Oct 202018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

Le GISPEP avait convoqué son Comité de Direction en dehors de toutes les réunions habituelles. Il avait insisté sur le fait qu’il s’agissait d’une convocation et non d’une invitation. Il s’était bien gardé de dire le sujet faisant l’objet de cette réunion, ce qui fit que chaque membre du Comité arriva dans la salle de réunion à la fois inquiet et interrogateur :
« Savez-vous ce qui se passe ?
-Non, on a juste reçu la convocation.
-Vous allez voir, c’est une nouvelle annonce de ré-organisation !
-Non… D’habitude on a l’info dans les couloirs bien avant l’annonce officielle…
-Oui, ça c’est pour ceux qui ne sont pas concernés par la ré-organisation, mais généralement, le premiers concernés sont les derniers au courant… »
Une onde d’inquiétude parcourut le groupe.
« Si ça ce trouve, on est les derniers au courant…
-Arrêtez vos conneries, le GISPEP va arriver, on va bientôt savoir.
-N’empêche, j’aimerais bien savoir et en tout cas j’aurais aimé qu’il nous en parle avant !
-Oui ! C’est toujours la même chose, ils décident dans notre dos et nous on exécute ! Y en a marre de cette boite ! »
Sur ces mots, le GISPEP entra dans la salle de réunion. Sans prendre le temps de saluer, il ouvrit la réunion :

« Messieurs ! » Il y avait pourtant deux femmes dans le Comité de Direction, mais le GISPEP, dans les moments graves, s’adressait au Comité par « Messieurs ».
« Messieurs, continua-t-il, je vous ai convoqués car nous ne sommes pas à la hauteur. Nous nous sommes engagés, à la demande du Conseil, à multiplier les innovations sans contrainte de ressources et à cette heure, je vous ai fait confiance et je vous ai délégué toutes mes responsabilités… Pourtant, vous n’avez produit aucun résultat.
J’ai reçu ce matin un email de la part d’un de mes pairs au Conseil me demandant de montrer que notre portefeuille de projets d’innovation avance bien comme prévu et aussi ce que nous pourrions faire pour l’accélérer : messieurs, je vous écoute, soyez brefs, clairs et précis. »
Le membres du Comité se regardèrent, un peu soulagés car il ne s’agissait pas d’une ré-organisation et inquiets car il s’agissait maintenant de savoir qui prendrait la parole en premier au risque de se faire laminer. Le silence sembla s’éterniser.
« On ne va pas y passer la journée ! J’entends bien pouvoir répondre au Conseil avant ce soir avec des faits positifs, concrets et rassurants… Je vous écoute !
-Eh bien, de mon côté, un ensemble de projets a été lancé, c’est en cours et nous devrions avoir les premiers résultats la semaine prochaine, c’est déjà dans le rapport des retards fait par notre Scumbag… osa un des Bougres autour de la table.
-La semaine prochaine, il sera trop tard ! Qu’est-ce que vous pouvez produire tout de suite ? demanda le GISPEP.
-À ce stade, je peux vous fournir les SCUMs en cours et les probabilités de succès associées à chaque projet… hésita le Bougre.
-Et elles sont de combien ?
-Elles sont toutes de l’ordre de 50%…
-Vous vous foutez de moi ? Vous êtes en train de lancer des pièces à pile ou face sur un enjeu de cette envergure ?
-En fait, c’ est vraiment très nouveau, d’avoir les ressources, tout ça… Tout ce qu’on peut faire, c’est tester pour avancer et du coup…
-Bon, qui d’autre aurait quelque chose d’intéressant à me donner ? interrompit le GISPEP »
Le silence s’épaissit jusqu’à devenir douloureux, la tension s’installa, la pression bondit et tous les manomètres intérieurs se bloquèrent dans la zone rouge, ça allait péter.
« Je vous le demande encore : qui a un résultat, quel qu’il soit, à me donner ? réclama le GISPEP.
-En fait, répondit la Bougre Complice, nous sommes dans une phase de complexité, c’est équivalent à une phase d’incertitude pendant laquelle la tactique est de progresser par des tests et avec patience…
-Alors vous, je ne vous ai rien demandé ! Merde ! Ce n’est pas le moment de faire de la théorie, je veux des faits, des résultats !… Et vous, dit le GISPEP en pointant un des Bougres, où en est ce partenariat avec le Consultant censé nous faire gagner du temps ?
-C’est en cours… C’est un peu compliqué parce que le Consultant s’est montré très intéressé mais il ne répond plus à nos appels. Et quand on arrive à le joindre, il est toujours très intéressé et pourtant ça n’avance pas…
-Non mais c’est incroyable ! Qu’est-ce que vous foutez ! Vous vous rendez compte ? Tout ce que j’ai à fournir au Conseil, c’est que non seulement on n’a rien mais qu’en plus on ne sait pas ce qu’on va avoir !
-Vraiment, tenta à nouveau la Bougre Complice, cette zone d’incertitude peut se traiter avec réalisme, même avec le Conseil, j’ai une proposition à faire. »
Le GISPEP s’adossa dans son fauteuil, montrant toute la lassitude qui était la sienne,
« Eh bien, allez-y, de toute façon il n’y a rien d’autre…
-Les membres du Conseil peuvent comprendre qu’il y a une différence entre une situation complexe, où nous sommes, et une situation compliquée.
-C’est évident, c’est complexe quand c’est très ou trop compliqué, soupira le GISPEP.
-Ah non, le complexe n’est pas du compliqué à l’excès, c’est différent ! Le compliqué peut être résolu par l’expertise. Si c’est très compliqué, il faut beaucoup d’expertise. Dans une situation compliquée, on détecte le problème, on l’analyse ou on le fait analyser par des experts, et on agit en fonction de leur analyse…
-Et c’est pas ce qu’on a à gérer là ?
-On est plutôt dans du complexe, il y a tellement de projets en cours, tous plus ou moins reliés entre eux qu’on dirait un plat de spaghettis. La question est ‘si je tire sur un des spaghettis, qu’est-ce qui va bouger dans l’assiette ?’ Il n’y a pas d’expertise là-dessus ! La seule façon de faire, c’est d’agir en testant des hypothèses, d’observer et de décider en fonction… Ce dont ils ont besoin, au Conseil, c’est de savoir qu’on gère la situation correctement, par exemple en leur expliquant clairement quelles hypothèses sont en cours de test, quels sont les critères et tests qui nous permettront de valider ou d’invalider telle ou telle hypothèse et à quelle date. Il s’agit de montrer toute la cohérence de la démarche d’exploration de cette zone d’incertitude. Ce sont des éléments suffisants qui leur permettront de décider de l’avenir.»
Le GISPEP réfléchit alors profondément. Un des Bougres prit la parole :
« Si on fait ça, on va simplement leur montrer qu’on est paumés et qu’on cherche à gagner du temps… Déjà qu’on est en retard ! Et puis, on gère pas des spaghettis !
-Tout à fait, rétorqua un autre Bougre, regardons les choses en face, cette décision du Conseil est en elle-même une élucubration, un rêve !
-C’est tout à fait ça ! Regardez nous ! Nous n’avons rien alors que nous cumulons des années de pratique et d’expérience , mais jamais avec des spaghettis ! »
la Bougre Complice intervint :
« Mais c’est justement parce que cette décision est très innovante que nos expériences ne servent à rien ou à peu de chose !
-Non, c’est parce que nos expériences nous disent qu’il n’y a pas d’information que cette décision du Conseil de nous filer les ressources qu’on n’a jamais demandées ne sert à rien !
-Il nous faudrait au moins une formation de base sur les spaghettis complexes… insista un Bougre au fond de la salle.
-Je suis d’accord, interrompit le GISPEP, ce que je vais répondre au Conseil, c’est que nos tentatives montrent plus d’incertitude que de faits et donc qu’il serait trop risqué de poursuivre cette folie…
-Mais incertitude n’est pas risque ! s’exclama la Bougre Complice, c’est surtout une opportunité d’apprendre…
-Si je voulais apprendre, je retournerais à l’école ! hurla le GISPEP. Nous sommes ici pour faire notre métier, pas pour risquer l’avenir de l’entreprise, je vais donc proposer, sur la base de votre absence crasse de résultats, d’arrêter cette connerie avant d’y avoir trop engagé de ressources !
-Tout à fait d’accord ! répondit un Bougre, rejoint par toute l’assemblée, sauf un. »
La réunion se termina ainsi, avec un soulagement généralisé.

Alors que le mec du 12Delta et le Yogi entraient dans la salle, certains Bougres vinrent voir le GISPEP :
« Vous avez eu raison de stopper ce rêve absurde, c’est ce que je pensais depuis le début. Vous êtes si fort ! »
« Merci, vous êtes vraiment un bon Bougre, vous savez ce qui est bon pour nous et votre dévotion envers m… envers votre Entreprise est à l’image de votre carrière future.»
D’autres discutaient entre eux, créant une autre réunion et un bouchon dans le couloir :
« Dis donc, et l’autre qui voulait nous renvoyer à l’école ! Avec des spaghettis… C’est vraiment comme si elle cherchait à déstabiliser l’équipe !
-Et déstabiliser le GISPEP aussi !
-Et l’entreprise est à risque avec des gens comme ça, ce sont vraiment des Fourbes dont il faut nous méfier ! Il y en a de plus en plus !
-J’ai appris qu’elle travaillait main dans la main avec le Chef maintenant !
-Ils s’engueulent plus ?
-Je crois pas non… C’est dingue quand même…
-Y’a anguille sous cloche…
-En tout cas, c’était une bonne réunion et le débat que nous avons eu nous a permis certainement de sauver l’Entreprise d’une aventure périlleuse!
-On va manger ? Le mardi, y a des pâtes.

Toute ressemblance avec un chapitre précédent, surtout le chapitre ‘Alors ?’, montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GISPEP s’en prend à la Bougre Complice… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Oct 132018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

« Là, j’en peux plus… Avec vos conneries c’est moi qui vais partir en burn-out ! »
Le GISPEP avait vraiment l’air épuisé. Il était assis, vouté, dans son fauteuil de statut. La fenêtre était ouverte, l’air glacial entrait vivement dans la pièce, mais personne ne s’en souciait, pas avec le Yogi dans le coin. L’encens finissait de se consumer et les cendres étaient tombées sur le bois vernis du bureau.
Le mec du 12 Delta regardait ses pieds, le Yogi se grattait l’entrejambe sous le sari. Le gars du MAIGRE était toujours en arrêt de travail, malgré ses protestations car la somme qu’il devait maintenant à l’Entreprise devenait conséquente.
« Vous m’avez mis dans cette merde, reprit le GISPEP, vous m’en sortez maintenant.
-Déjà, je tiens à préciser que je n’y suis pour rien ! dit le mec du 12 Delta.
-Vous n’avez rien dit, vous auriez pu me prévenir ! dit le GISPEP, amer.
-Pas du tout ! Dans cette affaire, il y a deux responsables clairs, insista le mec du 12 Delta, d’abord il y a les Bougres : s’ils n’étaient pas en retard, on n’aurait pas de problème…
-C’est pas faux, dit le Yogi.
-Et puis il y a le Yogi, ajouta le mec du 12 Delta.
-Quoi ? s’insurgea le Yogi, non mais de quel droit ?
-C’est vous qui avez proposé le SCUM ! affirma le mec du 12 Delta.
-C’est pas moi qui ai décidé de le mettre en œuvre partout !
-C’est vous qui avez réduit les délais sur les projets !
-Pas du tout ! J’ai juste informé les managers qu’être en avance serait bien vu !
-Donc à part les Bougres, je suis le seul responsable, interrompit le GISPEP.
-…C’est pas ce que je veux dire, dit le mec du 12 Delta.
-Mais c’est ce qu’il dit ! dit le Yogi.
-Non ! C’est vous qui l’avez dit ! se fâcha le mec du 12 Delta.
-C’est celui qui dit qui est ! »
Le Yogi avait hurlé. Le GISPEP avait pris sa tête entre ses mains, désespéré. Un long silence s’établit.
Le GISPEP reprit :
« Et je fais quoi, moi, maintenant ? J’en peux plus je vous dis ! Je reçois des dizaines de rapports de cent pages sur les retards des projets. Il faut que je les lise, en plus, pour savoir qui engueuler. Rien qu’hier, j’ai tenu douze réunions pour engueuler tantôt un Bougre tantôt un Manager ! Et y a rien qui change, bordel !
-C’est que c’est le moment, dit le Yogi.
-Le moment de quoi ? demanda le mec du 12 Delta.
-C’est pas vos oignons, c’est entre le GISPEP et moi, dit le Yogi en rallumant des bâtons d’encens.
-Me parlez pas sur ce ton, hein?
-Vos gueules ! dit le GISPEP en tapant sur la table. C’est le moment de quoi ?
-Ben c’est le moment de passer en Agilité Totale, dit le Yogi en s’adossant à sa chaise.
-L’Agilité Totale ?
-Oui, les SCUMS sont en place, les retards sont là comme prévu, c’est le bordel, l’incertitude maximale, c’est le moment de l’AGILITÉ, c’est le moment de l’empowerment !
-Ah bon ? s’étonna le GISPEP.
-Ben oui, vous avez raison, c’est pas à vous de vous coltiner ce merdier, vous êtes le GISPEP, pas le larbin ! insista le Yogi. Maintenant que le système est en place, il faut l’utiliser !
-Et comment ?
-D’abord, vous allez fixer un objectif sur les rapports : pas plus de deux pages dans un premier temps. Ensuite, vous allez em-po-weu-rer !
-En quoi ? demanda le mec du 12 Delta.
-Ça va vous plaire, dit le Yogi, ça veut dire que le GISPEP va donner toute autonomie à ses troupes pour résoudre le problème ! Vous allez déléguer, mais pas n’importe quoi : vous allez déléguer votre responsabilité !
-Ma responsabilité ? demanda le GISPEP surpris.
-Génial ! s’exclama le mec du 12 Delta.
-Oui, vous allez déléguer votre responsabilité à vos subordonnés ! reprit le Yogi. C’est ça l’Agilité, c’est la responsabilisation par l’autonomie. Dites aux Bougres et à leurs Chefs que vous leur donnez toute autonomie pour résoudre la situation et atteindre leurs objectifs. Dites-leur que pour leur montrer qu’ils sont autonomes, vous ne les rencontrerez plus, même pas pour les engueuler. Dites-leur que vous leur faites confiance et que vous ne voulez pas être déçu de leur avoir fait confiance.
-Vraiment ? dit le GISPEP avec un sourire qui pointait.
-Vraiment, et le temps que vous allez gagner, vous allez l’utiliser pour communiquer largement sur votre initiative : c’est la première équipe Agile à grande échelle dans l’Entreprise. Choyez vos pairs au Conseil, soyez présent ! C’est eux, les membres du Conseil, qui apportent de la valeur à votre carrière, ne l’oubliez pas ! L’Agilité, c’est la création de valeur et pour vous la valeur, c’est le Conseil ! s’enthousiasma le Yogi en émettant quelques squames qui flottèrent un instant dans l’atmosphère du bureau.
-Génial ! insista le mec du 12 Delta qui tremblait un peu, d’excitation ou de froid, nul ne le sut jamais. »

Quelques semaines plus tard, dans le bureau du GROC, le Chef et la Bougre Complice étaient venus sur l’invitation du GROC :
« Dites-donc ! Il donne à fond le GISPEP ! s’exclama la Bougre Complice en arrivant.
-C’est assez incroyable, ajouta le Chef rêveur…
-Vous voulez dire depuis qu’il dit à tout le monde qu’il a mis son équipe en Agilité Totale ? demanda le GROC.
-Oui ! Déjà, c’est une hérésie, mais après le SCUM on pouvait s’attendre à tout, et en plus il parait que maintenant, il engueule plus, il sanctionne, il met à pied, il disperse, il ventile, façon puzzle… Il aurait même viré un Bougre, dit la Bougre Complice.
-C’est vrai, dit le Chef, et on peut plus rien lui dire, il prend tout pour lui ! Ça lui réussit pas, l’empowerment, il devient odieux !
-Il l’était un peu avant, non ? dit le GROC en riant.
-C’est pas faux, dit le Chef.
-Mais c’est pas pour ça que je vous ai invités, dit le GROC, d’ailleurs le Fourbe ne devrait pas tarder, il nous rejoint dès qu’il sort de chez le Skippy.
-Le Fourbe ? Le Skippy ? Mais de quoi il s’agit ? »
La Bougre Complice fut interrompue par le Fourbe qui entrait dans le bureau du GROC, un peu essoufflé.
« Excusez-moi, dit le Fourbe.
-Pas de souci dit le GROC.
-OK ! Qu’est-ce qu’on fait là ? demanda la Bougre Complice.
-Eh bien, c’est simple dit le Fourbe, c’est le moment pour vous de montrer de quoi vous êtes capables.
-Comment ça ? interrogea le Chef.
-Je sors de chez le Skippy, vous avez vu ce qui se passe avec l’Agilité Totale du GISPEP ?
-Ça oui, on en parlait justement ! dit la Bougre Complice.
-Eh bien c’est le moment de conjuguer vos intentions, vos actions et vos énergies créatrices, dit le Fourbe, ça, c’est le Skippy qui le dit.
-Et ?
-C’est la panique en face, c’est clair, il faut à tout prix éviter qu’elle se propage chez vous, dans vos équipes, dans le projet d’innovation de rupture, dans FLEXTOR, insista le Fourbe.
-Et ?
-Eh bien, dit le GROC, nous allons travailler tous les trois, je serai un genre de médiateur.
-Ah parce que t’es dans le coup toi aussi ? C’est un complot ? dit le Chef.
-Prenez-le comme vous voulez ! Les faits sont que le GISPEP vous a demandé de rédiger votre contrat de partenariat entre vous, et que c’est la panique chez lui. Je vous pose la question : et si vous coopériez, vraiment ? demanda le GROC.
-C’est-à-dire ? insista le Chef.
-Vous avez tout pour coopérer. Le projet d’innovation de rupture explore les approches que prône et met en place FLEXTOR. Vous vous engueulez mais c’est pour la façade. Admettez-le, bon sang !
-C’est pas faux, dit la Bougre Complice, mais qu’est-ce qu’on a y gagner ?
-Si vous bossez vraiment ensemble, sur un rythme et des trucs qui vous sont utiles à tous les deux, alors il sera plus difficile aux SCUMBAGS de venir vous empêcher de tourner en rond ! Le GISPEP vous a divisés pour mieux régner, ne jouez pas son jeu… Devenez résilients par votre coopération !
-Et qu’est-ce que je fais, moi ? demanda le Chef. Le GISPEP m’attend au tournant…
-Déjà, il peut plus vous coincer vu que vous lui avez donné ce qu’il attendait au sujet de la Bougre Complice…
-Comment ça, à mon sujet ? dit la Bougre Complice en élevant la voix.
-Eh bien, dit le Fourbe, le Chef avait pour mission de vous espionner au profit du GISPEP qui cherchait à vous dégommer…
-Quoi ? Salaud ! s’énerva la Bougre Complice en regardant le Chef.
-Et il n’en a jamais rien fait ! dit le Fourbe, ça fait des mois qu’il te protège et qu’on te couvre avec le GROC !
-…
-On a donné au GISPEP des informations inutiles auxquelles il a cru, insista le Fourbe, et depuis il fout la paix au Chef, ou presque !
-Fallait que ça sorte un jour ou l’autre, dit le GROC, maintenant que c’est clair, parlez-vous, faites ce que vous voulez mais coopérez, en profondeur !
-Si vous le dites, dit la Bougre Complice en se tournant vers le Chef, faut qu’on se parle parce que, là, avec ce que je viens d’apprendre, je vois pas comment vous faire confiance !
-Ben si justement, dit le Chef presque plaintif, puisque j’ai pas fait ce que le GISPEP demandait…
-Faut qu’on se parle, j’ai dit ! cria presque la Bougre Complice. »

Un silence gêné s’instaura.
« Voilà, voilà, ça, c’est fait… rompit le Fourbe. Dites on va prendre l’air, ça ferait du bien, hein ? On va manger ? Aujourd’hui c’est Cuisine Chaotique, y’a que des mélanges aléatoires à base de lait d’ânesse fermenté, de beurre de yack clarifié à l’éponge et de foie de limande confit, il parait que c’est super ! »

 

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GISPEP convoque son Comité de Direction… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Oct 062018
 

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n’engage que son lecteur et réciproquement.

L’accélération avait été foudroyante.
Le GISPEP, croyant que la Bougre Complice surfait sur la promesse de ressources illimitées donnée par le Conseil, s’était mis en ordre de bataille pour la devancer. Le GISPEP avait convoqué l’ensemble des GISPEP secondaires (car il était le principal, le premier, l’unique) pour faire une synthèse des portefeuilles de projets représentés au sein de la R&D, la fonction qu’il dirigeait. Cette synthèse montra que seuls quelques projets étaient actifs, ceux de première priorité, dénommés ‘PMAX’, alors qu’un grand nombre de projets, moins prioritaires comme les ‘PMOY’, végétaient voire étaient au bord de l’oubli. L’oubli, c’était le cas des ‘PMIN’, au nombre incroyablement élevé car ils réunissaient tous les projets qui avaient été déclarés uniquement comme moyen détourné pour justifier certains effectifs peu occupés.
Le sang du GISPEP ne fit qu’un tour. Il se souvint que son enjeu était d’obtenir des innovations de rupture en grand nombre dans l’entreprise, sans toutefois changer les habitudes de chacun. Il se souvint aussi que le premier réflexe des décideurs face à une innovation de rupture était le ‘beurk’, la réaction négative, le rejet. Sachant que le ‘beurk’ était aussi la propriété principale des projets PMIN, il en déduisit qu’ils contenaient forcément des innovations de rupture. Il ordonna alors à tous les départements de R&D de lancer activement l’ensemble des projets ‘PMIN’, ce qui revint à multiplier en gros par six la charge sur les Bougres.
Face aux levées de boucliers de l’ensemble de l’encadrement, le GISPEP, sur les conseils du Yogi, avait aussi pris deux décisions.
D’abord, il était crucial que les projets et les ressources soient parfaitement synchronisés et que le GISPEP soit au courant de tout retard potentiel qui aurait mis à risque sa position au Conseil. Le Yogi lui avait vendu sa méthode qui permettait selon lui de synchroniser et coordonner autant de projets qu’on voulait sans effort. Cette méthode s’appelait la ‘Synchronisation & Coordination Ultimate Methodology’ et consistait à recueillir sur des post-it collés au mur toutes les actions en retard d’un projet de façon à ce que les responsables de ces-dites actions prennent conscience de leur nuisance à l’encontre de leurs collègues et de l’entreprise. Ainsi, il avait ordonné qu’à compter d’aujourd’hui, tous les projets soient pilotés en mode SCUM.
Ensuite, il se rendit compte que l’information des retards ne remonterait pas toute seule et que les GISPEP secondaires ne pouvaient pas être partout. Il activa alors la permission de ressources illimitées pour embaucher 20 personnes qui assureraient la remontée des noms des responsables d’actions en retard. Cette remontée devait se faire de façon quotidienne, sous forme de rapports synthétiques détaillés et structurés. Il créa ainsi une nouvelle équipe, la ‘BAG’ pour ‘Brigade d’Action Globale’, dont la raison d’être était de garantir l’engagement et l’avancement harmonieux des projets. Spécialisés en SCUM, les acteurs nouvellement embauchés de cette brigade étaient dénommés les SCUMBAGs.

Ce fut le troisième jour après que ces décisions furent mises en oeuvre que le GISPEP convoqua son trio de consultants. Dans son bureau, à l’heure dite, seuls le mec du 12 Delta et le Yogi étaient présents.
« Il est où le gars du MAIGRE ? Il est jamais en retard, on l’attend ou quoi ? demanda le mec du 12 Delta.
-S’il est pas là, il est sûrement ailleurs, dit le Yogi en allumant les bâtons d’encens.
-On l’attend pas, dit le GISPEP, il est en arrêt maladie chez lui, burn-out profond, a dit le médecin. Il attend l’O.R.G.A.S.M.E. (Note de l’IPM : l’Organisme de Régulation Globale des Accidents, Sinistres et Malheurs des Employés), pour évaluer ce qu’il nous doit, dit le GISPEP.
-Ah merde ! Qu’est-ce qui arrive ? demanda le mec du 12 Delta, on y est pour rien j’espère !
-Non, pour rien, c’est juste lui qui a pas supporté qu’on recrute des gens alors qu’il s’échine à tout réduire en permanence, dit le GISPEP, il faut qu’il apprenne à gérer ses obsessions, c’est tout.
-Ah ok, dit le Yogi, tout va bien, alors !
-Tout va bien, dit le GISPEP.
-Ouf ! Ç’aurait pu être grave, conclut le mec du 12 Delta.
-Mais dites, comment ça se passe sur le terrain ? J’ai reçu les premiers rapports, ils font une vingtaine de pages, il y a presque tout l’effectif de la fonction qui met nos projets en retard, déclara le GISPEP.
-Ben oui, c’est le cas, dit le Yogi. Comme il y avait beaucoup de projets à mener, on s’est dit qu’il fallait mettre la pression pour être sûrs que les Bougres comprendraient que c’est important. Alors on a réduit aussi les délais pour chaque projet, comme ça il peuvent pas dire qu’ils sont pas au courant.
-Et en plus, ça nous exonère de toute responsabilité : s’ils y arrivent pas, c’est pas de notre faute ! On a mis des ressources supplémentaires avec les SCUMBAGs qui sont là pour les aider à y voir plus clair.
-Pas mal ! sourit le GISPEP, mais les SCUMBAGs comment ils se sentent ?
-Ils sont très contents, dit le Yogi, car ils se sentent vraiment impliqués dans l’action et les futurs résultats de l’Entreprise.
-Et puis on les a bien formés pour qu’ils n’entrent jamais dans des discussions opérationnelles. Quand une action est en retard, qui est le responsable ? C’est leur seule question, dit le Mec du 12 Delta.
-Bien ,bien, je vais pouvoir expliquer à mes pairs du Conseil que les retards sont sous contrôle, car identifiés et consolidés. Cela devrait les rassurer et surtout leur montrer qu’on utilise les ressources à bon escient, dit le GISPEP.
-Et avec parcimonie, ajouta le mec du 12 Delta à qui le gars du MAIGRE manquait cruellement.
-Avec qui ? demanda le Yogi.
-… Le seul truc qui me gène, c’est qu’aucun des membres de l’équipe de la Bougre Complice n’apparait, dit le GISPEP.
-Juste une question de temps, conclut le Yogi.»

Pendant ce temps, la discussion était vive entre le Chef et la Bougre Complice :
« Non, je ne vais pas me mettre à tout vérifier, dit la Bougre Complice fermement.
-Mais c’est ce que fait le GISPEP, on va se faire allumer ! insista le Chef.
-Allumer sur rien du tout ! C’est pas la première fois qu’on vit une situation pareille, la dernière fois, vous étiez le chef de mon chef et vous étiez bien content de ce qu’on a fait ! rétorqua la Bougre Complice.
-N’empêche qu’il nous faut des détails sur ce qu’ils font !
-Qui, ‘ils’ ?
-Ben les Bougres, bordel ! se fâcha le Chef.
-Les Bougres, c’est des pros, je leur fous la paix, par contre nous allons nous assurer que nous ne travaillons, tous, que sur des trucs utiles…
-Donc faut bien qu’on leur dise quoi faire !
-Ben non ! Il suffit qu’on fasse notre part pour connaitre l’utilité des demandes reçues à la bourse aux projets. Seuls nos clients, ceux qui demandent, le savent ! Donc on s’assure qu’il n’y a que des demandes utiles, les Bougres choisiront ensuite leurs projets et à partir de là, on leur fout la paix !
-Mais ça peut pas marcher, merde ! s’énerva le Chef.
-Et pourquoi donc ?
-Parce que… on contrôle rien…
-Si ! C’est une situation de crise, notre rôle à tous les deux est de nourrir l’équipe avec les trucs utiles aux clients, et rien d’autre ! C’est ce qu’on a fait la dernière fois et ça marche super bien ! La preuve, on a des délivrables en retard ? testa la Bougre Complice.
-Ben oui… c’est vrai, pas beaucoup par rapport aux autres équipes…
-Aucun en fait… Et les clients râlent ?
-… Pas vraiment, ils sont contents avec ce qu’on leur fournit…
-Parce que ça leur est utile immédiatement ! Rappelez-vous, c’est ce qu’on a fait la dernière fois et vous allez pas m’emmerder cette fois ! (Note de l’IPM : relire ‘élever par la chute libre’ et ‘le Yack et l’Oiseau’)
-Quand même… dit le Chef en lâchant prise… Quand même… On va se faire mettre…
-On verra, conclut la Bougre Complice ».

Le silence régnait dans le bureau de la Bougre Complice, le Chef restait assis, perdu dans ses pensées, puis il reprit :
« Et pour le SCUM ?
-Le scRum insista la Bougre Complice, le scrrrrum !
-Ah non, le GISPEP dit bien le SCUM !
-Ben oui… Ben non ! Je sais pas d’où sort le SCUM, mais l’approche agile en pilotage de projet, c’est le SCRUM, ça veut dire ‘mêlée’, comme en rugby quand toute l’équipe pousse dans la même direction. On l’utilise là où il est utile, sinon on s’en encombre pas !
-Ah… Bon…». Le Chef plongea à nouveau dans ses pensées et le silence revint.

Le Chef semblait réfléchir en silence et la Bougre Complice griffonnait sur la feuille devant elle lorsque la porte s’ouvrit et que le Fourbe entra :
« Bonjour à vous deux ! Je passe vous chercher, on va manger ? C’est le concours du plus gros mangeur avec un buffet ‘All you can eat’, tout à base de foie de porc cru ou mariné à l’aneth…
-Encore de l’aneth ? Je suis pas sûre… dit la Bougre Complice.
-Y a aussi une marinade ail-abricot! Et celui qui mange le plus fait gagner son équipe ! Il parait que c’est super ! »

 

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GISPEP empowère… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Sep 282018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

La fête battait son plein dans le grand hall du bâtiment de Direction.
C’était l’anniversaire de l’Entreprise, un moment choisi par les Dirigeants pour célébrer l’évènement et aussi pour rappeler les origines et le mérite des anciens sans qui les salariés d’aujourd’hui ne seraient pas là.
L’ambiance était vive, les conversations allaient bon train autour des buffets répartis dans le hall décoré pour l’occasion des portraits des membres fondateurs, tous disparus depuis plusieurs générations, l’Entreprise fêtant son centenaire.
Les rires qui fusaient çà et là témoignaient aussi du soulagement de tous ceux, nombreux, qui avaient dû écouter, puis entendre avant de subir les discours des membres du Conseil qui, tous, s’engageaient à faire bref et tous déroulaient une présentation powerpoint de 10 slides couvertes de chiffres. Ces informations étaient censées propager une atmosphère de fête puisque l’Entreprise allait bien. De chiffres en tableaux, de tableaux en graphiques, de graphiques en bullet points, les présentations et discours s’étaient enchainés jusqu’à ce que le sens de tout cela se perde.
On était là pour fêter un évènement, et on était là pour travailler. Pour acheter ce droit à la déconnexion, il fallait donc payer de son écoute et surtout de ses questions une fois les discours terminés. En étant vigilant sur les questions posées, car on était ici pour faire la fête, il s’agissait de ne pas être polémique.
Afin d’éviter de trop pesants silences, les membres du Conseil avaient préparé leurs propres questions qu’ils se posaient les uns les autres, montrant à quel point le dialogue était ouvert et transparent, au moins entre eux, sous le regard bovin et avachi des spectateurs qui auraient vu d’un meilleur œil le fait de poser leurs questions directement aux Dirigeants autour d’un verre.
Conscients de ce risque, une fois les festivités ouvertes, les Dirigeants s’étaient regroupés spontanément autour d’un même buffet légèrement excentré par rapport aux autres buffets et seuls quelques aventuriers timides se risquaient à s’approcher, verre à la main et petit four en bouche.
Le GISPEP, en tant que membre du Conseil, paradait au sein de ce petit groupe en veillant bien à passer un moment décontracté, au moins en apparence, avec chacun des Dirigeants. Cela lui permettait aussi d’ignorer superbement ses trois compères, le gars du MAIGRE, le mec du 12 Delta et le Yogi qui restaient en périphérie du cercle des Dirigeants.
De l’autre côté du hall, près d’un autre buffet, se tenait le Chef, seul, un verre de jus d’orange à la main, qui manifestement ne cherchait pas le contact.
C’était un mauvais moment pour le Chef, car c’était sa première apparition publique de ce type et il n’avait toujours pas digéré sa rétrogradation. Il avait la furieuse impression que chaque regard qui lui était adressé était soit un reproche, soit une moquerie. Le pire pour lui était de voir des petits groupes en pleine conversation dont un des membres se tournait vers lui pour le regarder. Il sentait alors l’agression de plein fouet, en pleine poire. Mais c’était pas pour rien qu’il était le Chef, il tenait, il restait pourvu qu’on lui foute la paix.
De son côté la Bougre Complice virevoltait de groupe en groupe, trouvant accueil et conversation à chaque étape.
Le Fourbe et le GROC discutaient entre eux depuis un moment lorsqu’ils remarquèrent le Chef dans sa solitude. Ils se séparèrent, le Fourbe rejoignant la Bougre Complice, le GROC se rapprochant du Chef.
Le Chef plongé dans ses pensées ne remarqua pas tout de suite la présence du GROC à ses côtés. Le GROC patienta puis tendit son verre vers le Chef pour trinquer :
« Y a pas vraiment de quoi se réjouir, dit le Chef.
-Vous, vous êtes en train de ruminer plutôt que profiter, répondit le GROC dans un sourire.
-Profiter de quoi ? De l’ambiance ? Du buffet ?
-Profiter pour observer et apprendre !
-…
-Regardez les Dirigeants, vous avez remarqué ?
-Ben ils sont à part, comme d’hab.
-Et le GISPEP ?
-Ah ne me demandez pas de m’intéresser à lui !
-Pourtant…
-Pourtant quoi ?
-Vous avez vu ses acolytes ? Ils s’emmerdent à cent sous de l’heure mais ils n’osent pas s’éloigner ! »
Effectivement, le gars du MAIGRE et le mec du 12 Delta se tenaient à courte distance des membres du Conseil, semblant guetter le moment où ils pourraient s’adresser à eux directement. Pendant ce temps, le Yogi se tenait collé au buffet et semblait avoir vraiment sympathisé avec le serveur.
Les plats chauds avaient été servis et on pouvait maintenant observer les tentatives plus ou moins réussies des convives pour tenir d’une main une assiette, un couteau, un verre plein, une serviette et essayer de manger le plat chaud de l’autre main, debout, tout en parlant la bouche pleine avec élégance, sans renverser son verre.
Le Yogi s’abreuvait patiemment tout en alpaguant de plus en plus bruyamment ceux qui s’approchaient de son côté du buffet.
Le GROC reprit, à l’adresse du Chef :
« Et puis, ces occasions-là sont de belles opportunités…
-De manger gratis ? ricana le Chef.
-De développer son réseau, surtout !
-N’exagérons rien, c’est pas là que se fait le business, et heureusement !
-C’est vrai, et ce n’est pas à négliger.
-Le GISPEP semble savoir faire en tout cas, dit le Chef tristement.
-Je serais vous, je n’en serais pas si sûr, rit le GROC.
-Pourquoi ?
-Tout dépend de l’intention ! Si vous regardez la Bougre Complice, elle échange vraiment, c’est-à- dire qu’elle troque des services contre d’autres, elle coopte, elle pioche à tous vents, c’est la bonne approche, dit le Fourbe qui venait de rejoindre la conversation, à la surprise du Chef.
-C’est pas ce que fait le GISPEP ? demanda le Chef »
Le GROC et le Fourbe se regardèrent, puis éclatèrent de rire.
« J’ai dit une connerie ou vous vous foutez de moi ? dit le Chef amèrement.
-Non, non ! dit le GROC, c’est juste que le souci du GISPEP est ailleurs…
-Disons qu’il est pas vraiment en posture de faire des échanges, en tout cas pas avec les Dirigeants, ajouta le Fourbe.
-Mais quoi alors ? interrogea le Chef.
-En fait, comme on se l’était dit il y a quelques semaines, j’ai commencé à abreuver le GISPEP d’informations au sujet de la Bougre Complice, dit le GROC, et le fait est qu’il y a mordu !
-Qu’est-ce que vous lui avez dit ?
-Que la Bougre Complice surfait sur la promesse de ressources illimitées pour lancer exploration sur exploration, tout azimut, répondit le GROC.
-Mais c’est pas vrai ! se fâcha le Chef.
-C’est pas faux non plus, la Bougre Complice a une approche en ‘reverse pipeline‘ sur une partie de son projet d’innovation de rupture.
-C’est quoi ? demanda le Chef.
-Une approche qui consiste à multiplier les opportunités de prototypage pour augmenter la probabilité de tomber sur une rupture efficace, expliqua le Fourbe.
-OK, et alors ? demanda le Chef.
-Eh bien, dit le GROC, le GISPEP, avec les conseils avisés du Yogi, en a conclu que la Bougre Complice était une concurrente directe pour lui et qu’elle risquait de lui piquer toutes les ressources, l’empêchant de réussir ses objectifs personnels.
-Et du coup, il explique à qui il peut au Conseil qu’il s’apprête à lancer un très grand nombre de projets d’innovation grâce à une méthodologie vantée par le Yogi, appelée le ‘Design Tantrism : l’innovation par le corps en contact étroit avec le client’… Le Yogi n’a pas précisé de quel client il parlait… Mais là, tout de suite, le GISPEP cherche à avoir un assentiment officieux de la part du Conseil sur les recommandations du mec du 12Delta, ajouta le Fourbe.
-Comment vous le savez ?
-Le Yogi !
-Le Yogi ?
-Oui, il ne tient pas très bien l’alcool et parle beaucoup, c’est aussi l’avantage de ces buffets ! dit le Fourbe ».
Le Chef regarda le GROC avec attention :
« C’est vous qui avez eu cette idée ?
-Ben oui, ça semblait évident dans le contexte, dit le GROC sans chichi.
-Vous irez loin, vous… vous irez loin… conclut le Chef avec un sourire entendu autant que détendu. »
La Bougre Complice arriva sur ces entrefaites, interrompant le trio :
« Dites ! Il faut aller goûter les terrines ! Le GISPEP m’a dit qu’on dirait qu’on a des crocus à l’aneth, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GISPEP tente de tout maîtriser… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Sep 222018
 

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Dans le parking souterrain du bâtiment de direction, le Yogi était occupé à garer sa ‘VSP 1200 Original Deluxe’ comme il pouvait, car la règle était de se garer en marche arrière. Cette règle était prévue pour deux raisons : la première raison était de s’emmerder en arrivant au boulot plutôt qu’en en partant, et la seconde raison était de gagner en efficacité en cas d’évacuation du bâtiment. C’était là un point intéressant car les consignes, en cas d’incendie par exemple, étaient de rejoindre à pied, pas en voiture, un point précis en dehors du bâtiment. Cette bizarrerie était en fait historique, depuis que l’ancien responsable ‘Santé Environnement Xyloglossie (°) et Yoga’ avait organisé un exercice surprise d’évacuation du parking après l’avoir enfumé. Les conducteurs paniqués, garés comme prévu mais n’y voyant goutte avaient provoqué plus d’accidents qu’un réel incendie ne l’aurait fait. Le responsable de l’exercice surprise avait été viré sur le champ, mais la règle était restée.
Le Yogi, donc, était en train de garer sa ‘Voiture Sans Permis 1200 watts avec sièges en cuir imitation skaï’ lorsque le GISPEP, garé depuis longtemps, lui tomba sur le poil :
« Quand vous aurez fini vos conneries, on pourra parler ! dit le GISPEP en guise de bonjour.
-Ben quelles conneries ? dit le Yogi.
-Vous avez du mal à vous garer, hein ?
-Ah ça oui, je sais pas ce que j’ai aujourd’hui, je suis soit trop à gauche, soit trop à droite… et j’y vois rien dans mon rétro…
-Ça doit sans doute venir du fait que vous essayez de vous garer dans le local à vélos…
-…
-Pour les véhicules comme le vôtre, c’est juste en face… »
Le Yogi, avec un sourire gêné, réagit en se garant en marche avant sur la ligne séparant deux places vides juste en face de lui, sous le regard désespéré du GISPEP qui abandonnait la partie.
Le Yogi s’extirpa difficilement de l’habitacle pour rejoindre le GISPEP qui l’attendait :
« Ça fait deux mois que le Conseil m’a donné des ressources illimitées, il en reste quatre et qu’est-ce que vous avez fait ? Rien ! dit le GISPEP.
-Ah ? Parce que c’était à moi de faire ? demanda le Yogi en réarrangeant son sari rose.
-Vous entre autres ! Qu’est-ce qu’on fait de cet argent ?
-On a combien ?
-Ben j’en sais rien ! On a ce qu’on veut ! Le Conseil nous donne 6 mois, 4 maintenant, pour progresser significativement dans l’innovation, avec ressources illimitées !
-Alors c’est ça le problème, dit le Yogi, voyez-vous…
-Quoi, c’est ça le problème ? Quel problème ?
-Vous n’avez plus de limite, c’est ça le problème, reprit le Yogi, le Conseil vous ouvre la route et vous dit : ‘allez-y ! Faites à votre gré !’. Eh bien c’est ça le problème !
-C’est pas faux… Mais qu’est-ce que je fais ? demanda le GISPEP.
-Faites ce que vous avez envie de faire, mais sans perdre de vue votre ligne directrice ! Rappelez-vous ! Ce qui compte dans le changement, c’est la stabilité, l’immuabilité ! Si vous voulez que l’Entreprise change grâce à vous, soyez-en le pivot…
-Le pivot ?
-Oui, c’est un terme d’agilité, c’est la pièce qui tourne sur place avec un minimum d’énergie alors que tout le système s’agite et tourne autour de lui, c’est ça le secret, soyez le pivot, ne dérogez en rien à vos convictions, soyez ferme, soyez stable, ne changez rien pour permettre aux autres de changer ! s’enthousiasma le Yogi en entrant dans l’ascenseur qui venait de s’ouvrir.
-Vous êtes sûr ? Et comment je dépense un budget illimité ?
-Faites-le dépenser par d’autres, s’ils n’y arrivent pas ce ne sera pas faute de votre part de les y avoir encouragés…
-Vous êtes sûr ? s’inquiéta le GISPEP.
-C’est vous qui voyez, conclut le Yogi, en sortant de l’ascenseur, mobilisé pour monter un étage. »

Pendant ce temps, le GROC, matinal, était déjà passé voir le Fourbe pour lui faire part de ses doutes quant aux relations triangulaires entre le GISPEP, le Chef et la Bougre Complice. Le Fourbe, qui était au courant des pressions subies par le Chef, confirma les doutes du GROC et avait invité ce dernier à aller voir le Chef directement pour en parler. Si tôt dit, si tôt fait, le GROC avait rejoint le Chef dans son bureau, pour lui faire part de ses observations :
« Voilà ce que j’observe, conclut le GROC.
-Vous avez vu juste, dit le Chef.
-Si vous en êtes d’accord, dit le GROC, j’aimerais connaitre votre analyse : comment en êtes-vous arrivé là ?
-… C’est une longue histoire…
-J’ai tout mon temps !
-Comment dire… Lorsque le Conseil, à l’époque on l’appelait le Comité Exécutif, il y a maintenant longtemps, avait lancé ce projet d’innovation de rupture… (relire ‘L’avocat’)
-Celui mené par la Bougre Complice ?
-Exactement, à l’époque, c’était à moi de le mener et aux yeux du Conseil, j’étais l’unique responsable, même si à l’époque, j’essayais de faire porter toute la charge à mon équipe…
-Ça, je m’en souviens ! C’était pas marrant…
-Pas marrant pour moi non plus, je me trouvais complètement démuni face à cette rupture, rien de ce que je connaissais ou pratiquais ne fonctionnait…
-Pourtant le Fourbe essayait d’aider…
-Mais c’est pas comme ça que je le voyais ! En fait, il venait surtout contrecarrer mes plans ! s’énerva le Chef.
-C’est peut-être votre opinion, mais il avait des éléments de solution…
-C’était mon opinion à l’époque, j’ai bien changé depuis, même si je n’ai pas encore l’impression d’avoir compris, mais ce n’est pas le sujet. Je me suis enfoncé dans les difficultés en croyant bien faire, en créant le rôle de GISPEP (relire ‘Premiers Obstacles’) par exemple. En plus, j’avais mis le Fourbe sur la touche pour m’en protéger, mais ça l’a renforcé finalement (relire ‘Le mouvement saisonnier des souffles’) ! Et je voyais bien que plus je tentais de m’en sortir, plus je m’enfonçais et en désespoir de cause, j’ai refilé le sujet à la Bougre Complice et au Fourbe, mais sans le dire !
-Pourquoi ? Ç’aurait été la démonstration de votre pouvoir d’innovation !
-Ce n’est pas ce qu’attendait le Conseil ! Le Conseil attendait de l’innovation de rupture, ou en tout cas ses bénéfices, mais sans impact sur l’organisation ni sur son fonctionnement…
-Mais ce n’est pas possible, dit le GROC.
-Facile à dire maintenant, mais sur le coup ça aurait été un risque énorme, que je ne voulais pas prendre pour ma carrière, mon statut et mon image !
-…
-Oui… Vous allez me dire, c’est une réussite : je n’ai plus de carrière, j’ai été rétrogradé et je passe pour le con de service dont on ne sait plus quoi faire… Et bientôt, je serai vu comme un traître…
-Ce n’est pas une raison pour vous laisser faire, ni pour freiner la Bougre Complice !
-Mais je sais bien ! Mais là, le coup de grâce, ça a été Flextor ! (Relire ‘le Yack et l’Oiseau’ et suite)
-Comment ça ?
-Eh bien, Flextor, c’était ma voie de réhabilitation ! C’était, c’est toujours d’ailleurs, un vrai projet d’évolution des méthodes de travail !Et le Conseil était à deux doigts de l’approuver !
-C’était quand même basé sur de l’Innovation Rétrograde ! dit le GROC.
-Vous trouvez ?
-Ah ben quand même, c’était du vieux mais présenté avec des mots à la mode !
-C’était pas faux à l’époque, mais maintenant, en travaillant avec la Bougre Complice, j’ai fait évoluer le concept de Flextor !
-Revenons à l’histoire, dit le GROC, que s’est-il passé avec le Club du Fourbe ?
-Ah ça, c’est mon plus grand regret… J’ai fait fermer le Club du Fourbe…(relire ‘Un Bougre qui marche…’) C’était une question de survie pour moi, le Conseil m’accusant de laisser des organisations subversives se développer au sein de l’Entreprise. Ça a fait partie des trucs qui m’ont amené à deux doigts de démissionner, j’avais rédigé ma lettre vous savez ? (Relire ‘Futur ou Avenir ?’)
-Non, je ne savais pas, mais vous êtes resté…
-Oui, par fierté, orgueil et puis aussi un peu par loyauté et curiosité…
-Curiosité ?
-Oui, je voulais voir jusqu’où le projet d’Innovation de Rupture et ces nouvelles façons de travailler pourraient aller, et aussi jusqu’où le Conseil nous laisserait jouer… Et voilà… Maintenant, je me fais peler les fesses en cercles dès que je bouge, et c’est pire quand je bouge pas…
-Je peux peut-être vous aider, s’avança le GROC.
-Pourquoi vous feriez ça ?
-Pourquoi je le ferais pas ?
-Quand même…
-C’est vous qui m’avez donné l’opportunité d’être GROC, je vous dois bien ça ! (Relire ‘Franchir le fleuve pour construire le Pont’)
-Comme vous voulez… Au point où j’en suis…
-Restez aimable, quand même ! rit le GROC.
-Pardon…
-J’ai une idée, l’important, c’est que le GISPEP ait l’impression que vous pliez.
-Ben c’est pas gagné…
-Il va falloir l’accepter, il va falloir plier, doucement, vous modeler à la situation…
-Vous parlez comme le Skippy maintenant ?
-Plutôt comme le Fourbe, je sors de son bureau…
-Ah bon, je préfère !
-Toujours est-il, il faut que le GISPEP perçoive que vous acceptez la situation…
-Mais je pourrai jamais !
-C’est pour cela que vous allez me mandater pour le faire, officiellement ! dit le GROC.
-Mais je n’ai plus le grade pour le faire ! dit le Chef.
-On s’en fout ! Ce qui compte, c’est que le GISPEP et sa clique obtiennent des infos sur la Bougre Complice ! Dites-vous que le GISPEP est sans doute dans le même aveuglement vis-à-vis du Conseil que vous l’étiez à l’époque ! Il va se ruer sur les infos, sans se demander pourquoi elles viennent de cette façon ! Surtout si ça l’aide à engager les ressources illimitées reçues du Conseil…
-Mais qu’est-ce que vous allez dire ?
-C’est mon affaire !
-Et la Bougre Complice ?
-Elle reste en dehors de tout ça, vous y veillerez !
-Si vous le dites… dit le Chef, très fatigué.
-Ça va bien se passer ! En plus, c’est l’heure, on va manger ? C’est la journée ‘Détox ton Porc’, que des abats de porc crus, marinés au gingembre et à l’ail, avec des jus de panais ou de radis noir, il parait que c’est super ! »

 

(°) Note de l’IPM : Xyloglossie : si vous savez pas ce que c’est, allez voir un dico, on va pas tout vous mâcher non plus.

 

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef souffre… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Sep 152018
 

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Résumé des épisodes précédents : « C’est la merde… »
Pour plus de détails, relisez les épisodes précédents !
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Le Chef était tiraillé et plongé dans ses pensées. La pression du GISPEP, qui lui demandait de trahir la Bougre Complice en montrant qu’elle nourrissait un plan subversif à l’encontre de l’entreprise, lui devenait insupportable.
Depuis un mois, tous les jours, à la même heure, il devait se rendre dans le bureau du GISPEP pour être soumis à la question. Le gars du MAIGRE, le mec du 12 Delta et le Yogi le pressaient alors de fournir des informations, quelle qu’en soit la véracité, qui permettraient d’enfoncer la Bougre Complice et de valoriser le GISPEP.
Le Chef tenait bon même si ces pensées le blessaient profondément d’une langueur monotone.
Tout suffocant et blême, quand sonnait l’heure, il se souvenait des jours anciens et pleurait. Il voulait parfois partir, au vent mauvais, emporté de ça de là comme une feuille morte.
Il se sentait tel le voyageur dans une contrée lointaine et inconnue où, ignorant les us et coutumes, chacune de ses actions conduirait à une catastrophe.
Le GISPEP interrompit la rêverie du Chef qui s’évadait ainsi de plus en plus souvent :
« Donc, si je comprends bien, vous n’avez rien de plus qu’hier à me fournir !
-Ben non, j’ai rien… et encore, j’ai pas plus qu’hier ni moins que demain…
-Mais vous faites de l’humour, dit le mec du 12 Delta, c’est bien ! Vous commencez à assumer votre responsabilité !
-J’assume rien du tout, rétorqua le Chef.
-Rira bien qui rira le premier, dit le Yogi.
-Le dernier… dit le GISPEP.
-C’est vous qui voyez, dit le Yogi, les premiers seront les derniers !
-…
-J’ai entendu dire que le Club sans local était pléthorique, dit le gars du MAIGRE, il y a sans doute quelques coupes à faire ici et là !
-C’est vrai, c’est une bonne piste, dit le GISPEP, il suffit de montrer que c’est une perte de temps, ce Club sans local…
-Une perte inacceptable, dit le gars de MAIGRE.
-N’en soyez pas complice, dit le mec du 12 Delta.
-Mais c’est absurde ! dit le Chef en se levant.
-Vous savez, l’image du monde, ce n’est qu’une question de point de vue, dit le GISPEP, revenez demain avec quelque chose de plus consistant, ma patience a des limites, le pire pour vous serait que ce soit moi qui trouve ce qui ne va pas avec la Bougre Complice… A demain ! »

Pendant ce temps, le GROC se posait des questions. Ses observations des pratiques de l’équipe de la Bougre Complice, dont le Chef faisait partie, montraient quelque chose d’étrange.
La rencontre quotidienne du Chef et du GISPEP, dès le début, avait attiré son attention, car le Chef rapportait à la Bougre Complice, et pas au GISPEP. Il y avait donc là un écart avec le respect de la chaine hiérarchique. D’autre part, le GROC savait que le Chef et le GISPEP se détestaient, éliminant toute possibilité de visite amicale et constructive.
Le GROC n’avait pas pu déterminer par l’observation si la Bougre Complice était au courant de ces rencontres. Par contre, il observait que depuis que ces rencontres quotidiennes avec le GISPEP avaient commencé, le Chef rencontrait de moins en moins souvent la Bougre Complice, comme s’il cherchait à l’éviter, alors que le début de leur collaboration, pour difficile qu’il fût, s’était engagé plutôt correctement.
Dans le contexte de ses observations, répondant à des critères très stricts de neutralité de l’observateur, il ne pouvait se permettre d’en parler aux membres de l’équipe de la Bougre Complice, et encore moins à cette dernière ou au Chef.
Mais la tension qu’il observait l’intriguait tant qu’il décida d’interroger la seule personne en qui il voyait une source possible d’objectivité relative : le Stagiaire, qui travaillait depuis quelques mois sous les ordres du Chef.
Après les rituels d’usage, le GROC entra dans le vif du sujet avec le Stagiaire :
« Qu’est-ce qui se passe entre la Bougre Complice et le Chef ? demanda le GROC.
-Ben j’en sais rien moi, pourquoi ? répondit le Stagiaire.
-Tu n’as rien remarqué ?
-Oh vous savez, ils font ce qu’il veulent…
-Comment ça ?
-Tant que c’est pas au boulot…
-Ah bon ? Ils se voient ailleurs ?
-Pourquoi vous me demandez ça ?
-J’ai besoin de savoir ce qu’il se passe entre eux.
-Mais vous surveillez quoi, là ?
-…
-Ah je vois, dit le Stagiaire en rigolant, vous avez des vues sur la Bougre Complice ! Elle vous plait, hein ? C’est vrai qu’elle est pas mal ! Moi aussi, il y a des jours, mais bon je suis trop jeune…
– Mais non ! J’ai pas de vue sur elle ! réagit le GROC.
-… Ah bon ?… Non, j’y crois pas ! C’est le Chef qui vous branche ? Ah mais moi, faut juste me le dire vous savez…
-Mais tais-toi ! se fâcha le GROC, il s’agit pas de ça, bordel ! Je te demande juste comment ça se passe PROFESSIONNELLEMENT entre ces deux-là, c’est tout !
-Ahhhh ! Ah ben je préfère ça ! Parce que j’étais pas à l’aise, et puis surtout c’est pas mes oignons, vous draguez bien qui vous voulez !
-Ça suffit maintenant !
-Bon, bon… Professionnellement vous dites… Ben y a pas grand chose à dire, à part qu’ils se parlent presque plus… C’est moi qui fait le messager le plus souvent.
-Le messager ?
-Oui, parce qu’ils doivent rédiger leur contrat de collaboration, c’est le GISPEP qu’a demandé et ça rigole pas ! Alors c’est moi qui tape les propositions de document et je fais les allers-retours…
-Et ça leur convient à tous les deux de faire comme ça ?
-Ça convient plus au Chef qu’à la Bougre Complice ! Chaque fois que je vais la voir, elle m’engueule en me disant que c’est au Chef de venir et moi il faut que je trouve des excuses pour le Chef, je dis qu’il est très occupé ou qu’il est au Club sans local… Quoique ça, elle y croit pas trop…
-Et tu sais pourquoi le Chef ne veut plus la voir ?
-Ah ça non, c’est comme ça, je cherche pas plus loin…
-Tu pourrais te renseigner ?
-… Je crois pas ! Vous savez, c’est mon n-ième stage dans l’Entreprise et je sais que si je me tiens à carreau, ils finiront bien par me proposer un poste… Ou pas… Alors je fais où on me dit de faire… Je suis déjà bien content d’être chez la Bougre Complice, je vais pas aller foutre le bordel…
-Je comprends, dit le GROC, et si jamais tu vois quelque chose de vraiment étrange, tu sais où me contacter.
-Promis ! Et puis, aussi, ça reste entre nous, hein, comptez sur moi, je dirai rien sur vos penchants pour le Chef, chacun sa vie, chacun son destin ! dit le Stagiaire, hilare.
-T’es vraiment trop con ! »

Le Chef était allé consulter le Fourbe.
« Là, je ne sais plus quoi faire, j’ai l’impression que quoique je fasse, ça va merder, dit le Chef.
-C’est vrai que la situation est bizarre, dit le Fourbe.
-C’est comme si j’étais dans un pays lointain, tu vois ? Je ne connais pas les règles, les lois, les coutumes… Et donc, parfois, le simple fait d’être là peut être vu comme une connerie à ne pas faire…
-Maintenant que tu le dis, ça me rappelle quelque chose… Il y a un chapitre dans le Yi Jing, « le Livre des Changements » chinois, qui traite des situations comme ça… Faudrait que je le retrouve…
-Oh moi tu sais ces trucs-là… dit le Chef dont les épaules s’affaissaient.
-Écoute, ce qu’on sait déjà, c’est que tu te trouves dans une situation d’incertitude et de pression maximale et ça c’est un peu notre domaine, non ?
-Tu veux dire pour l’innovation ?
-Ben oui, sauf que là, c’est pas vraiment innovant, mais pour autant, il y a bien une incertitude et une pression maximale. Qu’est-ce qu’on fait dans ces cas-là ? Si on était en train de discuter sur un projet ?
-… Je vois pas…
-Si ! La technique du scaphandrier !
-C’est reparti avec les conneries… Allez ! Parle-moi du scaphandrier…
-Mais si ! C’est la technique des petits pas ! Déjà, t’es au fond, t’y vois rien, donc t’avances par petites étapes, en sondant le sol à chaque pas. En plus, t’es au fond de l’eau, t’as une putain de pression, tu vas pas t’épuiser à aller vite ! Alors tu fais des petits pas en économisant ton énergie…
-Ben voyons… Ça me dit pas ce que je fais avec la Bougre Complice…
-Réfléchis, bon sang ! C’est la seule, dans l’organisation, qui est habilitée à t’apporter de l’air ! Si tu t’en éloignes, tu auras moins d’air !
-…
-Fais demi-tour ! Rapproche-toi d’elle à petits pas !
-…
-Allez ! Tu vas pas réfléchir le ventre vide ! Aujourd’hui c’est cuisine aléatoire, les cuisiniers avaient les yeux bandés et pas le droit de se parler, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef et le GROC ont une idée… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juin 302018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

La veille, le GISPEP était sorti de la salle du Conseil avec un sentiment étrange. La réunion extraordinaire du Conseil s’était bien passée, ce n’était pas le problème. Certes le GISPEP avait été le centre d’intérêt partagé des autres membres du Conseil, mais n’était-ce pas ce qu’il recherchait ? Pourtant, le sentiment étrange perdurait. Venait-il de cette bonne nouvelle ? De cette décision prise lors de cette session extraordinaire ? Sans aucun doute, mais le GISPEP n’arrivait pas à percevoir clairement le lien avec ce qu’il ressentait. Il aura dû s’en réjouir, mais ça lui était impossible tant il percevait une ombre derrière tout ça, indéfinissable et pourtant là, inquiétante et pourtant bien connue.
« Le GROC nous a convaincus, avait dit le le Chef du Conseil, les projets d’innovation patinent et il nous faut faire quelque chose, car notre Entreprise se doit d’être innovante à défaut d’être performante.
-Il semble que cela vienne des méthodes de travail et je propose d’élargir le périmètre de la FISTULE, la Flexibeule Innovative and Statisticale Technique for Universal Leadership in Economics, c’est une méthode d’innovation rétrograde que j’ai créée… tenta le GISPEP.
-Les méthodes de travail sont une chose, interrompit l’Attaché du Chef du Conseil qui avait réussi à se libérer une main pour prendre des notes, ce qui est vraiment la solution, c’est l’argent. La motivation, l’engagement, tout ça, c’est du flan s’il n’y a pas d’argent, pas vrai ?
-C’est vrai qu’avoir des ressources, ça aide, mais dans la situation présente, je ne suis pas sûr qu’il s’agisse du problème décrit par le GROC, dit le GISPEP en ne se reconnaissant pas lui-même.
-Laissez le GROC rêver, dit le Chef du Conseil, il voit des choses, c’est vrai, mais il n’en voit que la surface. Ce qui anime l’ensemble, ce qui rend les choses possibles, ce qui fait que les Bougres avanceront ne tient qu’en un seul mot de pouvoir et c’est nous qui le détenons : c’est l’argent. C’est pourquoi, cher GISPEP, je prends la décision ferme devant ce Conseil et en cette session, de vous fournir un budget illimité pour les six mois qui viennent. C’est à la fois une grande marque de confiance envers vous et votre FISTULE ainsi qu’une attente de ma part : vous avez les ressources que vous voulez, en retour je vous demande de vous sortir les doigts et de réussir. J’ai dit ! »
La réunion extraordinaire du Conseil s’était terminée là-dessus et le GISPEP en était ressorti avec ce sentiment étrange, indéfinissable. Était-ce un succès ? Un piège ? Une chance extraordinaire ? La fin de sa carrière ?
Le lendemain, le GISPEP s’était rendu en toute discrétion chez le Skippy. Il était très tôt et le GISPEP était arrivé bien avant ses trois compères qu’il s’était bien gardé de mettre au courant. La discussion avec le Skippy avait été bizarre, comme d’habitude, se disait-il en retournant à son bureau. En gros le Skippy lui avait dit que l’abondance pouvait conduire à la confusion, et qu’il se devait d’être l’étoile polaire, celle qui guide le marin… Bref, le GISPEP n’avait rien compris, comme d’habitude quand il rencontrait le Skippy.
Lorsqu’il arriva dans son bureau, les trois compères étaient déjà installés, deux d’un côté, un de l’autre côté, et les bâtons d’encens fumaient aux quatre coins. Vêtu d’une salopette rose, le Yogi lisait « Comment se faire des amis », assis sur la chaise du Chef, près de la fenêtre, pendant que le gars du MAIGRE et le mec du 12 Delta avaient une discussion profonde sur le fait que le problème, dans la vie, finalement, c’était surtout les gens. Le GISPEP se sentait fatigué, il exposa la situation à ses compères qui ne tarirent de conseils avisés entre excitation et abattement. La conclusion tomba : c’était un putain de cadeau empoisonné et tous furent d’accord pour déterminer un plan qui ferait porter la responsabilité de ce bordel aux Bougres sans oublier le Chef et la Bougre Complice.

Pendant ce temps, la Bougre Complice était arrivée chez le Fourbe.
« J’ai un problème naissant avec le Club sans local (relire ‘l’énergie du vide’) dit-elle.
-Ah bon ? Qu’est-ce qui arrive ? Y a plus personne ? s’étonna le Fourbe.
-Ben non, c’est juste le contraire, j’ai bientôt trop de monde !
-Eh bien c’est super ! J’étais sûr que le Club sans local serait un succès, tout comme la communauté de pratique…
-Pas si sûr, interrompit la Bougre Complice, j’ai pas assez de matière à leur proposer, j’ai peur qu’ils s’emmerdent et qu’ils se démotivent.
-C’est vrai qu’une période de profusion n’est pas toujours facile à gérer, paradoxalement… Ce qui va compter, c’est que tu sois à la fois ferme et exemplaire sur la direction à suivre. Les membres du Club sans local trouveront ce qu’ils peuvent faire d’utile au projet d’innovation de rupture si tu montres en permanence le cap, sans en dévier et surtout sans leur dire quoi faire dans le détail…
-Mais ça va être le bordel et il y en a qui vont abandonner…
-Ce sera le bordel si tu ne fais pas confiance… Mais bon sang, ils sont tous professionnels ! Si tu es claire sur l’intention du projet, ils sauront quoi faire, et surtout quand te consulter. Présente l’état du projet, ce qu’il reste à faire, ce qu’il y a encore à explorer et laisse-les se positionner d’eux-mêmes. Et si c’est pas le moment pour eux, ce sera leur décision, la dynamique s’ajustera d’elle-même.
-Donc en gros, je donne le cap, les ressources s’auto-alloueront et tout ira bien dans le meilleur des mondes, dit la Bougre Complice avec un sourire narquois.
-Tu peux le voir comme ça, tu peux aussi reconnaitre que c’est une pratique que tu pourrais explorer. À toi de voir…
-Mouais… Bon, faut que j’y aille, parce que le Chef accueille le Stagiaire dans son équipe…
-Le Chef a une équipe ?
-Ben oui… le Stagiaire ! Bon tu veux venir avec moi ? Je les rejoins à la cafète. Aujourd’hui , c’est ‘all you can eat’, un buffet à volonté avec que des plats à base de tofu et de tripes, il parait que c’est super. »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le GROC a un soupçon… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juin 232018
 

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« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

Le Chef avait été convoqué en tout début de matinée chez le GISPEP. Il était assis sur sa chaise, comme à l’accoutumée. C’était sa chaise, car il n’y en avait qu’une dans le bureau du GISPEP et seul le Chef avait le rang sub-hiérarchique pour s’y assoir. Au début, le Chef le prenait plutôt mal, mais progressivement il le voyait de plus en plus comme une forme de revendication implicite. Dans le bureau, se trouvaient également le gars du MAIGRE et le mec du 12 Delta qui se tenaient dans un angle de la pièce, assis derrière le GISPEP qui trônait dans son fauteuil tout près de la fenêtre. Manifestement, ils cherchaient à être le plus loin possible du Yogi, tout en respectant les convenances de base des relations humaines. De l’autre coté de la pièce se tenait le Yogi, emmitouflé dans un sari trop grand, et dont la barbe et les cheveux gras et tressés laissaient apparaître les squames de son eczéma généralisé. Squames qu’il avait tendance à répandre malgré lui, chaque fois qu’il bougeait un tant soit peu. L’eczéma était manifestement dû au fait qu’il se lavait au sable et à l’encens depuis maintenant plusieurs semaines, conformément à son voeu. Le Yogi avait exprimé qu’il se devait de continuer, au grand dam de ses compères, car le contact de l’eau sur l’eczéma lui était maintenant insupportable. Il avait aussi mentionné qu’il avait obtenu directement d’un de ses potes tibétains vivant pas très loin, une pommade à base de beurre de yack fermenté et d’urine de porc dont il s’enduisait entièrement et qui manifestement le soulageait grandement. La fenêtre grande ouverte du bureau du GISPEP ainsi que les tentatives de courants d’air témoignaient des effets de bord de la pommade en question.
« Dites-moi, dit le GISPEP à l’égard du Chef en allumant un serpentin de parfum d’intérieur ‘Vent du Soir’, je vous avais demandé de développer Flextor pour montrer à quel point la Bougre Complice a une approche subversive et risquée pour l’Entreprise. Pour l’instant, je ne vois rien venir… Vous voulez bien m’expliquer ?
-Il n’y a pas grand chose à expliquer, répondit le Chef, il me faut du temps pour démarrer Flextor et aussi des ressources.
-Et ?
-Je suis en train de recruter un stagiaire pour m’aider, reprit le Chef.
-Et comment comptez-vous vous y prendre, quel est votre processus ? demanda le gars du MAIGRE.
-Vous savez, Flextor fait partie d’un projet d’innovation de rupture, je vais m’inspirer de certaines approches qui me semblent efficaces, répondit le Chef.
-Ce qui compte, c’est que vous montriez l’entière responsabilité de la Bougre Complice dans ce mouvement subversif, dit le mec du 12 Delta.
-Je fais mon boulot et vous, vous en tirez ce que vous voulez, c’est pas mon problème, rétorqua le Chef.
-Ahhhh, dit le Yogi.
-Quoi ? demanda le GISPEP.
-Rien, je me grattais, ça fait du bien, dit le Yogi.
-Faites votre boulot et faites ce que je vous demande, reprit le GISPEP, votre temps est compté…
-Qu’est-ce que vous voulez que ça me foute, je fais mon boulot, Flextor verra le jour et amorcera le changement culturel de l’Entreprise, c’est ce que vous voulez tout au fond de vous, non ? dit le Chef avec un sourire narquois.
-Tout au fond de toiiii ! chanta le Yogi.
-Quoi ? demanda le GISPEP.
-C’est plutôt de savoir ce que vous cherchez vraiment vous, dit le Yogi en fixant le Chef.
-C’est vrai ça, comment êtes-vous en train de travailler avec la Bougre Complice ? Quels processus ? Où sont-ils décrits ? demanda le gars du MAIGRE.
-Il nous faudrait au moins une matrice RACI, dit le mec du 12 Delta.
-C’est quoi ? demanda le Yogi.
-C’est pour pouvoir Récriminer, Accuser, Condamner et Immoler efficacement, sans trace, sans risque et sans être responsable car tout était décrit dans la matrice, répondit le mec du 12 Delta.
-Génial ! Oui, on fait ça, dit le GISPEP.
-On peut faire encore mieux, dit le gars du MAIGRE.
-Ah bon ? dit le GISPEP.
-Oui, dit le gars du MAIGRE en regardant fixement le Chef, vous allez rédiger avec la Bougre Complice une description exacte et détaillée de tous les éléments de votre collaboration à venir en y intégrant tous les éléments du RACI. Vous veillerez à ce qu’elle ne se doute de rien…
-Mais vous êtes fous à lier, se fâcha le Chef, ça ne sert strictement à rien !
-À vous non, dit le Yogi, mais à nous oui, et l’agilité, c’est bien de travailler sur des trucs utiles, non ? Alors travaillez sur ce qui nous est utile à nous, c’est un bon début !
-…
-Et puis, ne vous en faites pas, je vais donner l’ordre à la Bougre Complice de vous demander de rédiger ce document, ainsi la hiérarchie et la chaine de commande sera respectée, dit le GISPEP surexcité.
-Mais c’est n’importe quoi ! tenta le Chef sans grand espoir.
-Si c’est n’importe quoi, dit le Yogi, c’est que ça n’importe pas, si ça n’importe pas c’est que ça exporte et l’export, c’est le futur ! Construisez notre futur, ne l’attendez pas !
-…
-…
-…
-…
-En gros, faites pas chier et allez-y, reprit le Yogi à l’intention du Chef »

Le Chef quitta le bureau du GISPEP, laissant ce dernier, le gars du MAIGRE et le mec du 12 Delta circonspects, essayant de comprendre les allégories du Yogi. Moins on les comprend, se disaient-ils, plus elles témoignent de la profondeur de la vision du Yogi et plus nous devons nous sentir humbles devant lui.

Le Chef était retourné à son bureau, histoire de se remettre les idées en place et de réfléchir à comment il allait pouvoir avancer sur Flextor en protégeant la Bougre Complice, sans se laisser marcher sur les pieds, ni par le GISPEP, ni par la Bougre Complice, car sa carrière était toujours en suspens, tant qu’il n’avait pas démontré son autonomie à décider, agir pour le bien de l’Entreprise.
En toute fin de matinée, la Bougre Complice l’invita à la rejoindre chez le Skippy avec le Fourbe et le GROC, invitation qu’il accepta, à la fois gêné, soulagé et anxieux.
« Voilà, dit la Bougre Complice, c’est l’absurdité totale, le GISPEP vient de me demander de rédiger un genre de contrat de collaboration entre le Chef et moi, comme si on avait que ça à foutre…
-Je sors du bureau du GISPEP, il m’a dit qu’il vous avait fait cette demande, dit le Chef en se gardant bien de relater toutes les demandes du GISPEP car à ce jour, seul le Fourbe en était au courant.
-Et vous en pensez quoi ? demanda la Bougre Complice au Chef.
-Ben pas grand chose… Je vois pas comment faire ça, ni à quoi ça sert, répondit le Chef.
-Ben ça sert que c’est du micro-management et que ça commence à m’énerver! dit la Bougre Complice.
-C’est un peu comme un contrat de mariage finalement, dit le Fourbe, ça sert surtout à définir comment se séparer…
-C’est pas faux, dit le GROC, c’est des techniques souvent utilisées dans la recherche absolue du Contrôle…
-Raison de plus pour ne rien faire, dit la Bougre Complice, je ne veux pas d’un mariage arrangé ! Rien de personnel, désolée, ajouta-t-elle à l’égard du Chef.
-Pas de souci, dit le Chef, on est dans la même merde, et si on ne répondait pas à cette demande, on pourrait faire trainer sans être trop visibles…
-Ça, ça me plait ! dit la Bougre Complice.
-Je ne suis pas sûr mais je ne sais pas vous dire pourquoi, dit le Fourbe.
-Je peux apporter des éléments pour éclairer cette situation, dit le Skippy, si vous le souhaitez, bien sûr.
-Pour faire trainer ? demanda le Chef.
-Non, au contraire, dit le Skippy.
-Au contraire ? Mais moi, j’épouse pas le Chef ! Comment vous voulez qu’on passe un contrat de coopération dans le détail quand on travaille sur des ruptures et du changement de culture ?
-En fait, dans ce genre de situation, où un choix est fait dont vous ne comprenez pas les raisons, le piège réside dans le fait d’imaginer des raisons et de les prendre pour argent comptant. C’est vrai que cela ressemble à un mariage forcé, chacun d’entre vous peut avoir l’impression d’être utilisé sans comprendre les motivations profondes qui conduisent à ce mariage.
-C’est tout à fait ça, dit le GROC.
-Exactement, dit le Chef, gêné en regardant le Fourbe qui affichait une poker-face inébranlable, ce qui rassura le Chef.
-Vous allez construire cette alliance, reprit le Skippy ignorant délibérément le langage non verbal outré de la Bougre Complice, et vous allez l’établir sur les bases que vous pensez être vos bases communes aujourd’hui. Vous aurez sans doute plein de sentiments contradictoires, allant de l’illusion à la duperie en passant par une sensation de contrainte étouffante, mais vous continuerez, vous ferez ‘comme si’.
-Comme si ?
-Comme si c’était votre voie à vous deux, votre partenariat constructif. Ainsi, vous rassurerez le GISPEP et ses trois trublions, mais surtout, vous aurez l’opportunité d’explorer, de découvrir et d’apprendre au sujet de votre coopération, la vraie. Transformez cette surprise en opportunité !
-Dites… Ya quelqu’un qui pourrait faire passer le joint ? demanda le Chef, parce que là, on est en plein délire !
-Pas sûr, dit le Fourbe en insistant du regard à l’adresse du Chef, allons y réfléchir calmement, ça mérite d’être pensé…
-Si vous le dites, se résigna le Chef.
-Mais dites, on pourrait aller manger ensemble, ça fait un moment qu’on n’a pas été tous ensemble, dit le Skippy, qu’est-ce qu’il y a aujourd’hui ?
-C’est journée de la glisse, y a que des trucs qui s’avalent facile, à base de beurre, d’huile, de saindoux ou de margarine il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Abondance… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juin 172018
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement.

Le Bougre au Stagiaire se plaisait bien dans son rôle de GROC. C’était le Chef qui l’avait mis dans ce rôle, de force comme savait le faire le Chef à l’époque (relire « Franchir le Fleuve pour construire le Pont »). Le Chef avait ainsi complété l’équipe du GISPEP, dans le but d’espionner les agissements et surtout les méthodes de travail de la Bougre Complice. C’était il y a bien longtemps, tout avait été bouleversé depuis, pourtant le GROC survivait tel un bouchon dans la tempête.
GROC était le diminutif amical, pour le Bougre au Stagiaire, de l’acronyme de son poste intitulé « Gestionnaire des Rapports Opérationnels Consolidés, Ordonnés et Numérisés ». Le Bougre au Stagiaire s’y était habitué avec le temps et aussi par le fait qu’il avait une vue d’ensemble sur toutes les équipes et leurs méthodes de travail, ce qui lui permettait d’en retirer de précieux enseignements. Loyal envers le Fourbe et la Bougre Complice, il n’avait jamais vraiment joué son rôle d’espion, mais il avait su identifier les points forts et les points faibles des différentes méthodes de travail, faisant de lui avec le temps un véritable expert.
Le GROC avait été convoqué par le Conseil pour faire un état des lieux des projets et des méthodes, incluant le projet d’innovation de rupture, ainsi que Flextor et aussi les méthodes Agiles utilisées. À cette session du Conseil avait été aussi convoquée la Bougre Complice. Malgré les efforts d’explication du GROC, le fait était que l’ensemble des projets d’innovation de l’Entreprise avait plutôt tendance à patiner. C’était « Deux pas en avant, un ou deux pas en arrière » avait conclut le GROC, tout en distinguant l’équipe de la Bougre Complice dont l’état d’esprit ‘Agile’ permettait de ne faire qu’un pas en arrière, jamais deux : le projet d’innovation de rupture affichait la meilleure progression, même si elle semblait laborieuse. Il distingua aussi les autres équipes-projets qui manifestaient un intérêt envers les pratiques Agiles, même si cela ne conduisait à aucun résultat pour l’instant.
Les membres du Conseil avaient pris acte de cette information en regardant le GISPEP, affichant ainsi clairement que l’attente était maintenant envers lui. Le GISPEP était le membre du Conseil porteur de cette laborieuse situation, c’était donc à lui de la résoudre, et vite.
À l’issue de cette session du Conseil, le GISPEP convoqua le GROC dans son bureau. Les trois compères du GISPEP étaient déjà présents dans le bureau, dont la fenêtre était ouverte, signalant que le vœu du Yogi de ne plus utiliser d’eau pour se laver était toujours vivace.

« Mais vous êtes con ou quoi ? ouvrit le GISPEP à l’adresse du GROC.
-Que voulez-vous, je réponds aux questions qu’on me pose ! rétorqua le GROC.
-Vous auriez au moins pu me prévenir, reprit le GISPEP, j’aurai eu l’air moins con devant le Conseil !
-Et ça, c’est embêtant, dit le mec du 12 Delta, faudrait pas qu’on devienne responsables de la performance des équipes projets aux yeux du Conseil.
-On peut toujours réduire les effectifs des équipes qui reculent, dit le gars du MAIGRE.
-Quand j’avance, tu recules, dit le Yogi en respirant par le fenêtre.
-Mais, j’ai été convoqué en même temps que vous, dit le GROC, je n’ai rien préparé du tout, j’ai juste répondu aux questions avec ce que je savais.
-Et ça vous a pas gêné de me faire passer pour un con, dit le GISPEP.
-C’était pas mon intention, dit le GROC.
-Ça y ressemblait, ajouta le mec du 12 Delta, c’est peut-être bien vous le responsable de tout ça.
-Si c’est le cas, nous pouvons réfléchir à l’intérêt d’avoir un GROC dans cette Entreprise, dit le gars du MAIGRE.
-Quand tu recules, j’avance, dit le Yogi d’un air pénétré.
-Un GROC, oui, est nécessaire et utile, dit le GISPEP avec un sourire narquois, par contre, celui qui tient le rôle est aisément remplaçable…
-Que vouliez-vous que je fasse ? s’énerva le GROC, je présente mes observations, telles quelles, un autre aurait fait la même chose !
-Un autre montrerait sans doute plus de loyauté envers celui qui le nourrit, il y a un traitre parmi nous, dit le mec du 12 Delta.
-Mais éliminer pour remplacer ne fait pas baisser l’effectif, ni les coûts, il faut bien réfléchir, du coup, dit le gars du MAIGRE.
-Comment veux-tu, comment veux-tu ? récita le Yogi, les yeux perdus dans le vague, avec un mouvement du buste oscillant d’arrière en avant.
-Bref, vous avez bloqué notre stratégie, dit le GISPEP en s’adossant dans son fauteuil de chef, nous aussi on vient de faire deux pas en arrière et c’est grâce à vous.
-Mais merde ! J’y peux rien si c’est la réalité ! rétorqua le GROC.
-La réalité, c’est l’idée que les autres s’en font, dit le GISPEP dans un soupir, vous avez toujours pas compris ça ? La réalité se construit et s’influence, et mon rôle est que le Conseil ne perçoive qu’une réalité, celle qui me porte et aucune autre.
-Dans cette réalité, les responsables sont les autres, pas nous, dit le mec du 12 Delta.
-Et ce qui compte, c’est de réduire, dit le gars du MAIGRE, c’est comme en cuisine, quand c’est bien réduit, ça a plus de goût. On est les artisans du goût, nous on réduit, et ça marche, les autres sont en charge de la performance, si ça va pas, c’est leur problème, ça fournit des responsables-coupables au 12 Delta.
-Quand j’avance, tu recules, comment veux-tu que je…
-Bon ben ça va, on a compris ! interrompit le GISPEP.
-Que je fabule, reprit le Yogi, c’est ça la merde, on peut plus fabuler avec ce con de GROC.
-Non mais dites donc ! se fâcha le GROC, ça suffit comme ça ! Je vous demande des excuses, immédiatement !
-C’est vrai, dit le GISPEP, même si c’est la vérité, il y a d’autres moyens de le dire.
-Je m’excuse, dit le Yogi en croisant tous ses doigts dans son dos.
-Je crois que je vais vous laisser, dit le GROC, de toute façon, nous avions terminé.
-C’est vous qui le dites , dit le mec du 12 Delta.
-Et ça fera un de moins dans cette pièce, dit le gars du MAIGRE.
-Nul n’est jamais assez fort pour ce calcul, dit le Yogi. »

Le GROC sortit et se précipita chez le Skippy. Il y retrouva la Bougre Complice. Le GROC relata rapidement sa réunion chez le GISPEP et demanda conseil.
« Surtout, ne pas vous énerver, dit le Skippy.
-Ben je sais pas ce qu’il vous faut, dit le GROC.
-C’est vrai que c’est pas facile, dit la Bougre Complice, mais écoute-le, tu verras.
-Merci dit le Skippy en riant, en fait, ce que je viens de dire à la Bougre Complice qui s’inquiétait comme toi de la situation, c’est qu’il ne faut pas s’énerver.
-N’empêche, le GISPEP s’énerve, lui, et je risque d’en faire les frais…
-C’est un autre problème, que tu traiteras à part et d’autant mieux que tu ne t’énerves pas sur le premier, celui d’avancer et reculer, d’avoir l’impression que les choses ne progressent pas, malgré l’énergie que les équipes y mettent.
-Bon, si vous le dites…
-C’est un passage normal et quasiment obligé de toute progression dans une pratique particulière. Il y a forcément des moments où le nouveau pratiquant a l’impression de stagner, voire de régresser. Ce sont des moments de doute, ils sont importants et ne sont pas à négliger.
-Ah ben vous voyez ! dit le GROC.
-Tais-toi, écoute-le, insista la Bougre Complice.
-Merci à nouveau, dit le Skippy dans un sourire, ces moments de doute sont à savourer pour pouvoir les traverser, ils sont simplement l’indication d’un progrès graduel qui s’effectue par cycles. L’Agilité ne comporte-t-elle pas cette notion d’itérations en son sein ? Il s’agit de replacer ces moments de doute, dans une progression à long terme, en lâchant toute attente de succès rapides. Les succès rapides dans l’acquisition d’une pratique sont souvent décrits comme la chance des débutants , ils sont encourageants mais ne garantissent pas le succès à long terme. Pour moi, deux pas en avant, un pas en arrière est juste l’indication que l’équipe de la Bougre Complice est sur la bonne voie, tout comme d’autres équipes qui ont choisi de pratiquer. Il s’agit d’être tenace, et de replacer tout cela dans le long terme…
-Donc on continue comme ça ? demanda le GROC.
-En ce moment c’est la seule façon d’avancer, c’est ce qu’il s’agit d’accepter…
-Parce que le GISPEP, il a une autre approche, insista le GROC.
-Et il en tirera quelques avantages à court terme, mais sur le long terme, s’il ne change pas, il souffrira, répondit le Skippy, mais dites, c’est bien gentil ça, mais j’ai faim, on va manger ? Y a quoi aujourd’hui ?
-C’est la journée ‘Pédalage’, rien que des plats à base de choucroute avec de la semoule, le tout arrosé de mélasse, il parait que c’est super ! dit la Bougre Complice. »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Le Chef et la Bougre Complice… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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Juin 022018
 

Avertissement
« Toute lecture des Contes de la Connerie Collective, sans compréhension préalable du-dit avertissement,
n’engage que son lecteur et réciproquement. »

Le Chef venait de quitter le bureau du Fourbe ce matin-là, le laissant à ses pensées. Depuis sa mutation malheureuse, le Chef consultait le Fourbe pratiquement tous les jours et sur n’importe quel sujet, parfois même sur des trucs personnels dont le Fourbe ne savait pas quoi faire.
Le Fourbe était nerveux, ce qui contrastait avec une certaine joie. Petit à petit l’idée se faisait en lui qu’il était en train de devenir un Skippy. En fait non, il n’était pas entrain de devenir un Skippy, il était un Skippy et son principal client était le Chef. Allait-il être à la hauteur? Allait-il avoir les réponses aux questions, parfois troublantes, du Chef ? La nervosité l’emporta et le Fourbe quitta son bureau, pour une petite méditation marchée, méditation qui devait le mener au bureau du Skippy, ‘le vrai’, se dit le Fourbe en souriant intérieurement.
Sur son chemin, malgré sa méditation, le Fourbe avait remarqué les Bougres-Tailleurs, les Bougres-Cueilleurs, les Bougres-Tondeurs qui s’affairaient dans leurs équipements spéciaux à entretenir les espaces verts pendant leur temps libre, qui du coup devenait productif. Il avait remarqué aussi qu’il n’y avait plus que des Bougres pour réaliser ces tâches, les chefs avaient tous trouvé un moyen d’y échapper. À sa connaissance, seul le Chef, son client, avait été dispensé suite à un accident réel. Tous les autres avaient utilisé les subtilités des processus de l’Entreprise ainsi que leur statut pour déléguer ces activités aux Bougres.
Le Fourbe arriva chez le Skippy, qui l’accueillit avec bienveillance.
« Voilà, dit le Fourbe, j’ai compris que dans les yeux du Chef je suis un Skippy… Pourquoi pas ? Mais ça me fout en transe ! Qu’est-ce que je vais lui raconter moi ? J’essaie d’anticiper ses venues, ses questions, mais plus j’essaie, moins je comprends. Alors j’essaie de me rappeler ce que vous m’avez dit dans le passé, quand je vous consultais souvent, et ça ne donne rien. J’ai des pensées et des doutes dans tous les sens, et j’en fais rien de bon… Je vais dire au Chef qu’il doit me prévenir avant de me consulter et si possible me faire passer ses questions à l’avance… Au moins comme ça ce sera clair… je dois mettre de la rigueur, du cadre…
– Ça me rappelle des souvenirs, dit le Skippy en souriant.
-Comment ça ?
-Moi aussi, j’ai eu cette période de doute lorsque je me suis rendu compte que je devenais un Skippy aux yeux de certains…
-Ah ! Ben vous voyez ! Ce qu’il faut, c’est de la structure, non ? Mais comment vous faites ? Parce que je n’ai jamais eu l’impression que vous aviez un cadre rigide de travail !
-Parce que je n’en ai pas… Oh ! C’est pas que j’ai pas été tenté… J’avoue que j’ai même essayé au début… Ça ne marche pas du tout…
-Peut-être pour vous, mais moi je ressens vraiment ce besoin de cadrer ma relation au Chef, et je sens que c’est la bonne voie, insista le Fourbe.
-Tu as raison, fais ton expérience et tires-en les enseignements. Acceptes-tu que je partage la mienne avec toi ? Tu en feras ce que tu voudras.
-Oui, oui, ça m’intéresse, dit le Fourbe un peu embarrassé.
-En fait, j’ai réagi comme toi au début et j’ai insisté, longtemps. Je refusais de voir que ce n’était pas la bonne voie car je voulais avoir le contrôle sur tout ce qui m’arrivait. Et puis un jour, je me suis rendu compte que je voulais avoir le contrôle, non pas sur ce qui m’arrivait, mais sur ce qui allait m’arriver lorsque des gens viendraient me consulter. J’ai bien sûr réalisé que ce n’était pas possible et je suis allé demander conseil à mon Skippy à moi, paix à son âme.
-Vous aussi vous consultiez un Skippy ? demanda naïvement le Fourbe.
-Oui, et heureusement, dit le Skippy en riant, et comme toi, je ne l’écoutais vraiment que très rarement au début !
-Bon… ça va…
-J’étais allé voir mon Skippy qui me permit de comprendre que dans de telles périodes, il était judicieux de se stabiliser, non pas par une forme de rigidité de la pensée et des actes, mais plutôt par un affermissement, pour reprendre ses mots de l’époque, du corps et du cœur. Ce que j’ai traduit par : s’affermir dans sa posture physique comme intellectuelle, sans crispation, de façon à pouvoir agir extérieurement, sans dispersion…
-… Heu… OK… et j’en fais quoi, de ça ?
-Ce que tu veux ! À toi de trouver comment le traduire dans une forme qui te convienne. Rappelle-toi, l’essentiel est que tu continues à agir, sans dispersion. Fais confiance aux autres et tu auras confiance en toi… C’est dans ce sens que ça marche, pas le contraire.
-Pourquoi pas, mais…
-Maintenant, laisse-moi travailler, j’ai à faire et toi aussi… à bientôt » dit le Skippy fermement en montrant la porte au Fourbe qui sortit, plongé dans ses pensées, à la fois frustré et reconnaissant.

Pendant ce temps, dans le bureau du GISPEP, c’est l’effervescence :
« Maintenant que le Chef est hors d’état de nous nuire, dit le GISPEP, il faut le maintenir dans cet état à tout prix.
-Ce qu’il faut, c’est un processus bien rigide qui contraigne toute action du Chef à notre profit, dit le gars du MAIGRE.
-Ah oui ! Il manquerait plus qu’on trouve à nous reprocher quoi que ce soit, dit le mec du 12 Delta.
-Moi, j’m’en fous, j’ai des poils partout, dit le Yogi, qui épluchait son eczéma plantaire.
-…
-En fait, reprit le Yogi, on s’en fout, si on doit s’adapter, on s’adapte, ce qui compte, c’est que le Chef soit coupé du Conseil définitivement.
-Et aussi, qu’il flingue la Bougre Complice, dit le GISPEP.
-Elle apporte le désordre avec son rituel des cinq processus, en plus on sait même pas comment ça peut marcher, dit le gars du MAIGRE.
-Sa culpabilité fera surface un jour, c’est forcé, dit le mec du 12 Delta.
-C’est le moment, dit le Yogi en s’adressant au GISPEP, de concentrer vos forces pour couvrir ce système d’une chape de plomb que vous seul, enfin nous seuls, contrôlons.
-Bonne idée, dit le GISPEP dans un grand sourire, en plus ça montrera au Conseil que contrairement à mon prédécesseur j’ai les choses en main.
-Même celles du Chef ! s’exclama le gars du MAIGRE.
-Il suffit d’appuyer ! dit le mec du 12 Delta.
-Ça m’tient chaud l’hiver, compléta le Yogi.
-…
-Moi j’m’en fous, j’ai des poils partout, ça m’tient chaud l’hiver, insista le Yogi… Putain, faut tout vous dire ! Entrainez-vous à comprendre mes métaphores !»

Au même moment, le Chef rencontrait pour la première fois depuis sa mutation la Bougre Complice. C’était une épreuve pour les deux. L’un parce que son ego en avait pris un drôle de coup et qu’il ne pouvait pas dire qu’une de ses missions était de dézinguer l’autre. L’autre parce que devenir le chef de son chef et en particulier du Chef était une situation risquée qui semblait échapper à tout contrôle et pourtant, la Bougre Complice devait rendre compte au GISPEP de cette nouvelle collaboration.
« On est bien d’accord, dit le Chef, chacun ses platebandes et les cochons seront bien gardés.
-C’est OK, je ne m’occupe en rien de FLEXTOR, c’est votre domaine, tant que vous ne touchez pas de près ou de loin au projet d’innovation de rupture, son équipe ou encore ses méthodes.
-Deal ! Je crois qu’on se comprend, dit le Chef.
-Si on veut, dit la Bougre Complice, en fait, notre façon de coopérer sereinement, c’est de ne pas collaborer et de nous ignorer…
-C’est ça, et vous verrez, c’est le secret du bonheur !
-Peut-être, mais vis à vis de la hiérarchie, je suis votre patronne…
-Et je vous fournirai ce qu’il faut pour que nous ayons la paix tous les deux ! C’est promis !
-Si jamais vous tenez pas parole, je vous vire dans l’instant, on est d’accord ?
-Vous pourrez toujours essayer, je prends le risque, dit le Chef en souriant.
-…
-Mais vous inquiétez pas ! J’ai compris beaucoup de choses vous savez, je ne suis pas, je ne suis plus un danger pour vous, tant que vous n’en êtes pas un pour moi.
-OK.
-Au fait, comme vous êtes ma patronne, j’ai besoin de votre accord… dit le Chef.
-Ah bon, pour quoi faire ?
-Je vais avoir besoin d’une ressource pas chère, dit le Chef.
-Un stagiaire ?
-Pourquoi pas, vous seriez d’accord ?
-Si vous prenez le Stagiaire, qui est chez nous depuis dix ans, je suis d’accord, dit le Bougre Complice.
-Dix ans, le temps passe vite… Ça doit lui en faire, des stages, pensa le Chef à voix haute.
-Je sais qu’il est en fin de stage au VVF…
-On a un Village Vacances Familles ?..
-Non, Vidanges des Véhicules de Fonction, il est donc bientôt disponible. Ça marche pour moi, je le contacte et lui fais cette proposition.
-Super, dit le Chef, bonne réunion ! On va manger ?
-D’accord, surtout que la cafétéria a rouvert ses portes, pour fêter la fin des négos, c’est oreille de porc confite sur langue de boeuf à la sauce aigre-douce. Le tout servi avec des cakes de fenouil, il parait que c’est super ! »

Toute ressemblance avec le chapitre précédent montre bien qu’il s’agit de deux chapitres distincts, et réciproquement.

Dans le prochain épisode : « Chacun essaie de progresser… Mais ça c’est une autre histoire ! »

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