Note de l’Institut
Les archives de l’I.P.M. attestent qu’à une époque aujourd’hui difficile à dater, les organisations produisaient beaucoup de formations destinées à expliquer aux personnes comment elles auraient dû se comporter dans des situations que personne n’avait encore rencontrées.
Le dispositif semblait rassurant.
Son efficacité reste discutée.
Un cours, vraiment ?
Le mot est volontairement un peu suspect.
Un cours suppose généralement que quelqu’un sache quelque chose et entreprenne de le transmettre à quelqu’un qui ne le sait pas encore.
Cette logique fonctionne remarquablement bien pour apprendre une langue, une technique, une règle ou un savoir stabilisé.
Elle devient plus délicate lorsqu’il s’agit d’une organisation.
Car une organisation n’est jamais exactement la situation décrite dans un livre. Elle possède son histoire, ses habitudes, ses relations, ses contraintes, ses certitudes, ses protections et ses façons particulières de donner du sens à ce qui lui arrive.
Ce qui fonctionne ici peut échouer ailleurs.
Et ce qui a fonctionné hier peut devenir demain précisément ce qui empêche d’avancer.
Les cours de l’I.P.M. partent donc d’une autre hypothèse : transmettre ne consiste pas nécessairement à fournir la bonne réponse.
Il peut être plus utile de transmettre une façon de mieux regarder la question.
Vous ne trouverez donc pas ici de recette
Ces cours ne vous diront pas comment obtenir l’adhésion au changement en cinq étapes.
Ils ne promettront pas davantage de supprimer les résistances, de rendre toute décision rapide ou de transformer chaque équipe en collectif enthousiaste avant vendredi soir.
Non par manque d’ambition.
Mais parce qu’une recette commence souvent par retirer de la situation précisément ce qui la rend intéressante : son contexte.
Une méthode peut fournir un repère. Un modèle peut permettre de distinguer quelque chose qui nous échappait. Un outil peut faciliter une conversation ou une décision.
Aucun d’eux ne dispense cependant d’observer ce qui se passe réellement lorsque nous l’utilisons.
La question ne sera donc pas seulement :
« Est-ce que cette méthode est bonne ? »
mais aussi :
« Que produit-elle ici ? »
Trois choses, principalement
Des cadres
Un cadre est une manière de regarder une situation.
Il sélectionne certains éléments, en relie d’autres et en laisse nécessairement quelques-uns dans l’ombre.
Changer de cadre ne signifie pas que le précédent était faux.
Cela signifie parfois simplement qu’il ne permettait plus de voir ce dont nous avions besoin.
Les cours proposeront donc différents cadres de lecture : systémique, complexité, croyances, langage, interactions, décision, transformation…
Non pour déterminer lequel est vrai, mais pour observer ce que chacun permet de rendre visible.
Des déplacements
Un déplacement n’est pas nécessairement un changement spectaculaire.
Il peut tenir dans une distinction.
Passer de :
« Pourquoi résistent-ils ? »
à :
« Qu’est-ce que cette résistance pourrait protéger ? »
Ou de :
« Comment réduire l’incertitude ? »
à :
« Que devons-nous apprendre en agissant ? »
Ou encore de :
« Qui a raison ? »
à :
« Quel problème chacun essaie-t-il de résoudre ? »
Le problème n’a pas disparu.
Mais nous ne le regardons déjà plus tout à fait de la même manière.
Des questions
Une bonne question n’est pas forcément celle qui conduit rapidement à une réponse.
Elle peut être celle qui empêche une réponse trop rapide de refermer la situation.
Les questions proposées dans ces cours ne chercheront donc pas à vous conduire vers ce que l’I.P.M. aurait décidé à votre place.
Ce serait beaucoup trop dangereux.
Elles chercheront plutôt à rouvrir quelques possibilités.
Regarder avant d’intervenir
Nous sommes souvent entraînés à chercher rapidement ce qu’il faudrait faire.
Face à une difficulté, nous cherchons la solution.
Face à une résistance, comment la lever.
Face à un désaccord, comment le résoudre.
Face à l’incertitude, comment la réduire.
Face à une décision, comment être sûr de ne pas se tromper.
Il existe pourtant une question préalable :
« Que se passe-t-il ici ? »
Pas :
« Que devrait-il se passer ? »
Pas encore :
« Qui a raison ? »
Et pas immédiatement :
« Comment régler le problème ? »
Simplement :
Qu’observons-nous ?
Quelles interactions se répètent ?
Qu’est-ce qui semble protéger quoi ?
Quelle distinction avons-nous peut-être cessé de faire ?
Quel cadre considérons-nous comme évident alors qu’il ne l’est peut-être plus ?
Et surtout : qu’avons-nous déjà essayé pour résoudre le problème, et quels effets cela produit-il ?
Ce temps d’observation n’est pas une manière élégante de retarder l’action.
Il peut au contraire éviter d’agir très efficacement sur le mauvais problème.
Le déplacement
Passer de « que faut-il faire ? » à « que sommes-nous en train de regarder ? »
Une action pertinente commence parfois moins par une réponse nouvelle que par une meilleure lecture de la situation.
Cela ne signifie pas qu’il faudrait analyser indéfiniment.
Observer n’est pas attendre.
Observer permet de choisir plus lucidement où intervenir, avec quoi, et pour apprendre quoi.
Comment utiliser ces cours ?
Vous pourrez les lire dans l’ordre d’un cycle.
Mais ce ne sera pas obligatoire.
Vous pourrez aussi entrer directement par une question qui vous concerne.
Certains cours partiront d’une distinction.
D’autres d’une croyance, d’un paradoxe, d’une situation ordinaire ou d’un outil.
Plusieurs emprunteront à des auteurs et approches présents dans la Bibliothèque de l’I.P.M.
D’autres partiront directement de situations rencontrées dans les organisations.
Ils n’ont pas vocation à constituer un système fermé.
Ils devraient plutôt fonctionner comme des points de passage.
Vous pourrez donc prendre un cadre, le confronter à une situation réelle, observer ce qu’il éclaire — et ce qu’il n’éclaire pas.
Si un cours vous permet de regarder autrement une situation réelle, il aura probablement fait son travail.
S’il vous donne seulement une formule supplémentaire à répéter en réunion, l’Institut décline toute responsabilité.
Ce que l’I.P.M. retient
Transmettre n’est pas nécessairement dire à quelqu’un ce qu’il doit faire.
Cela peut consister à mettre à sa disposition suffisamment de distinctions, de questions et de cadres pour qu’il puisse regarder sa propre situation avec davantage de discernement.
Les cours de l’I.P.M. ne chercheront donc pas à remplacer vos certitudes par les leurs.
Ce serait une étrange manière de parler de transformation.
Ils essaieront plutôt d’introduire, de temps en temps, un peu de jeu là où une évidence s’était refermée.
Avant d’entrer dans le premier cycle
Quelle situation aimeriez-vous commencer par regarder autrement ?
Et peut-être une seconde question, plus discrète :
Qu’est-ce qui changerait si, pendant quelques instants, vous cessiez de chercher immédiatement la solution ?
