont le premier chapitre est ici
  • l’inventaire des Chroniques Iniques en cliquant ici
  • le Glossaire Inique en cliquant ici
  • La bibliographie en cliquant ici

Et pis c’est tout !

Et pis pas mieux !

A la prochaine !

Juil 292017
 

…et réciproquement !

Le travail de traduction des parchemins et palimpsestes du Tao de la Connerie Ordinaire est entré dans une phase obscure. Du coup les traductions et publications des Chroniques Iniques sont momentanément suspendues, les chercheurs de l’IPM ayant unilatéralement décidé de n’en ramer pas une le temps de quelques semaines de vacances en attendant d’y voir plus clair !

Pour vous, ce n’est pas une raison pour faire de même, surtout quand il s’agit de ne rien faire, mais quand même…

Les Chroniques Iniques, c’est plus de 160 traductions disponibles rien que pour vous et fruits d’un labeur acharné (et réciproquement aussi).

Profitez-en pour réviser en consultant :

  • Les Contes de la Connerie Collective, dont le premier chapitre est ici
  • le Tao de la Connerie Ordinaire, dont le premier chapitre est ici
  • l’inventaire des Chroniques Iniques en cliquant ici
  • le Glossaire Inique en cliquant ici
  • La bibliographie en cliquant ici

Et pis c’est tout !

Et pis pas mieux !

A la prochaine !

Juil 222017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Ce matin-là, le Chef avait convoqué le GISPEP dans son bureau. Le GISPEP s’y était rendu accompagné de son dossier détaillant toutes les actions en cours. Il était confiant car il y avait plein d’actions en cours, ce qui témoignait de l’énergie qu’il consacrait à l’entreprise. Par ailleurs, l’autre avantage à avoir plein d’actions en cours était, en cas d’échec, de pouvoir montrer qu’on avait tout tenté et donc de se dégager d’une quelconque responsabilité sur les résultats.
En marchant dans le couloir, le GISPEP eut d’ailleurs une pensée aussi fugace que désagréable : « quels résultats ont-ils obtenus par les actions que j’ai lancées ? ». Le fait était que la réponse à cette question était inaccessible au GISPEP et il chassa cette inquiétude naissante en frappant à la porte du Chef.
Le Chef était ce bonne humeur ce matin. Les piles sur son bureau n’avaient pas bougé, nota intérieurement le GISPEP, la rumeur était donc peut-être vraie… Il refusait d’y croire… et pourtant…
Le Chef accueillit le GISPEP avec sérieux :
« Nous avons du travail, tous les deux…
-Je vous ai apporté des rapports, parce que les discours c’est périssable,
-Très bien ! Mais ce n’est pas de cela que je veux vous parler, je veux vous parler de la situation actuelle
-Je vous écoute, mais j’ai déjà tout mis dans les rapports…
-Ecoutez-moi ! interrompit le Chef, où en êtes-vous dans ce cycle de conférences « Je dépasse mes limites » ?
-Eh bien, nous avons fait 2 conférences avec un marathonien de haut niveau…
-J’en ai entendu parler, mais plutôt en termes ironiques…
-Ben faut dire que les champions qu’on a contactés en leur expliquant notre contexte n’ont rien compris. Ils ont tous refusé en disant que les phases de repos servaient au repos. Le seul qui a finalement accepté avait gagné le marathon senior de Sainte Bernique du Touchey en 1996. La première conférence s’est bien passée, mais à la deuxième il a fait un malaise… du coup, ça la foutait mal pour notre projet de dynamisation…
-Effectivement… ça ne vous est pas venu à l’idée qu’un vieux gâteux ne soit pas des plus motivants ?
-Au contraire ! Il montrait l’exemple des anciens, de l’expérience, de la connaissance de soi… mais c’est vrai, faire une conférence de 2 heures avec un respirateur, ce doit être fatiguant…
-Et quoi d’autre ?
-Juste un respirateur…
-Non ! Je veux dire : quoi d’autre dans le même registre ? Vous avez des résultats ? »
Le GISPEP ne put réprimer un frisson glacé qui lui descendait lentement de la nuque au sacrum. Il feuilleta son dossier de rapports avant de répondre :
« Ben en fait, pas grand chose… Vous savez ce sont des actions qui prennent du temps…
-Pas de résultats donc…
-Pourtant, on sent qu’il y a à nouveau de l’intérêt au travail, on voit que les équipes ont tendance à se réveiller…
-Ce n’est pas faux, j’ai moi aussi cette impression, et surtout dans l’équipe qui travaille sur notre innovation de rupture… et j’aimerais voir ça aussi sur les autres équipes…
-En fait, l’équipe de la Bougre Complice est la seule à m’avoir écrit pour me remercier des conférences avec Papython comme ils l’ont appelé…
-Bon passons ! L’énergie revient, c’est sûr, qu’est-ce qu’on fait ?
-Alors voilà, j’ai préparé un nouveau cycle de conférences sur l’éveil et le retour à la vie. Je suis en contact avec un rescapé sorti de 8 ans de coma, il s’exprime en morse en clignant de l’oeil gauche… non droit… non, je sais plus. Et puis j’ai aussi un ancien taulard, accusé à tort d’avoir lacéré son patron, qui est en cours de ré-insertion…
-Stop ! stoppa le Chef avec une colère montante, mais vous n’apprenez rien de rien, vous ! Vous ne voyez pas que ça ne sert à rien ? Je vous pose la question autrement : qu’est-ce qu’elle fait la Bougre Complice ? Comment elle gère ce retour ?
-Mais je ne sais pas moi !
-Eh bien trouvez ! Je veux savoir !
-On a qu’à le lui demander…
-Jamais de la vie ! Ce serait reconnaitre qu’elle pourrait avoir raison et vous savez comme moi que ce n’est pas possible. Il y a un vice caché dans ses approches et je le trouverai ! Mais pour autant, il nous faut savoir ce qu’elle prépare… Discrètement…
-L’idéal serait de pouvoir poser la question à quelqu’un qui sait et qui n’est pas elle…
-Le Fourbe ? Vous rigolez ! Ils sont toujours ensemble ! Ah ! Je vois la tête du Fourbe si on y allait maintenant…
-Je ne pensais pas au Fourbe, effectivement il est trop proche de la Bougre Complice…
-Ben à qui pensez-vous, alors ?
-… Je pense… et ne le prenez pas mal, je partage juste une idée !
-Allez ! Crachez votre Valda !
-Ben je pense qu’on pourrait… aller voir… mais en secret ! Ça je peux organiser un rendez-vous secret et je pense qu’il viendrait…
-Mais qui bordel ! On va voir QUI ?
-Le Skippy… on pourrait aller voir le Skippy…
-…
-En fait, je peux organiser un rendez-vous secret et en plus si ça se savait, personne ne le croirait…
-Ça… je ne le crois pas moi-même… dit le Chef en déplaçant légèrement la pile de dossiers à sa droite,
-Et pourtant… lui a certainement les réponses… »
Le Chef réfléchit très longtemps devant le GISPEP qui attendait nerveusement le verdict.
Le verdict tomba :
« Ok, organisez ce rendez-vous secret… mais si il y a la moindre merde, c’est vous qui en découdrez, je vous le garantis ! »
La réunion s’était terminée là et le GISPEP avait organisé un rendez-vous secret avec le Skippy trois jours plus tard et dans un bâtiment isolé et désert.
À la date convenue, le Chef et le GISPEP s’étaient rendus au rendez-vous avec une légère appréhension, que le Skippy dissipa assez vite. La réunion avait duré plus d’une heure, le Chef et le GISPEP buvant les paroles du Skippy. Ils avaient quitté le Skippy en le remerciant et en lui demandant de ne quitter la salle que 10 minutes après leur sortie, ce que le Skippy promit.

Le Chef et le GISPEP marchaient sur le chemin du retour vers leurs bureaux :
« Finalement, qu’est-ce qu’il a dit de faire ? demanda le Chef
-Ben je me souviens plus trop… sur le coup, j’avais l’impression de tout comprendre et maintenant, je ne suis plus sûr…
-Moi aussi, j’ai la même impression…
-Remarquez, il nous avait prévenus, il a dit qu’il nous emmenait dans un monde qu’on ne connait pas alors forcément quand on revient dans le nôtre, on ne rapporte que des fragments…
-Oui, mais quand même… il a dit quoi ?
-Il a dit qu’après cette période de grande fatigue, où presque tout s’est arrêté, un peu comme en hiver, il y a une période où rien n’est déterminé, rien n’est certain et qui annonce la reprise, le retour, l’éveil…
-Ah oui ! Et il a dit que l’erreur serait de se disperser
-Quelque chose comme ça. Il a dit qu’il fallait ‘veiller à ne pas forcer le mouvement car les choses sont en état de potentialité’… putain… j’ai rien compris …
-Non ! C’est pas con ! Il dit en gros qu’on est au tout début du printemps et qu’il vaut mieux protéger les germes et les pousses plutôt que leur tirer dessus pour les faire pousser plus vite !
-Ah oui, c’est vrai, il a dit ça aussi… mais je vois pas ce qu’on pourrait en faire…
-Et si on s’assurait juste que les ressources aient ce qu’il faut pour redémarrer, et qu’on leur foute la paix sur le court terme ?
-…
-On garde et on renforce la vision de l’Entreprise, que tout le monde ait bien ça à l’esprit et on s’assure juste que les ressources ont ce qu’il faut pour redémarrer, et puis, on leur fout la paix sur le court terme…
-Ça c’est vous qui voyez… Je fais ce que vous me dites de faire…
-Eh ben on va faire ça, mais si ça plante, je compte sur vous pour rétablir l’ordre, la planification et la discipline… Rappelez-vous que c’est vous qui avez voulu que je rencontre le Skippy alors assumez maintenant ! En plus, c’est sans doute le moyen de montrer l’imposture de ces méthodes, c’est inespéré, nous allons tous les avoir… alors ne flanchez pas !
-…
-Allez ! Faites pas cette tête, on dirait Papython ! On va manger ?
-…
-C’est la journée des Gastro-Entérologues, y a tripes et panse de brebis farcie, le tout sans gras et sans cholestérol ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « L’Institut de Paléographie Managériale est en vacances… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juil 152017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Il faisait froid ce jour de Novembre. Le vent soufflait en rafales. Les nuages, gris et bas, comme honteux, descendaient dans le midi, espérant sans doute un temps plus clément. De temps en temps, des gouttes de pluie, en groupe serré, frappaient au carreau, rythmant le silence plombé régnant dans la salle de réunion.
Il faisait gris dans cette salle, personne n’avait pensé à rallumer les lumières après la projection de la vidéo vantant les derniers exploits du GISPEP. Chacun semblait chercher un truc à dire. Rien ne venait. Rien.
Il faut dire qu’elle n’était pas jojo, la dernière vidéo. Même le GISPEP semblait s’en rendre compte : c’était dire.
Autour de la table, tous semblaient fatigués, désabusés. La Bougre Complice, assise aux côtés du Bougre au Stagiaire, semblait relire les notes qu’elle n’avait pas prises.
« Je ne comprends pas, dit le GISPEP en cassant l’ambiance, il y a encore deux semaines, la salle était comble à mes réunions d’information. Hier, il n’y avait que deux personnes… dont une est partie avant la fin…
-Faut dire aussi qu’on est crevés, lâcha un Bougre, et puis cette manie à vouloir à tout prix nous faire cracher des idées…
-Justement !  interrompit le Chef, c’est ça la dynamique d’innovation et d’empowerment ! Le Bottom-Up comme ils disent !
-Empowerment ou pressurisation ?  risqua le Bougre, parce que nous n’en avons aucun retour…
-Non mais c’est incroyable ! Vous êtes incroyables tous autant que vous êtes ! Vous passez votre temps à réclamer plus de responsabilité, d’autonomie et quand on vous les donne, ça ne va pas, ça ne va jamais !  dit le Chef avec sa grosse voix
-Ce n’est pas de l’autonomie, toutes les idées sont criblées par les Dirigeants et ce sont eux qui décident quelle idée pourrait devenir un projet
-Mais c’est pour votre propre sécurité ! Les Dirigeants sont là pour vous protéger de vos propres erreurs ! Et sans eux, dieu sait quelle absurdité aurait été développée ! En un mot comme en cent : les Dirigeants sont les timoniers de l’Innovation Rétrograde, vous en êtes les rameurs et le GISPEP donne le rythme… Voilà ! C’est ça une équipe ! »
Les participants n’osaient plus regarder où que ce soit, ce qui se traduisait par des attitudes corporelles étonnantes de contorsion des doigts et des nuques. Les regards tentaient de fuir et se heurtaient sans cesse aux mêmes parois invisibles.
La Bougre Complice rompit le silence :
« Nous avons un phénomène semblable de fatigue autour du projet d’innovation de rupture. Cela pourrait conduire à du découragement puis à des abandons qui seraient nuisibles au projet. C’est un problème porté par chaque membre de l’équipe. Je propose qu’on réduise la voilure et qu’on se concentre uniquement sur les points critiques, le temps de recharger les batteries…
-Ben voyons ! Avouons-nous vaincus pendant que vous y êtes !  jeta le GISPEP, il n’en est pas question !  Si les gens s’ennuient, c’est qu’il faut diversifier nos actions !
-Mais ils sont crevés ! Nous sommes crevés ! Et vous voulez en rajouter ?
-Non ! Je veux diversifier ! Je vais lancer un concours sur le thème de l’endurance au travail et comment faire pour l’entretenir… vous voyez ? On pourrait faire intervenir un marathonien de haut niveau qui viendrait expliquer comment il fait pour se préparer et durer…
-Ce n’est pas ça qui va les reposer !
-C’est vrai, mais ils ne pourront pas dire qu’on ne les a pas écoutés ! Nous sommes là pour eux et s’ils n’appliquent pas les conseils que nous leur prodiguons, ils ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes… »
Le Bougre au Stagiaire et la Bougre Complice se regardèrent, hésitant entre fou-rire et larmes. La Bougre Complice craqua la première :
« Ce n’est pas vrai… vous n’avez pas dit ça…
-Je le dis et je m’en félicite ! Moi, je garde la dynamique et dans les moments de fatigue, je motive, je ventile, j’abreuve de nouveaux sujets à creuser tout en aidant… je fais mon boulot, moi, et on dirait qu’on ne peut pas dire ça de tout le monde.
-Non mais dites donc…
-Ça suffit, intervint le Chef en regardant fixement la Bougre Complice, je ne veux pas en entendre plus, cela pourrait jouer sur votre entretien de fin d’année. Ce qui compte pour moi, ce sont les résultats. Vous voulez vous planter ? Je m’en lave les mains ! Vous voulez l’autonomie ? Prenez-la avec la solitude qui va avec ! Personnellement, je trouve l’approche du GISPEP en phase avec les besoins de l’Entreprise. Quant à votre approche… ma foi…vous vous complaisez dans la rupture… restez-y, mais à la première connerie vous en rendrez compte directement aux Dirigeants ! Moi j’ai fait mon boulot en vous prévenant ! »
Sur ce il se leva, la réunion était finie. Dehors, la pluie et le vent redoublaient sans qu’on puisse déterminer s’ils approuvaient ou rejetaient ce qui venait de se passer.
La Bougre Complice et le Bougre au Stagiaire retrouvèrent le Fourbe, alors en pleine conversation avec le Stagiaire.

« Bonjour ! accueillit le Fourbe, venez vous réchauffer !
-On en a besoin, dit la Bougre Complice, et faut dire qu’avec ce temps, il n’y a rien de mieux pour plomber l’ambiance…
-Il vaut mieux qu’il pleuve aujourd’hui plutôt qu’un jour où il fait beau ! lâcha le Stagiaire goguenard, … pardon… mais c’est pas de moi c’est de Pierre Dac ! »
Les trois autres le regardèrent comme les trois ours considérèrent Boucle d’Or. Le Stagiaire s’assit et plongea dans son écran aussi loin qu’il le pût.
Le Bougre au Stagiaire résuma ce qu’il venait de se passer, soulageant ainsi la Bougre Complice qui était encore en train de se confronter à sa colère.
« Très intéressant !  conclut le Fourbe, et je partage votre avis : dans ces circonstances, il s’agit de s’économiser et de se reposer.
-Mais ce n’est pas un risque pour le projet ? Les gens pourraient se désintéresser… questionna la Bougre Complice,
-C’est un risque, c’est vrai mais bien moindre que celui de se disperser ! Nous sommes en plein territoire de rupture et le pire serait de gaspiller nos dernières forces dans des explorations incertaines. C’est un autre moment où l’Effectuation rend service…
-Définir nos objectifs à partir de nos ressources !..
-Exactement ! Et en ce moment les ressources sont fatiguées, ce qui revient à avoir moins de ressources…
-Donc on recentre nos objectifs sur l’essentiel et on les dimensionne à ce qu’on est capable d’accomplir…
-Voilà ! Et de cette façon le projet continuera d’avancer sur le fond, plus lentement mais résolument et sûrement !  conclut le Fourbe
-Alors que le GISPEP tente d’avancer sur la forme ! Il risque de disperser les gens comme leur énergie,  intervint le Bougre au Stagiaire
-Ne vous laissez pas distraire par ce que font les autres, concentrez-vous sur l’essentiel du projet : vous aussi vous êtes fatigués… intervint le Fourbe en souriant,
-Justement, intervint le Stagiaire, on va manger ? C’est la semaine « Votre Santé malgré Vous », aujourd’hui c’est la journée des Proctologues…
-…
-Ben oui… des bagels, des donuts, des macaronis…. que des trucs avec des trous, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GISPEP et le Chef ont un plan machiavélique… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juil 082017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Il était clair, depuis plusieurs semaines, que le GISPEP connaissait un franc succès avec sa Business Innovation Technico-Economique. Le secret de ce succès était avant tout basé sur une communication très efficace, notamment sur le dispositif que le GISPEP et son équipe étaient en train de mettre en place. Il était vrai aussi que cela permettait d’occuper le terrain, de montrer une intense activité que seuls une loyauté et un engagement sincères envers l’Entreprise pouvaient expliquer. Le GISPEP communiquait entre autres sur deux points précis :
Le premier point était un processus de formation et certification de futurs utilisateurs permettant à ces derniers d’accéder à toutes les fonctionnalités de la Business Innovation Technico-Economique. Il l’avait appelé processus d’ Accréditation des Nouveaux Utilisateurs Spécialisés. Ce processus, qui n’avait encore jamais été testé, était maintenant décrit par le menu et comportait une cinquantaine de documents enregistrés dans le système Qualité comme gage de leur efficacité et de crédibilité. Une newsletter, des spots vidéos à la cafétéria et des rencontres régulières ouvertes à tous entre midi et deux, permettaient au GISPEP de présenter ce processus, sa rigueur et donc son efficacité potentielle car tout était sous contrôle.
Le second point était un concours ouvert à toutes et tous (car le GISPEP était conscient qu’il fallait respecter aussi bien les femmes que les hommes pour qu’une communication soit efficace). Ce concours était un concours d’inventions, qu’elles soient techniques ou organisationnelles, et la participation à ce concours était libre, sans engagement aucun. Il avait dénommé ce concours le Concours Libre d’Inventions Technico-Organisationnelles. Le récompense promise à la meilleure idée d’invention était une prime conséquente, calculée en pourcentage du salaire de celui ou celle qui avait émis l’idée. Le jury était composé par les Dirigeants, choix politique habile du GISPEP qui donnait le contrôle absolu sur les résultats du concours dans un esprit ouvert et visionnaire. À chaque idée émise, le GISPEP s’assurait de la propagation de la nouvelle avec emphase et sérieux : l’entreprise devenait innovante, puisqu’on y avait des idées et en plus, c’était grâce à lui. Bien sûr, il s’agissait surtout de récolter des idées et pas de les mettre en oeuvre, car ce qui comptait, c’était de voir ce qui serait possible dans l’absolu et surtout d’évaluer et maitriser les risques avant toute chose.
Clairement, le GISPEP était l’homme de la situation et il siégeait maintenant à la droite du Chef lors des réunions opérationnelles hebdomadaires. D’ailleurs, lors d’une de ces réunions, le Chef avait tancé la Bougre Complice car personne ne savait ce qu’il se passait dans le projet d’innovation de rupture. La Bougre Complice avait tenté d’expliquer qu’elle préférait communiquer sur des résultats innovants tangibles plutôt que sur des promesses. Le Chef l’avait rembarrée en lui montrant que le GISPEP, lui, travaillait en toute transparence, et qu’en tant que Chef, il attendait la même chose de la Bougre Complice. Cette dernière tenta de parler de Valeur, d’Utilité et tenta d’expliquer que les délivrables attendus feraient l’objet de communication une fois réceptionnés et validés. Rien n’y fit, le Chef et le GISPEP contrèrent systématiquement ses propos avec un seul leitmotiv : « vous n’êtes pas transparente, vous cachez des choses, vous êtes sur la mauvaise pente.»
La Bougre Complice sortit de cette réunion un peu perdue, car elle n’avait pas vu venir le coup. Elle avait besoin de soutien et se dirigea vers le bureau du Fourbe, entrainant avec elle le Stagiaire qui glandait dans un couloir.

« Voilà où nous en sommes, résuma-t-elle, on dirait que ce qui compte le plus, c’est de faire du bruit sur ce qui n’existe pas encore, ou pire, sur ce qui existe mais qui ne sert pas vraiment à grand chose… J’en ai marre ! Il n’est pas question que je me mette à faire ce genre de connerie !
-Pourtant le Chef n’a pas tort sur tous les points, rétorqua le Fourbe
-Mais enfin ! Tu me vois ouvrir un concours de la rupture ? Et puis quoi encore ?
-Ce n’est pas ce que je veux dire, interrompit le Fourbe qui veillait à ce que la colère naissante de la Bougre Complice ne vienne pas lui brouiller l’écoute, ce que je veux dire, c’est que communiquer est un bon moyen d’exister au sein d’une entreprise…
-Ah là c’est sûr, le GISPEP existe ! Mais tu as vu ce qu’il ose appeler Innovation ? Tu as vu ce que gobent les Dirigeants ? Un concours d’invention ! Le message même du type « Soyez Spontanés ! » Et ils y vont ! Eh bien, pas moi !
-Et comment comptes-tu obtenir l’attention des Dirigeants au sujet de ton projet de rupture ?
-Ce sont eux qui m’y ont mise, ils sont au courant !
-Peut-être, et c’est une hypothèse… comment sais-tu qu’elle est vraie ?
-J’en sais rien ! Ce qui compte c’est que le projet avance et eux viennent m’emmerder avec de la comm… j’ai pas que ça à foutre !
-Pourtant, il semble qu’ils sont en train de t’attaquer sur ce point, tu vas laisser le projet s’enfoncer dans l’anonymat ? Comment, lorsqu’il y aura effectivement de la nouveauté, t’y prendras-tu pour à la fois informer, former, convaincre et faire changer les choses ?
-Mais je vais leur rentrer dans le chou ! Voilà ! Ils me cherchent, ils me trouvent !
-Si je peux me permettre, intervint le Stagiaire, rappelle-toi ce que nous nous sommes dit la dernière fois au sujet des tactiques de combat…
-Ouais, faut que je cogne fort pendant leur attaque, répondit la Bougre Complice
-Pas tout à fait, corrigea le Stagiaire alors que le Fourbe se mettait en retrait, ce qui compte ce n’est pas de frapper, ce qui compte c’est d’abord esquiver ou détourner le coup et en même temps de porter une attaque qui va rééquilibrer l’échange…
-…
-Si tu utilises la tactique du GISPEP pour contrer le GISPEP, tu te goures car tu te retrouves sur son terrain. Non ! Il vaut mieux feinter et te concentrer sur ce qui a de la valeur pour toi dans cet échange.
-Là je ne vois pas mais alors pas du tout ! »
Le Fourbe intervint :
« En fait le GISPEP est en train d’utiliser la communication pour que son projet existe mais, et c’est ça qui te mets en boule, il communique sur le superficiel, sur le déjà visible, il fait des effets d’annonce basés sur des faits qui existent sans être matérialisés, comme des idées par exemple
-C’est pas faux, lâcha la Bougre Complice
-D’un autre côté, il est vrai que tu ne communiques pas sur ce projet de rupture et que c’est un tort, car les gens se posent des questions, imaginent des choses, ou encore t’oublient et tout cela c’est un risque pour la survie du projet : l’entreprise n’aime pas l’incertain en son sein, alors surtout n’incarne pas cet incertain !
-Mais c’est la nature même de mon projet !
-Ce qui compte, c’est que tu communiques, mais de telle façon que tu ne tombes pas dans le piège dans lequel est en train de tomber le GISPEP. Une bonne Comm met en lien ce qui brille sur la façade avec ce qui ne se voit pas, elle fait le lien entre le visible et le caché…
-On arrête la fumette ? Parce que j’y comprends rien !
-Calme ! Le GISPEP ne communique que sur les apparences, du coup c’est ludique, distrayant et attractif, mais c’est creux. Sur la durée, il s’essoufflera et le retour de flamme sera cuisant. Tu as l’opportunité de voir ce qu’il fait et de t’en inspirer pour prendre ce qui t’est utile…
-Accompagne le coup ! C’est ça l’esquive, utilise son énergie, utilise les mêmes outils de comm que lui, il a déblayé le terrain, intervint le Stagiaire
-Exactement, compléta le Fourbe, ne t’oppose pas mais surfe sur la vague qu’il a créée, personne ne pourra te le reprocher, et va plus loin, fais une Comm qui parle de l’intérieur, de ce qui ne se voit pas à la surface…
-C’est ça la contre-attaque ! … Pardon, lâcha le Stagiaire
-Merci, dit le Fourbe, qu’est-ce qui motive l’équipe ? En quoi tu crois sur ce projet ? Comment vous travaillez ? Quelles avancées avez-vous obtenues et surtout pourquoi vous ne communiquez pas là-dessus !
-Je fais de la Comm sur pourquoi je ne communique pas ? s’étonna la Bougre Complice
-Pas tout à fait, tu communiques par exemple sur vos méthodes de travail, qui sont en elles-mêmes une innovation de rupture dans l’entreprise, de façon à expliquer et à permettre à chacun de comprendre pourquoi tu ne communiqueras jamais sur un délivrable non achevé ou non validé. Communique et communique sur le fond, pas sur la forme, utilise les forums du GISPEP pour partager vos trucs et astuces pour avancer dans l’incertain en équipe. En gros, fais une communication utile aux autres plutôt que faire une comm utile à toi, tu verras, le retour sera bien plus puissant.
-Wow ! C’est pas con ! Dit la Bougre Complice en se détendant
-Merci, répondit le Fourbe
-On va manger ? demanda le Stagiaire, c’est la semaine ‘la Santé Malgré Vous’, aujourd’hui c’est le jour des Dermato : y a que des trucs en croûte ou à peler, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef aussi aimerait bien acculer la Bougre Complice dans un coin… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juil 012017
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Au lendemain de sa rencontre houleuse avec le Chef, et après mûre réflexion, la Bougre Complice avait pris la parole lors de la réunion tactique quotidienne de l’équipe travaillant sur le projet d’innovation de rupture  : « Nous n’allons pas assez vite aux yeux du Chef et des Dirigeants. Il semble que les autres fonctions nous cassent du sucre sur le dos, mais ce n’est qu’une hypothèse. Donc vigilance ! On se rapproche des fonctions, on connecte bien avec eux et surtout on ne prend plus de gants sur les résultats, on avance, on gère, ce qui compte c’est l’utilité apportée au bon moment, quel que soit le changement que cela demande ou que cela génère.
-Ça va être coton d’embarquer tout le monde, rétorqua un des membres de l’équipe
-Sans doute, donc nous irons à l’essentiel : cooptation à fond ! On avance le plus loin possible avec tous ceux qui ont envie de nous accompagner. Et pour être sûrs d’avoir du monde, on pitche à tous vents, c’est notre priorité.
-On met les prototypes en suspens ?
-Oui. Que pouvons-nous nous permettre en terme de temps passé sur la cooptation plutôt que sur les prototypes, sans avoir de regrets si nous nous plantons ?
-Je dirais un jour pour tous, répondit le gestionnaire du portefeuille projet
-Bien : Nous utilisons la journée de demain pour pitcher aux 4 vents et tentons de coopter un maximum de monde. Nous ferons un point du résultat demain soir. »

Un mois plus tard, la Bougre Complice était à nouveau convoquée par le Chef pour « faire un point ». Elle s’y était rendue avec confiance car la décision prise un mois plus tôt avait été la bonne et les prototypes avançaient à grande vitesse, engendrant des changements parfois impressionnants surtout dans l’état d’esprit des personnes. Elle allait vite découvrir que c’était une erreur…
« Installez-vous » dit le Chef sans lever la tête car il lisait un document d’importance, la newsletter de la cafétéria, lorsque la Bougre Complice entra après avoir longuement frappé. La Bougre Complice s’assit et put constater que les piles sur le bureau du Chef n’avaient pas bougé d’un poil, confirmant la rumeur. À l’issue d’un silence gênant, le Chef releva la tête, fixa ses yeux dans ceux de son interlocutrice et lâcha :
« Quand, il y a un mois, je vous demande d’accélérer, je ne vous demande pas de faire n’importe quoi !
-Mais…
-Laissez-moi parler ! C’est incroyable votre manie d’interrompre les gens ! Est-ce que vous vous rendez compte du bordel que vous êtes en train de semer ? Vous appelez ça de l’innovation ? C’est n’importe quoi, oui ! Il y a des changements partout ! On ne sait plus à quel saint se vouer ! Ils ne sont pas coordonnés, vous n’êtes pas foutue de nous donner des projections à cinq ans et les fonctions prennent en charge maintenant leurs propres coûts associés à leur partie du prototype, du coup on ne sait même plus combien vous nous coutez !!! Ça va beaucoup trop vite ! Je vous demande d’arrêter immédiatement ! » La newsletter de la cafétéria tremblait un peu, traduisant l’énervement du Chef qui s’en rendit compte et la posa vivement sur la table. La Bougre Complice, abasourdie, cherchait ses mots :
« Vous voulez dire que les résultats ne sont pas ceux que vous attendiez ?
-… Si , ce n’est pas là le problème…
-Nous consommons trop de ressources ? Parce que les fonctions sont toutes volontaires et ça ne semble pas leur poser de problème, mais…
-Non ! Ce ne sont pas les ressources le problème… Je vais vous le dire, le problème, puisque vous ne le voyez pas : le problème c’est que vous faites trop changer les choses !
-… Mais les résultats sont très vite transformés en bénéfices pour les personnes, les clients…
-Oui ! C’est vrai, mais il y a trop de changements à la fois, c’est de la turbulence, pas de la transformation !
-Mais chacun agit à son rythme et crée les choses qui lui sont utiles au bon moment…
-Oui ! Mais c’est trop hétéroclite, ça change trop vite, les Dirigeants ont du mal à suivre et ils n’aiment pas ça… pas ça du tout…
-…
-Ce qu’il faudrait, l’idéal… et j’ai bien envie de vous fixer cela comme un objectif personnel… ce serait de conduire cette innovation de rupture en ne changeant pratiquement rien… vous voyez ? L’entreprise, ses Dirigeants, moi, nous obtiendrions les bénéfices de cette innovation de rupture tout en faisant comme on a toujours fait…
-…
-Je me rends compte que c’est un vrai challenge et peut-être ne serez-vous pas à la hauteur, mais je suis un entrepreneur dans l’âme, je prends le risque : ne me décevez pas !
-…Mais vous êtes en train de demander de faire changer les choses sans les changer … C’est comme me demander d’avancer en reculant… C’est impossible !
-Taratata ! D’autres y arrivent ! Tenez, regardez le GISPEP, eh bien on peut dire qu’avec sa Business Innovation Technico-Economique, il avance et il recule, et tout le monde est content ! C’est vraiment super cette innovation rétrograde ! Je ne vois pas pourquoi vous ne feriez pas comme lui ! »
La réunion , en gros, s’était terminée là-dessus et la Bougre Complice s’était ruée chez le Fourbe qui, heureusement, était dans son bureau :
« Ça s’appelle une double contrainte, lui dit le Fourbe après que la Bougre Complice eut achevé son récit, on peut dire que c’est une forme de nœud gordien…
-Et j’en sors comment ?
-Dans le cas présent, il s’agit de sortir du système qui génère la double contrainte…
-Il s’agit juste du Chef et des Dirigeants ! s’exclama la Bougre Complice avec un sourire triste
-Cherche d’autres alliés qui auraient envie de créer autre chose. Le problème est que le projet d’innovation de rupture, par ses changements induits, est vu par certains comme une menace. Et réciproquement, l’Entreprise, avec ses processus rodés du quotidien représente une menace pour le projet, en le paralysant. C’est exactement ce que tu es en train de vivre… Ce qu’il te faudrait, ce sont des acteurs extérieurs, qui ne sont pas des concurrents, qui pourraient t’aider à mener les prototypes sans trop impacter l’entreprise… »

Trois semaines après cette entrevue, la Bougre Complice rejoint le Fourbe, accompagnée du GISPER et de l’oncle du Stagiaire, celui qui était membre d’ADAM, l’association des anciens managers :
« Alors voilà, avec le GISPER et ADAM, nous sommes en train de monter un Club comme le tien qui sera ouvert sur l’innovation de rupture, mais avec le bénéfice d’un réseau externe compétent. On a décidé de l’appeler ‘le Rupture Club’ … Le projet de rupture ne serait plus un projet de l’Entreprise, mais un projet du ‘Rupture Club’, comme ça s’il échoue, cela n’impacte pas l’Entreprise, mais aussi l’Entreprise aura beaucoup moins d’influence restrictive sur son avancée et ses méthodes…
-C’est aussi une formidable possibilité de formation et pourquoi pas de mobilité de nos troupes, reprit le GISPER, c’est vraiment une super opportunité pour vous, pour moi…
-Et le réseau ADAM est enthousiaste car toutes ces expériences et savoirs réunis, provenant de plus de vingt entreprises et universités, sont désormais utiles à autre chose que des repas nostalgiques ! ajouta l’Oncle,
-Voilà, on voudrait savoir si ça t’intéresse de nous rejoindre, on s’est dit qu’avec le Club, il y aurait de super synergies… »
Le Fourbe fit mine de réfléchir et accepta sur le champ, restait à mettre le Chef au courant :
« Ça, je m’en occupe !  dit le GISPER, je pense que j’aurai le support d’au moins un Dirigeant !
-Comme quoi, en tranchant dans le vif, nous rassemblons, lâcha le Fourbe, le regard dans le vague. On va manger ?
-Oui ! J’ai faim ! C’est quoi aujourd’hui ?
-Ils refont une semaine de la Santé Malgré Vous, aujourd’hui je crois que c’est la journée des Oto-rhinos, que des trucs à la moutarde forte ou au wasabi et qui croustillent, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GISPEP accule la Bougre Complice dans un coin… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juin 172017
 

Avertissement
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Ce matin-là, dans le bureau du Chef, l’ambiance était plutôt tendue. Le Chef avait convoqué le GISPER (°), le GISPEP ainsi que la Bougre Complice pour faire un point. Il faut dire que lorsque vous étiez convoqué pour « faire un point » avec le Chef, cela avait l’odeur du soufre et le goût du sang. La Bougre Complice s’y était rendue tendue et avait préparé plein d’informations qu’elle s’imaginait utiles à cette rencontre. Le GISPEP, lui, était convaincu qu’il allait récupérer la Bougre Complice dans son équipe, ce qui était enfin normal, vu qu’il était le patron de l’innovation et que le GISPER était présent. Le GISPER ne savait pas pourquoi il était là et avait échafaudé nombre d’hypothèses mais aucune n’apportait réponse satisfaisante à ses yeux, alors il les avait combinées en une seule : cela devait être très important, sinon il n’aurait pas été invité.
Tous, sauf le Chef, étaient inconfortablement installés autour du grand bureau parfaitement rangé du Chef. Si la partie face au Chef était dégagée, les côtés de part et d’autre du Chef étaient bordés par des piles parfaitement ajustées de dossiers. La hauteur des piles témoignait de l’importance du travail du Chef, leur alignement parfait témoignait de sa totale maitrise de son environnement, le nombre de piles montrait l’étendue et la diversité de ses responsabilités. Mais quiconque passait régulièrement dans le bureau du Chef avec un quelconque sens de l’observation pouvait remarquer que ces piles ne variaient pour ainsi dire pas. En fait le rôle principal de ces piles de dossiers était d’éviter que les Bougres ne posent quoi que ce soit sur le bureau du Chef, ce qui aurait été de l’ordre du sacrilège : seul le Chef touche au bureau du Chef.
Derrière le Chef, il y avait un meuble bas sur lequel on pouvait voir les photos qui lui étaient chères. C’était surtout des photos issues de séminaires, sur lesquelles le Chef trônait au centre de ses équipes. Il y avait aussi une photo où le Chef se tenait à côté du Grand Patron, lors d’une remise de trophées récompensant la réunion la plus longue jamais tenue.
Le Chef ne mâcha pas ses mots :
« Si je regarde la situation objectivement de mon point de vue, je me suis mis à risque personnellement, il y a un mois, en vous nommant à ces postes respectifs et comment suis-je récompensé ? Je vous le demande ? … Ben par rien, pardi ! Vous êtes témoin (le Chef s’adressait au GISPER), il n’y a pas plus d’innovation qu’avant et quant au projet d’innovation de rupture, parlons-en !
-Le prototype avance, commença à justifier la Bougre Complice tout en sachant qu’elle commettait une erreur, et certaines parties sont porteuses…
-Mais à quel rythme ? Ça n’avance pas !  interrompit le Chef, alors quoi ? Elles sont où vos méthodes miraculeuses ? Hein ?…
-Les méthodes n’ont rien à voir là-dedans, vous le savez comme moi ! Il me faut simplement du temps pour sortir le projet de l’imbroglio administratif dans lequel il a été placé ces derniers mois…
-Quoi ? S’insurgea le GISPEP, non mais dites-donc ! Au moins il était géré le projet de mon temps, il y a avait des rapports conséquents et les dépenses étaient allouées !
-Pendant que vous allouiez les dépenses, le prototype ne se faisait pas, là au moins il avance ! Répliqua la Bougre Complice
-Mais pas assez vite ! Qu’est-ce qu’il vous faut pour le comprendre ?  relança le Chef
-Ce qu’il faut, c’est un processus projet bien défini, linéaire et prédictif, rajouta le GISPEP, c’est ce que je suis en train de mettre en place avec mon équipe et croyez-moi, ça va être fulgurant ! Je ne comprends pas pourquoi le projet de madame n’est pas dans mon portefeuille, d’ailleurs…
-Parce que nous sommes en territoire de rupture ! Votre Business Innovation Technico-Economique nous ramènerait en arrière !  rétorqua la Bougre Complice
-Et puis, je serais vous, je ferais pas le malin, intervint le Chef, qu’est-ce que vous avez produit depuis que je vous ai confié les rênes ? Hein ? Plutôt rien je crois…
-Ce n’est pas vrai ! Nous avons établi l’ensemble des formats des documents permettant d’administrer correctement le processus d’innovation et nous avons lancé une boite à idée, installée à chaque étage du bâtiment…
-Ah c’est ça le truc dans la salle à café !   s’exclama le GISPER, je croyais que c’était pour le courrier à poster…
-Non, non ! C’est pour recueillir les idées d’amélioration des gens, c’est juste qu’on a pas eu le temps de coller les affiches explicatives. On avait confié le design de ces affiches à une agence de comm externe qui a pris plus de temps que prévu… expliqua le GISPEP
-Bon mais c’est pas la question, gronda le Chef, quand est-ce que vous deux allez fournir enfin des résultats ?
-Mais le prototype avance ! J’en fournis, des résultats ! Se plaignit la Bougre Complice
-Pas assez vite, je vous l’ai déjà dit, et puis il serait temps pour vous d’aligner les autres fonctions autour de vous, je commence à en avoir assez de répondre à leurs récriminations…
-Ben… ils se plaignent de quoi ?
-Je sais pas, mais vous savez comme ils sont… Ils sentent une faiblesse alors ils tentent le coup… Je veux bien continuer à vous protéger mais il faudrait me donner de bonnes raisons pour le faire…. Le Chef regarda le GISPEP dans le yeux et compléta : et cela vaut pour vous aussi. Ce MOOC que vous avez suivi était gratuit mais je ne voudrais pas commencer à me dire que c’était encore trop cher… c’est clair ? Alors maintenant je vous laisse retourner à vos affaires et rappelez-vous : c’est au pied du mur… qu’on le voit le mieux, le mur… »

Le Chef fit mine de se lever, la réunion était terminée. Le GISPEP et la Bougre Complice évacuèrent la salle sans demander leur reste, le GISPER resta un peu en retrait :
« Finalement, pourquoi m’avez-vous fait venir ?  demanda-t-il
-Je ne sais pas, répondit le Chef, au moins vous êtes au courant de la situation… »
Le GISPER sortit à son tour, formulant de nouvelles hypothèses sur les intentions réelles du Chef à son égard, sur la géopolitique de l’entreprise et sur son avenir de GISPER dans le long terme.

Ébranlée par cette réunion matinale et austère, la Bougre Complice cherchait support. Le Fourbe semblait absent, elle alla alors voir le Bougre au Stagiaire, qui partageait son bureau avec le Stagiaire :

« Donc voilà, c’est l’horreur, ça tire de partout, je ne vois pas par où commencer ni ce qu’il ne faut pas faire… conclut-elle devant le Bougre au Stagiaire et le Stagiaire
-Ah ben dis-donc, répondit le Bougre au Stagiaire, et qu’est-ce qu’il dit le Fourbe ?
-Ben il dit rien, vu qu’il est pas là, mais toi qu’en penses-tu ? »
Le Bougre au Stagiaire sembla réfléchir profondément, cela sembla durer une éternité durant laquelle la Bougre Complice et le Stagiaire s’interrogèrent du regard.
« J’en dis que t’es dans la mouise et que je voudrais pas être à ta place, dit le Bougre au Stagiaire en relevant enfin la tête
-Merci mais ça m’aide pas vraiment….
-Que veux-tu ? C’est une situation qui me dépasse, il y a trop de facteurs en jeu, les coups peuvent arriver de n’importe où, tu ne peux pas te concentrer sur toutes les menaces à la fois et conduire le projet… je ne vois pas quoi te dire… désolé…
-Dit comme ça, ça me donne une idée, interrompit le Stagiaire, mais bon je n’ai pas votre expérience de l’entreprise…
-Dis toujours, invita la Bougre Complice
-Eh bien voilà, vous avez parlé de coups, de menaces et ça m’a fait penser au combat… ou plutôt aux sports de combat…
-Et ?…
-Je pratique le Kung Fu depuis plus de dix ans et s’il y a une chose que j’ai apprise en combat, c’est qu’il s’agit avant tout de se mettre en posture d’avoir la bonne perception de la situation.
-Jusque là je ne comprends rien, mais vas-y toujours, continue…
-Eh ben, tu vois, les débutants en combat ont tendance à chercher à regarder à la fois les poings, les pieds, les jambes de leur adversaire, ils cherchent à percevoir toutes les menaces potentielles en même temps, et c’est une erreur qu’ils payent très vite : ce n’est pas la bonne perception, ils entrent très vite dans la confusion car il leur devient impossible de tout envisager tout en maitrisant leur propre corps et leur propre tactique de combat…
-Je commence à comprendre, tu veux dire que si je cherche à tout voir pour tout parer, je vais avoir une perception très complexe de la réalité…
-Oui, et en plus, il y a des choses que tu ne VEUX pas voir et avec cette approche il n’y a aucune chance pour que tu les voies. Or ce sont elles les vrais pièges.
-Alors comment tu fais en combat ? Comment tu le prépares ?
-Je ne prépare pas LE combat, je ME prépare au combat
-C’est pas la même chose ?
-Non, dans le premier cas, je vais avoir une vision confuse et je vais chercher à lire l’avenir, dans le second cas, je vais me concentrer, me connecter à mes pratiques mille fois répétées…
-Je vois pas en quoi…
-Laisse-moi finir ! Avant le combat, je vais observer l’adversaire, regarder comment il bouge, évaluer son allonge, son poids et au moment où le combat démarre, je me concentre sur ses yeux, je ne regarde rien d’autre ! Là où un débutant a le regard qui part dans tous les sens, cherchant à capter les mouvements des poings, des pieds et du reste, je me concentre uniquement sur ses yeux, je change ma perception du combat. Ses yeux vont me guider tout au long… Et puis il y a une règle simple, laisse l’autre attaquer et profite de son attaque pour placer la tienne. C’est quand l’autre attaque qu’il est vulnérable.
-Et ça marche ?
-Je suis ceinture noire 4° duan… ça marche pas mal
-Et comment je fais ça moi, dans mon merdier ?
-Par exemple, cartographie la situation. Qui sont les acteurs? Qui s’entend bien avec qui ? Qui peut t’aider ? De qui te méfier ? Ça c’est l’observation
-Pourquoi pas…
-Cartographie aussi ce que tu n’aimes pas chez toi, dans ta pratique, dans tes doutes, c’est aussi la phase d’observation car tu es une actrice du système. Comme en combat, ce que tu fais entraîne des réactions de l’autre.
-Plus dur, mais pourquoi pas ? Et après ?
-Cherche les yeux ! Dans ton cas, cherche le point de vue le plus élevé possible qui te donne d’un coup une idée de ce qui est en train de se produire, ne te focalise pas sur un coup particulier. Et prépare-toi à attaquer pendant chaque attaque de l’autre, jamais avant, ni après car après c’est trop tard, tu risque de recevoir des coups… c’est pendant l’attaque de l’autre qu’on esquive et qu’on attaque en même temps.
-Woaou ! J’aime bien ça, renchérit le Bougre au Stagiaire »
La Bougre Complice semblait perdue dans ses pensées :
« Vous êtes d’accord pour m’aider là-dessus ? Je ne me sens pas de le faire toute seule ?
-Tout à fait ! Ce sera avec plaisir ! Répondirent en coeur le Bougre et son Stagiaire, mais avant, faut nous restaurer, on va manger ?
-Qu’est-ce qu’il y a aujourd’hui ?
-C’est la semaine ‘La santé malgré vous’, aujourd’hui le Coeur : y a que des plats sans sel et sans gras, à base de brocolis, il parait que c’est super ! »

(°) voir le Glossaire Inique, le lien est ci-après en dessous.

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « S’engage une épreuve de force pour la Bougre Complice… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juin 102017
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Au début de la semaine, le Chef avait été convoqué par les Dirigeants. Il les avait rejoints dans leur salle de réunion qui était appelée la salle du Conseil, parce que c’est là qu’ils en donnaient beaucoup, en recevaient parfois et que jamais, jamais ils n’appliquaient :
« Qu’est-ce que vous maitrisez vraiment dans cette histoire ? interrogea un des Dirigeants,
-La situation est complexe, c’est vrai, d’un autre côté le projet se précise, tenta le Chef,
-Se précise ? Vous rigolez ! Où sont les résultats ? Tout ce que nous voyons, ce sont des dépenses, plus ou moins bien allouées d’ailleurs…
-Je ne suis pas d’accord, contra le Chef tout en prenant conscience du risque qu’il venait de prendre, les coûts sont parfaitement alloués, les derniers rapports le démontrent clairement…
-Et que nous ont rapporté ces dépenses très bien allouées ? questionna  un autre Dirigeant
-…Le prototype devrait démarrer sous peu, il apparait que nous n’avons pas forcément la bonne organisation pour conduire ce projet et je suis en train d’y réfléchir…
-Il serait temps d’agir ! Où en êtes-vous avec ce mec qui a monté ce Club d’innovation pirate ?
-J’essaie de le convaincre de prendre la direction du futur service d’Innovation, mais pour l’instant, il refuse… et puis je me demande vraiment si c’est à moi qu’il devrait rapporter…
-Écoutez, nous n’avons pas de temps à perdre. S’il n’en veut pas, mettez quelqu’un d’autre, démerdez-vous, vous avez deux jours… au-delà, nous pourrions être amenés à douter de votre compétence à tenir ce poste… »
La réunion, en gros, s’était terminée là dessus. Le Chef en sortit fort dépité et ce trouble fut bienvenu car, comprenant qu’il jouait son va-tout, il osa…

A la fin de la semaine, dans deux salles de réunion voisines, se tenaient deux discours d’introduction quasi-simultanément. Deux personnes venaient d’être nommées à leur nouveau poste. Comme le voulait la tradition, elles en étaient apparemment heureuses et du coup partageaient leur enthousiasme avec leur nouvelle équipe.

Dans la première salle de réunion, le projecteur affichait des chiffres, des tendances et surtout un fluxogramme montrant dans le détail un processus d’innovation : le Processus d’Innovation Novatrice de l’Entreprise (un processus apporté par l’approche très à la mode vendue par l’université virtuelle du Dakota du Nord : la Business Innovation Technico-Economique). Près de l’écran, pointeur laser à la main, se tenait le GISPEP, qui terminait son discours d’ouverture de lui personnellement dans sa nouvelle fonction à lui. Son monologue avait commencé 2h45 plus tôt, il était dans les temps, trois heures c’était bien pour une introduction :
« Alors, en conclusion, je résumerai de la façon suivante : Innover c’est d’abord avoir des idées que personne d’autre n’a eues avant nous. Des séances de brainstorming seront donc organisées sur une base régulière et obligatoire afin de récolter de manière spontanée un maximum d’idées. Un Comité des Sages, composé de jeunes car les jeunes ressentent ce qui est innovant, jugera les idées pour n’en garder qu’une : l’idée du mois, qui sera récompensée.  Une fois l’idée du mois sélectionnée, nous lançons le processus d’innovation novatrice de l’entreprise. Il est composé de 14 étapes à mener de façon strictement séquentielle. Pas question de revenir en arrière, ce serait démontrer un échec et nous ne sommes pas là pour échouer, nous sommes là pour être les meilleurs au service de nos clients et le premier service que nous devons leur rendre, c’est de leur demander quels seront leurs besoins futurs. Notre principal driver sera le coût, car nous nous devons d’être rentables sur chaque projet d’innovation… Vive la Business Innovation Technico-économique !…Avez-vous des questions ? »
Pendant que le GISPEP scrutait son auditoire dans l’attente d’une question à esquiver, dans la salle voisine se tenait une autre conférence :
Une dizaine de personnes étaient rassemblées dans une petite salle, il n’y avait pas de projection, mais au centre du cercle informel des personnes se tenait la Bougre Complice, qui concluait son intervention qui avait débuté 10 minutes plus tôt :
« Alors voilà, je suis vraiment à la fois ravie et impressionnée de me voir confié ce projet d’innovation de rupture qui est le nôtre depuis un bon moment maintenant. Nous sommes en plein territoire de rupture, ce qui veut dire que je ne sais pas plus que vous quelles seront les solutions ni les façons de les mettre en œuvre. Mais nous sommes tous en phase sur ce que nous cherchons à atteindre, alors je vais y aller avec vous ! Je serai là pour vous comme vous serez là pour chacun d’entre nous. J’ai deux objectifs pour cette équipe : la coopération et le bien-être, et j’ai la profonde conviction que si nous les atteignons, alors la performance et le succès seront au rendez-vous. Je suis à votre disposition dès maintenant si vous souhaitez en discuter. »

Pendant ce temps, le Chef avait organisé un nouveau rendez-vous secret avec le Fourbe :
« Voilà, c’est fait… c’est fait, je ne sais pas si c’est bien… mais c’est fait, lâcha le Chef
-Et si l’essentiel était d’avoir agi ? demanda le Fourbe, de cette décision va venir de l’information sur laquelle vous pourrez réagir…
-N’empêche, si je me plante, les Dirigeants ne vont pas me louper, il faut vraiment que j’aide les deux nouveaux responsables à réussir…
-Tout à fait ! C’est une étape typique de l’exploration, lorsqu’on est amené à rompre avec le passé pour pouvoir avancer en territoire incertain… Ils sont nouveaux et il est très important pour vous de les choyer, de les soutenir, de les protéger comme on protège de nouvelles pousses au début du printemps…
-Peut-être, mais je suis inquiet… La Bougre Complice tient des propos bizarres que je ne pourrai jamais tenir devant les Dirigeants !
-C’est vrai et il s’agit vraiment de donner une chance au GISPEP comme à la Bougre Complice et c’est maintenant ! Cette phase est transitoire, si vous la ratez, alors il y aura un fort retour en arrière… vous en souffrirez, nous en souffrirons et nous seront revenus à la case départ… ou pire…
-Et si je vous demande ce qui me garantit que ça va marcher ? Vous allez encore me répondre que personne n’en sait rien?
-…
-…Merci… c’est pas confortable mais je peux essayer… après tout…Merci !
-Je vous en prie !
-Dites, ça vous ennuie pas de quitter la salle quelques minutes après que je sois parti ? Je voudrais vraiment pas qu’on nous voit ensemble, mais rien de personnel ! Je vous assure ! »
Là-dessus, le Chef avait quitté la salle après avoir vérifié qu’il n’y avait personne dans le couloir.

Chemin faisant vers son bureau, se faisant discret, il croisa un bouchon :
« Au moins le GISPEP, il sait où il va ! C’est maitrisé, c’est rassurant ! Et puis il fait intervenir les jeunes !
-J’aime bien son Comité des Jeunes pour choisir l’Idée du Mois !
-Ouais ! Et si on disait que l’idée recevant le moins de suffrages sera affichée aux yeux de tous pour bien montrer ce que nous ne cherchons pas ?
-Ah ouais ! Ce serait clair au moins !
-N’empêche, pourquoi le Chef a nommé la Bougre Complice sur un projet de cette importance ? Je comprends pas !
-Ben … pour empêcher le Fourbe d’avoir le poste, tiens ! C’est évident !
-Ah ouais… pas con le Chef quand même !
-On va manger ? Y a quoi aujourd’hui ?
-C’est la semaine de soutien aux EHPAD, y a que des trucs qu’on a pas besoin de mâcher et y a même des bénévoles qui nous font manger si on veut… »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef convoque le GISPEP et la Bougre Complice… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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